Ossolineum

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51° 06′ 49″ N 17° 02′ 12″ E / 51.11361111, 17.03666667

L'ancien immeuble abritant l'Ossolineum à Leopol.
Édifice de l'Ossolineum actuel de Lviv (en polonais Lwów).
Édifice de l'Ossolineum actuel transféré à Wroclaw

L'Ossolineum (ou en polonais : Zakład Narodowy im. Ossolińskich - ZNiO, Institut national Ossoliński) est une fondation d'une importance extrême pour la science et la culture polonaise (jusqu'en 1939, elle réunissait une bibliothèque, une maison d'édition et le Musée Lubomirski). L'Ossolineum a été fondé en 1817 par Józef Maksymilian Ossoliński, et ouvert à Lwów en 1827, alors sous administration autrichienne.

C'était une des fondations les plus importantes de la culture polonaise, car l'Ossolineum comprenait une bibliothèque d'une extrême richesse, qui était la deuxième dans le pays pour la taille après la Bibliothèque Jagellonne. Des revenus venant des propriétés foncières léguées par son fondateur et gérées par ses curateurs fournissaient à l'Institut de quoi subsister.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation et développement[modifier | modifier le code]

Depuis sa fondation jusqu'à 1945, l'Institut national Ossoliński était installé dans un ancien couvent et à l'église des carmes du 2 rue Ossolińscy à Lwów. Après le premier partage de la Pologne et la dissolution d'un grand nombre de maisons religieuses par l'empereur d'Autriche Joseph II, les bâtiments du couvent tombent en ruines. La restauration de l'édifice est due à Józef Bem. En 1823, le musée Lubomirski, qui avait été fondé par le prince Henryk Lubomirski, est rattaché à l'Institut Ossoliński.

Sous l'administration autrichienne en Galicie, c'est entre autres à l'Ossolineum que se concentrait le mouvement intellectuel polonais, mais il connut de nombreuses perquisitions et arrestations de la part des autorités autrichiennes qui redoutaient les mouvements indépendantistes.

Conformément à l'intention de son fondateur, l'Ossolineum est devenu l'un des centres de recherche les plus importants sur l'histoire et la littérature polonaise en raison du fait qu'il contient alors l'une des plus grandes collections de livres en Pologne ainsi qu'une grande collection de manuscrits et d'autographes, parmi lesquels on trouve des manuscrits médiévaux et des incunables.

L'Ossolineum comprend également des archives et des collections de livres plus petites : Jabłonowski, Poniński, Pawlikowski, Skarbek, Balzer, Sapieh, Lubomirski, Mniszek.

La bibliothèque possède un caractère national c'est-à-dire que la section polonaise est la plus importante et qu'elle vise à réunir l'ensemble des œuvres scientifiques et littéraires polonaises. L'Ossolineum est propriétaire des manuscrits des plus grands écrivains et poètes polonais: Mickiewicz, Ansyk, Sienkiewicz, Kasprowicz, Reymont, Żeromski, Słowacki, etc.

Avant la Seconde Guerre mondiale la bibliothèque de l'Ossolineum se composait de 220 000 ouvrages, de plus de 6 000 manuscrits, de plus de 9 000 autographes, de plus de 2 000 diplômes et de plus de 3 000 cartes (la collection de J. M. Ossoliński de l'année 1827 comprenait 10 121 ouvrages, 19 055 volumes, des doubles, 567 manuscrits en 715 volumes, 133 cartes, 1 445 illustrations).

L'Ossolineum avait également en Pologne la collection la plus grande et la plus complète de la presse polonaise des XIXe et XXe siècles.

La Guerre et l'Occupation[modifier | modifier le code]

Après l'occupation brutale de Lwów par l'Union soviétique en septembre 1939, une réorganisation importante s'ensuivit pour l'Ossolineum et, en 1940, l'Institut national Ossoliński fut fermé par l'envahisseur. Pendant l'occupation allemande de Lwów (du 29 juin 1941 au 27 juillet 1944), la bibliothèque de l'Ossolineum fut incorporée dans la structure de la Staatsbibliothek allemande de Lemberg (nom allemand de Lwów). Après que l'armée soviétique eut repris Lwów, en août 1944, cette bibliothèque recommença à fonctionner comme une simple section polonaise de la Bibliothèque de l'Institut des sciences de Lvov (forme russe de Lwów).

