Ophrys araignée

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Ophrys sphegodes

Description de cette image, également commentée ci-après

Ophrys araignée: détail de la fleur

Classification
Règne Plantae
Sous-règne Tracheobionta
Division Magnoliophyta
Classe Liliopsida
Sous-classe Liliidae
Ordre Orchidales
Famille Orchidaceae
Sous-famille Orchidoideae
Tribu Orchideae
Sous-tribu Orchidinae
Genre Ophrys

Nom binominal

Ophrys sphegodes
Mill., 1768

Synonymes

  • Ophrys lunulata Parl. (préféré par UICN)

Statut de conservation UICN

( NT )
NT  : Quasi menacé

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 01/07/75

L'Ophrys araignée (Ophrys sphegodes), est une plante herbacée vivace de la famille des orchidées (Orchidaceae).
Synonyme d'après INPN ci-dessous : Ophrys aranifera Huds., 1778 (avec nombreuses sous-espèces).

Description[modifier | modifier le code]

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

L’orchidée araignée mesure généralement une quinzaine de centimètres mais peut aller jusqu'à 30 cm de haut. Les feuilles sont basales comme pour tout le genre Ophrys[1].

Toutes les Orchidacées terrestres possèdent un système d’ancrage au sol assez important sur lequel naissent les tiges aériennes. Le système racinaire sont des rhizomes, c’est-à-dire des tiges modifiées pour être souterraines et donc permettre l’ancrage au sol, et forment des tubercules[2].

Appareil reproductif[modifier | modifier le code]

La fleur des Orchidées comporte deux petits pétales latéraux plus étroits à bords ondulés-crénelés de couleur verdâtre à brunâtre[1].

La fleur a aussi trois sépales verts: un sépale supérieur qui suit le plan de symétrie de la fleur ainsi que deux sépales latéraux disposés de part et d’autre de ce plan de façon symétrique. Les trois sépales sont regroupés en structure protégeant le gynostème, organe comportant l’androcée (une seule étamine) et le gynécée soudés. L’étamine possède un rétinacle qui, grâce à sa viscosité et le caudicule (pièce portant les pollinies) qui lui est associé  permet le prélèvement de ces pollinies par le pollinisateur[3].

Ce qui caractérise surtout cette fleur est son labelle brun, de plus de 10mm, trilobé, d’aspect velouté avec des marques bleutées ou violettes en forme de ‘H’ au centre supérieur du labelle, ce qui le fait ressembler à l’abdomen d’une araignée. On appelle ces marques « miroir » ou « macule ». La macule d’Ophrys aranifera forme un collier péristigmatique qui encadre le champ basal et qui se prolonge autour de la colonne du gynostème. De chaque côté du champ basal, il y a deux petits nectaires dont l’aspect globuleux et leur coloration leur donnent l’aspect de yeux, c’est pourquoi, on les appelle les pseudo-yeux. À  la pointe du labelle, se trouve un petit appendice: le mucron. C’est grâce à la morphologie spécifique du labelle (forme, tâches pigmentaires et substances attractives émises) entre autres, que la pollinisation se fait par l’abeille Andrena nigroaenea[1],[3]. Chaque hampe florale peut porter jusqu’à 6 fleurs mais n’en porte généralement que 2, 3 ou 4[1].

La floraison se fait de mi-mars à mi-mai[1].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Le genre Ophrys, comme beaucoup d’autres plantes à fleurs, a besoin d’insectes pour la pollinisation mais ce genre a adopté une stratégie tout à fait remarquable consistant non pas à offrir du nectar comme récompense, mais à plutôt utiliser un leurre par mimétisme visuel ou olfactif.[4] Le genre en est devenu dépendant et chaque espèce a co-évolué quasiment qu’avec une seule espèce d’hyménoptère. L’Ophrys sphegodes présente ce lien précis avec l’abeille Andrena nigroaenea. Le labelle de la fleur imite grossièrement l’abdomen de la femelle, foncé et velu, mais c’est surtout grâce à la production de substances chimiques similaires aux phéromones sexuelles, qu’une pseudo-copulation va être provoquée avec le mâle. C’est lors de ce contact prolongé avec la cuticule que le mâle va frôler les pollinies et les transporter vers une autre fleur de l’espèce par un nouvel acte de pseudo-copulation[4],[5].

