Pédagogie Montessori

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Montessori (homonymie).

La pédagogie Montessori est une méthode d'éducation dite ouverte, par rapport aux méthodes dites fermées ou traditionnelles, telle que l'enseignement mutuel. Sa pédagogie repose sur l'éducation sensorielle et kinésthésique de l'enfant. Dans la pédagogie Montessori, l'éducation est considérée comme une « aide à la vie »[1][réf. incomplète].

Matériel Montessori.

Description[modifier | modifier le code]

La pédagogue italienne Maria Montessori, fut d'abord un médecin. En tant que pédagogue elle a étudié pendant 50 ans les enfants de milieux sociaux et culturels très défavorisés et en grande difficulté d'apprentissage. Elle s'intéresse aux enfants "anormaux" qui lui donneront l'occasion de mettre au point sa méthode d'enseignement qu'elle reprend et généralise à l'usage des enfants "normaux"[2].

Elle élabore une pédagogie qui repose sur des bases scientifiques, philosophiques et éducatives. Elle utilise du matériel repris, parmi d'autres[Qui ?], aux professeurs Jean Itard et Édouard Séguin, tout en l'adaptant aux périodes sensibles de l'enfant.

Mise à disposition des enfants d'un matériel concret[modifier | modifier le code]

Le matériel sensoriel est donné à l'enfant comme une aide au développement de l'intelligence et de la main. Déjà dans l'utérus, le bébé apprend l'environnement par les données transmises par les organes des sens.

L'enfant use librement de cubes, de cylindres de diamètres variés, d'objets emboitables, de lettres découpées dans divers matériaux…

Le matériel sensoriel mis au point par Maria Montessori permet à l'enfant de distinguer, de préciser, de généraliser, du concret vers le concept et du concept vers l'abstrait. C'est un matériel scientifique qui répond au besoin de développement naturel de l'enfant en respectant ses périodes sensibles. Pour :

  • l'ordre : l'enfant classifie, ordonne, trie, élabore un raisonnement ;
  • le langage : l'enfant nomme les concepts ;
  • le mouvement : l'enfant affine l'usage de ses mains ;
  • le raffinement sensoriel : l'enfant atteint un grand raffinement avec certains matériels.

Ce matériel est construit sur des données scientifiques presque universelles : tables de Pythagore, système décimaletc. Il est indépendant de la culture de l'enfant, à la différence du matériel de la vie pratique qui s'imprègne largement du milieu culturel de l'enfant.

L'enfant acquiert une approche plus exacte de la réalité. Il s'ouvre à une perception plus précise du monde. Le matériel sensoriel devient un instrument d'investigation de la réalité, un décodeur du réel. L'enfant peut se situer consciemment de façon plus précise et être indépendant de son environnement. Ce matériel qui lui donne les « clés » nécessaires pour découvrir la réalité, devient un « alphabet » où l'enfant apprend à lire son environnement.

Pour Maria Montessori, il est primordial d'offrir à l'enfant la possibilité d'épanouir au maximum ses différentes sensibilités :

  • dans un cadre adapté à ses besoins psychologiques ;
  • en respectant son rythme propre et ses particularités individuelles ;
  • tout en l'éveillant à la vie sociale.

Importance des périodes sensibles[modifier | modifier le code]

Selon Maria Montessori, chaque enfant est unique. Il a sa personnalité propre, son rythme de vie, ses qualités et ses difficultés éventuelles. Les enfants traversent tous des « périodes sensibles (en) » :

  • Il s'agit de sensibilités spéciales en voie d'évolution, des moments de la vie de l'enfant où celui-ci est tout entier « absorbé » par une sensibilité particulière à un élément précis de l'environnement.
  • Ce sont des périodes passagères, transitoires ; elles se limitent à l'acquisition d'un caractère déterminé ; une fois le caractère développé, la « sensibilité » cesse. Il est donc primordial que l'ambiance (l'environnement) offre au bon moment à l'enfant les moyens de se développer en utilisant ces périodes sensibles.

Il s'agit de :

  • la période sensible du langage, plus ou moins entre 2 mois et 6 ans ;
  • la période sensible de la coordination des mouvements, environ de 18 mois à 4 ans ;
  • la période sensible de l'ordre, environ de la naissance à 6 ans ;
  • la période sensible du raffinement des sens, environ de 18 mois à 5 ans ;
  • la période sensible du comportement social, environ de 2 ans et demi à 6 ans ;
  • la période sensible des petits objets, au cours de la 2e année sur un temps très court.

