Origines du judaïsme

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Cet article présente les origines du judaïsme, le plus ancien monothéisme encore pratiqué de nos jours.

Sommaire

Historiographie du judaïsme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Historiographie du judaïsme.

Avant le XXième siècle, les recherches archéologiques n'en étaient qu'à leur début, et le respect à la lettre de ce qui était écrit dans la Bible était la règle. De plus, aucun autre document extra biblique connu ne racontait cette histoire. Il était admis par tous que l'origine du Judaisme était entièrement et de façon fiable décrite dans la Bible. Cette histoire est très largement connue. En effet, la Bible est le livre le plus vendu au monde. Selon elle, le judaïsme naît lors de l'alliance de Dieu avec Abraham[1]. Les exégètes de la Bible estimaient cette date, jusqu'à encore la fin du XXe siècle, à -1800 av. J.-C..

Les recherches archéologiques ont fortement modifié la vision biblique de cette histoire[2]. Cette révolution sur cette histoire sacrée n'a pas été acceptée rapidement, certains pans étant encore contestés entre spécialistes. Cela sera signalé plus loin et les différentes thèses en présence seront exposées. Au début du XXIe siècle, la communauté scientifique est toujours partagée pour donner des réponses précises à un certain nombre de questions sur cette apparition. Certains estiment que, « à la fin du royaume de Juda, au VIe siècle avant notre ère, plusieurs livres de la Bible ont pu exister sous une forme proche de celle que nous connaissons ». La Bible aurait ensuite été complétée durant l'exil de Babylone[3]. D'autres affirment que la Bible est née à Babylone au sixième siècle avant J.-C.[réf. nécessaire]. Il reste encore des discussions sur le pourquoi. En effet, cette région qui s'étend de la Mésopotamie au Proche-Orient est depuis des millénaires, un lieu où tous les peuples partagent des conceptions du divin assez similaires[réf. nécessaire]. En résumé, les dieux sont multiples, se combattent et s'allient au sein d'un Panthéon. Le peuple d'Israël qui est un de ces peuples est :

  • très peu nombreux par rapport aux empires qui l'entourent : quelques milliers de personnes par rapport à quelques millions[réf. nécessaire] ;
  • très peu étendu : le royaume de Judée a eu à son apogée quelques dizaines de kilomètres de rayon ;
  • relativement récent dans le paysage moyen-oriental : une stèle égyptienne cite son nom une fois au XIIe siècle av. J.-C.[réf. nécessaire] ;
  • très en retard sur l'alphabétisation : dans un environnement qui connait l'écriture depuis 3 millénaires (voir Données archéologiques sur les premiers écrits en hébreu ancien). La population de Jérusalem ne sait pas encore écrire sous le règne de Salomon, aucune trace écrite n'ayant été retrouvée[4]. Elle le saura au VIIIe siècle. Le royaume d'Israël le saura un siècle plus tôt.

Ce peuple n'a guère laissé de témoignages matériels et sa capitale Jérusalem a été rasée par les Romains en 70.

Les principaux mythes et légendes qui composent la bible sont en fait repris de civilisations plus anciennes[5],[6]. Il en est de même pour les traditions du shabbat[7], des interdits alimentaires et du calendrier. Même les règles de morale définies dans les dix commandements se retrouvent quasiment au mot près chez les Assyriens et les Perses.[réf. nécessaire] Le panthéon et la religion des premiers Israélites ont été, et sont restés très longtemps jusqu'au VIe siècle, complètement identiques à ceux des autres cananéens. Cette religion découlait de celle que la cité-État d'Ougarit pratiquait du XVe au XIIIe siècle.[réf. nécessaire] Il peut donc paraître surprenant que ce peuple sous domination culturelle invente un concept totalement nouveau dans la région et change soudainement et radicalement cette conception du divin : il conçoit un dieu unique. En fait, même si certaines interprétations d'historiens divergent, tous s'accordent à dire que cette évolution fut lente et progressive[réf. nécessaire]. On peut donc aujourd'hui dire que les origines du judaïsme remontent au IIIe millénaire av. J.-C. quand sont élaborésles premiers mythes attribués à tout un panthéon de dieux qui ont été par la suite repris dans les écrits juifs mais attribués au seul dieu d'Israël, jusqu'au IVe siècle av. J.-C. quand les concepts de monothéismes sont clairement définis par écrit et diffusés au peuple de Judée au retour de son exil babylonien.[réf. nécessaire]

Chronologie actuellement admise[modifier | modifier le code]

Mythes concernant les dieux mésopotamiens qui ont été par la suite repris dans le Judaïsme 3000 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Le dieu sumérien Enki - 3000 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

3000 ans avant notre ère les Sumériens racontent dans l’épopée d’Atrahasis et Gilgamesh une histoire proche du jardin d’Éden[8],[9],[10],[11]

Le dieu akkadien Ea - 2500 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Vers l’an 2500 avant notre ère, les Akkadiens transformèrent le nom de Enki en Ea[12],[13]. "

Les Akkadiens développent le mythe d’adapa d’où serait issu le mythe du serpent surveillant Ève[14].

