Otherkin

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Un heptagramme régulier {7/3}, connu sous le nom d' Elven Star (étoile elfique) ou Fairy Star (étoile féerique) est utilisé par certains membres des otherkin pour s'identifier[1]

Les otherkin sont des personnes qui se considèrent comme étant non-humaines. cette distinction s'est faite connaître à l'origine sur une communauté Internet anglophone. Les otherkin se considèrent eux-mêmes comme des créatures mythiques ou légendaires, ou bien des animaux. Ils expliquent leurs croyances par la réincarnation (posséder une âme non-humaine), l'ascendance, une métaphore symbolique[1] ou plus récemment un trouble psychologique. Beaucoup revendiquent un don de métamorphose mentale, mais non de métamorphose physique.

Les créatures auxquelles les otherkin s'identifient communément incluent surtout les loups et les dragons, mais aussi les anges, démons, elfes, licornes, extraterrestres, fées, kitsunes, lycanthropes et vampires, entre autres[2],[3]. Les personnes extérieures considèrent généralement les croyances des otherkin avec perplexité, sinon avec mépris[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le mot « Otherkin » est un néologisme formé par other (« autre ») et kin (« lignée ») en anglais, il se traduit donc par « autre lignée ». Le concept d'Otherkin semble apparaître en 1972, quand les premiers groupes de personnes s'identifient à des elfes[5]. La première utilisation enregistrée de l'expression « otherkin » pour les désigner est mentionnée en juillet 1990. Le mot « otherkin » lui-même est signalé dès avril 1990[1]. La plus ancienne ressource d'Internet mentionnant les otherkin est le « Digest Elfinkind », une Liste de diffusion entamée en 1990 par un étudiant de l'Université du Kentucky à destination des « elfes et des observateurs intéressés ». Toujours au début des années 1990, des newsgroups tels qu'alt.horror.werewolves[6] et alt.fan.dragons, sur Usenet, sont initialement créés pour que les fans de ces créatures se réunissent dans le contexte de la Fantasy, de la littérature et des films d'horreur, mais accueillent progressivement des personnes qui s'identifient comme des créatures mythologiques[1],[7]. En 1993, le groupe des therians (identifiés à des animaux) est ouvert, suivi l'année suivante par celui des dragons[5]. Il est possible que ces communautés aient pu exister de manière plus dispersée avant l'avènement des moyens de communication modernes ayant fourni un socle commun leur permettant d'entrer en contact[8]

Le 6 février 1995, un document intitulé le Elven Nation Manifesto (« manifeste de la nation elfique ») est publié sur Usenet, y compris à destination des groupes alt.pagan et alt.magick[9]. Sur Usenet lui-même, le document a été presque universellement considéré comme un troll ou une tentative d'une extrême naïveté. Cependant, de nombreuses personnes sont entrées en relation avec l'auteur original pour rejoindre sa liste de diffusion, « Digest Elfinkind », dont est issue le terme d'« otherkin »[10]. Ces otherkin sont pour la plupart des admirateurs des elfes et des membres de communautés en ligne du début et du milieu des années 1990[10].

Description[modifier | modifier le code]

Les otherkin sont réunis par la sensation selon laquelle ils sont « autre chose qu'humains ». Certains revendiquent leur filiation directe avec des créatures mythologique grâce à l'existence de textes fondateurs anciens mentionnant des créatures comme les ancêtres directs de communautés humaines, comme les elfes Tuatha Dé Danann en Irlande, les anges mentionnés dans la Bible ou les empereurs orientaux qui portaient le titre de « fils du dragon ». D'autres s'identifient à des animaux. La définition la plus courante des otherkins est que, « si leur enveloppe est humaine, leur âme ne l'est pas »[11]. Les témoignages insistent beaucoup sur la sensation d'être différent. La définition des otherkins s'est élargie avec le temps, notamment sous l'influence des revendications de la communauté LGBT : il s'agit pour une personne de revendiquer l'identité qu'elle s'est choisie, et le droit d'être respectée en tant que telle. Le néologisme récent de « transespèces », créé en France, témoigne d'une volonté de se détacher de tout mysticisme[5].

Il existe différentes communautés, en fonction des animaux ou des créatures concernés. La majorité sont des loups et des drasons[5] (Draconity, « draconiques »)[12],[13]. Les therians se décrivent comme étant « en partie des animaux ». Certaines personnes identifiées à des vampires imitent le mode de vie de ces créatures légendaires. Vampires et thérians sont généralement considérées comme faisant partie des otherkin par la plupart de ceux-ci, mais leurs croyances et leurs pratiques sont distinctes, et ils rejoignent des mouvements qui leur sont propres en dépit de ces quelques points communs[1]. Les otherkins sont également assez proches de la comunauté furry, qui se décrit par une attirance pour les animaux anthropomorphes. Il est également possible pour un otherkin d'avoir plusieurs « personnalités » non-humaines[5].