Selon Maria Montessori, « si l'enfant n'a pu obéir aux directives de sa période sensible, l'occasion d'une conquête naturelle est perdue, perdue à jamais »[3]. Pendant ces périodes sensibles, l'enfant assimile telle ou telle acquisition. Si l'enfant est aidé à ce moment précis, l'apprentissage se fait en profondeur. Mais, si l'enfant ne trouve pas les éléments (dans l'ambiance et le matériel) qui répondent à son besoin du moment, la sensibilité s'étiolera progressivement.

Maria Montessori est convaincue que les forces du développement sont incluses dans l'être vivant et que l'œuvre de l'éducation consiste à conserver leur spontanéité, et à éloigner tout ce qui pourrait les affaiblir et les empêcher de s'épanouir.

Il faut que l'enfant édifie lui-même sa personnalité et qu'il développe ses facultés motrices et intellectuelles. C'est pourquoi l'éducateur doit avoir une confiance complète dans les forces de l'enfant, respecter sa liberté d'action et préparer l'ambiance nécessaire et favorable à son développement. L'éducateur doit être capable d'observer les différences de rythme de l'enfant, il doit bien connaître chaque enfant en faisant preuve d'attention et de respect.

Favoriser l'autonomie de l'enfant[modifier | modifier le code]

L'un des points essentiels de la pédagogie Montessori est d'encourager l'autonomie et l'initiative chez l'enfant, et ce, dès le plus jeune âge, d'une part pour faciliter et motiver ses apprentissages et d'autre part pour favoriser son développement en tant que personne. Maria Montessori part du constat selon lequel la motivation de l'enfant pour apprendre est naturelle.

Par exemple, il cherche à ramper, puis à se mettre debout, puis à marcher. Mais, il vient également volontairement vers l'adulte quand il veut de l'aide. Maria Montessori préconise de suivre cette démarche naturelle pour l'enseignement. L'adulte fait une démonstration puis laisse l'enfant reproduire l'opération tout seul.

On résume généralement cela par la phrase bien connue de Maria Montessori : « Aide-moi à faire seul ».

Les principaux moyens employés en pédagogie Montessori pour favoriser l'autonomie sont :

  • l'attitude de retrait de l'éducateur ;
  • l'utilisation du matériel sensoriel et progressif que l'enfant peut manipuler seul et avec plaisir ;
  • la possibilité d'autocorrection offerte par la quasi-totalité de ce matériel.

L'attitude de l'éducateur[modifier | modifier le code]

Pour laisser à l'enfant suffisamment d'initiative et lui permettre d'apprendre à son rythme, la pédagogie Montessori recommande une attitude de retrait de la part de l'éducateur, assez différente de la posture classique : une fois la démonstration faite, il reste présent en simple observateur, uniquement disponible si l'enfant manifeste clairement qu'il a besoin d'un complément d'aide ou d'information. Au bout d'un certain temps, l'enfant travaille même seul sans la présence de l'adulte, après avoir été chercher lui-même le matériel de son choix sur des étagères adaptées à sa taille. À aucun moment l'éducateur ne tente d'accélérer le processus. Il ne souffle pas les réponses, ne prend pas les objets ou le crayon des mains de l'enfant pour lui montrer une nouvelle fois ou lui donner la solution. Le but étant d'éviter que ces interventions, perçues comme un échec de la part de l'enfant, ne lui fassent perdre confiance en sa capacité de réussir seul.

Le matériel sensoriel[modifier | modifier le code]

Le matériel montessorien est conçu pour donner à l'enfant la possibilité de découvrir des notions abstraites de façon sensorielle et concrète. Son utilisation passe par la manipulation et le travail autonome. L'esthétique joue aussi un rôle. Les couleurs, l'aspect attirant et la variété des objets, des fiches, des formes, sont destinés à captiver l'attention et constituent souvent le « point d'intérêt » de l'enfant, ce qui le motive dans l'activité. Selon Maria Montessori, il est en effet illusoire de croire que le point d'intérêt de l'enfant puisse être le même que celui de l'adulte (apprendre l'addition, découvrir à quoi sert un adverbe, etc.).

Ce matériel est nombreux. En voici une liste non exhaustive.

Pour les premières notions : Les boîtes de couleurs, les emboîtements cylindriques, la tour rose, l'escalier marron, les tiroirs de géométrie, les cubes du binôme et du trinôme, les triangles constructeurs, les figures superposées.

Pour la numération et le calcul : La table de Pythagore, les barres numériques, les fuseaux, la banque des nombres, les chiffres rugueux, les tables de Seguin, les timbres, les perles du serpent positif, les tables de l'addition, les perles du serpent négatif, les tables de la soustraction, les tables de la multiplication, les tables de la division, les cartes géométriques.

