Oxyde d'éthylène

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Oxyde d'éthylène
Structure de l'oxyde d'éthylène
Structure de l'oxyde d'éthylène
Structure de l'oxyde d'éthylène
Identification
Synonymes 1,2-Époxyéthane ;
Oxirane
No CAS 75-21-8
No EINECS 200-849-9
FEMA 2433
Apparence gaz comprimé liquefié incolore, d'odeur caractéristique[1].
Propriétés chimiques
Formule brute C2H4O  [Isomères]
Masse molaire[2] 44,0526 ± 0,0022 g/mol
C 54,53 %, H 9,15 %, O 36,32 %,
Propriétés physiques
fusion -111 °C[1]
ébullition 11 °C[1]
Solubilité dans l'eau : miscible[1]
Masse volumique 0,877 g·cm-3 (°C)[3]
d'auto-inflammation 429 °C[1]
Point d’éclair -20 °C
Limites d’explosivité dans l’air 3100 % vol[1]
Pression de vapeur saturante à 20 °C : 146 kPa[1]
Point critique 71,9 bar, 195,85 °C[5]
Thermochimie
S0gaz, 1 bar 243 J/mol·K
S0liquide, 1 bar 149,45 J/mol·K
ΔfH0gaz -51,08 kJ·mol-1[6]
ΔfH0liquide -96 kJ/mol
Cp 86.9 J/mole·K (liquide)
Propriétés électroniques
1re énergie d'ionisation 10,56 ± 0,01 eV (gaz)[8]
Propriétés optiques
Indice de réfraction n^{ 7 }_{ D }  1,3597[3]
Précautions
Directive 67/548/EEC
Toxique
T
Extrêmement inflammable
F+



Transport
263
   1040   
NFPA 704

Symbole NFPA 704

SIMDUT[11]
A : Gaz compriméB1 : Gaz inflammableD1A : Matière très toxique ayant des effets immédiats gravesE : Matière corrosiveF : Matière dangereusement réactive
A, B1, D1A, D2A, E, F,
SGH[12]
SGH02 : InflammableSGH04 : GazSGH06 : ToxiqueSGH08 : Sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxique
Danger
H220, H315, H319, H331, H335, H340, H350,
Classification du CIRC
Groupe 1 : Cancérogène pour l'homme[10]
Inhalation irritation des poumons, convulsions
Yeux dangereux
Écotoxicologie
LogP -0,3[1]
Seuil de l’odorat bas : 257 ppm
haut : 690 ppm[13]
Unités du SI & CNTP, sauf indication contraire.

L'oxyde d'éthylène, ou 1,2-époxyéthane, oxyde de diméthylène, oxacyclopropane, ou encore oxiranne est un composé organique, le plus simple de la classe des époxydes. C'est un éther cyclique. Il est important pour l'industrie chimique, entre autres dans la production d'éthylène glycol, ainsi que dans les industries pharmaceutique et agroalimentaire.

Sommaire

Histoire [modifier]

L'oxyde d'éthylène fut synthétisé pour la première fois par Charles Adolphe Wurtz en 1859, en faisant réagir du 2-chloroéthanol avec une base. Il prit vraiment une importance aux yeux des industriels durant la Première Guerre mondiale, où il servit à fabriquer l'éthylène glycol (en tant que réfrigérant) et le gaz moutarde.

En 1931, Théodore Lefort découvrit une autre méthode de synthèse, directement à partir d'éthylène et de dioxygène réagissant grâce à un catalyseur à base d'argent. Depuis les années 1940, c'est cette méthode qui sert à produire quasiment tout l'oxyde d'éthylène industriel.

Production [modifier]

L'oxyde d'éthylène est produit industriellement grâce à un mélange de dioxygène et d'éthylène qui réagissent entre 200 °C et 300 °C sur un catalyseur d'argent, selon l'équation chimique:

CH2=CH2 + ½ O2 → C2H4O

Le rendement atteint généralement 70-80 %, les pertes étant dues à la combustion de l'éthylène produisant du dioxyde de carbone. Plusieurs méthodes pour produire de l'oxyde d'éthylène plus sélectivement ont été proposées, mais aucune n'a encore atteint un stade industriel.

Utilisation [modifier]

La stérilisation des épices par l'oxyde d'éthylène fut brevetée en 1938 par l'américain Lloyd Hall, et est encore employée de nos jours.
On l'utilise aussi dans la stérilisation du matériel médical tel que les bandages, les sutures, les implants, etc.

L'oxyde d'éthylène fut aussi largement utilisé dans la désinfection des documents de bibliothèques et d'archives, en raison de ses propriétés fongicides. Cette méthode fut rapidement règlementée en raison de la toxicité du produit[14].

Stérilisation [modifier]

L'oxyde d'éthylène gazeux est utilisé comme biocide (bactéricide tuant les bactéries et leurs endospores, contrairement à de nombreux autres produits), comme fongicide (tuant les moisissures et les champignons). Il est pour ses propriétés utilisé pour stériliser des substances que des techniques reposant sur la chaleur, comme la pasteurisation, pourraient endommager.

