Pâque quartodécimaine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La Pâque quartodécimaine est une fête religieuse mobile de certaines Églises chrétiennes. Liée au calendrier lunaire juif, elle a lieu le quatorze du mois appelé dans la Bible « premier » ou « nissan ».

Calendrier de la Pâque Juive[modifier | modifier le code]

La Pâque, dans la tradition juive, a lieu le soir du quatorzième jour du premier mois (Nissan), d'où le nom de quartodéciman (ou quartodécimain, ou quatuordécimain).

Les mois sont comptés selon la lune comme il est d'usage dans le judaïsme et l'islam. La Pâque quartodécimane tombe donc toujours à la pleine lune.

La Pâque tombe juste avant la semaine des pains sans levain. Le premier jour des pains sans levain, qui est un jour de « sainte assemblée » et de repos comme le Sabbat (Ex. 12, 16 ; 23, 7 ; Lév. 23, 7), est le quinzième jour de Nissan et commence donc à la tombée de la nuit de Pâque, le soir du 14. C'est à ce moment que les Juifs commémorent le dernier repas pris par les Hébreux juste avant leur sortie d'Égypte sous la conduite de Moïse, et la dixième plaie d'Égypte dont ils furent protégés par le sang d'un agneau répandu sur les linteaux de leurs portes. Le lendemain, premier jour de la semaine des pains sans levain, est la commémoration de la sortie d'Égypte proprement dite.

Le « lendemain du sabbat » (Lév. 23, 15), a lieu le rituel de la dédicace de la gerbe agitée. C'est le premier jour du Omer, c'est-à-dire du décompte qui mène à la Pentecôte. Celle-ci tombe toujours un dimanche chez les chrétiens, ainsi que les Juifs n'observant que la Torah et ignorant le Talmud[1], ce dernier faisant débuter l' Omer le 16 nissan, le mot sabbat de Lév. 23, 15 étant pris dans le sens de « jour de fête », conformément à Ex. 12, 16 ; 23, 7 et Lév. 23, 7 (v. citations ci-dessus).

Une contradiction apparente dans les Évangiles[modifier | modifier le code]

Dans le texte des Évangiles, il y a une soi disant contradiction concernant le jour du 14 Nissan, dans la mesure où l'on dit d'un côté que Jésus a célébré le rituel de la Pâque le jour avant sa passion (« le premier jour des Azymes », Mt. 26, 17 ; Mc 14, 12 ; « le jour des Azymes », Lc 22, 7), et d'un autre côté qu'il est mort au moment où l'agneau pascal était immolé dans le Temple (le « jour de la Préparation » : Jn 19, 14, 31, 42).

L'explication habituelle[modifier | modifier le code]

Il y a plusieurs reponses pour expliquer cette contradiction. La plus simple est de penser que Jésus anticipa d'un jour le rituel du 14 Nissan, ou, selon l'opinion d'une majorité d'exégètes, que ce sont ses disciples, après sa résurrection, qui ont donné à ce dernier repas chez les synoptiques les formes du rituel de la Pâque.

L'explication par le calendrier essénien[modifier | modifier le code]

Une interprétation non moins pertinente fait appel au calendrier essénien, qui prouve que, à l'époque de Jésus, les Juifs ne célébraient pas tous en même temps le rituel de la Pâque, selon leur calcul de la date fournie dans la Bible. Pour les Esséniens, le « 14e jour du premier mois » est toujours un mardi. Donc, si Jésus a célébré le rituel pascal le mardi soir en même temps que les Esséniens, les autres Juifs pouvaient immoler l'agneau pascal le vendredi suivant. Il faut alors supposer que les événements qui tiennent sur moins de 24 h dans les évangiles[2] (arrestation à Gethsémani, nuit chez le grand-prêtre, interrogatoire, comparution devant Pilate le lendemain matin, condamnation et crucifixion), peut-être à cause de la pratique liturgique des communautés chrétiennes où se lisaient ces évangiles[3], se sont en fait déroulés sur trois jours, du mardi soir au vendredi après-midi.

On aurait alors, pour la passion de Jésus, la chronologie suivante : 1. arrestation de Jésus et interrogatoire chez le grand-prêtre (Jn 18) dans la nuit du mardi au mercredi ; 2. première séance des autorités juives, jugement, reniements de Pierre le mercredi (Mc 14, 55 ss et parallèles) ; 3. deuxième séance des autorités juives, verdict, livraison à Pilate (Mc 15, 1 et par.) le jeudi matin ; première comparution devant Pilate et comparution devant Hérode dans l'après-midi (Lc 23, 1 ss) ; 4. nouvelle comparution devant Pilate, condamnation, crucifixion le vendredi[4].

