Outrage à agent public en France

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L'outrage à agent public est un outrage à l'égard d'une personne chargée d'une fonction publique ou dépositaire de l'autorité publique. Il constitue un délit du code pénal français pouvant être puni de 6 mois d'emprisonnement ferme et de 7 500 euros d'amende.

Qualification juridique du délit[modifier | modifier le code]

L'article 433-5 du Code pénal le définit ainsi[1] :

« Constituent un outrage puni de 7 500 euros d'amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques adressés à une personne chargée d'une mission de service public, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie. Lorsqu'il est adressé à une personne dépositaire de l'autorité publique, l'outrage est puni de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende. Lorsqu'il est commis en réunion, l'outrage prévu au premier alinéa est puni de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende, et l'outrage prévu au deuxième alinéa est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. »

Exemple de personnes chargées d'une mission de service public : instituteur, chauffeur de bus, sapeur-pompier, facteur, agent de surveillance de la voie publique (ASVP).

Exemple de personnes dépositaires de l'autorité publique : magistrat, préfet, policier municipal, policier national, gendarme, douaniers, agent de surveillance de Paris (ASP)[2], inspecteur ou contrôleur du travail, agents assermentés de la SNCF.

L'article 45 de la loi n°2002-1138 du 9 septembre 2002 modifie l'article 433-5 du code pénal :

Constituent un outrage puni de 7500 euros d'amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques adressés à une personne chargée d'une mission de service public, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie.

Lorsqu'il est adressé à une personne dépositaire de l'autorité publique, l'outrage est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende.

Lorsqu'il est adressé à une personne chargée d'une mission de service public et que les faits ont été commis à l'intérieur d'un établissement scolaire ou éducatif, ou, à l'occasion des entrées ou sorties des élèves, aux abords d'un tel établissement, l'outrage est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende.

Lorsqu'il est commis en réunion, l'outrage prévu au premier alinéa est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende, et l'outrage prévu au deuxième alinéa est puni d'un an d'emprisonnement et de 15000 euros d'amende.

Controverse[modifier | modifier le code]

Le délit d'outrage est de plus en plus relevé par les agents de l'autorité publique : l'Observatoire national de la délinquance a recensé 31 731 faits d’outrage à agents dépositaires de l’autorité en 2007 contre 17 700 en 1996, soit une augmentation de 79 %[3].

Les policiers sont ceux qui portent le plus souvent plainte pour outrage. Le Syndicat de la magistrature a condamné cette tendance, indiquant qu'elle était aussi un moyen de « faire du chiffre » [3]. Le sociologue Fabien Jobard constate qu'en outre, les sanctions sont de plus en plus sévères, 20 % des infractions à dépositaires de l'autorité publique (IDPAP) donnant lieu à des peines de prison ferme[4].

Le délit d'outrage est également présenté par certains observateurs comme un potentiel complément de rémunération pour certains policiers, lorsqu'ils se portent partie civile (soit pour les deux tiers des plaintes[4]), grâce aux dommages et intérêts versés par l'outrageur, qui vont en général de 100 à 500 euros – la procédure juridique leur étant par ailleurs gratuite car entièrement prise en charge par le ministère de l'Intérieur[5]. Cette hypothèse serait corroborée par le fait que le nombre de plaintes déposées varie grandement d'un policier à l'autre.

Néanmoins bon nombre de policiers outragés demandent réparation en se constituant partie civile pour le compte d'une association (ex : Orphéopolis) et donc ne sollicitent rien pour eux. [réf. nécessaire]

En juillet 2008, à l'initiative de Romain Dunand et Jean-Jacques Reboux, est créé le CODEDO (COllectif pour une DÉpénalisation du Délit d'Outrage)[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Art. 433-5 du Code Pénal
  2. Par jugement du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, en correctionnelle, le juge a confirmé par jugement que les agents de surveillance de Paris (ASP) étaient dépositaire de l'autorité publique (affaire T. contre X pour défaut de permis et outrage, condamnation 2 mois de prison et amende). Cour de Cassation, Chambre criminelle du 28 février 2001 affaire 00-83.381. Lien : http://www.easydroit.fr/jurisprudence/chambre-criminelle-28-Fevrier-2001-OUTRAGE-A-DEPOSITAIRE-DE-L-AUTORITE-PUBLIQUE-Personnes-prote/C263678/
  3. a et b Chloé Leprince, « Outrage à Sarkozy : faut-il passer par les tribunaux ? », Rue89,‎ 7 septembre 2008 (consulté le 2009-11-06)
  4. a et b Justice-police, en phase, Fabien Jobard, Le Monde, 31 octobre 2006.
  5. Police, quel respect pour l’uniforme ?, Stéphane Bentura, Envoyé spécial, 10 septembre 2009.
  6. Une pétition réclame l'abolition du délit d'outrage, le Nouvel Observateur, 2 décembre 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]