La plupart des otherkins se retrouvent sur des forums internet où la moyenne d'âge va de 15 à 24 ans, mais tous les âges peuvent être concernés. La plupart sont américains, mais il existe des communautés dans d'autres pays, notamment en France. Internet joue un rôle fondamental, en leur permettant de communiquer, de se rencontrer et d'échanger sur leurs sentiments et leurs expériences. En 2014, il existe des blogs, plusieurs dizaines de mailing lists, chats, forums et encyclopédies en ligne. Des rencontres physiques ont pu être organisées[5].

Expériences[modifier | modifier le code]

Selon leurs témoignages, les otherkins peuvent expérimenter la réincarnation, le voyage astral, la perception des auras et une télépathie permettant de percevoir des émotions et des sensations. Les voyages astraux leur permettraient de voir leur personnalité non-humaine dans une transe hors du corps. Le témoignage le plus partagé est celui du « shift », moment où la personnalité non-humaine domine, et la sensation fréquente de ne pas être humain. Tous ne partagent pas la croyance aux expériences paranormales ni une vision liée à la spiritualité. Certains otherkins pensent avoir une simple « anormalité psychologique », et expérimenter des crises proches de celles des personnes atteintes du syndrome d'Asperger[5].

Explications et analyses[modifier | modifier le code]

Les otherkin s'appuient principalement sur la croyance en la réincarnation et la transmigration des âmes. Leur vie antérieure en tant que créature mythologique aurait affecté leur incarnation actuelle, selon cette idéologie[11]. En 2001, Village Voice rapproche un groupe d’elfkins américains du courant New Age initié dans les années 1980. La sociologue Danielle Kirby rejoint cette interprétation, ajoutant que les convictions des thérians et des otherkins se rapprochent du néopaganisme, malgré un certain flou dans les idées. De même, tous les otherkins n'adhèrent pas à un système de croyances païen. Il n'existe ainsi ni rite, ni pratique commune, seulement un partage d'expériences personnelles. Certains membres ont cependant des croyances rattachées au mouvement New Âge (enfants indigos) ou au chamanisme (appel au « nettoyage d'aura »)[5].

Accueil[modifier | modifier le code]

Les otherkins sont généralement considérés avec méfiance, leur présence sur internet a entraîné en retour une vague de critiques. La plupart y voient un « passe-temps d’adolescent en mal de reconnaissance ». Une autre critique est issue du mouvement LGBT, considérant que les otherkins ridiculisent leurs propres arguments en assimilant reconnaissance de l'appartenance à un genre et reconnaissance de l'appartenance à une espèce[5].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

la série télévisée Animorph, diffusée à la fin des années 1990, met en scène des humains qui se transforment en animaux[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Lupa 2007, p. 25-26, 50, 52
  2. (en) Nick Mamatas, « Elven Like Me », The Village Voice, New York, vol. 46, no 7,‎ February 20 2001, p. 35 (lire en ligne)
  3. Penczak 2007, p. 416–417; 441
  4. (en) « Nonsense in America:The Lure of the Irrational », Wooster.edu (consulté le 8 mars 2006)
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Clairouin 2014
  6. (en) Chantal Bourgault Du Coudray, The Curse of the Werewolf: Fantasy, Horror and the Beast Within, London, I. B. Tauris,‎ 2006, poche (ISBN 978-1-84511-158-8)
  7. (en) D. Cohen, Werewolves, New York, Penguin,‎ 1996, 1e éd. (ISBN 978-0-525-65207-6, liens OCLC? et LCCN?), p. 104
  8. (en) Daniele Kirby, Alternative Worlds: Metaphysical questing and virtual community amongst the Otherkin http://escholarship.library.usyd.edu.au/journals/index.php/SSR/article/view/259/238
  9. (en) Adrian Mulvaney aka Morningstar, Elven Nation Manifesto in The Elven Nation Manifesto…..everyone must read this!!!!, 6 février 1995, message posté sur les newsgroups alt.astrology, alt.consciousness, alt.dreams, alt.folklore.ghost-stories, alt.magick, alt.magick.sex, alt.meditation, alt.mythology, alt.out-of-body, alt.pagan et soc.culture.celtic. lire en ligne via Google Groups
  10. a et b (en) Willow Polson, The Veil's Edge: Exploring the Boundaries of Magic, New York, Citadel Press,‎ 2003, poche (ISBN 978-0-8065-2352-1, lien LCCN?), p. 95
  11. a et b Tirl Windtree, « What are otherkin » (consulté le 15 septembre 2009)
  12. The Draconity FAQ
  13. alt.fan.dragons

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Lupa, A Field Guide to Otherkin, Stafford, Immanion Press,‎ 2007, 1e éd., poche (ISBN 978-1-905713-07-3, lien OCLC?), p. 25–26, 50, 52
  • (en) Christopher Penczak, Ascension Magick: Ritual, Myth & Healing for the New Aeon, Woodbury, Llewellyn Worldwide,‎ 2007, 1e éd., poche (ISBN 978-0-7387-1047-1, lien LCCN?), p. 416–417;441