Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires

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Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires
Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty Organization
Logo de l'organisation
Carte de l'organisation
Carte des États membres

Création 19 novembre 1997
Type Organisation internationale
Siège Vienne (Drapeau de l'Autriche Autriche)
Membre(s) 183 membres
Personne(s) clé(s) Lassina Zerbo (Drapeau du Burkina Faso Burkina Faso)
Site web www.ctbto.org

L’Organisation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBTO, en anglais : Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty Organization) a pour rôle de détecter toute explosion atomique sur la planète et d'en faire part aux pays signataires du contrat, pour prendre des mesures afin d'empêcher les puissances nucléaires actuelles de poursuivre leurs essais, et les Etats ne disposant pas de l'arme atomique de s'en doter.

Elle dispose d'instruments de mesure (sismographes, stations de détection d'infrasons, analyses de particules radioactives dans l'air) réparties sur toute la planète, envoyant les informations prélevées au siège de l'Organisation, à l'ONU à Vienne.

Statut[modifier | modifier le code]

Le "Comprehensive (Nuclear) Test Ban Treaty" (CTBT ou "Traité d'interdiction complète des essais nucléaires") n'est pas encore entré en vigueur, ce qui ne sera possible que 180 jours après la ratification par le dernier des 44 pays visés à l'annexe 2 (liste de pays dont la signature puis la ratification est nécessaire pour l'entrée en vigueur du Traité, et donc permettre à l'Organisation de faire son travail correctement). L'OTICE n'est donc pas encore une organisation opérationnelle (officiellement, puisque officieusement elle en a déjà tous les moyens, mais n'a pas le droit légal de les appliquer _ notamment les "inspections sur le site" _). Depuis 1997, la Commission préparatoire (preparatory commission) s’occupe de préparer l'Organisation à l'entrée en vigueur du traité.

En mai 2012, 41 des 44 États visés à l'annexe II avaient signé le Traité (manquent l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord) et 36 l'ont ratifié (manquent la Chine, Égypte, Iran, Israël et les États-Unis), ce qui rend l'entrée en vigueur du Traité improbable à moyen terme et compromet la raison même d'exister de l'organisation[1].

Mandat[modifier | modifier le code]

Le rôle de la commission préparatoire (Preparatory Commission) est de préparer l'organisation à l'entrée en vigueur du traité en établissant le système de surveillance international (composé de 337 stations sur toute la planète -International Monitoring System-, le centre international d'étude des données recueillies -International Data Center-, et le réseau de communication de ces information -Global Communication Infrastructure-). La commission a aussi pour but de définir le protocole de vérifications sur place (une fois le traité en vigueur, si une explosion atomique est soupçonnée, une équipe de chercheurs de l'OTICE devrait se voir accorder le droit de parcourir la zone supposée de l'explosion pour y rechercher des preuves de son existence).

Départements directement liés au système de détection[modifier | modifier le code]

Système de surveillance international[modifier | modifier le code]

Station radionucléide sur la montagne Schauinsland en Allemagne

Une fois complété le réseau de station de l'IMS comportera

  • 170 stations sismiques: 50 primaires et 120 auxiliaires. Les stations Primaires délivrent leurs relevés en temps réel, et les stations secondaires seulement sur demande. Le problème est de faire la distinction entre les tremblements de terres quotidiens détectés sur terre et une explosion atomique (note : une énorme explosion non atomique pourrait aussi être relevée).
  • 11 stations hydro-acoustiques dans les océans détectant les « vagues » (ondes sous marines), comme celles provoquées par une explosion sous-marine (même très lointaine). Six d'entre elles utilisent des microphones sous marins qui transmettent leurs informations par câble à des stations côtières. Les cinq autres (T-phase stations) utilisent des sismographes pour détecter les ondes sous-marines une fois converties en ondes sismiques au contact du socle rocheux de l'île.
  • 80 stations radionucléides recherchant le taux de particules radioactives présentes dans l'air afin de détecter une éventuelle explosion atmosphérique (ou les relâchements radioactifs dans l’atmosphère d'une explosion sous-marine ou souterraine), ce qui est la preuve ultime et indéniable d'une explosion atomique.

En mai 2012, plus de 85 % des stations étaient déjà en service[2]. L'analyse des données fournies par toutes ces stations et leur mise à disposition aux États signataires permet de contrôler les activités atomiques menées sur terre avec une précision inégalée. Seuls trois pays sont dotés d'un tel système : la France, la Russie, et les États-Unis. On peut donc dire que le rôle de l'OTICE est également un rôle de "démocratisation" des informations concernant l'activité atomique sur terre, afin d'être sûr que ces information ne soient pas retenues par le peu de puissances y ayant accès par elles-mêmes. De plus, son réseau est le plus international et complet, et est donc destiné à terme à devenir le plus performant. Il faut aussi noter qu'une fois complété, le réseau sera amélioré pour faire face à d'éventuelles tentatives de dissimulations d’essais nucléaires et le rendre plus précis. Le nombre important de stations devrait lui permettre de rester opérationnel même au cas où quelques stations seraient en panne. Ce qui devrait éviter la reproduction d'un évènement tel que l'incident Vela (anglais): un flash qui est supposé être l'explosion de la première bombe atomique israélienne, mais que les États-Unis n'ont toujours pas pu prouver car une part de leur matériel de détection était défectueux.