La plus ancienne forme du nom de Yahweh : Yah[modifier | modifier le code]

Il apparaît 25 fois dans l’Ancien Testament des formes plus anciennes de Yahweh, le raccourci Yah[15]. Ce dieu original Yah est peut-être une autre forme du nom Ea[16].

Ougarit -1500 à -1200[modifier | modifier le code]

Date de cette découverte[modifier | modifier le code]

En 1928, un groupe d'archéologues français se porta sur un site connu sous le nom de Ras Shamra. Après une semaine sur le site, ils ont découvert un cimetière à 150 mètres de la mer Méditerranée. Après la découverte du cimetière, ils ont trouvé une ville et un palais royal à environ 1000 mètres de la mer. La plus grande découverte faite sur le site est une collection de tablettes gravées avec (à l'époque) une écriture cunéiforme inconnue. En 1932, quand on a déchiffré cette écriture on a vu que l’on avait découvert la ville d’Ougarit.

Importance d’Ougarit[modifier | modifier le code]

L’histoire d’Ougarit est très longue: La ville a été construite sur un site de la période néolithique environ 6000 av. J.-C. Les plus anciennes preuves écrites de l’existence de la ville se trouvent dans des textes, datant de 1800 av. J.-C., provenant de la ville voisine de Ebla. À cette époque, Ebla et Ougarit étaient sous l’hégémonie égyptienne. La population d'Ougarit était d'environ 7635 personnes. La ville d'Ougarit a continué d’être sous domination égyptienne jusqu'à 1400 av. J.-C. Au cours de la période 1200 - 1180 av. J.-C, la population de la ville a fortement diminué pour ensuite disparaître mystérieusement sans doute détruite par les "Peuples de la mer", comme la plupart des civilisations de la région. Toutes les tablettes trouvées à Ougarit ont été écrites au cours de la dernière période de son existence (environ 1300 - 1200 av. J.-C.). Les textes retrouvés ont été rédigés dans l'une des quatre langues : sumérienne, akkadienne, hourrite et ougaritique. Ces textes, sont très importants pour étudier les premiers israélites et leur religion. Les analyses montrent qu’Ougarit et Israël partagent un patrimoine littéraire et linguistique commun. Notre connaissance de la religion de l'ancienne Palestine-Syrie et de Canaan a été considérablement accrue par les textes ougaritiques. C’est comme si nous avions une fenêtre ouverte sur la culture et la religion d'Israël dans sa première période.

Avantages des textes ougaritiques par rapport à la Bible[modifier | modifier le code]

Concernant l'origine du judaisme, on peut considérer les textes découverts à Ougarit plus proches de la réalité historique que les textes bibliques. Ils ont deux avantages majeurs : tout d'abord par leur datation : les textes d'Ougarit retrouvés datent entre 1500 et 1200 avant notre ère. Ils sont donc contemporains des temps où les peuples vénéraient Yahweh. Les textes bibliques concernant cette période ont été écrits au plus tôt lors de l’exil à Babylone entre 500 et 622 avant notre ère, soit près d’un millénaire après les évènements qu’ils décrivent. De ces textes nous n’avons gardé aucune trace. Les plus anciens écrits bibliques retrouvés qui en seraient la copie, sont ceux des manuscrits de la mer Morte vers 200 av. J.-C. Et en second lieu, par leur absence de déformation idéologique. En effet, les analyses des écrits bibliques montrent que ceux-ci ont été largement modifiés et expurgés au cours des siècles afin de défendre les dogmes de la religion juive naissante. Il s’agissait pour les scribes de montrer que le dieu Yahweh tout puissant s’était d’un seul coup imposé comme dieu unique aux Israélites à l’époque de Moïse en 1200 av. J.-C. et qu’ensuite un royaume dominant tout le Proche-Orient, celui de David et Salomon au Xe siècle av. J.-C. avait permis la diffusion de Yahweh et de ses légendes aux autres peuples. La réalité fut tout autre, et on n’a commencé à comprendre cette réalité qu’à la découverte d’Ougarit. Comme l’exprime l’archéologue J.-B. HUMBERT en 1997 : « la découverte à Ougarit d’une autre littérature cananéenne (on n’en connaissait qu’une seule : la Bible !), jeta un éclairage très vif sur une religion proche de celle de l’Israël ancien. Bien des idées reçues furent bousculées. La célébrissime Jérusalem n’était alors qu’un gros pâté de maisons, et les temples du très puissant Yahweh n’étaient pas plus grands que des sacristies. Israël se révélait être une province reculée, sous l’influence de ses puissants voisins, et dont les habitants ne cherchaient qu’à imiter les arts, et les mœurs. »