Pour le langage oral, l'écriture, la lecture et l'initiation à la grammaire : Les lettres rugueuses, les alphabets mobiles, les formes à dessin, les boîtes de lecture, les cartes de nomenclature classifiées, les ardoises, les symboles grammaticaux.

L'autocorrection ou « contrôle de l'erreur »[modifier | modifier le code]

La plupart du matériel Montessori offre à l'enfant la possibilité de contrôler seul l'exactitude de ce qu'il vient de faire. Le contrôle de l'erreur passe par exemple par la comparaison d'une forme obtenue par l'enfant avec une forme de référence (avec le matériel de Vie Sensorielle ou en géométrie) ou par l'utilisation de tables de contrôle (pour les quatre opérations) ou encore par la vérification de fiches « renseignées » après avoir travaillé sur des fiches « muettes » (pour le langage). Le but visé est de permettre à l'enfant de découvrir et de surmonter ses erreurs en évitant que l'évaluation vienne de l'éducateur.

La progression des apprentissages[modifier | modifier le code]

Selon Maria Montessori, si le fait de profiter des périodes sensibles est fondamental, cela ne suffit pas. Il faut aussi ne pas chercher à brûler les étapes. Le temps passé par les tout-jeunes enfants sur des activités comme plier, verser, juxtaposer, porter, etc. qui paraissent aller de soi et sont de ce fait parfois négligées, est mis à profit par l'enfant pour apprendre à coordonner ses mouvements, associer son regard et son geste, se concentrer, s'organiser dans son travail. Ensuite, les apprentissages scolaires – calcul, langage, etc. – se feront de façon plus naturelle et facile.

Historique[modifier | modifier le code]

Matériel Montessori - perles pour le calcul.

Créée dans un quartier pauvre de Rome, cette pédagogie a su obtenir l'enthousiasme de milliers d'enseignants de par le monde.

Cette méthode d'éducation, en pratique depuis le début des années 1900, a permis l'éclosion de nombreuses écoles maternelles puis primaires, et même pour les jeunes jusqu'à 18 ans.

Lorsque Maria Montessori quitte l'Inde en 1952, cette méthode a le vent en poupe, puisque Maria a formé des milliers d'enseignants à sa méthode.

Par contre, la situation est nettement moins rose en Occident. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, le nombre d'écoles ouvertes est minime. À la fin des années 1950, il ne reste plus que quelques écoles ouvertes aux États-Unis, maintenues en activité par des disciples de John Dewey.

La méthode imprègne cependant doucement les esprits à travers plusieurs initiatives locales (par exemple sœur Gisèle Pelvey en France).

Les années qui suivront verront une expansion de sa pédagogie sur tous les continents. En 2005, il y a environ 4 500 écoles de par le monde qui enseignent selon cette approche pédagogique.

Montessori aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, la pédagogie Montessori est reconnue pour sa capacité d'adaptation culturelle. Et selon Marlene Barron, la directrice de West Side Montessori School à New York[4] et membre de la faculté des études supérieures à New York University, l'approche Montessori serait comme « un état d'esprit, une constellation de concepts, de valeurs ; des préceptes et des pratiques qui en font une vision particulière de la réalité »[réf. nécessaire]

Citons quelques personnalités célèbres issues de l'éducation Montessori : les fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page[5], le fondateur d'Amazon.com Jeff Bezos[6], le fondateur de Wikipédia Jimbo Wales[6], le musicien Jeff Buckley. Anne Frank a également suivi une éducation Montessori, à partir de 1934, lorsque sa famille s'installa à Amsterdam[7]. Il y a aussi l'inventeur des Sims, développeur de Spore et de SimCity : Will Wright[8].« Montessori m'a enseigné la joie de la découverte. Cela m'a montré que l'on pouvait s'intéresser à des théories complexes, comme celles de Pythagore par exemple, en jouant avec des cubes. Il s'agit d'apprendre pour soi-même plutôt que de recevoir l'enseignement du professeur. SimCity est directement issu de Montessori - si vous donnez aux gens ce modèle de construction des villes ils en tireront les principes de l'urbanisme ».

Études scientifiques de la pédagogie Montessori[modifier | modifier le code]

La communauté scientifique fait une différence entre « pédagogie » et « approche sensorielle » Montessori.

