Ombriens

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Carte des langues en Italie à l'âge du fer.

Les Ombriens (Umbri en latin) sont un peuple antique d'Italie centrale et septentrionale.

À l'époque historique, on les situe entre le Haut-Tibre et les Apennins. On peut cependant penser que leur extension était auparavant beaucoup plus grande : jusqu'à la mer Tyrrhénienne à l'ouest et jusqu'à l'Adriatique à l'est. Ils auraient ensuite reculé devant les peuples sabelliques et ensuite celtiques d'une part et devant les Étrusques d'autre part. Ils entrent en contact avec Rome en 310, et plusieurs tribus sont soumis dès 308, puis 299 et ils sont vaincus par Rome à la bataille de Sentinum en 295. Ils sont ensuite progressivement incorporé à l'État romain avant la moitié du IIIe siècle av. J.-C.

Leur langue, l'ombrien, nous est connue grâce à la découverte des sept tables eugubines de bronze à Gubbio en 1444, qui décrivent des rites lustratoires et apotropaïques. Il s'agit d'une langue indo-européenne, du groupe osco-ombrien.

Les Ombriens dans l'histoire romaine[modifier | modifier le code]

La première référence de Tite-Live aux Ombriens date de l’invasion celtique de la plaine du Pô et notamment de l’Étrurie padane au début du IVe siècle av. J.-C. L'auteur romain rapporte que les Boïens et les Lingons chassent les Étrusques et les Ombriens du sud de la plaine du Pô, sans toutefois descendre dans les Apennins[a 1]. Auparavant, ils ont sans doute reculé devant les peuples sabelliques ainsi que devant les Étrusques. Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., explique en effet que les Étrusques se sont installés « en Ombrie ».

Guerre romano-étrusque (311-308)[modifier | modifier le code]

Les Ombriens sur une carte du nord de l'Italie ancienne, au tout début du IIIe siècle av. J.-C.

Ils ne réapparaissent dans le récit de l’historien romain qu'en 310, lors du conflit romano-étrusque de la deuxième guerre samnite. Le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus lance une offensive audacieuse au cœur de l'Étrurie, pour la première fois de l'histoire romaine[a 2],[1],[2], à travers l'impénétrable forêt ciminienne jugée comme étant un défilé infranchissable et sauvage[a 2]. Il s'agit du massif du mont Viterbe qui marque alors la frontière entre l'Étrurie indépendante et les cités soumises par Rome[3].

Les Romains battent ensuite les Étrusques au lac Vadimon (situé tout proche de la forêt, à la frontière étrusco-ombrienne)[a 3]. Certaines tribus ombriennes, se sentant en danger devant cette intrusion romaine au nord, entrent en guerre[a 4]. Ils sont vaincus[a 3].

En 308, les Ombriens qui ont souffert du passage de l'armée romaine sur leur territoire entrent en guerre. Ils veulent marcher sur Rome. Decius Mus quitte l'Étrurie et s'installe entre Rome et Gabies tandis que son collègue Fabius Maximus, alors dans le Samnium, remonte à Mevania[a 5], dans le sud de l'Ombrie[4]. Il vainc les Ombriens et selon les dires de Tite-Live, « les jours suivants, toute l'Ombrie se rend ; seuls les Ocriculans reçoivent une promesse d'alliance[a 5] ».

Troisième guerre samnite (303-295)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième guerre samnite.

Tite-Live rapporte en l'an 303 une petite expédition romaine en Ombrie[a 6].

En 299, Rome prend la ville ombrienne de Nequinum qui est peut-être l'élément déclenchant la troisième guerre samnite en 298[5]. Les Romains fondent sur place la colonie de Narnia[a 7].

En 296, une coalition prend forme contre Rome, avec en plus de troupes étrusques et samnites, certaines tribus ombriennes et d'importants contingents de mercenaires gaulois[a 8], principalement Sénons[6]. Le poids de la domination romaine dans le centre de l'Italie unit des peuples pourtant hétérogènes aux intérêts divergents[7] : toute l'Italie centrale est en arme contre une « tyrannie intolétable[a 9] écrit Tite-Live[6] ». Les Romains ne sauront empêcher la jonction des forces coalisées, hormis les Étrusques qu'ils maintiendront essentiellement sur leurs terres[8].