La religion ougaritique - 1500 à 1200 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Les écrits issus de la civilisation d'Ougarit sont datés de 1500 à 1200 avant notre ère. Cette civilisation, qui s'était développée sur le territoire de la Syrie actuelle, utilisait un dialecte cananéen, dont dérivera l’hébreu. Il est donc normal que le peuple d’Israël, dont la première trace historique remonte à la fin de la civilisation ougaritique vers 1200 av. J.-C., se soit fortement inspiré de cette mythologie.

Le dieu principal d'Ougarit était El. Il y avait une animosité entre ses 2 fils : Baal, le dieu du tonnerre et Yam/Yaw, le dieu des rivières et des mers. El est aussi le créateur de l’humanité qui se dit « adm » en langue ougarite. Une déesse est tour à tour femme de El et de Yam : Asherah. Enfin, pour la première fois dans l'histoire nous lisons le terme «YW» (soit «Yahvé») . Dans la tablette KTU (c'est-à-dire Keilalphabetische Text aus Ugarit, 1.1 IV 14), il est écrit «sm. bny. YW. ilt.» soit «Le nom du Fils de Dieu, Yahvé.» Cela semble indiquer que pour les Ougarites Yahvé a été considéré non pas comme le dieu mais comme l'un des nombreux fils d'El.

La structure de cette religion[modifier | modifier le code]

Le polythéisme ougaritique est considéré comme un monisme de deux structures : La divine assemblée et la famille divine. Les deux structures sont en fait similaires à une entité unique à quatre niveaux: Le premier  : Le Roi des Dieux : EL et de son épouse Ashérah; Le second : Les 60 enfants divins (dont Baal, Astarte, Anat, probablement Resheph, Shapshu la déesse du soleil, Yerak le dieu de la lune) considérés comme les étoiles de El; Le troisième est Kothar wa-Hasis, le chef assistant de la divine famille. Le quatrième est composé des serviteurs de la divine famille, qui comprennent ce que la Bible appelle les anges (en d'autres termes, messagers des dieux)[17]. (en hébreu: malakhim).

Concordance des mythes et des langues ougarites avec ceux des premiers Israélites[modifier | modifier le code]

L'Humanité « adm » en ougaritique est devenu « adam » le premier homme. Yam (dieu ougaritique des rivières et des mers) en hébreu signifie « mer ». EL est devenu dans sa forme pluriel Elohim. L’animosité des deux frères fut reportée dans l’opposition des 2 royaumes hébreux. Israël (Samarie actuelle) vénérant principalement Baal tandis que la Judée vénérait principalement Yaw (Yahvé)[réf. nécessaire]

Appropriation de la religion ougaritique par les premiers Israélites : Les Yahvéistes[modifier | modifier le code]

André Lemaire écrit " Les tablettes d'Ougarit du XIIIe siècle avant notre ère rédigées dans une langue proche du phénicien et de l'hébreu ancien, ont des échos dans les textes les plus anciens de la Bible évoquant le grand dieu El, ou le jeune dieu Baal, ou encore Yahvé siégeant dans l'assemblée divine (Psaumes 29,1;82,1;89,6-13; Job 1,6;2,1)[18]" Les premiers israélites semblent avoir pratiqué une variante de la religion ougarit que l’on a appelé le Yahvéhisme. Son culte s’adresse à Yahvé, qui semble être à l’origine un dieu des armées (Yahvé Sabaot) et de l’orage associé à une (aux?) montagne(s). Il n’est pas le Dieu unique car il est parfois mentionné comme membre d'une assemblée de divinités, et pourrait avoir eu une parèdre nommée Ashera ; par ailleurs, les anciens Israélites reconnaissaient que chaque peuple avait son propre dieu. Yahvé est décrit comme « jaloux » et il est interdit à son peuple de servir d’autres divinités.

