Ollantaytambo

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13° 15′ 29″ S 72° 15′ 48″ O / -13.25806, -72.26333 ()

Terrasses d'Ollantaytambo

Ollantaytambo est une forteresse inca dont le nom signifie l'auberge d'Ollantay, du nom d'un guerrier. Elle fut le siège de combats acharnés entre Incas et Espagnols, Manco Inca s'y réfugiant pour tenter de fédérer la résistance inca après la chute de Cuzco.

Elle est située à 75 km au nord-ouest de Cuzco au Pérou, à 2 792 m d'altitude. Elle se trouve au point de jonction de la vallée de l'Urubamba et d'un ravin latéral sur la droite.

Description[modifier | modifier le code]

C'est l'un des seuls vestiges de l'architecture urbaine inca avec ses bâtiments, ses rues et ses patios. Dans la partie haute se trouvent les vestiges du temple, tout en porphyre rouge, les plus remarquables étant six blocs assemblés entre eux avec une grande précision par des blocs plus minces.

Le tableau suivant donne les dimensions, dans l’unité métrique, en commençant par celui situé à gauche[1] :

no 1 no 2 no 3 no 4 no 5 no 6
Hauteur 3,50 m 3,26 m 3,90 m 3,68 m 3,77 m 4,05 m
Largeur à la base 1,88 m 1,43 m 1,12 m 1,73 m 2,13 m 2,16 m
Largeur en haut 1,64 m 1,34 m 1,20 m 1,82 m 2,07 m 1,95 m
Épaisseur 1,21 m 1,06 m 0,70 m 0,79 m 0,76 m 1,79 m

Sur l'un d'eux on peut voir un signe serpentin en relief qui symbolise la Pachamama, la Terre-Mère.

Ollantaytambo, renferment des pierres travaillées avec une admirable perfection; cependant ces constructions correspondent à une époque très ancienne et bien antérieure à l'histoire des Incas[2]. Des analyses d’ADN ancien établissent la preuve d'un peuplement humain sur ce site au cours de la période 600 à 400 av. J.-C.[3].

La forteresse se compose de cinq étages de terrasses donnant sur le ravin, et de six sur la vallée, sans compter une longue muraille fortement épaisse qui lui sert de base. Vers le sommet, plusieurs blocs de porphyre rougeâtre de 5,44 m de long sur 1,46 m de haut gisent couchés sur le sol ; deux autres, disposés en angle droit, marquent l’entrée d’un souterrain qui aurait communiqué avec Cuzco (la ville impériale). Il existe dans le mur du cinquième rempart, dix niches ou guérites tournées vers Cuzco et une porte par laquelle on entre dans l'intérieur du fort. Elles pourraient facilement être confondus avec le travail de Robert Guiscard datant du XIe siècle, car elles ne sont pas différentes des fortifications du Moyen Âge perchées sur les collines au-dessus de Salerne, en Italie, réalisées par ce chef combattant[1].

La taille des pierres est plus merveilleuse encore qu'à Cuzco, quoique le porphyre qui a servi à la construction de la forteresse d'Ollantaytambo soit plus dur et plus difficile à travailler que le calcaire des remparts de la ville du Soleil. Les blocs sont taillés presque dans la forme voulue et prêts à être installés. Parmi eux, on remarque à plusieurs endroits qu’ils sont travaillés afin de recevoir la pince d’arrêt en « T », comme cela existe dans les restes de Tiahuanaco[1].

La ville en elle-même a la forme d'un épi de maïs. Les maisons représentant les grains, qui eux-mêmes sont séparés par des canaux. Des maisons, privées de leurs toits, se dressent de tous côtés autour de la forteresse dans des endroits presque inaccessibles. Les unes sont longues et étroites, d'autres sont carrées. Elles ont des ouvertures qui devaient être des portes et des fenêtres. À l'intérieur, des niches sont pratiquées dans les murs. Elles sont bâties en schiste recouvert de boue jaunâtre. Les toits manquent car ils étaient faits de paille.

Dans les constructions ordinaires, en pierre brute ou en briques crues, l'épaisseur des murs ne dépasse pas 40 cm. Pour certains murs d'aqueduc, l'épaisseur a été portée jusqu'à 12 m à cause des tremblements de terre. Malgré leur variété et la grande quantité de bois qu'ils possédaient, les Péruviens en faisaient très peu usage dans les constructions et en limitaient l'emploi aux portes, aux fenêtres et aux toits; ils employaient aussi des roseaux.

Les mesures employées par les anciens Péruviens étaient une variété de la brasse et ses divisions. Les Aymaraes et les Quechuas appelaient « loca » la longueur du bras, soit 60 à 65 cm et « vicu » la longueur mesurée entre le pouce et l'index, c'est-à-dire le quart de la loca. Pour la mesure des terrains les Quechuas employaient le « tupu », ou superficie carrée de 100 locas de côté.

Les Indiens connaissaient la numération décimale aussi parfaite et aussi complète que la nôtre.

Construction[modifier | modifier le code]

D’aucuns ont qualifié ces murailles de cyclopéennes[4],[1].

La carrière d'où les Indiens ont tiré leurs matériaux pour construire les fortifications est située de l'autre côté d’un torrent, à une hauteur prodigieuse (des blocs taillés et prêts à être enlevés attestent que la forteresse est restée inachevée). Dans la carrière on divisait la pierre, en la chauffant, suppose-t-on, par la combustion de paille, et ensuite par une projection d'eau froide, qui déterminait la rupture en morceaux de toutes dimensions.

