Ossuaire de Silwan

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L'ossuaire de Silwan est une urne funéraire, contenant des ossements, trouvée en Israël en 2002. Il porte une inscription en araméen qui se traduit par « Jacques fils de Joseph, frère de Jésus » et daterait du Ier siècle. D'aucuns en déduisent qu'il s'agit des os du propre frère de Jésus de Nazareth.

Depuis se sont engagées :

  • une bataille de spécialistes sur l'authenticité de l'ossuaire
  • une bataille de théologiens sur la nécessité ou non de reconsidérer le fait que Jésus, celui des chrétiens, avait eu des frères et, que, de ce fait, comment penser « toujours vierge » à propos de Marie ?

Certains avancent que le prénom Jésus était assez répandu dans la Palestine du temps et qu'il devait bien s'en trouver plus d'un parmi eux dont le frère ait pu se prénommer Jacob ou Iacoub.

D'après l'épigraphiste français André Lemaire, qui a été le premier à expertiser l'ossuaire, l'analyse de la graphie de cette inscription correspond à cette période des deux premiers tiers du Ier siècle, la forme cursive du aleph, dalet et yod pouvant constituer un indice en faveur d'une datation plus proche de 70 que du tout début de notre ère.

L’ossuaire appartient à Oded Golan, collectionneur israélien renommé, qui a été faussement accusé d'être un faussaire et même mis en prison avant d'être innocenté par la justice israélienne le 14 mars 2012.

Premières annonces[modifier | modifier le code]

En octobre 2002, l'épigraphiste français André Lemaire rend public l'existence d’un ossuaire en calcaire du premier siècle de notre ère[1], qui selon lui, avait probablement contenu les ossements de Jacques le Juste, le frère de Jésus de Nazareth[2]. L’ossuaire est une petite urne de pierre, couramment utilisée par les Juifs de l'époque pour conserver les ossements d’un défunt, un an après sa mort, lorsque les chairs ont disparu, et que les os ont été purifiés par la terre d'Israël. De tels ossuaires ont été utilisés du Ier siècle av. J.-C. au IIe siècle. Celui-ci comporte une inscription en araméen, la langue courante de la Palestine à l'époque de Jésus[2]:

« Ya'akiv bar Yosef akhui di Yeshua » ce qui signifie « Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus ».

Même si les noms de Jacques, Joseph et Jésus étaient très courants à l'époque, selon les calculs d'André Lemaire, pendant les sept premières décennies du Ier siècle, Jérusalem ne devait pas avoir compté plus de vingt individus appelés Jacques et simultanément fils d'un Joseph et frère d'un Jésus[3]. En revanche, il était très inhabituel de mentionner le nom d'un frère sur un ossuaire après celui du père (il n’existe qu’un seul autre cas de cette pratique), ce qui suggère que ce frère était un personnage important[3].
Le propriétaire de l'ossuaire, l'antiquaire Oded Golan, fournit plusieurs versions des conditions de son acquisition[3]. Selon la dernière, c'est en 1975 qu'un marchand de la vieille ville de Jérusalem lui aurait vendu l'ossuaire qui provenait des environs de Silwan[4], ce qui est compatible avec le témoignage d'Hégésippe qui indique que Jacques a été enterré à l'endroit même où il est mort, après avoir été précipité du pinacle du Temple. Malgré quelques objections et même l'avis de certains experts pour qui la première partie de l'inscription datait probablement du Ier siècle, mais la seconde (frère de Jésus) avait été gravée par une autre personne, un ou deux siècles plus tard, un grand nombre d'historiens et d'exégètes ont rapidement été convaincus de son authenticité[5].