En 295, une légion romaine campe près de Clusium sous les ordres d'un propréteur, Lucius Cornelius Scipio Barbatus. Les sources de Tite-Live divergent, mais la légion romaine subit une défaite, qui va selon les sources d'une simple embuscade à un désastre complet. Quant aux ennemis, il s'agit soit de Gaulois Sénons, ce que pense Tite-Live, soit d'Ombriens[a 10]. Outre l'armée complète menée par les deux consuls, deux autres légions sont levées pour faire face à la menace des coalisés en Étrurie, commandées par deux propréteurs, une campe sur le territoire falisque, l'autre sur la plaine vaticane aux abord de Rome[a 11].

Les consuls traversent les Apennins et rencontrent l'armée des coalisés sur le territoire de Sentinum, au nord de l'Ombrie[6]. L'armée coalisée étant importante et composée de peuples différents, elle se divise en deux : d'une part les Samnites et les alliés gaulois, d'autre part les Étrusques et les Ombriens. Sur ordre des consuls, les deux légions proprétoriennes ravagent les terres étrusques autour de Clusium de l'autre côté des Apennins, attirant l'armée étrusco-ombrienne. Les consuls romains engagent ensuite le combat contre l'armée samnito-gauloise de Gellius Egnatius[a 12]. Selon Polybe, les forces étrusco-ombriennes n'ont jamais été présentes[a 13], ce qui est l'avis des auteurs modernes quant aux Étrusques, alors que les Ombriens ont peut-être combattu aux côtés des Samnites et des Gaulois[8]. Les historiens modernes retiennent par contre l'idée de diversions romaines qui retiennent les Étrusques sur leurs terres[6],[9], voire aussi les Ombriens[9].

Débute alors la bataille de Sentinum, longtemps indécise entre des forces égales si l'on en croit le récit de Tite-Live[a 14], mais qui se termine par une victoire totale pour Rome[8].

Soumission des Ombriens[modifier | modifier le code]

En parallèle de la conquête romaine de l'Étrurie qui dure jusqu'en 264, les Ombriens sont assujetis avec l'incorporation de cités comme Spolète ou Foligno et l'octoi de traités d'alliance avec Iguvium et Camerino[10].

En 268 et 241, il s'ajoute deux colonies romaines en Ombrie en plus de celle de Narnia datant de 299. Au cours du IIIe siècle av. J.-C., environs 40 000 Romains s'installent dans la région. La Via Flaminia liant les terres de l'Ombrie est terminée en 220[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • Sources modernes
  1. Dominique Briquel dans François Hinard, Histoire romaine des origines à Auguste, Fayard, 2000, pp. 276-277.
  2. Jean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, Tempus, 2006, pp. 179-180.
  3. Annette Flobert, Histoire romaine, Flammarion, 1999, volume II, « Livres VI à X, la conquête de l'Italie », p. 343.
  4. Annette Flobert, Histoire romaine, Flammarion, 1999, volume II, « Livres VI à X, la conquête de l'Italie », p. 355.
  5. Tim J. Cornell, The Beginnings of Rome, New York, Routledge, 1995, pp. 358-359.
  6. a, b, c et d Jacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques, PUF, 1993, p. 333.
  7. Mireille Cébeillac-Gervasoni, Histoire romaine, Armand Colin, 2006, pp. 72-73.
  8. a, b et c Mireille Cébeillac-Gervasoni, Histoire romaine, Armand Colin, 2006, p. 73.
  9. a et b Dominique Briquel dans François Hinard, Histoire romaine des origines à Auguste, Fayard, 2000, p. 280.
  10. Jacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques, PUF, 1993, p. 334.
  11. Guy Bradley, Ancient Umbria. State, culture, and identity in central Italy from the Iron Age to the Augustan era, Oxford University Press, 2000.
  • Sources antiques

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Annette Flobert (préf. Jacques Heurgon), Histoire romaine, Flammarion,‎ 1999, volume II, « Livres VI à X, la conquête de l'Italie », 517 p. (ISBN 978-2-080-70950-9)
  • (en) Stephen P. Oakley, A Commentary on Livy Books VI–X, Oxford, Oxford University Press
    • volume III, « Book IX », 2005 (ASIN B008PGPGM8)
    • volume IV, « Book X », 2005 (ASIN B005NKLASI)

Articles connexes[modifier | modifier le code]