Les outils employés par les anciens Péruviens pour la taille des pierres étaient les uns en alliage de cuivre durci, d'autres en pierre très dure. Les premiers avaient la forme de nos ciseaux, c'est-à-dire qu'une des extrémités se terminait en pointe, et l'autre en forme de couteau. Il existe aussi des haches du même alliage de cuivre, dont le bord est arrondi et dont le manche s'introduisait dans un trou ménagé au travers du métal, de manière à rester perpendiculaire au plan vertical passant par le bord. Quelques-uns de ces instruments sont remarquables par leur dureté. Pour sculpter la pierre et y produire des bas-reliefs, on couvrait avec de la cendre les lignes du dessin qui devaient rester en relief; ensuite on chauffait toute la surface. Les parties de la pierre qui étaient soumises immédiatement au feu se décomposaient, et faisaient des creux plus ou moins profonds, tandis que la superficie garantie par la cendre, corps mauvais conducteur de la chaleur, restait intacte. Pour finir son travail, le sculpteur n'avait plus qu'à repasser légèrement avec son ciseau en métal[5].

Il est surprenant que ces blocs immenses aient pu être transportés de l'élévation où est située la carrière vers le sommet de la colline de Tambo. Ce qui est plus admirable encore, c'est que les pierres taillées arrivaient intactes à leur destination. Quels étaient donc leurs moyens de transport, puisque ni les distances, ni la dimension des matériaux, ni les obstacles de tout genre résultant de torrents à franchir ou de montagnes à escalader, ne constituaient des barrières suffisantes pour arrêter leurs travaux ? Le peu de documents qui ont survécu de cette histoire nous incite à considérer que les blocs furent transportés et montés jusqu'au temple par un système de plans inclinés dont on augmentait la longueur, à mesure que le travail gagnait en hauteur. On employait aussi, à cet effet, des cordes et des câbles que fabriquaient les Indiens. Il faut aussi attribuer la réussite de ces vastes entreprises au caractère et à la patience des Indiens. La difficulté était également vaincue par leur mode de vie. Pour bâtir les maisons particulières, toute la ville se mettait à l'œuvre, et pour les édifices publics, une ou plusieurs provinces, s'il le fallait ; de cette sorte, on suppléait par la puissance du nombre et par la force aux immenses ressources que l'art nous présente aujourd'hui. La population inca est estimée à 10 millions d’habitants environ[6].

Les blocs de porphyre épars dans la campagne depuis la carrière qui se trouvent à 6 km d'Ollantaytambo, indiquent la route que suivaient les Indiens dans leurs transports[7].

C'est une erreur de croire que les Péruviens ne faisaient pas usage de mortier pour unir et cimenter les pierres de leurs édifices. Ils en avaient, au contraire, de plusieurs sortes. Pour les palais, les temples et tous les autres édifices en pierre de taille, ils employaient, au lieu de mortier, une terre très-soluble et tenace, nommée lancac allpa (ou bien un mélange de chaux dénommé : iscu) qu'ils brûlaient et qu'ils éteignaient comme cela se pratiquait pour certains bitumes mais dont l'usage s'est perdu.

Le plâtre (pachachi) s'employait de plusieurs façons. Quelquefois il était mélangé à une espèce de bitume très abondant dans quelques régions du Pérou. Il formait une pâte qui durcissait rapidement et cimentait très fortement. Le mélange de chaux (iscu) et de ce bitume servait pour la construction des canaux d'irrigation. Les argiles servaient à faire des briques crues et les ciments.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Henry Mills Alden, Thomas Bucklin Wells, Lee Foster Hartman, Frederick Lewis Allen, page 322 in Harper's Magazine, Harper & Brothers publisher, New-York, 1868, volume 37, 833 pages
  2. C-W Mead, Old civilizations of Inca land, in Publication de l’American Museum of Natural History, New-York, 1924, no 8, 118 pages
  3. Fanny Mendisco, Apports de la paléogénétique à l'histoire du peuplement précolombien des Andes méridionales (Ve - XVe siècles), in thèse de doctorat de l'Université de Toulouse page 48, 2011, 269 pages http://thesesups.ups-tlse.fr/1542/1/2011TOU30279.pdf
  4. Marcelle Weissen-Szumlanska, « A propos des Incas », in Notices et Mémoires de la société archéologique, historique et géographique du département de Constantine, page 323, Éditions du Braham, Constantine, 1929, volume no 59, 430 pages
  5. William H Holmes, Bureau of American Ethnology, Chapitre 28 The stone-shaping art, page 278 et suivantes in Handbook of Aboriginal American Antiquities, part I: Introductory the Lithic Industries, Washington, Government Printing Office, 1919, Bulletin 60, 380 pages
  6. Kenneth R. Wright, Gordon Francis Mc Ewan, Ruth M. Wright, Tipon: water engineering masterpiece of the Inca Empire, page 24, Reston (Virginia - USA), 2006, ASCE Press, 155 pages
  7. William H Holmes, Bureau of American Ethnology, page 277 in Handbook of Aboriginal American Antiquities, part I: Introductory the Lithic Industries, Washington, Government Printing Office, 1919, Bulletin 60, 380 pages

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • ME de Rivero, Antiquités Péruviennes, in Revue espagnole et portugaise, Paris, Éditeur scientifique, 1859, volume no 16, 633 pages
  • Ernest Grandidier, Voyage dans l'Amérique du Sud (Pérou et Bolivie), Paris, Éditions Michel Lévy frères, 1861, 310 pages.
  • Académie des sciences (France), Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences publiés par MM. les secrétaires perpétuels, Paris, Éditions Gauthier-Villars, 1883, tome 96, 1935 pages (ISSN 00014036)
  • Professeur Jean-Pierre Protzen, Inca Architecture and Construction at Ollantaytambo, New York et Oxford, Oxford University Press, 1993, 320 pages

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