L'expertise de l'Autorité des Antiquités d'Israël[modifier | modifier le code]

En 2003, l'Autorité des Antiquités d'Israël décide de procéder à une expertise détaillée de l'ossuaire de Jacques, portant l'inscription Jacques fils de Joseph frère de Jésus[6]. Deux sous-commissions sont formées[5] : une équipe étudie le texte de l'inscription[7], une autre expertise porte sur le matériel[8]. Les mêmes experts sont, en même temps, chargés de déterminer l'authenticité d'une inscription de dix lignes du roi Yehoash trouvée sur le mont du Temple.

Le 18 juin 2003, le département des antiquités israéliennes publie les résultats de trois mois de travail[5]. La sous-commission des épigraphistes ne put se mettre d'accord sur l'authenticité de l'inscription[5]. Une partie des spécialistes chargés de l'expertise du texte penchent alors pour la non-authenticité de l'inscription, qui semblerait avoir été ajoutée postérieurement à l'ossuaire et dont les lettres sembleraient imitées à partir d'inscriptions contemporaines. L'un des experts (Roni Reich), cependant, ne décèle rien d'anormal mais, compte tenu des résultats de l'expertise sur le matériel effectuée par l'autre sous-commission, il se déclare convaincu qu'il s'agit d'une contrefaçon.

En revanche, les conclusions de l'autre sous-commission ont été adoptées à l'unanimité[5]. Dans l'étude du matériel, la datation au carbone 14 ne permet aucune conclusion (on sait que les datations doivent être faites à partir de matériaux organiques tels que les noyaux d'olives). Selon Uzi Dahari, directeur adjoint de l'Autorité des antiquités d'Israël, des différences d'épaisseur et de profondeur de la gravure montrent que la première partie de l'inscription (« Jacques fils de Joseph ») n'a pas été gravée avec le même burin que la seconde partie (« frère de Jésus »), les caractères comportent d'ailleurs des différences de style. Selon Jacques Neguer, conservateur expert de l'Autorité des antiquités d'Israël, une patine artificielle faite de grains ronds est déposée sur l'inscription et à son voisinage immédiat, en contraste avec la patine qui recouvre l'ensemble de l'ossuaire. L'inscription traverse la patine initiale et semble avoir été écrite par deux auteurs différents à l'aide de deux outils différents. Selon Orna Cohen, conservatrice de l'université hébraïque de Jérusalem, la première partie de l'inscription est rajoutée, elle traverse la patine initiale et elle est revêtue d'une patine artificielle constituée de poussière de craie et d'eau appliquée sur l'inscription. Selon le professeur Yoval Goren, archéologue à l'université de Tel Aviv, expert en pétrographie et identification des matériaux, l'inscription a été nettoyée ou gravée récemment, elle a probablement été enduite d'un mélange de craie ou de poudre de gravure dissous dans de l'eau chaude. Selon Avner Ayalon, géologue du Geological Survey of Israel, expert en analyse isotopique des roches, l'oxygène des molécules de carbonate de calcium de la patine a une composition isotopique différente dans la patine de l'ensemble de l'ossuaire et dans l'inscription. Alors que la patine de l'ensemble de l'ossuaire est normale compte tenu des conditions climatiques de Jérusalem, la composition de la patine de l'inscription montre qu'elle est faite d'un matériau qui a été chauffé[9], probablement d'un mélange de poudre et d'eau chaude.

« Les experts ont conclu que l'ossuaire était ancien et provenait de la région de Jérusalem. Cependant, ils ont constaté que la patine recouvrant l'inscription était différente de celle recouvrant le reste de l'ossuaire et ne pouvait avoir été produite par un vieillissement naturel dans les conditions climatiques de la Judée[10]. » Pour Pierre-Antoine Bernheim, un faussaire a probablement gravé l'inscription longtemps après la formation de la patine, puis a recouvert cette inscription d'une patine artificielle[11]. Toutefois André Lemaire maintient son identification et estime que l’inscription est authentique[12]. Il s'appuie pour cela sur les conclusions du professeur Yuval Goren pour qui « l'inscription a été faite ou nettoyée dans la période moderne[12]. »