Le polythéisme des anciens Israélites - 1200 à 722 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Les Hébreux restent très longtemps polythéistes. Les inscriptions de De Kuntillet ‘Ajrud et de Khirbet elQôm datent les règnes d’Amasias (~802-776 av. J.-C.) de Juda et de Joas (~803-790 av. J.-C.) d’Israël. Ces inscriptions montrent que les israélites ont associé Yahweh avec une déesse, sa parèdre, Ashérah. Le culte de « Yahweh et son Ashérah » fut certainement pratiqué très longtemps[19] . Peu de traces écrites existent en Canaan en dehors de ces 2 inscriptions car ces adorations étaient interdites par la religion d'Israël. Ils n’ont néanmoins pas effacé les inscriptions extrabibliques amorrites d’Ashérah, ni les papyrus juifs de l’île d’Éléphantine en Égypte qui garde trace de l’importance de cette déesse femme de Yahweh[20].

L'hébreu avant - 800 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

À ce jour, aucune trace écrite des Israélites de ces époques n'a été trouvée. Et les rares données venant de leurs voisins n'évoquent pas une religion particulière. En effet, selon Amihai Mazar[21], qui en a retrouvé un bel exemplaire venant des collines du nord, « le taureau est le symbole de Baal, le principal dieu cananéen, et de El, le maître des dieux dans le panthéon cananéen ». Les premières traces archéologiques du culte de YHWH apparaîtront avec l'écriture, beaucoup plus tard.

Premier stade de l'évolution de la religion ougarite par les premiers israélites[modifier | modifier le code]

La structure à quatre niveaux de la divine famille et du conseil a apparemment subi un certain nombre de changements dans les premiers siècles d’existence d’Israël. Dans le premier stade, il semble que Yahvé ait été l'un des soixante dix enfants du second niveau, qui serait chacun devenu le dieu patron de soixante-dix nations. Cette idée apparaît en filigrane dans les manuscrits de la mer Morte ainsi que dans le paragraphe du Deutéronome de la traduction de la Septante. Dans ce passage, El est le chef de la famille divine, et chaque membre de la famille divine reçoit une nation de son propre salut: Israël est la part de Yahwé. Le texte Massorétique est bien sûr en opposition avec le polythéisme exprimé dans l'expression «en fonction du nombre de fils du divin,» . Les rédacteurs l’ont donc réécrit en fonction « du nombre des enfants d'Israël » (en gardant le nombre de soixante-dix). Le Psaume 82 présente également le dieu El en train de présider une assemblée divine dans laquelle Yahvé se lève et fait ses accusations contre les autres dieux. Ici, on voit comment le texte de la Bible essaie à la fois de parler des anciennes religions et en même temps de les dénoncer pour être conforme au dogme monothéiste.

Spécificité progressive de la future religion juive par rapport aux religions environnantes[modifier | modifier le code]

Yahvé devient le Chef des dieux que l'on doit idolâtrer en priorité : la monolâtrie[modifier | modifier le code]

Comme tous les peuples, les yahwéhistes considéraient leur dieu comme le plus important et ne pouvaient l'admettre sous la domination d’un autre El. Aussi ont-ils fusionné les deux entités en une seule Yahvé/Elohim (qui est le pluriel d’El). donc à la fin de la période monarchique (VIe siècle av. J.-C.), il est évident que le dieu El a été identifié avec Yahvé. Il en résulte que, El Yahvé est le mari de la déesse, Ashérah. D’où les inscriptions relatant le culte de Yahvé et son Ashérah. Une telle situation fut rétrospectivement condamnée par les rédacteurs de la Bible qui notamment critiquaient le culte d’Ashérah dans le temple de Jérusalem. En 722 av. J.-C. lors de l'effondrement du royaume d’Israël et de la fuite de sa population vers le royaume de Judée, le roi Josias a considéré que cela signifiait la victoire de Yahvé sur Baal. Bien qu’il crût encore à l’existence de nombreux dieux, il ordonna alors de ne plus vénérer à Jérusalem que le seul dieu Yahvé, c’est ce que l’on appelle une monolâtrie. Cette monolâtrie n’est pas une forme isolée dans le contexte ouest sémitique de l’époque. L’épigraphie donne de nombreux indices de cultes analogues comme le culte de Kamosh chez les Moabites par exemple[22].