En France, une campagne d'inspections (2002 à 2004) de l'Afssaps a évalué des sous-traitants de stérilisation (10 prestataires) de dispositifs médicaux à l’oxyde d’éthylène. Ils étaient prestataires pour le compte de fabricants (responsables de la mise sur le marché de ces produits) ou d’établissements de santé (3 prestataires)[15]. L'évaluation a aussi porté sur des fabricants réalisant cette opération pour leur propre compte (8 sociétés). L'évaluation a été faite au regard de la norme harmonisée NF EN 550 « Stérilisation de dispositifs médicaux / validation et contrôle de routine pour la stérilisation à l’oxyde d’éthylène » qui doit garantir que les dispositifs médicaux concernés sont bien conformes aux exigences du Code de la santé publique)[15]. Suite à cette campagne qui a conduit l'agence à formuler « Onze demandes de mise en conformité Charges de stérilisation hétérogènes dont 2 décisions de police sanitaire (dont 1 avec suites pénales) »[15], l'Afssaps a cherché à donner aux métiers de la santé des « précisions sur l'évolution de la réglementation » et a dès 2004 rappelé « les exigences réglementaires et normatives du procédé de stérilisation à l’oxyde d’éthylène aux prestataires de stérilisation, aux organismes professionnels concernés et aux organismes notifiés ».

Dans l'industrie de la chimie [modifier]

La majeure quantité d'oxyde d'éthylène industriel est utilisée comme intermédiaire dans la fabrication d'autres produits chimiques, comme l'éthylène glycol employé en tant que réfrigérant et antigel dans les automobiles, ou pour produire des polyéthers.

L'oxyde d'éthylène lui-même peut polymériser et former le polyéther polyéthylène glycol (ou oxyde de polyéthylène).

L'oxyde d'éthylène est aussi important dans l'industrie des détergents, dans un procédé appelé éthoxylation.

Un des types de dérivés de l'oxyde d'éthylène qui a le plus intéressé les chimistes sont les éthers en couronne, qui sont des oligomères cycliques de l'oxyde d'éthylène, possédant la propriété de former des composés ioniques dans des solvants non polaires. Cependant, leur prix prohibitif les a confinés au laboratoire.

Toxicité [modifier]

L'oxyde d'éthylène sous forme gazeuse est toxique, et des surexpositions peuvent causer des maux de tête, s'intensifiant au fur et à mesure de l'exposition, pouvant même mener à des convulsions voire au coma. C'est aussi un produit irritant pour la peau et les poumons, et son inhalation peut conduire à une inondation de ces derniers plusieurs heures après. L'exposition répétée augmente également le risque de cataracte.

L'oxyde d'éthylène est classé cancérogène pour l'homme par le Centre International de Recherche sur le Cancer.

Chez les animaux, l'oxyde d'éthylène peut provoquer de nombreux effets sur la reproduction, tel que des mutations ou des fausses couches. Ses effets sur la reproduction humaine n'ayant pas été étudiés en profondeur, on ne peut que conjecturer que l'oxyde d'éthylène produise les mêmes effets chez les humains.

Notes et références [modifier]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h OXYDE D'ETHYLENE, fiche de sécurité du Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques, consultée le 9 mai 2009
  2. Masse molaire calculée d’après Atomic weights of the elements 2007, sur www.chem.qmul.ac.uk.
  3. a et b (en) J. G. Speight, Norbert Adolph Lange, Lange's handbook of chemistry, McGraw-Hill, 2005, 16e éd., 1623 p. (ISBN 0071432205), p. 2.289 
  4. a, b et c (en) Robert H. Perry et Donald W. Green, Perry's Chemical Engineers' Handbook, USA, McGraw-Hill, 1997, 7e éd., 2400 p. (ISBN 0-07-049841-5), p. 2-50 
  5. Properties of Various Gases, sur flexwareinc.com. Consulté le 12 avril 2010
  6. (en) Irvin Glassman, Richard A. Yetter, Combustion, Elsevier, 2008, 4e éd., 773 p. (ISBN 978-0-12-088573-2), p. 6 
  7. (en) Carl L. Yaws, Handbook of Thermodynamic Diagrams, vol. 1, Huston, Texas, Gulf Pub. Co., 1996 (ISBN 0-88415-857-8) 
  8. (en) David R. Lide, Handbook of chemistry and physics, CRC, 2008, 89e éd., 2736 p. (ISBN 9781420066791), p. 10-205 
  9. « oxyde d'éthylène » sur ESIS, consulté le 17 février 2009
  10. IARC Working Group on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, « Evaluations Globales de la Cancérogénicité pour l'Homme, Groupe 1 : Cancérogènes pour l'homme », sur http://monographs.iarc.fr, CIRC, 16 janvier 2009. Consulté le 22 août 2009
  11. « Oxyde d'éthylène » dans la base de données de produits chimiques Reptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 25 avril 2009
  12. Numéro index 603-023-00-X dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  13. Ethylene oxide, sur hazmap.nlm.nih.gov. Consulté le 14 novembre 2009
  14. Roquebert, Marie-France. Les contaminants biologiques des biens culturels, 2002, P.296.
  15. a, b et c Voir page 68 du Rapport annuel 2004 de l'Afssaps