Opération Auca

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L'armature de l'avion de Nate Saint reconstituée

L’opération Auca est une tentative d'évangélisation du peuple Huaorani, tribu indigène de la forêt amazonienne d'Équateur, par cinq missionnaires chrétiens américains. Les Huaonoris, connus également sous le nom de Aucas (nom quechua signifiant « Sauvages de la forêt ») étaient une tribu d'Amérindiens réputés pour leur hostilité et leur violence, autant à l'encontre des leurs que des étrangers tentant de pénétrer sur leurs territoires. Animés par la volonté d'être les premiers protestants à évangéliser les Huaorani, les missionnaires survolèrent régulièrement par avion leur territoire en septembre 1955, larguant des cadeaux et des photos d'eux-mêmes en leur communiquant des messages amicaux[1]. Après plusieurs mois d'échanges de cadeaux, encouragés par les réponses des indigènes, les missionnaires décidèrent le 2 janvier 1956 de se poser et d'établir un campement au bord de la rivière Curaray, non loin des territoires Huaorani, qu'ils baptisèrent du nom de « Palm Beach ». Le 8 janvier 1956, les cinq chrétiens de la mission, Jim Elliot et ses quatre compagnons Peter Fleming, Ed McCully, Nate Saint et Roger Youderian, étaient attaqués et massacrés par un groupe de guerriers Huaorani. La nouvelle de leur massacre fit le tour du monde, et le Life magazine couvrit l'évènement avec un reportage photo.

L'effort d'évangélisation de ces hommes est fréquemment mentionné dans des publications évangéliques, et leur tragédie fut l'objet d'un film en 2006 du nom de End of the Spear (traduisez : « La pointe de la lance »). Plusieurs années après la mort de ces hommes, la veuve de Jim Elliot, Elisabeth, et la sœur de Nate Saint, Rachel, sont retournées en Équateur en tant que missionnaires avec le Summer Institute of Linguistics afin de vivre parmi les Huaorani, ce qui conduisit à la conversion de nombre d’entre eux, y compris quelques-uns des assassins des hommes. Bien que contribuant largement à l’élimination de la violence tribale, leurs efforts exposèrent la tribu à l’exploitation et à une influence étrangère accrue. Cela provoqua le début de la disparition de la culture huaorani, quoique les anthropologues ne sont pas d’accord sur l’effet négatif – certains conçoivent que le travail missionnaire comme de l’impérialisme culturel, tandis que d’autres avancent que l’influence sur la tribu a été bénéfique.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les Huaorani[modifier | modifier le code]

Au temps de l’opération Auca, les Huaorani étaient une petite tribu qui occupait la jungle de l’Équateur oriental entre le Río Napo et les rivières Curaray, une zone d’environ 20 000 km². Ils comptaient env. 600 personnes, et étaient divisés en trois groupes, tous hostiles les uns envers les autres : les Guéketaïdi, les Baïidi et les Wepeïdi. Ils vivaient de la récolte et de la culture de plantes vivrières telles que le manioc et le plantain, ainsi que de la pêche et de la chasse à l’aide de lances et de sarbacanes. Les cellules familiales consistaient d’un homme et de sa ou de ses femme(s), leurs fils célibataires, leurs filles mariées et leurs beaux-fils, ainsi que de leurs petits-enfants. Tous logeaient dans une longère, qui était séparée de plusieurs kilomètres de toute autre longère où des membres de la famille proche résidaient. Le mariage était toujours endogame, et en particulier entre cousins, et des mariages arrangés par les parents des jeunes[2].

Avant leur premier contact pacifique avec des étrangers (dits « cowodi ») en 1958, les Huaorani défendaient âprement leur territoire. Voyant les « cowodi » comme des prédateurs cannibales, ils assassinèrent des chercheurs de caoutchouc au tournant du XXe siècle et des employés de la compagnie pétrolière Shell dans les années 1940, en plus de tout étranger quechua ou d’autres étrangers qui pouvaient empiéter sur leurs terres[3]. De plus, ils étaient prompts à la violence interne, se lançant souvent dans des meurtres de vengeance d’autres Huaorani. Dans une colère extrême, des razzias étaient menées par des groupes d’hommes qui attaquaient la longère de leur victime de nuit, et s’enfuyaient ensuite. Des tentatives d’instaurer des trêves grâce à des cadeaux et l’échange d’épouses devinrent plus fréquentes lorsque leur nombre décrut et que les tribus se fragmentèrent, mais le cycle de violence continuait[4].