Propriétés[modifier | modifier le code]

Chimie des phéromones sexuelles[modifier | modifier le code]

Comme expliqué précédemment, c’est grâce aux phéromones sexuelles que l’Ophrys attire un insecte mâle afin permettre la pollinisation. C’est grâce à l’expérience de F. P. Schiestl, M. Ayasse, H. F. Paulus, C. Löfstedt, B. S. Hansson, F. Ibarra & W. Francke que nous pouvons l’affirmer. Celle-ci consistait à présenter un individu femelle congelé, et donc totalement inodore, et des fleurs d’Ophrys sphegodes à un mâle de Andrena nigroaenea. La précipitation du mâle sur la fleur a permis de conclure que ce sont bien les substances sémio-chimique présentes sur la cuticule de la fleur qui déclenchent ce comportement de copulation[5],[6].

Deux stratégies principales sont utilisées par les Ophrys et les abeilles :

  1. La reconnaissance via les phéromones sexuelles se fait par l’identification d’un seul composé chimique que d’autres espèces ne présentes pas.
  2. La reconnaissance se fait par l’identification d’une proportion spécifique de plusieurs composés chimiques communs à beaucoup d’abeilles.

C’est cette deuxième stratégie qu’A. nigroaeneae a adoptée. Toutefois pour ne pas trop interférer dans l’écologie de l’abeille, ce sont des mélanges de types secondaires que nous trouvons à la surface de la cuticule de la fleur, et donc des mélanges attirant moins que les véritables phéromones sexuelles[6].  Le mélange utilisé par la fleur est un mélange, entre autres, d’alcanes et d’alcènes avec des longueurs de chaines de C21 à C29 et, présents en très petites quantités, des trans-farnésol et des hexanoate trans-farnésyl. Ces deux derniers ne sont pas présents sur la cuticule des femelles A. nigroaeneae, ce sont en fait ces composés qui inhibent le comportement de copulation sur la fleur et c’est ainsi qu’elle interfère moins dans la reproduction de l’espèce d’abeille[5].

L’adaptation spécifique des fleurs d’Ophrys sphegodes pour attirer les pollinisateurs semble être une augmentation de la production d’isomères spécifiques d’alcènes jusqu’à correspondre aux quantités retrouvées sur la cuticule des femelles A. nigroaeneae. Cela a été prouvé en comparant les quantités des composés chimiques dans la fleur et dans les feuilles de la même plante et une grosse différence a été remarquée au niveau des ces alcènes. En outre, des tests faits avec des composés synthétiques ont montré que des échantillons comportant des mélanges d'alcènes ont déclenché beaucoup plus d'approches de mâles que les échantillons comportant des mélanges d'alcanes qui ne sont, eux, pas plus attrayant que des mannequins inodores (expérience de F. P. Schiestl, M. Ayasse, H. F. Paulus, C. Löfstedt, B. S. Hansson, F. Ibarra & W. Francke  citée au paragraphe précédent). Par contre, les échantillons comportant des alcanes et des alcènes ensemble ont été les plus attrayants et ont déclenché le comportement d'accouplement. On peut donc conclure que les hydrocarbures constituent les phéromones sexuelles des abeilles[5].

Ecologie[modifier | modifier le code]

Habitat[modifier | modifier le code]

Nous retrouvons l’Ophrys sphegodes sur des terrains bien drainés, dans des sols calcaires ou anciennement calcaires, et un peu moins souvent dans des carrières et des prairies au sommet de falaises[1]. Lieux secs et herbeux[7].

Phénologie[modifier | modifier le code]

Les orchidées terrestres sont des géophytes qui restent parfois en état de dormance pendant une ou plusieurs saisons de croissance. Chez Ophrys spegodes, la période maximale de dormance est de 8 ans, mais la plupart des dormances (78%) ne durent que 2 ans[8].

Aire de répartition[modifier | modifier le code]

L’ophrys araignée est trouvée en Europe centrale, Angleterre, toute la France sauf Nord, Ardennes, en Belgique, où elle se limite à l'extrême sud-est du pays (Gaume) et atteint sa limite nord[9]. Sa répartition méridionale est jusqu’au nord de l’Afrique[7],[10].

Statut[modifier | modifier le code]

Cette plante est déclarée comme en bas risque voir presque menacé en Grande-Bretagne et en Irlande. Il est toutefois interdit de la cueillir.