Remarques sur l'immolation de l'agneau pascal et le comput des jours[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Le dixième jour du mois de la Pâque - le mois de Nissan appelé aussi Mois du printemps ('hodesh ha-aviv) - un agneau devait être mis de côté jusqu'au quatorzième jour afin de vérifier qu'il ne comportait aucune tâche ni défaut. Si après cette période on voyait que l'agneau n'avait aucun défaut, il pouvait être immolé la nuit du quatorzième jour du mois de Nissan. Le matin suivant on devait offrir l'agneau pascal en sacrifice. Et c'est exactement là qu'il faut être attentif et faire une distinction entre l'agneau pour la Pâque destiné au repas de la Pâque et l'agneau de la pâque destiné au sacrifice[réf. nécessaire]. L'agneau destiné au repas devait être immolé par chaque famille juive la première nuit de Pâque la nuit du quatorzième jour de Nissan. Et ce sont les prêtres qui, le matin suivant, devaient immoler sur l'autel l'agneau destiné au sacrifice de la Pâque.

Ainsi, puisque pour la Bible un jour commence au coucher du soleil et se termine la nuit suivante au coucher du soleil, c'est la première nuit de Pâque que le repas pascal est servi puis le premier jour de Pâque que le sacrifice est offert au temple.

Comme il est écrit que Jésus est resté au tombeau trois jours et trois nuits certains ont déduit que la crucifixion a eu lieu un autre jour de la semaine que le vendredi (selon l'explication habituelle). Certains interprètent cet écrit comme trois périodes complètes de 24 heures. Mais dans le calendrier juif (comme aussi le calendrier romain d'alors) une partie de la journée compte pour tout un jour, comme une partie de l'année compte pour toute une année, le décompte étant inclusif et ne connaissant pas alors de zéro.

Jésus était au tombeau une partie du vendredi, selon le calendrier juif cela était considéré comme tout le vendredi. Il était aussi au tombeau le samedi suivant et une partie du dimanche cette dernière étant considérée comme tout le dimanche. L'expression 3 jours et 3 nuits est simplement une façon juive de dire : toute période touchant à trois journées différentes. D'ailleurs cette expression est employée dans l'Ancien testament (Genèse 42:17-18, 1 Samuel 30:12-13 ; 1 Rois 20:29 (7jours), 2 Chroniques 10:5,12 etc. Esther 4:16 à comparer avec Esther 5:1).

La tradition chrétienne a retenu dans son dogme que Jésus a été crucifié le 1er jour, après le repas pascal, et est ressuscité le 3e, mais elle n'accorde pas autant d'importance à la date exacte de ce repas pascal (qu'elle commémore n'importe quel jour de la semaine dans l'eucharistie qui rappelle aussi que Jésus l'a fait dans sa vie en partageant ses repas) ou de ce qui l'a précédé dans la passion du Christ, le plus important dans la fête pascale chrétienne (Pâques avec un s) étant bien le supplice d'expiation sur la croix, avec la soumission de Jésus à son père avant sa mort physique, mais surtout sa résurrection promise aux croyants (bien avant même l'élévation au ciel, célébrée 40 jours plus tard dans la fête de l'Ascension concernant Jésus, ou celle de l'Assomption concernant Marie, et de façon comparable dans l'islam l'élévation des croyants ressuscités aux côtés de Dieu).

Le repas pascal en revanche correspond à une longue tradition attestée dans l'Ancien testament, commémorée cependant à des dates différentes parmi les chrétiens (catholiques, orthodoxes et protestants), les juifs (la Pâque juive ou Pessah, le 14 Nissan) et les musulmans (fête de l'Aïd al-Fitr, également la plus importante fête musulmane) : celle de la fin du mois de jeûne (appelé carême pour les chrétiens, Ramadan pour les musulmans) avant que soit offert à Dieu un agneau sur un autel : il s'agit du sacrifice de l'agneau (offrande pascale) par le prophète Abraham (Ibrahim pour les musulmans, ce mois de jeûne étant un rite également consacré par le prophète Mahomet pour les musulmans). Les trois grandes religions du livre accordent une importance particulière à ce que ce repas de fin de jeûne soit un partage, et qu'il soit accompagné d'actions de grâce, de prière, d'actes de soumission à Dieu, et d'offrandes, pas seulement rituelles à Dieu mais aussi aux plus nécessiteux. La Pâque (Pessah) ou la Pâques chrétienne ou l'Aïd musulman sont donc des piliers dogmatiques de la pratique de ces religions, consacrés par les plus importantes célébrations.

Toutefois pour les plus orthodoxes dans les trois religions, la rupture du jeûne peut (et devrait même) avoir lieu après le sacrifice rituel, et il est finalement courant aussi dans la tradition chrétienne de faire le repas de Pâques après la célébration rituelle du sacrifice, donc le dimanche (Jésus employant lui même le futur « vous ferez cela en mémoire de moi », donc après le saint sacrifice). La plus grosse différence cependant entre les religions est l'importance donnée dans la religion chrétienne dans le sacrifice du corps de Jésus (par l'eucharistie) qui s'est parfois substituée en degré à celle du sacrifice à Dieu. La Pâques chrétienne rééquilibre les choses et donne toute son importance à l'acte de soumission de Jésus au père devant les hommes et son sacrifice comme des actes de foi fondamentaux, comme l'était déjà la soumission d'Abraham dans son sacrifice pascal.

