Pépinière viticole

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Plants racinés

La pépinière viticole est une branche de la viticulture qui fournit aux professionnels un matériel viticole certifié dans le secteur bois et plants de vigne. Cette activité a pris naissance à la suite de l'apparition du phylloxéra en France puis en Europe.

Le phylloxéra en France au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1860, le mal est identifié à Pujaut, dans le Gard, et dans deux communes de la Gironde, Floirac et Bouliac. C'est un insecte, le Phylloxera vastatrix qui s'étend par taches successives dans tous les vignobles méridionaux. Rapidement, il va gagner ceux du nord de la France et se répandre en Europe.

En 1870, le professeur Émile Planchon publie un rapport sur la maladie du phylloxera dans le département de Vaucluse[1].

La pépinière viticole vauclusienne[modifier | modifier le code]

Pépinière viticole au quartier des Roques à Vacqueyras
Pépinère viticole à la mi-novembre à Velleron

Le Vaucluse, un des premiers départements touchés, se rend compte que tout autour du Ventoux des vignes franches de pieds sont préservées sur des terroirs sableux. Des plants résistent et prospèrent à Bédoin, Mormoiron, Flassan, Caromb et Aubignan. Baptisées désormais vieilles vignes françaises, ces boutures commencent à être commercialisées en France et dans toute l'Europe.

Les plants, multipliés sous couche vitrée dans un substrat de paille et de sable, partent approvisionner les marchés par les gares de Loriol-du-Comtat et de Carpentras. Ils sont vendus, non seulement en France, mais jusqu'en 1914 dans beaucoup de pays de l'Est (Crimée, Hongrie, Bulgarie, etc.).

Mais ces plants ne restant exempts de phylloxéra que dans des terrains sablonneux, les premiers pépinièristes viticoles inventent la technique du « greffé-soudé » entre 1880 et 1885[2]. La solution définitive venait d'être trouvée : le phylloxéra était enfin vaincu.

Le marché de Carpentras[modifier | modifier le code]

Marché aux bois et plants de vigne le sur l'allée des Platanes à Carpentras au début du XXe siècle

Toute la région sud du Ventoux s'ouvre rapidement à cette nouvelle technique. Pour la première fois au monde, un marché physique - avec présence du matériel végétal - se crée à la fin novembre, lors de la foire de la Saint-Siffrein à Carpentras. Les nouveaux pépiniéristes vont y faire fortune. C'est le cas de Paul et Émile Fenouil qui allient à la fois technicité et sens du commerce. Ils deviennent les maîtres du marché. Et la foire annuelle de la Saint-Siffrein devient le rendez-vous des chercheurs et multiplicateurs de bois et plants de vigne. Ce sont les Bonaventures, Couderc, Richter et autres Berlandieri qui pour certains vont laisser leur nom à des variétés sélectionnées. Les frères Fenouil organisent le marché en créant, avant la Première Guerre mondiale, une bourse des cours qui clôture le marché hebdomadaire[3].

La pépinière viticole de la combe de Savoie[modifier | modifier le code]

La Savoie est le second département producteur en France. Les pépiniéristes viticoles ont concentré leurs production dans la Combe de Savoie en particulier sur les communes de Fréterive, Aiton et Saint-Pierre-d'Albigny. Ici aussi la multiplication des bois et plants de vigne ainsi que leur greffage commença avant la Première Guerre mondiale. La production actuelle est de 20 millions de pieds par an[4].

La Champagne absorbe la moitié de la production savoyarde. Viennent ensuite le Bordelais avec 15 % et le Chablis-Sancerrois avec 10 %. La Bourgogne et le Beaujolais, avec chacun 5 %, sont les derniers gros marchés. Les 20 % restant partent soit à l'exportation, soit pour fournir ponctuellement quelques régions viticoles du sud de la France[4].

Une force économique[modifier | modifier le code]

Étiquette de greffon certifié

Face à la demande mondiale, il fallut mettre en place un organisme de tutelle. En 1949, le professeur Jean Branas crée la « section de contrôle des bois et plants de vigne » dans le double but de mettre de l'ordre dans le marché de la pépinière viticole et de donner des définitions ampélographiques à un certain nombre de cépages. Dans le département de Vaucluse, le plus en pointe, les pépiniéristes viticoles deviennent une véritable force économique[5].

De nos jours, le Vaucluse compte 550 pépiniéristes viticoles sur les 1 900 qui exercent en France[6]. Leur rôle répond à trois impératifs essentiels à la viticulture :

  • Fournir un matériel végétal de remplacement quelle que soit la demande[7].
  • Fournir un matériel sélectionné[8].
  • Fournir un matériel certifié[9].

Les deux grands secteurs de la pépinière viticole[modifier | modifier le code]

Pour répondre à ces besoins, les pépiniéristes se sont organisés en deux grands secteurs :

  • Les producteurs de pieds mères de vignes. Ces producteurs sont au nombre de 700 en France. Les vignes-mères de porte-greffe produisent des bois qui vont servir pour le greffage. Les boutures mesurent un peu plus d'un mètre (1,05 m), et sont coupées lorsqu'elles ont un diamètre entre 6 et 12 mm. Elles sont conditionnées en paquets de 200. Débitées en tronçons de 25 à 33 cm, elles subissent un talonnage et un ébourgeonnage afin d'éviter les repousses du porte-greffe dans le vignoble. Il existe environ 25 variétés de porte-greffe qui s'adaptent à différents types de sols[10].
  • Les producteurs de plants greffés-soudés en assurent la multiplication et la commercialisation selon un cahier de charges très strict. Ce matériel végétal présente une sécurité maximale tant pour son identité génétique que pour son état sanitaire. Chaque année ce sont 180 millions de plants qui sont mis sur le marché. Les principaux pays importateurs sont l'Afrique du Sud, l'Amérique du Sud et l'Afrique du Nord[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour la première fois un scientifique fait la corrélation entre l'insecte et les vignes d'origine américaine présentes dans le vignoble français.
  2. Les grands cépages français sont désormais greffés sur des pieds de vignes américains. Ils remplacent les hybrides, producteurs directs, qui donnaient au vin un désagréable goût « foxé », ou de pissat de renard.
  3. Le premier marché physique se tenait à Carpentras tous les vendredis de novembre à mars sur les allées des Platanes. Face à son succès, il a dû être déplacé sur le parking du Marché-Gare.
  4. a et b Les terroirs de Savoie
  5. Tout le monde se met à produire des bois et plants de vigne. En 1950, le curé de Caromb a sa carte professionnelle et multiplie ses plants à l'exemple de ses paroissiens.
  6. Le second département producteur, par ordre d'importance de professionnels, est la Savoie.
  7. Ce fut le cas après les gels catastrophiques de 1956 et de 1984 / 1985.
  8. Sélection massale et clonale sur la base des travaux de l'ENTAV et de l'INRA.
  9. C'est-à-dire exempt de viroses et de maladies.
  10. La pépinière viticole française sur le site de Vinifhlor
  11. La production de plants de vigne en pépinières

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Garrier, Le Phylloxéra. Une guerre de trente ans (1870-1900), Éd. Albin Michel, Paris, 1989.
  • Roger Pouget, Histoire de la lutte contre le phylloxéra de la vigne en France : 1868-1895, Paris, Institut National de la Recherche Agronomique, 1990.
  • Jean-Pierre Saltarelli, Les Côtes du Ventoux, origines et originalités d'un terroir de la vallée du Rhône, A. Barthélemy, Avignon, 2000,‎ 2000 (ISBN 2879230411)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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