Opération Alsos

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Des soldats américains et britanniques démantèlent une pile atomique construite par les scientifiques nazis à Haigerloch.

L'Opération Alsos est une opération menée par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale visant à collecter des informations sur les recherches sur l'arme atomique menées par l'Allemagne du Troisième Reich. Cette opération est liée au Projet Manhattan.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, au moment même où la bombe A était en cours d'élaboration aux États-Unis (Projet Manhattan), les Américains s'inquiétaient de l'avancée allemande en termes de recherche nucléaire. D'une part, il y avait la propagande nazie qui parlait d'« armes miracles » : propagande dont il était légitime de se demander si elle ne reposait pas sur des travaux réels. D'autre part, la recherche allemande était, avant la guerre, à la pointe dans ce domaine et ne manquait pas de « cerveaux » capables de mener à terme un projet de bombe A (citons par exemple Werner Heisenberg, un des pères de la physique quantique, ou Otto Hahn qui, en 1938, fut l'un des découvreurs de la fission, principe de base de la bombe A).

C'est dans ce contexte que l'opération Alsos fut montée par les Américains. Concrètement, il s'agissait d'une unité spécialement constituée afin de récupérer tout ce qui concernait l'état d'avancement de la recherche allemande dans le domaine de l'armement nucléaire, que ce soit dans les pays occupés par l'Allemagne ou en Allemagne elle-même.

Le commandement d'Alsos est confié au colonel Boris Pash (1900-1995), un familier de la question car il était jusque-là l'un des responsables de la sécurité à Los Alamos (le centre de recherche situé au Nouveau-Mexique où les Américains étaient en train de concevoir les premières bombes atomiques). En outre, Alsos opérant sur le terrain très pointu de la physique atomique, il était indispensable qu'un spécialiste capable de lire les documents récupérés vienne compléter l'équipe. Le choix se porte sur Samuel Goudsmit (1902-1978), brillant physicien atomiste qui, de surcroît, possédait le double avantage de connaître personnellement Heisenberg et de ne pas avoir participé au Projet Manhattan (en cas de capture, Goudsmit n'aurait pas pu dévoiler plus que ce que les scientifiques allemands ne connaissaient déjà). Les hommes d'Alsos vont donc enquêter dans les laboratoires et dans les universités pour collecter documents et témoignages. Ils interviennent par exemple en Italie et en France (rapidement après la libération de Paris, ils se rendent au Collège de France et rencontrent Frédéric Joliot). Une fois le Rhin franchi par les Alliés, la mission d'Alsos se poursuit et ils mettent la main sur plusieurs spécialistes renommés, dont Otto Hahn, Max von Laue et Werner Heisenberg.

Finalement, l'opération Alsos découvre qu'il n'y a pas de bombe A allemande. Quant aux « armes miracles » vantées par le Troisième Reich, il s'agissait très vraisemblablement des V1, des V2 et des avions à réaction (armes promises, au gré des perfectionnements, à un grand avenir durant la guerre froide).

On connaît peu de choses sur l'opération Alsos. D'un côté, il s'agit d'une opération de renseignement logique en temps de guerre. D'un autre côté, Alsos s'inscrit déjà clairement dans la « chasse aux cerveaux » à laquelle se livrent les Alliés dans une sorte de proto-guerre froide. Le Joint Intelligence Objectives Agency américain et le Département 7 soviétique se taillent la part du lion, même si quelques morceaux seront laissés à d'autres, comme la France.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Delmas Claude, La Bombe atomique, Éditions Complexe.
  • Jeremy Bernstein and David Cassidy, Hitler's Uranium Club: The Secret Recordings at Farm Hall, 2001.
  • Charles Frank, ed. Operation Epsilon: the Farm Hall transcripts, 1993.
  • Samuel Goudsmit, Alsos: the failure of German science, 1947.
  • Klaus Hentschel (ed.) et Ann M. Hentschel (assistant-éditeur et traductrice), Physics and National Socialism: An Anthology of Primary Sources (Birkhäuser, 1996)
  • Leo J. Mahoney, A History of the War Department Scientific Intelligence Mission (ALSOS), 1943 – 1945. [Ph.D. Dissertation, Kent State University, 1981]
  • Boris Pash. The Alsos Mission. New York: Charter Books, 1969.
  • Thomas Powers, Heisenberg's War: The Secret History of the German Bomb, 2000. L'auteur affirme que l'effort de guerre allemand fut considérablement ralenti par un sabotage délibéré du programme par plusieurs scientifiques qui y travaillaient, dont Heisenberg.
  • Paul Lawrence Rose, Heisenberg and the Nazi Atomic Bomb Project : A Study in German Culture, University of California Press, 1998, (ISBN 0-529-21977-8)
  • Mark Walker, German National Socialism and the quest for nuclear power, 1939 – 1949, 1990.

Articles connexes[modifier | modifier le code]