Origine des Étrusques

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Femme étrusque, statue en terre cuite, IIe siècle av. J.-C., retrouvée à Chiusi, conservée à Karlsruhe

L'origine des Étrusques a été évoquée dès l'Antiquité selon différentes traditions se référant très majoritairement à une origine orientale anatolienne[1] mais évoquant également la possibilité d'une origine autochtone ou septentrionale, sans que l'une soit nécessairement exclusive de l'autre. Selon Jean-Paul Thuillier, « le caractère mythique, fantaisiste ou idéologique de ces théories antiques a conduit aujourd'hui les chercheurs à laisser quelque peu de côté la question des origines », le débat restant donc ouvert et « loin d'être clos »[2].

Hypothèse orientale[modifier | modifier le code]

Selon Hérodote, ils auraient émigré de Lydie, en Asie Mineure, à cause d'une longue famine qui aurait poussé leur roi Atys à envoyer la moitié de son peuple à Smyrne, d'où ils se seraient embarqués pour l'Ombrie sous l'autorité de son fils Thyrrénos[1],[3].

Virgile, lui-même d'origine étrusque, affirme dans l'Énéide qu'Énée et ses compatriotes Troyens (d'Asie Mineure) auraient fondé Rome, mais qu'ils auraient été eux-mêmes descendants d'un certain Dardanos originaire de Cortone en Étrurie[1].

Les Grecs mentionnent un peuple des Tyrrhéniens ou Tyrséniens, établis anciennement en mer Égée, et principalement à Lemnos. On a en effet trouvé dans cette île une inscription et quelques graffitis dans une langue qui paraît très proche de l'étrusque.

Certains historiens considèrent cette origine anatolienne comme un fait acquis. Bernard Sergent fait ainsi l'hypothèse que les Étrusques quittèrent la Troade à la fin du XIIIe siècle av. J.-C. Il identifie les Étrusques parmi les peuples de la mer, dont certains étaient appelés Turša par les Égyptiens. Il les situe plus tard en Crète (d'où le style crétois d'objets découverts dans le nord du Latium et le sud de l'Étrurie) et enfin en Italie centrale[4]. Les analyses récentes (depuis 1950) infirment cette démonstration par les échanges commerciaux ayant propagé ces objets[5].

Hypothèse autochtone[modifier | modifier le code]

Selon une autre tradition, soutenue par Denys d'Halicarnasse, ils seraient autochtones.

Selon certains historiens actuels[6],[7]. ayant repris cette thèse de l'origine autochtone, les Étrusques seraient issus des Villanoviens (culture italique de l'âge du fer s'étendant de l'Italie du Nord à la Campanie) qui, fascinés par leurs contacts avec les Phéniciens au VIIe siècle av. J.-C. puis par les Grecs, en pleine période orientalisante, auraient développé une culture originale et très séduite par l'esthétique orientale. D'après eux, donc, la civilisation étrusque serait née des contacts des peuples autochtones avec les civilisations maritimes de la Méditerranée orientale, comme les civilisations contemporaines des Romains et des peuples de l'Africa. Ceci expliquerait la naissance soudaine de la civilisation étrusque entre les VIIIe et VIIe siècles av. J.-C. (la période dite « orientalisante »), et les nombreuses affinités qu'on note dans les usages et coutumes, la langue, l'art et la religion des Étrusques avec le monde égéo-anatolien.

Hypothèse septentrionale[modifier | modifier le code]

Selon une autre tradition, soutenue par Tite-Live, ils seraient au contraire venus du nord[8],[9]. Néanmoins cette thèse est rarement prise en compte par les historiens modernes[10].

Hypothèse de la formation ethnique[modifier | modifier le code]

Massimo Pallottino, fondateur de l'étruscologie moderne et reconnu comme l'un des plus grands étruscologues, a formulé un point de vue différent sur ces différentes origines, en établissant une distinction entre la « provenance » et la « formation ethnique ». Ainsi, il considérait que l'émergence de la civilisation étrusque ne pouvait pas résulter d'une seule migration, mais était le fruit d'un long processus de formation à partir d'apports multiples (à la fois autochtones villanoviens et exogènes, orientaux ou autres) : il soulignait que c'est le cas de la plupart des grandes civilisations : les Hittites, les Celtes, les Grecs, les Romains[11] et que le défaut des théories sur les origines des Étrusques provient « du fait qu'on s'était attelé à un problème concernant la provenance alors qu'il ne s'agissait que d'un problème de formation ethnique ».