Les missionnaires[modifier | modifier le code]

Jim Elliot entendit pour la première fois parler des Huaorani en 1950 par un ancien missionnaire en Équateur, et vint bientôt à la conclusion que Dieu l’appelait en Équateur pour évangéliser les Huaorani. Il commneça à correspondre avec son ami Pete Fleming au sujet de son désir d’exercer un ministère en Équateur, et en 1952 les deux hommes levèrent l’ancre pour Guayaquil en tant que missionnaires avec les Frères de Plymouth[5],[6]. Durant six mois, ils vécurent à Quito avec comme objectif d’apprendre l’espagnol. Ensuite, ils déménagèrent à Shandia, une mission chrétienne quechua enfoncée dans la jungle équatorienne. Là-bas, ils travaillèrent sous la supervision d’un missionnaire de la Mission Aviation Fellowship, Wilfred Tidmarsh, et commencèrent à s’exposer à la culture et à l’étude de la langue quechua[7],[6].

Ed McCully était un autre membre de l’équipe, un homme que Jim Elliot avait rencontré et avec qui il avait sympathisé lorsque tous les deux étudiaient au Wheaton College (dans l’Illinois). Après son diplôme, il épousa Marilou Hobolth et s’inscrivit à un programme d’une année en traitement médical de base à la School of Missionary Medicine à Los Angeles. Le 10 décembre 1952, McCully emménage à Quito avec sa famille en tant que missionnaire des Frères de Plymouth, en projetant de rejoindre rapidement Elliot et Fleming à Shandia. En 1953, néanmoins, la station missionnaire de Shandia fur balayée par une inondation, ce qui retarda leur déplacement jusqu’au mois de septembre de cette année[8],[6].

Le pilote de l’équiper, Nate Saint, avait servi en tant que militaire pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui offrit une formation au vol en tant que membre de l’United States Army Air Corps[9]. Après avoir été démobilisé en 1946, il étudia lui aussi au Wheaton College, mais abandonna un an plus tard pour rejoindre la Mission Aviation Fellowship en 1948. Lui et sa femme Marj voyagèrent vers l’Équateur vers la fin de l’année, et ils s’installèrent dans les quartiers généraux de la MAF à Shell Mera. Peu après son arrivée, Saint commença à transporter du matériel et de l’équipement aux missionnaires éparpillés à travers toute la jungle. Le travail le mena finalement à sa rencontre avec les quatre autres missionnaires, qu’il rejoignit dans l’opération Auca.

Dans l’équipe, il y avait aussi Roger Youderian, un missionnaire de trente-deux ans qui avait travaillé en Équateur depuis 1953. Sous la bannière de la Gospel Missionary Union, lui et sa femme Barbara, ainsi que leur fille Beth, s’installèrent à Macuma, une station missionnaire dans le sud de la jungle équatorienne. Là-bas, lui et sa femme exercèrent leur ministère auprès du peuple chouar (shuar), apprenant leur langue et la transcrivant[10]. Après avoir travaillé avec eux pendant un an environ, Youderian et sa famille commencèrent à exercer leur ministère auprès d’une tribu liée aux chouar, le peuple atchouar. Il travailla avec Nate Saint pour fournir un important matériel médical ; mais après une période de tentative de construire des relations avec eux, il ne vit aucun résultat positif, et, pris par la dépression, envisagea de retourner aux États-Unis. Néanmoins, durant ce temps, Saint prit contact avec lui au sujet de pouvoir rejoindre leur équipe afin de rencontrer les Huaorani, et il y consentit[11].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Évangélisation, FormationBiblique.com, accédé le 7 janvier 2007
  2. Boster, 473–75.
  3. Rival, 37–38.
  4. Boster, 473, 475, 480.
  5. Elliot, 19–21, 24.
  6. a, b et c Stoll (1982), 282–83.
  7. Elliot, 25–26, 28–32.
  8. Elliot, 48, 53–54.
  9. Hitt, 65.
  10. Elliot, 73–79.
  11. Elliot, 81, 92–94, 151–54.

Lien externe[modifier | modifier le code]