Le monothéisme : Yahvé est le seul dieu[modifier | modifier le code]

Sous cette forme, la dévotion religieuse à Yahvé lui donne le rôle de roi divin régnant sur toutes les autres divinités. Cette perspective religieuse apparaît, par exemple, dans le Psaume 29:2, où « les fils de Dieu » sont appelés à adorer Yahvé, le roi divin. Le Temple, qui continue à être l’endroit où sont vénérés les divers dieux du polythéisme, devient, en plus, le palais de Yahvé qui est peuplé par les dieux sous son pouvoir. Le texte Ezéchiel 8.10 suggère une telle image. Cette image du pouvoir royal s’est développée du huitième au sixième siècle conduisant au monothéisme. Les autres dieux sont devenus de simples expressions de la puissance de Yahvé, et les messagers divins sont considérés un peu plus comme des divinités mineures, simple expression de la puissance de Yahvé. En d'autres termes, le chef des dieux est devenu la tête du dieu. Les autres ne sont pas d’autres dieux mais ses bras et ses jambes du même et unique dieu. Avec l’établissement des royaumes Israël et de Juda, Yahvé est devenu le dieu national et a absorbé les caractéristiques des divinités ancestrales de la région, les El, dont El Elyon, le Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre. Les concurrents : Baal venu de Tyr, dieux stellaires venus du monde assyrien… ont été éliminés ; les symboles anciens (pierres ou stèles, arbres) qui devenaient parfois objets de culte pour eux-mêmes, ont été interdits, l’individualisation des Yahwés des différents sanctuaires combattue[23],[24].

Mise par écrit de ce concept monothéiste, début de l'écriture de la Bible[modifier | modifier le code]

En 587 av. J.-C. le royaume de Juda est lui-même détruit et son élite transférée à Babylone. Là, les idolâtres de Yahvé croisent les zoroastriens qui croient aussi que leur dieu Mithra est le seul dieu, les scribes commencent sous cette influence[25] alors à rédiger la Bible, son dogme monothéiste, ils rajoutent, parfois quasiment mot à mot, les légendes des peuples ayant dominé la région dont tous les successeurs se retrouvent à ce moment à Babylone. Ils attribuent simplement toutes ces légendes au seul Yahvé. Enfin, ils réinventent la propre histoire de leur peuple en imaginant que celui-ci a toujours été monothéiste et que les divinités que ce peuple a adoré dans le passé ont en fait toujours été combattues par leurs ancêtres. Tout ceci forme les prémisses de l'ancien testament.

Raisons de l'écart entre la vérité historique et les textes bibliques[modifier | modifier le code]

On a longtemps supposé que les recopieurs de la Bible suivaient scrupuleusement à la lettre près ce qu’avaient écrit leurs prédécesseurs. Les premiers auraient été directement inspirés par Dieu. Or, on constate qu'en fait, ces textes sont très éloignés de la réalité, voire contradictoires entre eux. Quand et comment cette évolution des textes a eu lieu et surtout pourquoi ? Thomas Römer, professeur d'ancien testament à la faculté théologique de sciences des religions de l'université de Lausanne, professeur au collège de France, donne les grandes lignes des réponses à ces questions.

VIIIe siècle : création du premier document[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'à partir du VIIIe siècle que les documents écrits sont apparus de manière significative au royaume de Juda.

VIIe siècle : première édition du Deutéronome[modifier | modifier le code]

Sous forte influence idéologique, les royaumes israélites sont sous occupation assyrienne qui expriment leur domination à l'aide de traités de vassalité. Le « Tu aimeras Yahvé, ton dieu de tout ton cœur de tout ton être » du Deutéronome reprend le traité assyrien de 672 av. J.-C. "Tu aimeras Assourbanipal, le grand prince héritier, comme toi-même". Les auteurs ont certainement voulu présenter Yahvé à l'image du souverain dans le but de contester la suprématie assyrienne tel que le souhaitait le roi Josias (pendant son règne Josias a voulu changer d'alliance et se rapprocher des égyptiens. Il a échoué et a été tué par ces derniers)[réf. nécessaire]

Réception de cette version historique par les autorités religieuses juives[modifier | modifier le code]

Depuis trois siècles maintenant, les découvertes archéologiques et historiques remettent en cause un grand nombre des affirmations bibliques. Les récentes découvertes sont dans la continuité de cette remise en cause. Comme à chaque fois, les autorités religieuses se scindent en deux

  • les traditionalistes qui croient à la lettre le texte biblique et qui donc réfutent en bloc les versions des historiens. Ce groupe des traditionalistes, se divise en nombreux sous-groupes, selon ce qu'ils sont prêts à concéder de non historique dans la Bible.[réf. nécessaire] Les puristes[réf. nécessaire] qui semblent cependant minoritaires ne concèdent rien et sont toujours convaincus de la fiabilité totale de la Bible et donc d’une terre monothéiste[Ce passage est absurde] depuis ses débuts, il y a 5 700 ans. La majorité cependant reconnaît le côté mythique de l’histoire biblique de la terre et considère seulement comme vérité, la partie de l’histoire biblique qui commence à la naissance d’Abraham à Ur.[réf. nécessaire]
  • les mystiques, comme ils se nomment eux-mêmes, acceptent les versions des historiens tout en ne remettant pas en cause la Bible qui est, pour eux, comme par exemple le rabbin Marc-Alain Ouaknin, "un ensemble de textes fondamentalement métahistoriques où tout l'intérêt consiste à aller à l'origine de chaque mot pour savoir comment ce mot fait sens, dans et au delà du récit que je lis. Dans la Bible le monde se mesure en pages et en lettres[26]".