Les recherches en biologie[modifier | modifier le code]

Analyses anatomiques[modifier | modifier le code]

Visage féminin étrusque

De leur côté les anthropologues sont limités dans leur recherches par la pratique diffuse de l'incinération des défunts. Les études systématiques qui ont cependant été faites sur les squelettes provenant des tombes d'Étrurie ont révélé des données dont il est difficile de tirer des conclusions certaines. Sur 44 crânes, 34 étaient dolichocéphales et mésocéphales tandis que 14 étaient brachycéphales ; les crânes longs et moyens seraient typiques des envahisseurs venus de l'Orient tandis que les autres correspondraient à celui des indigènes. L'aspect et les proportions de ces crânes correspondent cependant à la moyenne de ce qu'on sait de la population de toute l'Europe méridionale au Néolithique.

Analyses de l'ADN[modifier | modifier le code]

L’analyse de l'ADN mitochondrial de 80 individus ayant vécu en Étrurie entre le VIIe et le IIe siècle av. J.-C. réalisée par l’équipe de chercheurs du département de biologie de l’université de Ferrare sous la direction du professeur Guido Barbujani a été publiée dans la revue American Journal of Human Genetics[12].

Les résultats de cette analyse révèlent que ces individus formaient un groupe génétiquement homogène, soit qu'ils aient été les descendants d'un même groupe, soit qu'ils aient partagé des caractéristiques génétiques avec les groupes auxquels ils se seraient mélangés.

Par ailleurs, les actuels Toscans, bien qu'étant la population la plus proche génétiquement des Étrusques, présentent d'importantes différences génétiques avec ceux-ci.

Un des aspects qui a surpris les chercheurs est la rapidité avec laquelle s'est produite cette modification des caractères génétiques, deux millénaires représentant une durée relativement courte du point de vue de la génétique.

L’ADN de cet échantillonnage présente des similitudes avec celui des populations anatoliennes (Asie Mineure). Les éléments analysés provenant de tombes riches, appartenant à l’aristocratie, il se peut qu’il provienne d’une élite dominante et non assimilée avec le reste de la population d’alors, population villanovienne dont les Toscans actuels seraient les descendants (études limitées aux descendants de vieilles familles de Volterra, Casentino et Murlo[13] par Alberto Piazza de l'université de Turin).

Selon les études génétiques les plus récentes, l'Ève mitochondriale toscane a 17 000 ans[14].

Synthèse[modifier | modifier le code]

La science à travers l'analyse de l'ADN accréditerait l'hypothèse d'Hérodote. Néanmoins les analyses ont été faites à partir de prélèvements effectués sur des corps appartenant à la noblesse du peuple étrusque.

Pour l'étruscologue Massimo Pallottino les Étrusques ont eu diverses origines et composantes qui dans le temps ont fini par constituer leur identité.

« Nous devons considérer le terme d'« Étrusque » comme un concept se rapportant à la nation qui s'est développée en Étrurie entre les VIIIe et Ve siècles av. J.-C. Nous pouvons discuter de la provenance de chacun de ses éléments mais le concept le plus approprié serait celui de sa formation. Le processus de formation de la nation ne peut avoir eu lieu sur le seul territoire des Étrusques, et nous sommes en mesure d'assister à la phase finale de ce processus. »

— Massimo Pallottino, Les Étrusques, p. 68-69, 1942.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Thuillier 2006, p. 31.
  2. Thuillier 2006, p. 33.
  3. ...Hérodote livre I des histoires Clio:XCIV
  4. Sergent 1995, p. 149.
  5. Briquel, Thuillier, Heurgon
  6. Massimo Pallottino, Les Étrusques, 1942 (publié en Anglais en 1955)
  7. Larissa Bonfante, The Etruscan Language p. 3 [1]
  8. Revue suisse, p. 493,1846, Témoignage de Tite Live sur les Rhètes (V,33)[2]
  9. Yves Liébert,Regards sur la truphè étrusque[3]
  10. Heurgon, Thuillier, Briquel
  11. Pallottino 1984, chap. 2.
  12. The Etruscans: A Population-Genetic Study (en)
  13. Page de Futura-sciences
  14. (fr) Bryan Sykes, Les Sept Filles d'Ève : Génétique et histoire de nos origines, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel, 2001, 363 p. (ISBN 2-226-12617-1) ; rééd. Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche » (no 15588), 2003, 344 p. (ISBN 2-253-15588-8)

Sources de l'article[modifier | modifier le code]