La solution baptiste et adventiste[modifier | modifier le code]

Selon une autre chronologie, retenue notamment par certains Baptistes du Septième Jour et par l'Église de Dieu (Septième Jour) le dernier repas du Christ et des apôtres aurait eu lieu le mardi 13 nissan après la tombée de la nuit, donc en fait le mercredi 14, selon l'usage juif antique. La Crucifixion aurait eu lieu le mercredi 14 nissan et la Résurrection le samedi 17 au soir, juste avant la tombée de la nuit. Cette chronologie s'appuie sur le fait que Jésus est resté au tombeau trois jours et trois nuits (Matthieu 12:40) et sur une traduction littérale de Matthieu 28:1: "À la fin du sabbat, au crépuscule du premier jour de la semaine...". En effet, le mot grec "opsé" est partout ailleurs traduit par "tard", "à la fin de", et semble être traduit ici par "après" dans l'unique but de soutenir la tradition qui veut que la Résurrection ait eu lieu un dimanche matin, ce qui justifie pour certains la sanctification du dimanche (que ces Eglises rejettent). Enfin, le verbe "épiphoskô", traduit par le substantif "aube", est compris partout ailleurs comme les lueurs du crépuscule. Le texte de l'Evangile dit que Jésus a été crucifié une veille de Sabbat, ce qui ne signifie pas nécessairement un vendredi mais, ici, la veille d'un sabbat mobile, le 15 nissan étant considéré comme un sabbat (un jour de repos religieux) quel que soit le jour de la semaine (Lévitique 23:6-7).

La dispute quartodécimane[modifier | modifier le code]

Les sources quartodécimanes, au premier rang desquelles se trouve l’homélie pascale de Méliton de Sardes, supposent une vigile pascale, le 14 Nissan, où la passion de Jésus n’était pas célébrée à une date différente de sa résurrection, mais constituait en fait l’élément essentiel du mémorial.

Il existe une assez grande incertitude sur la façon dont cette tradition fut progressivement remplacée par la célébration du triduum pascal (du vendredi soir au dimanche, et même le lundi matin à cause des actuels calendriers qui ne comptent nomment plus les jours comme les Romains ou les premiers chrétiens de midi à midi, ce qui a conduit à rendre le lundi de Pâques également férié au moins le matin pour respecter l'ancien comptage des jours de célébration, puis toute la journée encore dans certains pays). Rouwhorst a mis en évidence certaines sources syriennes du IVe s. où l’on observe encore la même théologie archaïque d’une seule fête mêlant passion et résurrection de Jésus. Les trois sources principales sont la Didascalie des Apôtres au ch. 21 ; l’Instruction XII d’Aphraate et les Hymnes sur la Pâques de saint Éphrem[5].

Aujourd'hui, certains Chrétiens, à l'instar de Jésus (Matthieu 26, Marc 14, Luc 22) célèbrent la Pâque dans la soirée du 13 au 14 nissan (certains ne se fient pas au calendrier juif orthodoxe actuel mais au calendrier karaïte, qui suit à la lettre les prescriptions de Lévitique 23), en tant que commémoration du dernier repas du Christ et des Apôtres et de la Crucifixion, et non pas le dimanche correspondant au comput romain, en tant que commémoration de la Résurrection. Dans ce cas la Résurrection est célébrée trois jours pleins après la Pâque, un soir (selon Matthieu 12:40 et une traduction littérale de Matthieu 28:1, voir plus haut).

Églises chrétiennes pratiquant la Pâque quartodécimaine[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment les Karaïtes
  2. Avec des désaccords parfois importants, comme la contradiction entre la sixième heure, heure du jugement de Pilate chez Jn (19, 14) et la troisième heure, heure du crucifiement chez Mc (15, 25).
  3. On considère parfois que les récits de la passion étaient des sortes de seder pascal judéo-chrétien.
  4. A. JAUBERT, La date de la cène, 1957, p. 126-127
  5. G. ROUWHORST, Les hymnes pascales d’Éphrem de Nisibe, 1989, I, 4e partie (“Les hymnes pascales d’Éphrem et le développement de la fête pascale dans les régions à l’est d’Antioche”, p. 128-203) ; v. aussi « The Date of Easter in the Twelfth Demonstration of Aphraates », Studia Patristica, XVII 3 (1993), 1374-1380

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Homélies pascales, sources chrétiennes n°43, éditions du cerf
  • Hymnes pascales, Par Éphrem de Nisibe

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]