Au début de 1944, cependant, le gouvernement allemand avait décidé de transférer non seulement la collection de Bibliothèque de Lwów, mais aussi la bibliothèque universitaire et polytechnique et la Société scientifique Chevtchenko.

Selon les ordres des Allemands, deux transports, avaient été préparés par le professeur Mieczysław Gębarowicz, qui dirigeait l'Ossolineum pendant la guerre ; ils étaient censés ne comprendre que la littérature allemande spécialisée et une collection de livres de référence appartenant à la salle de lecture principale. En fait il s'agissait des documents les plus précieux de l'Ossolineum et qui avaient été soigneusement choisis. Au total, il y avait environ 2 300 manuscrits, 2 200 documents (des diplômes), 1 700 livres imprimés anciens, 2 400 images et dessins venant d'une ancienne collection du Musée Lubomirski, la collection Pawlikowski et des centaines de pièces de numismatique anciennes. S'y ajoutaient environ 170 des manuscrits les plus précieux d'une autre fondation polonaise, la Bibliothèque Baworowski, ainsi que les manuscrits et les incunables les plus précieux de la Bibliothèque universitaire de Lwów. Parmi les ouvrages des XIXe et XXe siècles qui avaient été évacués figuraient les autographes de Pan Tadeusz d'Adam Mickiewicz, la totalité des manuscrits qu'avait légués Juliusz Slowacki (avec des autographes de Mazepa, Lilla Weneda, Król-Duch) et Aleksander Fredro (avec des autographes de Pan Jowialski, Śluby panienskie, Zemsta et Dożywocie) et encore des autographes des œuvres de Seweryn Goszczyński, Teofil Lenartowicz, Joseph Conrad, Henryk Sienkiewicz (avec des autographes du Déluge), Józef Ignacy Kraszewski, Jan Kasprowicz, Władysław Reymont (avec l'autographe de Chłopi), Stefan Żeromski.

En outre, le legs consistant en manuscrits des érudits de Lwów fut également évacué : Wojciech Kętrzyński, Ludwik Bernacki, Balzer, Karol Szajnocha, ainsi que les archives du mouvement activiste paysan galicien de Bolesław et Maria Wysłouch. En ce qui concerne les documents, on choisit les manuscrits les plus anciens et qui avaient le plus de valeur, à commencer par les documents du pape Grégoire IX de 1227 et du prince silésien Henri Ier le Barbu de 1229.

La collection de l'Ossolineum atteignit Cracovie en mars et avril 1944, où on pensait qu'ils pourraient survivre aux opérations militaires dans une cave de la bibliothèque Jagellonne. De façon inattendue, cette collection fut transférée pendant l'été 1944 plus à l'ouest par les Allemands pour être conservée à Adelin (Zgrodno) près de Złotoryja en Basse-Silésie. Heureusement, elle a survécu à toute la guerre et en 1947 elle a été incorporée dans la collection de la Bibliothèque de l'Ossolineum remise en activité à Wrocław (en allemand Breslau) dans l'ancien St. Matthias-Gymnasium.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

En 1946, les collections de la Bibliothèque de l'Institut national Ossoliński de Lwów arrivèrent à Wrocław (en allemand Breslau) par deux trains chargés et dans des wagons scellés ; la ville était toujours en ruines à cette époque et ces collections n'ont été ouvertes aux lecteurs qu'en septembre 1947.

Collection[modifier | modifier le code]

Partage[modifier | modifier le code]

En 1946-1947 les autorités soviétiques ukrainiennes procédèrent au partage des collections de l'Ossolineum de Lwów. Ils suivirent la règle selon laquelle devait rester dans cette ville tout le matériel qui concernait les territoires situés à l'est de la ligne Curzon ou qui (selon l'opinion de la commission soviétique ukrainienne) faisait allusion à l'histoire et à la culture de l'Ukraine occidentale ainsi que ceux qui, d'une façon ou d'une autre, se rapportaient à la Russie, la Biélorussie, la Podolie, la Volhynie, la Lituanie ou la Turquie. Cette règle s'est appliquée même à du matériel, dans lequel ne figurait qu'une simple mention de l'Ukraine occidentale.