Les conclusions du procès[modifier | modifier le code]

Le 14 mars 2012, la justice israélienne rend son verdict dans le procès intenté par l’État d’Israël contre le collectionneur israélien Oded Golan et le vendeur d’antiquités Robert Deutsch[13]. Après cinq ans de procès, 116 audiences, 133 témoins, 12 000 pages de témoignages, près de 18 mois d’attente du verdict, ce qui a été qualifié de « procès en contrefaçon du siècle » « a finalement abouti à un aveu d’impuissance de la justice israélienne face à la science et aux querelles d’experts[13]. »

Le verdict du juge Aharon Farkash indique que « l’accusation a échoué à prouver au-delà du doute raisonnable ce qui était établi dans l’acte d’accusation à savoir que l’ossuaire est un faux et qu’Oded Golan ou quelqu’un agissant pour lui l’a forgé de toutes pièces. Cela ne veut pas dire que l’inscription figurant sur l’ossuaire est véritable et authentique et ait été écrite il y a 2000 ans […]. Rien dans ces différents éléments ne prouve que ces objets soient forcément authentiques[13]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Avner Ayalon, Miryam Bar-Matthews et Yuval Goren, Authenticity Examination of the Inscription on the Ossuary Attributed to James, Brother of Jesus, Journal of Archaeological Science, vol. 31, n° 8, août 2004, pp. 1185-1189. Le contenu de cet article est disponible en ligne.
  • Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 7 à 10.
  • La position d'André Lemaire sur l'authenticité de l'ossuaire

N.B. La Biblical Archaeology Review n'est pas une revue professionnelle à comité de lecture, les autres médias qui se font les échos d'une controverse passionnée non plus. Le travail de Krumbein, notamment, qui n'a pas jusqu'ici fait l'objet d'une publication professionnelle, n'a pas été validé par la communauté scientifique pour l'instant. Il n'existe donc aucune symétrie entre la publication d'Ayalon, Bar-Matthews et Goren (validée) et le simple texte de Krumbein et Ossietzky (non validé) qui circule dans les médias. Sur le processus de la validation scientifique par une publication, voir Méthodes scientifiques de l'archéologie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.info-bible.org/histoire/ossuaire.htm
  2. a et b Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 7.
  3. a, b et c Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 8.
  4. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 8-9.
  5. a, b, c, d et e Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 9.
  6. (en) Final Reports on the Yehoash Inscription and James Ossuary from the Israeli Antiquities Authority.
  7. Dr. Gideon Avni, Israel Antiquities Authority ; Prof. Shmuel Ahituv et Prof. Avigdor Horowitz, université Ben Gurion ; Dr. Tal Ilan, Prof. Amos Kloner et Dr. Esther Eshel, université Bar Ilan ; Dr. Hagai Misgav, université hébraïque de Jérusalem ; Prof. Roni Reich, université d'Haifa
  8. Dr. Uzi Dahari, Israel Antiquities Authority ; Prof. Yuval Goren, université de Tel Aviv ; Dr. Avner Ayalon, Geological Survey of Israel ; Dr. Elisabetta Boaretto, Weizmann Institute of Science ; Ms. Orna Cohen, conservatrice de l'Université hébraïque de Jérusalem ; M. Jacques Neguer, conservateur expert de l'Israel Antiquities Authority
  9. Les isotopes de l'oxygène diffèrent par leur masse, leur comportement chimique est légèrement différent en fonction de l'humidité et de la température.
  10. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 9-10.
  11. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 10.
  12. a et b André Lemaire, The inscription and the ossuary are authentic, Paris-Sorbonne, avril 2004, p. 4-5.
  13. a, b et c Le Monde de la Bible, Le « procès en faux du siècle » accouche d’une souris, 1 novembre 2013, paru une première fois dans Le Monde de la Bible no 201, « Aux origines du Coran » (juin-juillet août 2012).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]