Ordre des hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu

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L’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu (ou plus couramment Frères de la Charité sous l'ancien régime) a été fondé à Grenade (Espagne) en 1537, par saint Jean de Dieu, pour le soin des pauvres et des malades. Aujourd'hui, cet ordre religieux soigne et accueille ceux qui souffrent, et prie, dans une cinquantaine de pays sur les cinq continents. Il compte environ 1400 membres, appelés fréquemment Frères de Saint-Jean-de-Dieu, ou Frères hospitaliers. C’est un ordre laïc dans lequel quelques religieux accèdent au sacerdoce pour les besoins pastoraux des œuvres.

Fondation[modifier | modifier le code]

Les historiens s'accordent pour dire qu'il n'était pas dans les intentions de Jean de Dieu de fonder une nouvelle congrégation religieuse.

Pourtant, ses intuitions de soignant et le rayonnement de sa vie de foi ont rapidement attiré des compagnons à sa suite.

Un des symboles modernes de l'Ordre Hospitalier de Saint Jean-de-Dieu (avec la grenade)

Ainsi, à sa mort en 1550, Jean avait confié la direction de son hôpital à l'un d'entre eux, Antoine Martin.

En 1571, la famille de Jean de Dieu compte plusieurs hôpitaux en Espagne: à Grenade, bien sûr, mais aussi, à Madrid, Tolède, Cordoue et Lucena.

Érigés officiellement en congrégation religieuse, le 1er janvier 1572, par le Pape Pie V, les Frères continuent leur développement. En 1586, en outre l'Espagne, ils sont implantés en Colombie, au Mexique, au Pérou et en Italie.

Saint Jean de Dieu qui fut le véritable " saint de la charité", entre parmi les modèles de "charité sociale". Il a été, par définition du grand psychiatre et criminologue athée Cesare Lombroso,créateur de l'hôpital moderne. Jean de Dieu, touché par l’Esprit à l’âge de quarante ans, se consacra tout à tous en donnant vie à un nouvel hôpital dans la ville de Grenade, alors que cette même ville en comptait déjà au moins six.

L'Ordre de Saint Jean de Dieu en France[modifier | modifier le code]

Arrivée des Frères en France[modifier | modifier le code]

C'est de Florence que les premiers Frères partent aux environs de 1601 pour gagner Paris. Ils y ont été appelés par la reine Marie de Médicis qui en Toscane avait été touchée par le témoignage et leur compassion.

Ils reçoivent pour mission de la part d'Henri IV, et de l'Evêque de Paris, d'y fonder un couvent-hôpital pour soigner les pauvres malades.

Jusqu'à la Révolution[modifier | modifier le code]

Grâce à l'hôpital de la Charité construit rue des Saints-Pères dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris devient rapidement le centre névralgique de l'Ordre des Frères en France. Cet hôpital de la Charité reçoit plus de 200 malades souffrant de fièvres putrides et malignes, et de maladies chirurgicales. Parmi les médecins qui y exercent leur art, certains connaissent un grand renom : Mareschal, premier chirurgien de Louis XVIII, Desault et surtout Frère Élisée Talachon qui deviendra le chirurgien de Louis XVIII. Si les religieux y exercent des fonctions d'infirmiers, d'apothicaires, de chirurgiens, la Charité de Paris est aussi un lieu où la vie spirituelle est soutenue : les homélies dominicales et la beauté de la liturgie sont appréciées y compris par des membres de la Cour. Saint Vincent de Paul vient visiter les malades et, «  les Filles de la Charité », nom qu'il donne à l’Ordre des Religieuses qu'il fonde pour le soulagement des malades, n'est pas sans rappeler celui des Frères de saint Jean de Dieu, connu dans la France de l'Ancien Régime sous le nom de Frères de la Charité. Molière aussi visite souvent les pauvres malades de la Charité. Il fait même partie de la Confrérie Notre Dame de la Charité, sorte de Tiers-Ordre des Frères de saint Jean de Dieu. A la Charité, les novices sont formés aussi bien à la vie religieuse qu’à la médecine et à la chirurgie, disciplines pour lesquelles les cours durent trois ans.

Au XVIIe et au XVIIIe siècles, les Frères fondent une quarantaine d'établissements hospitaliers : 34 en France métropolitaine (couvrant à peu près l'ensemble du territoire) et neuf dans les possessions coloniales (au Canada et aux Antilles notamment). Les fondations se font au gré des demandes. Elles émanent du Roi, de l'Armée, des Évêques ou des aristocrates locaux. La Province religieuse ainsi constituée comporte trois types d'établissements :

◊ Des hôpitaux urbains assez importants (60 à 200 lits) comme à Paris et à Grenoble où sont annexées des écoles de chirurgie.
◊ Des hôpitaux destinés aux militaires, comme à Saintes ou à La Rochelle.
◊ Et enfin des petits hôpitaux, proches de dispensaires ruraux, d'une dizaine de lits.

Au Québec, un fonds d'archives de l'Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[1].

Dans la France de l'Ancien Régime, les Frères de saint Jean de Dieu se distinguent également en annexant à certains de leurs hôpitaux (Cadillac, Pontorson ou Château-Thierry etc.) des pensionnats où ils reçoivent et soignent les insensés. Ils fondent deux établissements particulièrement destinés au soulagement des aliénés : à Senlis et surtout à Charenton. Ainsi, en 1790 par le docteur Regnault, mandaté par l'Assemblée nationale pour visiter cet hôpital, écrit : « le site de Charenton, les soins des Frères de la Charité, quelques changements dans le régime nous conduiront peut-être à une découverte qui serait la consolation d'une foule de familles, agrandiraient des domaines de la médecine et feraient la gloire de notre siècle ».

