Origines du christianisme

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Perspective historique[modifier | modifier le code]

Quelle que soit la date de rédaction retenue pour les épîtres, les évangiles, les Actes, encore faut-il attendre que ces documents aient circulé. Le premier témoignage de cette circulation des écrits se situe en 140, quand Marcion arrive à Rome, sachant que rien n'atteste concrètement de la circulation des lettres de Paul, ni pour certaines d'entre elles, comme la Lettre aux Colossiens, qu'elles aient été envoyées, ni pour certaines autres (Romains) que leur forme actuelle soit leur forme initiale. Néanmoins la critique textuelle, c'est-à-dire l'évaluation scrupuleuse de la transmission des textes à travers les manuscrits, a permis d'établir un texte fiable des écrits du Nouveau Testament, en particulier pour des lettres de Paul (dont un échantillon significatif de papyrus date de la fin du IIe siècle et du début du IIIe siècle[1]).

De ce point de vue, l'expression « origines du christianisme » recouvre l'ensemble des faits historiques qui ont donné naissance au christianisme ancien.

Une première école considère que le christianisme est d'origine principalement grecque. C'est la thèse notamment de l'académicien français Ernest Havet (1813-1889), qui écrivit Le Christianisme et ses origines. La seconde école insiste sur les origines juives du christianisme. Le terme « judéo-chrétien » apparaît dans un chapitre de la thèse de Marcel Simon « Verus Israël », Étude sur les relations entre chrétiens et juifs dans l'empire romain (135-425). Elle fut soutenue avant 1938 et conduite sous la direction de Charles Guignebert. Elle étudie les racines de l'antisémitisme chrétien à travers la patristique grecque depuis Justin de Naplouse et Marcion. Il s'attarde en particulier sur l'expression Vetus Israel vs Verus Israel, revendication dans laquelle Marcel Simon identifie le supersessionisme, et s'interroge sur les marges entre judaïsme et ce qu'on nomme aujourd'hui « proto-christianisme », auxquelles il consacrera l'essentiel de sa carrière.

Dans son Essai sur les deux hérésies juives mentionnées par Justin (1938)[2], Marcel Simon emploie le mot d'hérésie. Celui-ci y présente un intérêt rétrospectif en ce que le judaïsme se caractérise par le fait de savoir maintenir des dissensus sans provoquer de schisme[3], ce dont témoigne le Talmud.

Sa thèse, traduite en anglais et rééditée quatre fois, demeure un ouvrage de référence. De ce fait, la séparation entre judaïsme et christianisme date de 135, à savoir de l'exil de l'école de Yavné à Poumbedita. Un consensus s'est établi autour d'une période s'étirant de l'établissement de l'école de Yavné à l'introduction de la Birkat ha-Minim à la fin du Ier siècle parce que les Nazaréens[4] ne s'étaient pas associés à la révolte de Bar Kochba[5],[6].

Marcel Simon représente le moment où l'étude de l'histoire du christianisme sort de l'apologétique pour entrer dans la critique[7]. Il se situe, comme le cardinal Jean Daniélou[8], toutefois[9], dans les problématiques de l'antériorité et de la postériorité, de l'orthodoxie, de l'erreur, de la vérité, du syncrétisme qui se sont révélés être de faux dilemmes[10].

Marcel Simon entendait limiter son étude à la période 135-425. Désormais, toute une école s'intéresse à la période antérieure, plus indistincte. Par exemple, François Blanchetière avec ses études Les premiers chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135) et son Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-135), pose la question de la différenciation progressive. Celle-ci fait aussi l'objet des travaux d'autres chercheurs comme Alexandre Faivre, Dan Jaffé, Simon Claude Mimouni, Enrico Norelli, Benard Pouderon, Daniel Marguerat, Dominique Cerbeleaud.

Dans ce cas de figure, bien développé chez les chercheurs anglo-saxons réunis au colloque The ways that never parted[11], le christianisme ancien correspond à la période des conciles ; auparavant, n'existe qu'un proto-christianisme (ou paléochristianisme), autrement dit une forme spécifique de judaïsme recruté parmi les membres les plus eschatologiques des courants messianistes.

Perspective théologique[modifier | modifier le code]

Du point de vue théologique, les auteurs font commencer le christianisme en tant que doctrine ou en tant que foi, avec la naissance de Jésus, avec sa résurrection ou au moment de la Pentecôte.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Marguerat et Eric Junod, « Qui a fondé le christianisme ? », Labor et Fides, Genève, 2011, 120 p.
  • Alexandre Faivre, Chrétiens et Églises : des identités en construction. Acteurs, structures, frontières du champ religieux chrétien, Paris, Cerf-Histoire, 2011, 608 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. K. Aland. The Text of the New Testament
  2. Texte repris dans les actes du colloque Religion et culture dans la cité italienne de l'Antiquité à nos jours 8-10 novembre 1979, Strasbourg.
  3. Daniel Boyarin, Mourir pour Dieu op.cit.
  4. Sur la définition de ce groupe, un débat existe entre Blanchetière, Nodet, Jaffé et Édouard-Marie Gallez. Pour avoir l'opinion de Gallez, spécifiquement dans le rôle des Nazaréens pour la fondation de l'Islam voir l'article judéo-nazaréisme, le reste de l'article donne en détail l'opinion de Daniélou. Voir aussi christologie
  5. Cf. André Trocmé, Les Enfances du christianisme, éd. Noésis.
  6. François Blanchetière, Le Monde de la Bible, numéro spécial, septembre 2007.
  7. François Laplanche, La Crise de l'origine. La science catholique des Évangiles et l'histoire au XXe siècle, éd. Albin Michel, 2006.
  8. Les travaux de Daniélou sur le judéo-christianisme sont aujourd'hui amendés. Cf. Paul Mattei, Le Christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, pp. 112-113. François Blanchetière synthétise les critiques à y apporter dans L'Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, op. cit., pp. 71 à 75.
  9. Comme l'ensemble de l'historiographie de son époque. Cf. Annette Yoshko Reed, introduction à The ways that never parted, op.cit. infra.
  10. Blanchetière, L'Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, 2001.
  11. Colloque Oxford Princeton, The ways that never parted, Daniel Boyarin, Paula Frederiksen

Articles connexes[modifier | modifier le code]