Communications et infrastructures (GCI)[modifier | modifier le code]

VIC - Vienna International Centre (UNO-City), où siège l'OTICE

Les informations de toutes ces stations sont transmises via câble et satellite au centre international de collecte des données (CTBTO International Data Centre, ou IDC) à Vienne grâce à un réseau mondial de communication, gestion de données et de stations, appelé GCI (Global Communications Infrastructure). Le satellite (VSAT) est bien sûr le principal moyen de transfert des données.

Centre international de collecte des données (IDC)[modifier | modifier le code]

Le International Data Center (IDC) enregistre et analyse les informations de l'IMS qui lui sont fournies grâce au GCI, ce qui représente 5 gigabytes par jour. Ils utilisent des custom software pour générer des rapports automatiques au sujet des événements significatifs qui sont ensuite étudiés par des analystes entraînés pour cette tâche. Ceci permet l'élaboration de bulletins réguliers aux états signataires, dont la qualité (véracité des faits relevés et explications avancées) est assurée par ce système de travail.

L'IDC gère une base de données (les informations transmises par les stations et enregistrées) d'une capacité totale de 125 terabytes, ce qui correspond à plus de 10 ans d'archivage des donnés.

Les États signataires ont un accès direct et entier aux informations fournies par les stations de l'IMS (quelles soient brutes ou déjà analysées), pour permettre des vérifications, ou un usage civil (par exemple, l'utilisation de ces stations pour le système international d'alerte aux tsunamis (anglais) dans l'océan Indien, pour que ne se reproduisent plus de telles catastrophes.

Inspections sur le site (OSI)[modifier | modifier le code]

Si un événement détecté par l'IMS ou d'une autre façon (et dans le cas ou le CTBT serait entré en vigueur) laisse à penser qu'une explosion atomique a eu lieu, une inspection sur le site (On Site Inspection, ou OSI) serait alors conduite, si au moins 30 des 51 membres du conseil exécutif du CTBTO y sont d'accord, pour statuer de la véracité des doutes liés aux données relevées. Un espace pouvant aller jusqu'à 1 000 km carrés serait alors délimité et inspecté par une équipe allant jusqu'à 40 personnes.

Pourtant, si jamais une telle équipe arrivait à faire son travail, et prouvait l'existence d'une explosion, il est dit que l'ONU devrait débattre d'éventuelles sanctions contre le pays ayant enfreint le traité, mais ces sanctions ne sont pas définies... ce qui rend le rôle opérationnel de l'organisation encore plus improbable, c'est pourquoi il ne faut pas oublier que son rôle principal est de transmettre les informations recueillies à tous les États signataires.

Essais nucléaires nord-coréens 2006 et 2009[modifier | modifier le code]

Le 9 octobre 2006, la Corée du Nord a effectué son premier essai nucléaire souterrain dans le nord du pays. Le système de surveillance international de l’OTICE a détecté l'explosion de faible puissance avec 22 de ses stations sismiques. Dans les deux heures qui ont suivi, les États membres de l’OTICE ont reçu des premières informations sur l'emplacement, l'ampleur, l’heure et la profondeur de l’essai. Deux semaines après l'explosion, une station radionucléide à Yellowknife, Canada, a détecté des traces d’un gaz noble radioactif (xénon) 133) dans l'air. La présence de xénon fournit la preuve qu'une explosion nucléaire a eu lieu. Des calculs spécifiques concernant la modélisation du transport atmosphérique des analystes de l’OTICE indiquaient que le xénon, détecté à Yellowknife, avait effectivement pour origine la Corée du Nord[3].

La Corée du Nord a effectué un deuxième essai nucléaire, le 25 mai 2009 où beaucoup plus de stations sismiques (61) ont enregistré l'explosion. Cela était dû en partie à plus grande puissance de l'explosion mais aussi dû au fait qu’un plus grand nombre de stations de surveillance étaient en service en 2009. Deux heures après le test, l'OTICE a présenté des conclusions initiales à ses États membres. L'information disponible a également permis aux analystes d'identifier une zone beaucoup plus petite pour une inspection potentielle sur le site. En 2009, la zone estimée a couvert 264 km2 par rapport à 880 km2 en 2006[4],[5].

Usages civils[modifier | modifier le code]

Les quantités considérables de données recueillies par les stations peuvent être utilisées à d’autres fins que la détection d’explosions nucléaires, en particulier dans le domaine de l'alerte précoce. En 2006, l'OTICE a commencé à fournir des données sismiques et hydroacoustiques directement aux centres d'alerte aux tsunamis. À partir de 2012, les données sont partagées avec les centres de huit pays, principalement dans la région Indo-Pacifique. La France a signé un accord avec l’OTICE en 18 novembre 2010 afin d’améliorer la prévention des tsunamis sur les côtes françaises et méditerranéennes[6].

