Ossuaire de Silwan
L'ossuaire de Silwan est une urne funéraire, contenant des ossements, trouvée en Israël en 2002. Il porte une inscription en araméen qui se traduit par « Jacques fils de Joseph, frère de Jésus » et daterait du Ier siècle. D'aucuns en déduisent qu'il s'agit des os du propre frère de Jésus de Nazareth.
Depuis se sont engagées :
- une bataille de spécialistes sur l'authenticité de l'ossuaire
- une bataille de théologiens sur la nécessité ou non de reconsidérer le fait que Jésus, celui des chrétiens, avait eu des frères et, que, de ce fait, comment penser « toujours vierge » à propos de Marie ?
Certains avancent que le prénom Jésus était assez répandu dans la Palestine du temps et qu'il devait bien s'en trouver plus d'un parmi eux dont le frère ait pu se prénommer Jacob ou Iacoub.
D'après Rochelle L. Altmann, animatrice de la liste Orion qui traite de Qumran, l'inscription ne serait pas réellement en araméen.
L’ossuaire appartient à Oded Golan, collectionneur israélien renommé, qui a été accusé d'être un faussaire et mis en prison. On aurait retrouvé chez lui du matériel pour fabriquer de fausses antiquités. Selon d’autres sources, il est seulement accusé de détenir illégalement l'ossuaire, revendiqué par l’État d’Israël. Relâché, il nie les faits : quelques jours après son arrestation, il n’était toujours pas officiellement poursuivi.
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L'expertise de l'Autorité des Antiquités d'Israël [modifier]
En 2003, l'Autorité des Antiquités d'Israël décide de procéder à une expertise détaillée de l'ossuaire de Jacques, portant l'inscription Jacques fils de Joseph frère de Jésus[1]. Une double enquête est menée : une équipe étudie le texte de l'inscription[2], une autre expertise porte sur le matériel[3]. Les mêmes experts sont, en même temps, chargés de déterminer l'authenticité d'une inscription de dix lignes du roi Yehoash trouvée sur le mont du Temple.
Les spécialistes chargés de l'expertise du texte penchent alors pour la non-authenticité de l'inscription, qui semble avoir été ajoutée postérieurement à l'ossuaire et dont les lettres semblent imitées à partir d'inscriptions contemporaines. L'un des experts (Roni Reich), cependant, ne décèle rien d'anormal mais, compte tenu des résultats de l'expertise sur le matériel, il se déclare convaincu qu'il s'agit d'une contrefaçon. Pour les experts, aucun lien entre cet ossuaire trouvé à Jérusalem et Jésus de Nazareth ne peut être établi.
Dans l'étude du matériel, la datation au carbone 14 ne permet aucune conclusion (on sait que les datations doivent être faites à partir de matériaux organiques tels que les noyaux d'olives). Selon Uzi Dahari, directeur adjoint de l'Autorité des antiquités d'Israël, des différences d'épaisseur et de profondeur de la gravure montrent que la première partie de l'inscription (« Jacques fils de Joseph ») n'a pas été gravée avec le même burin que la seconde partie (« frère de Jésus »), les caractères comportent d'ailleurs des différences de style. Selon Jacques Neguer, conservateur expert de l'Autorité des antiquités d'Israël, une patine artificielle faite de grains ronds est déposée sur l'inscription et à son voisinage immédiat, en contraste avec la patine qui recouvre l'ensemble de l'ossuaire. L'inscription traverse la patine initiale et semble avoir été écrite par deux auteurs différents à l'aide de deux outils différents. Selon Orna Cohen, conservatrice de l'université hébraïque de Jérusalem, la première partie de l'inscription est rajoutée, elle traverse la patine initiale et elle est revêtue d'une patine artificielle constituée de poussière de craie et d'eau appliquée sur l'inscription. Selon le professeur Yoval Goren, archéologue à l'université de Tel Aviv, expert en pétrographie et identification des matériaux, l'inscription a été nettoyée ou gravée récemment, elle a probablement été enduite d'un mélange de craie ou de poudre de gravure dissous dans de l'eau chaude. Selon Avner Ayalon, géologue du Geological Survey of Israel, expert en analyse isotopique des roches, l'oxygène des molécules de carbonate de calcium de la patine a une composition isotopique différente dans la patine de l'ensemble de l'ossuaire et dans l'inscription. Alors que la patine de l'ensemble de l'ossuaire est normale compte tenu des conditions climatiques de Jérusalem, la composition de la patine de l'inscription montre qu'elle est faite d'un matériau qui a été chauffé[4], probablement d'un mélange de poudre et d'eau chaude.
Selon le rapport final de l'expertise, adopté à l'unanimité des experts, l'inscription « Jacques fils de Joseph frère de Jésus » est une contrefaçon recouverte d'une patine qui a été artificiellement fabriquée.
Bibliographie [modifier]
- Avner Ayalon, Miryam Bar-Matthews et Yuval Goren, Authenticity Examination of the Inscription on the Ossuary Attributed to James, Brother of Jesus, Journal of Archaeological Science, vol. 31, n° 8, août 2004, pp. 1185-1189. Le contenu de cet article est disponible en ligne.
N.B. La Biblical Archaeology Review n'est pas une revue professionnelle à comité de lecture, les autres médias qui se font les échos d'une controverse passionnée non plus. Le travail de Krumbein, notamment, qui n'a pas jusqu'ici fait l'objet d'une publication professionnelle, n'a pas été validé par la communauté scientifique pour l'instant. Il n'existe donc aucune symétrie entre la publication d'Ayalon, Bar-Matthews et Goren (validée) et le simple texte de Krumbein et Ossietzky (non validé) qui circule dans les médias. Sur le processus de la validation scientifique par une publication, voir Méthodes scientifiques de l'archéologie.
Notes et références [modifier]
- (en) Final Reports on the Yehoash Inscription and James Ossuary from the Israeli Antiquities Authority.
- Dr. Gideon Avni, Israel Antiquities Authority ; Prof. Shmuel Ahituv et Prof. Avigdor Horowitz, université Ben Gurion ; Dr. Tal Ilan, Prof. Amos Kloner et Dr. Esther Eshel, université Bar Ilan ; Dr. Hagai Misgav, université hébraïque de Jérusalem ; Prof. Roni Reich, université d'Haifa
- Dr. Uzi Dahari, Israel Antiquities Authority ; Prof. Yuval Goren, université de Tel Aviv ; Dr. Avner Ayalon, Geological Survey of Israel ; Dr. Elisabetta Boaretto, Weizmann Institute of Science ; Ms. Orna Cohen, conservatrice de l'Université hébraïque de Jérusalem ; M. Jacques Neguer, conservateur expert de l'Israel Antiquities Authority
- Les isotopes de l'oxygène diffèrent par leur masse, leur comportement chimique est légèrement différent en fonction de l'humidité et de la température.
Liens externes [modifier]
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- L’ossuaire de Jacques, le frère de Jésus ?, par Émile Puech
- L’ossuaire de Jacques, frère de Jésus, par André Lemaire
- Jacques, frère de Jésus... Un ossuaire troublant, par André Larané, article du Monde de la Bible
- (en) « Jesus box » exposed as fake (CNN, juin 2003)
- (en) Is Oded Golan behind biblical scholarship's biggest fraud ring? An unholy row goes to court, par David Rowan, du magazine du Daily Telegraph