Plusieurs travaux se sont intéressés à l'efficacité pédagogique des écoles Montessori par rapport à l'enseignement traditionnel. Principalement conduit aux États-Unis, ces travaux[9] tendent à montrer que les élèves passés par cet enseignement obtiennent de meilleurs résultats lors d'évaluation de leurs capacités scolaires mais aussi sociales, et ce même si l'on contrôle pour les biais d'autosélection[10].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Les travaux de Maria Montessori ont été prolongés au sein du mouvement d'éducation nouvelle auquel elle participait avec de nombreux pédagogues comme Célestin Freinet, Roger Cousinet ou Adolphe Ferrière dont les citations suivent :

« L'Éducation Nouvelle ne comporte pas un système, une organisation, un ensemble de règles, de procédés, de méthodes. Elle est essentiellement un esprit pour l'éducateur, un mode de vie. »

— R. Cousinet

« On ne doit pas agir sur l'enfant, mais inciter l'enfant à agir. Ceci mérite d'être dit et redit. En dehors de cela, il n'y a pas d'école active. »

— Ferrière

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Maria Montessori, L'enfant, Desclee de Brouwer, (ISBN 978-2220057736)
  • (fr) Maria Montessori, Les étapes de l'éducation, Desclee de Brouwer, (ISBN 978-2220059013)
  • (fr) Maria Montessori, L'esprit absorbant de l'enfant, Desclee de Brouwer, (ISBN 978-2220053974)
  • (fr) Isabelle Patron, Vanessa Toinet et Sylvia Dorance, Montessori pas à pas - les principes fondateurs, École Vivante. (ISBN 978-2-36638-020-0)
  • (en) Maria Montessori, The Human Tendencies and Montessori Education, Association Montessori internationale, Amsterdam, 1957.
  • (en) Renilde Montessori, Reflections in Our Children's Eyes, Foundation for Montessori Education, Toronto, 1987.
  • (fr) Tim Seldin, Éveiller, épanouir, encourager son enfant. La pédagogie Montessori à la maison, Nathan, Paris, 2010.
  • (fr) Jeannette Toulemonde, Le quotidien avec mon enfant, inspiré par la pensée et l'expérience de Maria Montessori, Éditions l'Instant Présent, 2010.
  • (fr) La pédagogie Montessori illustrée, Murielle Lefebvre - TMF, (ISBN 978-1480187573)
  • (fr) Montessori pour les bébé, Murielle Lefebvre - TMF, (ISBN 978-1492727569)
  • (fr) La pédagogie Montessori, Aspects théoriques et pratiques, Kristina Skjöld Wennerström et Mari Bröderman Smeds, Éditions l'Instant Présent, 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Montessori Pas à Pas - Les Principes fondateurs - Isabelle Patron, Vanessa Toinet, Sylvia Dorance - éditions ecole-vivante.com(ISBN 978-2-36638-020-0).[1]
  • Clermont Gauthier (dir.) et Maurice Tardif (dir.), La Pédagogie : Théories et pratiques de l'Antiquité à nos jours, 2e édition, Gaëtan Morin Éditeur, 2005, Montréal. (ISBN 2-89105-899-2)
  • Victoria Kayser, Autisme et Montessori, Centre de recherche et de développement de matériel didactique pour enfants autistes, Montréal, 2010. (ISBN 978-0557393329).
  • Victoria Kayser, Pédagogie Kayser. Entre approche sensorielle Montessori et théorie des intelligences multiples de Gardner. Centre de recherche DMDEA, Montréal, 2011. (ISBN 978-2-9812711-0-5).
  • Kristina Skjöld Wennerström et Mari Bröderman Smeds, La pédagogie Montessori, Aspects théoriques et pratiques, Éditions Instant Présent (2012), (ISBN 978-2-916032-18-4)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « N'élevons pas nos enfants pour le monde d'aujourd'hui. Ce monde aura changé lorsqu'ils seront grands. Aussi doit-on en priorité aider l'enfant à cultiver ses facultés de création et d'adaptation. » Maria Montessori, source ?[Laquelle ?]
  2. Jean Beauté, " les courants de la pédagogie contemporaine", Edit de la Chronique sociale, Lyon 1995
  3. L'enfant. Maria Montessori. Desclée de Brouwer, 1936, p. 33.
  4. (en) West Side Montessori School à New York.
  5. (en) Brin Page.
  6. a et b Sims, Peter (2011-04-05). (en) "The Montessori Mafia"
  7. Le monde d'Anne Frank, édité par le Musée Anne Frank, Amsterdam, 1994 pour l'édition franco-anglaise.
  8. (en) Game Master - Will Wright changed the concept of video games with the Sims. Can he do it again with Spore?, John Seabrook, The Newyorker, publié le 6 novembre 2006.
  9. http://www.csos.jhu.edu/CRESPAR/techReports/Report59.pdf
  10. http://scholar.google.fr/scholar?cluster=14675608805018433681