Ordre de l'Hermine (Bretagne)

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L'Ordre de l’Hermine est un ordre de chevalerie fondé en 1381 par Jean IV, duc de Bretagne, à la suite de la bataille d'Auray, non loin duquel il avait son siège dans une chapelle à Saint-Michel-des-Champs.

Sa devise est : « A ma vie, comme j’ay dit ».

En 1448, il est rattaché à l'Ordre de l'Épi pour devenir l'ordre de l'Hermine et de l'Épi.

Il était ouvert aux femmes, ainsi qu'aux roturiers qui se trouvaient alors anoblis.

Tombé en désuétude sous le règne de la reine Anne au bénéfice de l'Ordre de la Cordelière, les insignes de l'Ordre ont été à nouveau portés par le dernier duc de Bretagne, François III, à partir de 1532.

L'ordre de chevalerie[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Lors de son dernier exil à la cour d'Angleterre de 1377 à 1379, le duc de Bretagne Jean IV le Conquérant est fait chevalier de l'Ordre de la Jarretière, et il put observer les bénéfices de l'institution d'un qui liait fortement un groupe de nobles fidèles à la personne du roi.

En effet; le roi Édouard III d'Angleterre avait fondé en 1344 un ordre de chevalerie royale, l'Ordre de la Table ronde, comprenant 40 membres, puis en 1349 l'Ordre de la Jarretière avec un nombre de membres illimité. Il avait été imité par le roi de France Jean II le Bon qui institue en 1351 l'Ordre de l'Étoile. L'Ordre de la Toison d'or et l'Ordre du Croissant ne furent institués qu'en 1431 et 1434.

De retour en Bretagne en 1379, après avoir été lâché par une partie de la noblesse bretonne qui lui reprochait son anglophilie exagérée, Jean IV crée en 1381 son propre ordre : l'Ordre de l'Hermine.

Le peu que nous en savons nous a été transmis par Guillaume de Saint-André qui décrit l'ordre en 1381, car les statuts originaux de l’ordre ont été perdus. « Qui lors portaient nouveaux colliers/ De moult bel port, de belle guise/ Et estoint nouvelle devise/ De doux roletz bruniz et beaux/ Couplez ensemble de doux fermaulx/ Et au dessoux estoit l’ermine/ En figure et en couleur fine/ En deux cedule avoit escript :/ A ma vie, comme j’ay dit. »

On sait que ses membres engageaient à se réunir annuellement pour une messe à la collégiale de Saint-Michel-du-Champs à Auray. Un clergé permanent, composé d’un doyen et de huit prêtres, servait sur ce monastère édifié non loin du lieu de la bataille. Il en coûtait six cents livres par an au trésor ducal.

Une hypothèse de reconstitution du Collier de l'ordre de l'Hermine

L'Ordre de l'Hermine était ouvert aux femmes, neuf sont connues. La première d'entre elles est Jeanne, vicomtesse de Navarre. Ensuite Jeanne, vicomtesse de Rohan, laissa son collier à Saint-Michel d’Auray en 1401. Par la suite, l'l’Ordre de l’Étole et de la Jarre, fondé en 1403 par le prince castillan Fernando de Antequerra, admit aussi les femmes. En 1445, c'est Jeanne d'Albret, comtesse de Richemont, qui est reçue chevalière de l'Ordre de l'Hermine, en 1447, Isabeau d'Ecosse, duchesse de Bretagne.

Vers 1430, des chevaliers anglais et écossais reçurent collier ducal. Dans la seconde moitié du XIVe siècle, l’Ordre de l’Hermine devient moins politique qu’honorifique. Sous le duc François II, il n’est plus conféré que pour des raisons diplomatiques à des ambassadeurs en visite ou pour conforter des alliances. François II qui obtient le classement, par bulle papale, de la collégiale d’Auray, semble n’avoir plus assisté aux messes commémoratives qui s’y déroulaient.

L'ordre fut modifié en 1448 et fusionné avec l'Ordre de l'Épi, fondé par le Duc François II, pour devenir l'Ordre de l'Hermine et de l'Épi. François II fonda ensuite l'Ordre de la Cordelière qui prévalut pendant le règne de la duchesse Anne.

Après la mort en 1514 de la reine Anne, il fallut attendre 1532, pour que le dernier duc de Bretagne, François III, arbore les insignes de l’ordre.

Le collier[modifier | modifier le code]

Comme dans les ordres royaux français, les colliers appartenaient à l'Ordre. Ils étaient remis, après la mort de leurs possesseurs, aux doyens et Chapelains de Saint-Michel-des-Champs, siège de l'Ordre, près d'Auray, pour être convertis en calices ou ornements et employés pour les bonnes œuvres de la chapelle. Dans une lettre de Jean V datée de 1437, son fils Jean V, il est indiqué que les officiers ducaux avaient l’ordre de poursuivre les héritiers des membres décédés afin de récupérer les colliers. Ceux-ci servaient ensuite à entretenir la chapelle de l’Ordre, à Auray.