En France, l'espèce est classée "LC" : Préoccupation mineure[11]. (Espèce pour laquelle le risque de disparition de métropole est faible.)[12] Elle est protégée dans la région de l’Alsace  (Arrêté du 28 juin 1993 relatif à la liste des espèces végétales protégées en région Alsace complétant la liste nationale  - Article 1)[13].

La sous-espèce moesziana est protégée en Algérie[14].

En Wallonie (Belgique), l'Oprys sphegodes est considérée comme menacée et protégée[15]

Espèces voisines[modifier | modifier le code]

L’Ophrys sphegodes est souvent confondue avec l’Ophrys apifera car elles ont toutes deux une apparence très similaire. (Early spider Orchid, 2003)[1]

Liste des sous-espèces[modifier | modifier le code]

Selon Kew Garden World Checklist (14 mai 2014)[16] :

  • Ophrys sphegodes Mill. (1768)
    1. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. aesculapii (Renz) Soó ex J.J.Wood (1980): Cette sous-espèce est  très répandue en Grèce.
    2. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. araneola (Rchb.) M.Laínz (1983): Connue comme l’Ophrys petite araignée, elle a un labelle caractéristique avec une petite marge jaune sur le labelle et fleurit plus précocement que les autres Ophrys sphegodes. En effet, elle fleurit environ de mars à avril alors que les autres fleurissent jusqu’à la mi-mai[12].
    3. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. litigiosa:  La distribution de cette sous-espèce se limite à l’Italie, au nord de la France et au nord ouest de la Péninsule des Balkans[13]. Elle se distingue  des autres car elle a souvent un miroir plus large et plus compliqué que les autres[17].
    4. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. atrata (Rchb.f.) A.Bolòs (1950): Appelée aussi l’Ophrys noirâtre ou démon, cette sous-espèce se caractérise par un aspect beaucoup plus sombre et plus velue que les autres sous espèces[18]. La hampe florale contient de 3 à 14 fleurs. Cette sous-espèce se retrouve partout dans la partie nord du bassin méditérannéen : de l’Italie à la France[19].
    5. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. aveyronensis J.J.Wood (1983)
    6. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. catalcana Kreutz (2010 publ. 2011)
    7. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. cretensis H.Baumann & Künkele (1986): Cette sous-espèce est endémique des îles grecques, principalement en Crète où elle est localement commune, mais elle est aussi présente dans Karpathos et Cycladean dans les îles de Paros[13]. La hampe florale porte de 3 à 8 fleurs.
    8. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. epirotica (Renz) Gölz & H.R.Reinhard (1983): Cette sous-espèce est trouvée en Albanie et en Grèce[13]. La hampe florale porte de 3 à 7 petites fleurs[17]. L’identification de celle-ci est rendue difficile par sa ressemblance à Ophrys negadensis.
    9. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. gortynia H.Baumann & Künkele (1986): Tout comme l’Ophrys shpegodes cretensis, cette sous-espèce est endémique des îles de Grèce. Elle est confondue avec d’autres sous-espèces de O. Sphegodes comme mammosa et cretensis et cela rend l’identification difficile.
    10. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. helenae (Renz) Soó & D.M.Moore (1978):  Celle-ci se retrouve aussi au Sud de l’Albanie, au nord de la Grèce mais aussi dans le Péloponnèse. La hampe florale porte de 2 à 8 fleurs dont les sépales et les pétales sont verts.
  • Ophrys sphegodes nothosubsp. jeanpertii (E.G.Camus) Del Prete & Conte (1980)
    1. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. mammosa (Desf.) Soó ex E.Nelson (1962): Elle est distribuée des Balkans, à travers le Levant jusqu’au Caucase et au nord de l’Iran. La plante a de 5 à 12 fleurs par inflorescence. Le labelle de cette orchidée est fort convexe et replié sur lui-même, elle a deux gibbosités à la base du labelle, comme deux mamelles[20].
    2. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. passionis (Sennen) Sanz & Nuet (1995): La distribution de cette fleur est insuffisamment connue mais semble recouvrir le nord-est de l’Espagne, le sud et ouest de la France, la Sardaigne la Sicile et la majeur partie de l’Italie en passant de la toscane jusqu’en Calabre. On l’appelle l’Orchidée de la Passion, faisant référence à Pâques qui est sa période de floraison.
    3. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. sipontensis (Kreutz) H.A.Pedersen & Faurh. (2005): Cette sous-espèce a été nommée selon le village de Siponte au sud de L’Italie où elle est quasiment endémique, elle est en effet restreinte aux plaines de cette région. La hampe florale porte de 2 à 8 grandes fleurs. Les pétales sont mauves-rouges ce qui la différencie légèrement des autres.
    4. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. sphegodes: Reconnue comme la plus typique des sous-espèces, l’Ophrys sphegodes sphegodes a une distribution très large et s’étend sur la distribution générale (Europe centrale, du sud et Afrique du nord) sauf au sud-est de l’Europe.
    5. sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. spruneri (Nyman) E.Nelson (1962): Cette sous-espèce est aussi endémique de la Grèce et de ses îles, principalement en Crète et quelques petites îles d’Aegean. La hampe florale porte de 2 à 8 fleurs très caractéristiques. Le labelle est noirâtre faiblement trilobé. Cette sous-espèce a une couleur de périanthe variable, généralement rose parfois verdâtre alors que les sépales latéraux sont bicolores : une des moitiés inférieures de chacun est teinté de pourpre-violacé[21].