L’absence d'une autorité suprême dans le judaïsme, à l'opposé du Vatican catholique, ne permet pas de savoir quelle est la voie officielle[Ce passage est absurde]. Cependant Le Monde des religions pense que les positions traditionalistes sont "représentatives du judaïsme français".

Exemple d'une vision traditionaliste[modifier | modifier le code]

Le grand Rabbin Michel Gugenheim est le directeur de l'école rabbinique de France depuis 1992. Il a formé des générations de rabbins en France. Quand on lui parle de ces affirmations des historiens et archéologues, il répond :

"Ces affirmations ne nous font pas sursauter. Personnellement, je n'y prête pas grand intérêt. Chacun est libre d'imaginer ce qu'il veut. Mais le peuple juif croit depuis des générations à ce qui est écrit dans la Torah et il s'y tient. Au fond l'enjeu est le suivant. Dire que la Torah a été écrite sous Josias, qu'elle transmet de simples mythes, c'est dire que le texte ment. Cependant, aucun archéologue ne pourra jamais prouver formellement que le texte de la Torah est faux. Dans ce texte, tout se tient, il existe des calculs de dates qui le confirment. La Bible est un texte très ancien, qui donne des informations fiables sur le plan historique."

Exemple d'une vision mystique[modifier | modifier le code]

Le rabbin Marc-Alain Ouaknin est professeur associé à l'université de Tel-Aviv. Son livre Mystères de la Bible tente d'expliquer comment quand et par qui les textes bibliques ont été écrits et transmis.

"Savoir que Moïse n'a pas écrit la Torah ne me gêne pas. Et l'existence ou la non-existence des patriarches Abraham, Isaac et Jacob me laisse indifférent. Car pour le mystique, même l'existence de Dieu n'a aucune pertinence. Même Dieu est un "peut-être", une hypothèse. Il a inventé le doute, enseigne un maître hassidique, pour que nous puissions douter de lui".

Réception de cette version historique par les autorités religieuses catholiques[modifier | modifier le code]

Selon Odon Vallet, historien des religions, les autorités du Vatican ont sur tous les thèmes liés à la véracité de la Bible une attitude « hypocrite » Ce qui est en dessous de la crise semble nous dire le mot à mot grec ( "hypo :  en dessous" et "krisis : crise" ) [27]

Conclusion[modifier | modifier le code]