Aucun exemplaire ni dessin précis du collier n'a été conservé. Le dernier collier de l'Hermine qu'on pouvait voir représenté était sculpté en albâtre sur le tombeau de Jean IV, dans la cathédrale de Nantes : il fût malheureusement détruit durant la révolution française en 1793.

Dans un compte-rendu de 1424, le collier du duc est décrit comme étant une magnifique chaîne en or couverte de bijoux et de perles, à laquelle était attaché un pendant d’hermine, également orné de bijoux.

Le collier de l'Ordre se composait de deux chaînes d'or, formées elles-mêmes d'agrafes ornées d'hermines. Ces deux chaînes étaient attachées à leurs extrémités par une double couronne ducale où deux hermines émaillées étaient suspendues. Une banderole entourait les chaînes et portait la devise A ma vie. Il comprenait une banderole tourbillonnant autour d'une file d'hermines passantes (cette disposition se retrouve sur de nombreuses sablières, corniches, larmiers ou bandeaux courant autour des églises). À une couronne à hauts fleurons (dite alors « royalle ») était suspendue par une chaînette une autre hermine passante colletée, emblème personnel de Jean IV. Un petit anneau, figurant des épis de blé, a par la suite été ajouté par le Duc François Ier pour l'Ordre de l'Hermine et de l'Épi de blé.

L'hermine[modifier | modifier le code]

Selon une légende, la duchesse Anne de Bretagne, alors qu’elle se promenait dans son duché, assista à une scène de chasse dont la proie était une hermine blanche. Cerné près d'une mare, l'animal, plutôt que de se salir, choisit de faire face aux chasseurs, préférant la mort à la boue. Considérant la noblesse de cette attitude, Anne commanda qu'on laisse la vie à la bête et décida d'en faire son emblème. En référence à cette aventure, « Plutôt la mort que la souillure » (en breton : « Kentoc'h mervel eget bezañ saotret ») est la devise de la Bretagne (en latin : « Potius mori quam foedari »)[1]. Une autre version de la légende indique que le roi britto-romain du Ve siècle, Conan Meriadec, serait le héros de cette histoire. Sur les bords de l'Odet en aval de Quimper, un endroit s'appelle indifféremment le Saut de la Pucelle ou le Saut de l'Hermine. Il relate une même attitude suicidaire pour préserver sa pureté.

Dans le Barzaz Breiz[2], Théodore Hersart de La Villemarqué rapporte une chanson L’Hermine qui met en scène trois animaux : un loup nommé Guillaume qui représente Charles de Blois (Bleiz= loup= Blois) et le « parti français » ; le taureau Jean, c’est Jean de Montfort et le « parti anglais » ; Catherine l'hermine incarne le peuple breton. Le loup et le taureau se battent, l’hermine assiste au spectacle, souhaitant « qu’ils s’étranglassent l’un l’autre ».

En fait, l’apparition de l’hermine dans les armes des ducs de Bretagne remonte à Jean II de Dreux, fils Pierre Mauclerc (1213-1237) qui appartenait à la famille capétienne de Dreux, issue de Robert Ier, fils du roi Louis VI. La maison de Dreux avait pour un blason échiqueté avec une bordure, et Jean II de Dreux, duc de Bretagne, brisait ses armes d'un canton d'hermine. Il fut aussi le premier à faire figurer son écu sur les deniers d'argents, contribuant ainsi à populariser ses armoiries, puis celle de ses successeurs qui portèrent l'hermine plain.

En 1316, le duc Jean III de Bretagne dit Le Bon, change d'armoiries. Ne pouvant plus souffrir la seconde épouse de son père, Yolande de Dreux, il retire de ses armes l'échiqueté et la bordure appartenant aux Dreux. La brisure d'hermine devient les armes plaines du duc de Bretagne. Jean de Montfort et Charles de Blois, prétendants au trône de Bretagne, s'en emparent chacun de leur côté. L'hermine héraldique est plus rare en Bretagne que dans d'autres pays comme l'Angleterre où elle est courante.

Restauration[modifier | modifier le code]

Une décoration homonyme de l'Ordre de l'Hermine a été créée en 1972 à l'initiative privée de René Pleven, président du CELIB (Comité d'étude et de liaisons des intérêts bretons. Elle distingue des personnalités qui œuvrent pour le rayonnement de la culture bretonne. Le collier, différent de celui du Moyen Âge, a été dessiné par Pierre Toulhoat.

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Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gwenc'hlan Le Scouëzec, Le Guide de la Bretagne, page 40, Coop Breizh, Spézet, 1987, (ISBN 2-84346-026-3) ; Jacques Marseille (dir.), Le Journal de la Bretagne des origines à nos jours, page 106, éditions Larousse, Paris, 2001, (ISBN 2-03-575097-0).
  2. Théodore Hersart de La Villemarqué, Le Barzhaz Breiz, chanson L’Hermine p. 252, éditions Coop Breizh, Spézet, 1997, (ISBN 2-909924-85-8)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, Paris, 1707, tome II, p. 742
  • Mikael Jones, Les signes du pouvoir. L'ordre de l'Hermine, les devises et les hérauts des ducs de Bretagne au XVe siècle, in MSHAB tome LXVIII, 1991, pp.141-173