Il y eut un cas où une grande collection de papiers concernant la Grande-Pologne et la Silésie ne put être restituée à la Pologne, parce qu'il s'y trouvait une page et une seule sur Jovkva (Żókiew). On appliquait le même principe au matériel étranger qui, selon l'opinion de la commission soviétique ukrainienne, n'avait pas de rapport avec la Pologne.

À l'origine les Ukrainiens envisageaient de ne rendre que 30 000 volumes de la Bibliothèque de l'Ossolineum. Ce nombre de livres fut plusieurs fois augmenté et, en mai 1946, il atteignit finalement 150 000 imprimés anciens, des imprimés des XIXe et XXe siècles et des manuscrits. Cela ne faisait que 15 à 20 % de la totalité de la collection entière, du fait que les collections graphiques et cartographiques et presque toute la collection de périodiques polonais à partir des XIXe et XXe siècles n'ont pas été prises en considération.

La délégation polonaise n'eut droit qu'à un simple rôle d'exécution, tandis que c'étaient les Ukrainiens qui décidaient, contrôlaient et organisaient. Les locaux où le matériel était emballé étaient fermés et l'accès en était interdit au personnel polonais. L'ensemble du travail fut mené d'ailleurs dans la plus grande hâte.

Pour le partage des collections, on appliqua des critères invraisemblables. Parmi ceux qui étonnent le plus figure l'acte abdication du roi Stanislas-Auguste Poniatowski, parce qu'il avait été signé à Grodno (aujourd'hui Hrodna), des documents écrits par Comenius à Leszno parce qu'il était originaire de Bohême, tous les documents concernant les dissidents, les documents sur la Confédération de Bar, et la correspondance diplomatique relative aux partages de la Pologne.

Destins séparés[modifier | modifier le code]

La nef centrale de l'église des Jésuites de Lvov avec la collection de la presse polonaise en 2006.
Leopol[modifier | modifier le code]

C'est à Lvov (Lviv en ukrainien, Lwów en polonais) qu'est demeurée l'inestimable collection, qui est restée à l'abandon et « provisoirement » stockée pendant cinquante ans à l'église des jésuites (dédiée à saint Pierre et à saint Paul). La Bibliothèque scientifique nationale ukrainienne W. Stefanyk de Lviv a remplacé l'Institut national Ossoliński.

Wrocław[modifier | modifier le code]

Depuis 1947, la Bibliothèque de l'Ossolineum de Wroclaw a repris les collections de l'Ossolineum de Lwów que la Pologne avait pu récupérer auprès des autorités soviétiques. Après la nationalisation des propriétés foncières en 1945, les fonds ont été nationalisés également et inscrits au budget de l'État. En 1953, quand l'Académie polonaise des sciences a été fondée, la bibliothèque de l'Ossolineum et sa maison d'édition sont devenues deux membres distincts des institutions de l'Académie, tandis que le Musée Lubomirski était fermé.

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Conformément à l'Acte du 5 janvier 1995, l'Institut national Ossoliński a obtenu le statut de fondation subventionnée par l'État, en même temps que l'Ossolineum cessait d'être un institut dépendant de l'Académie polonaise des Sciences. Des relations entre l'Ossolineum et la Bibliothèque Stefanyk ont été établies au début des années 1990, mais pendant longtemps ce que proposait chaque partie était rejeté par l'autre. En 1997, la Pologne a proposé le retour en Pologne de toutes les collections de l'Ossolineum. En 2003, l'Ossolineum a obtenu d'avoir un accès complet à la collection polonaise conservée à la Bibliothèque Stefanyk avec possibilité de copier (par numérisation et microfilmage) et de faire le travail d'analyses par des spécialistes polonais. Il y eut enfin accord pour une copie réciproque par numérisation des collections polonaises à Lviv (Lvov) et des documents ukrainiens à Wrocław.

En 2006, une antenne de l'Institut national Ossoliński de Wrocław a été ouverte à Lviv. Elle est située dans l'édifice de l'ancienne Bibliothèque Baworowski rénovée avec l'aide de la Pologne. Elle se compose d'une salle d'exposition et d'un bureau pour le personnel de l'Ossolineum qui participe à la duplication de la collection, prépare le catalogue, signale l'état de la collection et ce dont elle a besoin pour sa maintenance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Vue de l'Ossolineum de Wroclaw en 2009, situé dans les bâtiments de l'ancien Gymnasium Saint Matthias de Breslau


Liens externes[modifier | modifier le code]