La civilisation occidentale s'est construite sur quelques "piliers" documents fondateurs, textes de Platon, de Descartes, la déclaration des Droits de l'Homme, mais aussi la Bible. Depuis l'avènement du catholicisme romain, et encore aujourd'hui dans le grand public, on est convaincu que La Bible et l'origine du Judaisme sont une seule et même histoire. Les découvertes qui se sont enchainées depuis un siècle, et accélérées ces vingt dernières années ont fait de plus en plus diverger ces deux récits. Cela est d'autant plus étonnant que ceci fut en grande partie obtenu grâce aux fonds des personnes qui voulaient prouver la convergence ! Aujourd'hui, il reste bien peu de choses en commun[28]. Certains nouveaux historiens Israeliens utilisent même, pour la bible, la métaphore d'un château de cartes qui est en cours d'effondrement[29]. Cet effondrement d'un des piliers[réf. nécessaire] n'est pas sans poser des problèmes aux enseignants charger de l'expliquer. Ils ont à faire face à de multiples hostilités, au point pour certains de baisser les bras et de préférer enseigner la légende. Cette situation n'est pas un cas isolé. Pour les 2 autres religions du livre, chrétienté et islam, les remises en cause historiques sont presque aussi importantes, mais comme elles ont, en France au moins, beaucoup plus de puissance et de vindicte que la religion mosaïque dont les adeptes sont, d'après les enseignants, les plus tolérants des trois, ces remises en cause sont encore moins enseignées[30],[31],[32].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Genèse 17,1 « Toute la Bible, dans la traduction du Rabbinat, avec le commentaire de Rachi, traduction Jacques Kohn. », sur www.sefarim.fr (consulté le 24 juin 2010)
  2. (fr) « Pour écouter une émission de Jacques Briand(durée 30 min environ), », sur www.religions-rsr.ch (consulté le 24 juin 2010)
  3. Héricher, Michaël Langlois et Estelle Villeneuve 2010
  4. Les rois sacrés de la Bible, p. 147
  5. Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Éditions Bayard, Paris, 2002
  6. Jean Bottéro, L’Épopée de Gilgameš, le grand homme qui ne voulait pas mourir, Éditions Gallimard, coll. « L'aube des peuples », 1992
  7. Toutefois, cela est parfois contesté. Voir (en) Landau, Judah Leo, The Sabbath, Johannesburg, South Africa, Ivri Publishing Society, Ltd (lire en ligne), p. 2, 12
  8. Dominique Charpin, professeur à la Sorbonne dans Le Monde des religions n°32
  9. "...just as Genesis 1-11 as a whole corresponds to the structure of the Atrahasis myth, so the garden of Eden story has incorporated many of the themes of the great Gilgamesh poem." (p. 65-6. "Human Origins, Genesis 1:1-11:26." Joseph Blenkinsopp. The Pentateuch, An Introduction to the First Five Books of the Bible. New York. Doubleday. 1992. ISBN 0-385-41207-X) Professor Blenkinsopp (of Notre Dame University)
  10. "Now the Yahwist's primeval narrative is itself a marvelous example of mythmaking based upon prior Mesopotamian myths, notably Atrahasis and Gilgamesh. Interestingly, the reappropriation of mythic traditions and intertextual borrowing posited for biblical writers was already present within ancient Babylonia, and illustrates that biblical writers must be understood within the larger ancient Near Eastern literary and theological tradition." (p. 14. "Introduction." Bernard F. Batto. Slaying the Dragon, Mythmaking in the Biblical Tradition. Louisville, Kentucky. Westminster/John Knox Press. 1992)
  11. "The theme of this volume...is, of myth and mythmaking speculation within the Hebrew Bible...biblical writers employed much the same techniques and even the same mythic motifs as their ancient Near Eastern neighbors...Israel...drew heavily upon the Babylonian myth of Atrahasis, supplementing with motifs from Gilgamesh and other traditional myths, to create a specifically Israelite primeval myth...Like their ancient Near Eastern counterparts, Israel's theologians were concerned with the place of humankind -and particularly of their own people- within the realm of being." (p. 168-169. "Conclusion." Bernard F. Batto. Slaying the Dragon, Mythmaking in the Biblical Tradition. Louisville, Kentucky. Westminster/John Knox Press. 1992)
  12. « ...about 2500 BC, Akkadians introduced the name Ea for Enki. » (p. 3. Samuel Noah Kramer & John Maier. Myths of Enki the Crafty God. New York. Oxford University Press. 1989)
  13. Ea - also 'Ay(y)a; Akkadian god. The name of this god is probably Semitic, although no reliable etymology has yet been found. Ancient Babylonian scribes derived it from Sumerian E.a, 'house of the water'. In the texts from the Old Sumerian and Sargonic periods, Ea/Ayya occurs mainly in Akkadian personal names. The pronunciation Ea (Ay-a) is attested since the Ur III period. The original character of this god is impossible to assess because of his syncretism with the Sumerian god Enki, which probably occurred as early as the Sargonic period. Ea's functions in the Babylonian and Assyrian tradition are therefore essentially the same as Enki's. He is a water god (bel naqbi, 'lord of the Spring') a creator (ban kullat, 'creator of everything') a god of wisdom (bel uzni, 'lord of wisdom'), the supreme master of magic (mash.mash ilani, 'incantation specialist of the gods'), the protector of craftsmen and artisans." (p. 37. "Ea." Gwendolyn Leick. A Dictionary of Ancient Near Eastern Mythology. Londres. Routledge. 1991, 1996, 1998)