Selon NCBI (14 mai 2014)[22] :

  • sous-espèce Ophrys sphegodes subsp. sphegodes

Selon Tropicos (14 mai 2014)[23] :

Galerie photos[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g « Early spider orchid (Ophrys sphegodes) » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  2. M. LECOUFLE, G. MANGENOT, « ORCHIDALES » (consulté le 16 mai 2014)
  3. a et b « SFO-PCV Société Française d'Orchidophilie de Poitou-Charentes et Vendée » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  4. a et b VELA E., « Révision taxonomique de l’ophrys de Marseille (Orchidaceae), Ophrys aranifera subsp. Massiliensis (Viglione & Véla) comb. Nova : un essai de systématique intégratrice », Candollea 62 : 109-122,‎ 2007
  5. a, b, c et d Schiestl F. P., Ayasse M., Paulus H. F., Löfstedt C., Hansson B. S., Ibarra F. et Francke W., « Sex pheromone mimicry in the early spider orchid (Ophrys sphegodes): patterns of hydrocarbons as the key mechanism for pollination by sexual deception », J Comp Physiol A 186: 567-574,‎ 2000
  6. a et b AYASSE M., SCHIESTL F.P., PAULUS H.F., IBARRA F. et FRANCKE W., « Pollinator attraction in a sexually deceptive orchid by means of unconventional chemicals », The Royal Society,‎ 2003
  7. a et b « Ophrys aranifera Huds. » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  8. Hutchings, M.J., « The population biology of the early spider orchid Ophrys sphegodes Mill. III. Demography over three decades. », Journal of Ecology 98(4): 867-878,‎ 2010
  9. Pierre Delforge/Daniel Tyteca, Guide des orchidées d'Europe dans leur milieu naturel, Duculot, Paris-Gembloux 1984, ISBN 2-8011-0478-7
  10. « Ophrys sphegodes - Mill. » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  11. La Liste rouge des espèces menacées en France. Orchidées de France métropolitaine. MNHN, Dossier de presse - 6 octobre 2009
  12. a et b VRIGNAUD S., « L’Ophrys petite araignée, Ophrys araneola Reichenbach 1831, redécouverte de l’espèce de Vendée », Le naturaliste vendéen, 1 : 39-40,‎ 2001
  13. a, b, c et d « Ophrys sphegodes subsp. cretensis » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  14. Le Conservatoire et jardin botaniques de la Ville de Genève valide cette sous-espèce, le World Checklist of Selected Plant Families non
  15. « Plantes protégées et menacées de Wallonie » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  16. Kew Garden « World Checklist », consulté le 14 mai 2014
  17. a et b « The Wasp-Like Ophyrs - The Early Spider Orchid » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  18. SOUCHE R., « Orchidées de Genova à Barcelona », Editions sococor,‎ 2009
  19. Swiss Orchid Foundation at the Herbarium Jany Renz « Search : Ophrys sphegodes subsp. atrata ». [En ligne] http://orchid.unibas.ch/iconography.simplesearch.php
  20. « Ophrys sphegodes subsp. mammosa (Desf.) Soó ex E.Nelson » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  21. « Ophrys aranifera - HUDSON (1778) » (consulté le 1er au 10 mai 2014)
  22. NCBI, consulté le 14 mai 2014
  23. Tropicos, consulté le 14 mai 2014

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Liens externes[modifier | modifier le code]