Article détaillé : Asile de Charenton.

Paul de Magallon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paul de Magallon.

Paul de Magallon, né à Aix-en-Provence en 1784, est une des grandes figures spirituelles de l'Ordre de saint Jean de Dieu. Après avoir restauré l'Ordre en France, il est nommé assistant général de l'Ordre à Rome, et fréquente alors la cour pontificale. Il meurt à Lyon, le 14 juillet 1859.

Paul de Magallon est sensibilisé à la situation dramatique des malades mentaux qu'il visite à la prison Saint-Joseph de Lyon. Il se lance alors dans la fondation d'hôpitaux qui leur seront destinés : à Lyon (1824), à Lille-Lomelet (1825) et Dinan (1836).

Au cours de l'élaboration de la Loi de 1838 dont le but est d'introduire l'assistance aux aliénés dans l'appareil de l'État, le Père de Magallon intervient à la Chambre des pairs.


Apostolats dans d'autres domaines de la santé[modifier | modifier le code]

L'œuvre du Père de Magallon et des Frères de Saint Jean de Dieu à l'époque ne se limite pas à l'essor de la médecine mentale (même si elle en constitue l'action principale).

En 1843, ils acquièrent l'Hôtel Plumet, qui devient progressivement une Clinique chirurgicale. Initialement spécialisée en urologie, elle accueille aujourd'hui toutes les spécialités chirurgicales. A nouveau présents à Paris, les Frères de Saint Jean de Dieu renouent ainsi avec leur histoire.

En 1852, c'est au tour de Marseille, le Père de Magallon acquiert une bastide à Saint Barthélemy, grâce à l'aide de son ami, saint Eugène de Mazenod, alors évêque de la ville. Cette maison devient un asile pour pauvres vieillards. Au fil des années, elle est aujourd'hui une vaste Maison de retraite Médicalisée.

En 1858, les Frères prennent possession d'un enclos, rue de Vaugirard à Paris. Ils y fondent un hospice pour Jeunes Garçons infirmes (victimes de poliomyélite, de tuberculose osseuse notamment). Aujourd'hui le Centre Saint Jean de Dieu de la rue Lecourbe [2] accueille des enfants polyhandicapés (souffrant pour beaucoup de myopathies). Cette maison de la rue Lecourbe est également à l'origine du Centre Saint Jean de Dieu du Croisic (en Loire Atlantique) en 1893. Initialement destiné aux enfants scrofuleux, ce centre reçoit aujourd'hui des jeunes adultes handicapés au sein d'un foyer de vie et d'une maison d'accueil spécialisée.

Au fil des décennies, les fondations vont se poursuivre y compris au-delà des frontières de l'hexagone : à Leuze (en Belgique) avec la fondation d'un hôpital psychiatrique, à Scorton (en Angleterre) mais aussi en Irlande et au Canada.

En 1897, sur l'initiative du Père Arbogast Ménétré, alors supérieur provincial, les Frères reprennent l'asile de nuit de la rue de Forbin à Marseille, fondé par un laïc, François Massabo quelques années plus tôt. Renouant là encore avec une intuition profonde de saint Jean de Dieu, les Frères sont toujours présents dans ce vaste accueil aujourd'hui totalement rénové, et reçoivent quotidiennement 230 personnes sans domicile fixe. Forts de cette expérience, les Frères ont également été présents dans une structure analogue à Nice pendant une trentaine d'année. Et aujourd'hui encore à Digne-les-Bains dans le Foyer d'Accueil Saint Benoît Labre.

Lors de l'expulsion des congrégations en 1903, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu furent une des cinq congrégations catholiques masculines autorisées à poursuivre leur activité en France[3].

Dans l'entre deux guerres, une nouvelle série de fondations est lancée pour répondre à de nouveaux besoins. C'est d'abord la création d'un centre pour jeunes handicapés à Lavilletertre, dans l'Oise, puis une structure analogue à Nantes. Enfin en 1935, les Frères s'établissent à Sentheim, en Alsace, où ils créent une maison de convalescence.

Si les bouleversements de la psychiatrie dans les années 1970 ont amené les Frères à se retirer de leurs hôpitaux (à l'exception de Dinan), ils ont alors décidé de s'aventurer dans l'Océan indien.

Ils ont ainsi fondé un Centre d'aide par le travail à la Réunion qui aujourd'hui n'appartient pas à l'Ordre, une maison de retraite à l'île Maurice, où les Frères sont toujours présents, et un projet en cours à Madagascar.

En 2012, les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu de France ont confié la gestion de leurs établissements à la Fondation Saint Jean de Dieu, reconnue d'utilité publique le 26 juillet 2012.

Armoiries de l'ordre[modifier | modifier le code]

Une grenade entr'ouverte, surmontée d'une croix (dont la couleur héraldique ne semble pas être précisée).

Cette grenade rappelle que, le fondateur cherchant sa voie, Dieu lui dit: "Grenade sera ta croix". En effet, ce fut dans cette ville qu'il parvint à fonder son ordre, après bien des épreuves[4].

Le blason de la ville et ainsi que du royaume de Grenade est: «D'argent, à la grenade de sinople, ouverte de gueules».


Blason de l'ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu


Références[modifier | modifier le code]

  1. Fonds Ordre Hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu (P797) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  2. L'œuvre Sainte-Germaine et le centre Saint-Jean de Dieu". Résumé d'un article de Micheline Chauvancy et Paulette Lambert in Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – n° 6".
  3. Voir l'article : Histoire des congrégations chrétiennes en France.
  4. Extrait de l'Annuaire du Conseil Héraldique de France, 3ème année, 1890. Texte de X. Barbier de Montault, prélat de la Maison de Sa Sainteté

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]