  14. Another source of the Genesis Fall of Man is the Akkadian myth of Adapa...This myth supplies the theme of the Serpent's warning to Eve..." (p. 78-79. "The Fall of Man." Robert Graves & Raphael Patai. Hebrew Myths: The Book of Genesis. New York. Greewich House. 1983 reprint of 1963, 1964 edition)
  15. "It is not certain, however, that 'yahweh' was the oldest form of the name. A short form 'yah' appears 25 times in the Old Testament (Ex 15:2; and cultic cry 'hallelu-yah'= 'praise yah'). Sometimes the short form appears as 'yahu' or 'yo' as in proper names like Joel ('Yo is God') or Isaiah ('Yah is salvation')." (p. 409. vol. 2. B. W. Anderson. "God, Names of." p. 407-416. George Arthur Buttrick. Editor. The Interpreter's Dictionary of the Bible. Nashville. Abingdon Press. 1962)
  16. (p. 59. Theophilus G. Pinches. The Old Testament in the Light of the Historical Records and Legends of Assyria and Babylonia. Londres. Society For Promoting Christian Knowledge. 1908) "The reason of the coming of the Flood seems to have been regarded by the Babylonians as two-fold. In the first place, as Pir-napishtim is made to say "Always the river rises and brings a flood" -in other words it was a natural phenomenon. But in the course of the narrative which he relates to Gilgamesh, the true reason is implied, though it does not seem to be stated in words. And this reason is the same as that of the Old Testament, namely, the wickedness of the world...Pir-napishtim was himself a worshipper of Ae, and on account of that circumstance, he is represented in the story as being under the special protection of that god...It has been more than once suggested, and Professor Hommel has stated the matter as his opinion, that the name of the god Ae or Ea, another possible reading of which is Aa, may be in some way connected with, and perhaps originated the Assyro-Babylonian divine name Ya'u "god," which is cognate with the Hebrew Yah or, as it is generally written, Jah...There is one thing that is certain, and that is, that the Chaldean Noah, Pir-napishtim, was faithful in the worship of the older god, who therefore warned him, saving his life." (pp.112-114. "The Flood." Theophilus G. Pinches. The Old Testament in the Light of the Historical Records and Legends of Assyria and Babylonia. Londres. Society For Promoting Christian Knowledge. 1908)
  17. http://www.bibleinterp.com/articles/MSmith_BiblicalMonotheism.htm
  18. le Monde des religions n°32 page 42
  19. http://shs.epfl.ch/pdf/mediterranee/annee1/cours_semaine5.pdf Thomas Romer
  20. Le grand intérêt de ces textes est de mettre l’accent sur l’importance que devaient avoir en Canaan les cultes de divinités qui portent les mêmes noms : ainsi, à la suite du travail d’expurgation de l’école deutéronomiste, à partir du règne de Josias, et surtout après le retour de la captivité en Babylonie (VI e s. avant notre ère), l’El cananéen a été identifié à Yahweh sous sa forme plurielle d’Elohim, tandis qu’Ashérah, parèdre de Yahweh/El a été rejetée par la vision patriarcale et antiféministe des scribes Judéens de retour de Babylone, (en partie sous l’impulsion de ceux qu’on appelle les « prophètes ») sans que, pour autant, les scribes intégristes yahvistes réussissent à l’éradiquer totalement des textes reçus malgré les manipulations qu’ils leur ont fait subir, ainsi que je l’ai montré tout au long des textes des Livres des Rois et des Chroniques du deuxième tome de ma "Bible, Mythes et réalités". Et naturellement, ils ignoraient l’existence d'inscriptions extrabibliques qui nous ont conservé le souvenir de la persistance du culte de cette déesse amorrite qu’était Ashérah, épouse de Yahweh : Guy Rachet, président du cercle Renan [1]
  21. Amihai Mazar dans le film La Bible dévoilée, épisode n°4.
  22. http://www.orleans-tours.iufm.fr/formations/focontinue/hist_geo/le_fait_religieux/La%20bible%20hebraique.pdf
  23. André Lemaire (auteur), Jack Meinhardt (sous la direction de) The Birth of Monotheism: The Rise and Disappearance of Yahwism, Biblical Archaeology Society (février 2007) (ISBN 1880317990) (ISBN 978-1880317990)
  24. Le yahwisme ancien par André Lemaire, directeur d’études à l'École pratique des hautes études
  25. Firoze Dastur Kotwal chercheur et traducteur d'anciens textes zoroastriens
  26. Le monde des religions page 33 numéro 32
  27. Odon Vallet 1998 l'en dessous des crises [2]. Cela signifie que les autorités de l’église refusent de donner leur point de vue.
  28. [3]
  29. [4]
  30. http://hist-geo.ac-rouen.fr/site/IMG/pdf/FRMS.pdf
  31. http://appy.ecole.free.fr/articles/20050900a.htm
  32. http://www.monde-diplomatique.fr/2004/05/FALAIZE/11188

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Héricher, Michaël Langlois et Estelle Villeneuve, Qumrân. les secrets des manuscrits de la mer Morte, Bibliothèque nationale de France,‎ 2010 (ISBN 978-2-7177-2452-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]