Durant l’accident nucléaire de Fukushima de mars 2011, plus que 40 stations de radionucléides de l'OTICE ont suivi à l'échelle mondiale la dispersion de la radioactivité provenant du réacteur nucléaire endommagé[7].L'OTICE partage ses données et analyses avec ses 183 États membres et des autres organisations internationales. Aujourd’hui plus que 1200 institutions scientifiques et académiques dans 120 pays font recours à cette offre[8]. Les données et les technologies de l’OTICE peuvent aussi être utilisées dans l'aviation civile et pour mieux comprendre les océans, les volcans ou les changements climatiques.

Informations complémentaires[modifier | modifier le code]

Quelques chiffres[modifier | modifier le code]

Le CTBTO Provisional Technical Secretariat (CTBTO PTS) a commencé son travail le 17 mars 1997.

Le premier secrétaire exécutif était Wolfgang Hoffmann (Allemagne), et a laissé sa place à Tibor Tóth (Hongrie) le 1er août 2005.

Le budget est financé en dollars et euros pour un montant de 46,5 millions de dollars et 56,4 millions d'euros en 2010.

Le CTBTO employait plus de 250 personnes de 71 pays différents en mai 2012.

Le siège du CTBTO se trouve au Vienna International Centre, ainsi que l'AIEA, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel.

États visés à l'Annexe 2[modifier | modifier le code]

Cette liste est celle des États dont la signature et la ratification du traité est nécessaire à son entrée en vigueur. En dessous de chaque pays vous trouverez à gauche la date de signature, et à droite, celle de la ratification (sauf si bien sûr ils n'ont pas ratifié, ni même signé le traité).

  • Algérie

15 OCT 1996 11 JUL 2003

  • Argentine

24 SEP 1996 04 DEC 1998

  • Australie

24 SEP 1996 09 JUL 1998

  • Autriche

24 SEP 1996 13 MAR 1998

  • Bangladesh

24 OCT 1996 08 MAR 2000

  • Belgique

24 SEP 1996 29 JUN 1999

  • Brésil

24 SEP 1996 24 JUL 1998

  • Bulgarie

24 SEP 1996 29 SEP 1999

  • Canada

24 SEP 1996 18 DEC 1998

  • Chili

24 SEP 1996 12 JUL 2000

  • Chine

24 SEP 1996

  • Colombie

24 SEP 1996 29 JAN 2008

  • République populaire démocratique de Corée
  • République démocratique du Congo

04 OCT 1996 28 SEP 2004

  • Égypte

14 OCT 1996

  • Finlande

24 SEP 1996 15 JAN 1999

  • France

24 SEP 1996 06 APR 1998

  • Allemagne

24 SEP 1996 20 AUG 1998

  • Hongrie

25 SEP 1996 13 JUL 1999

  • Inde
  • Indonésie

24 SEP 1996 05 FEB 2012

  • Iran (République islamique d')

24 SEP 1996

  • Israël

25 SEP 1996

  • Italie

24 SEP 1996 01 FEB 1999

  • Japon

24 SEP 1996 08 JUL 1997

  • Mexique

24 SEP 1996 05 OCT 1999

  • Pays-Bas

24 SEP 1996 23 MAR 1999

  • Norvège

24 SEP 1996 15 JUL 1999

  • Pakistan
  • Pérou

25 SEP 1996 12 NOV 1997

  • Pologne

24 SEP 1996 25 MAY 1999

  • République de Corée

24 SEP 1996 24 SEP 1999

  • Roumanie

24 SEP 1996 05 OCT 1999

  • Fédération de Russie

24 SEP 1996 30 JUN 2000

  • Slovaquie

30 SEP 1996 03 MAR 1998

  • Afrique du Sud

24 SEP 1996 30 MAR 1999

  • Espagne

24 SEP 1996 31 JUL 1998

  • Suède

24 SEP 1996 02 DEC 1998

  • Suisse

24 SEP 1996 01 OCT 1999

  • Turquie

24 SEP 1996 16 FEB 2000

  • Ukraine

27 SEP 1996 23 FEB 2001

  • Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord

24 SEP 1996 06 APR 1998

  • États-Unis d’Amérique

24 SEP 1996

  • Viet Nam

24 SEP 1996 10 MAR 2006

Problème des tests subcritiques[modifier | modifier le code]

Il faut noter que les États-Unis et la Russie poursuivent la recherche en armes atomiques depuis 2000 environ en réalisant des tests subcritiques (n'entraînant pas de réaction en chaine du plutonium). Ces tests permettent de poursuivre la recherche en armement nucléaire et développer de nouvelles bombes sans les faire exploser, ce qui contourne le traité et incite les pays non détenteurs d'armes atomiques à ne pas le respecter non plus. (pb confirmation date États-Unis et Russie—autres États menant ces tests ?)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Traduction presque complète de l'anglais Site du CTBTO (en anglais)