Olea europaea subsp. europaea var. sylvestris

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L'oléastre ou Olea europea L. subsp. europaea var. sylvestris (Mill) Lehr serait un arbre originaire de l'Afrique du Nord où il pousse spontanément, à l'état naturel (anglais : Wild olive) mais il se trouverait plus au nord, dans la zone méditerranéenne européenne. Selon une publication récente [1] sa nouvelle dénomination est Olea europaea subsp. euroapaea var. sylvestris (voir ci-après). Il est considéré comme une ressource génétique importante.

C'est une espèce thermophile qui résiste bien à la sécheresse.

Alors, où en est-on des différentes appellations ? Les spécialistes sont d'accord sur le fait qu'il n'y a pas UN oléastre mais DES oleastres avec des populations différentes à l'ouest et à l'est du bassin méditerranéen[2].

Oléastre (supposé en 1965) sur la rive droite de l'Oued Mellah, au nord de la Koudiate Sidi Abderrahamne (Maroc).

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Olea oleaster Hoffmanns (1809).

Description botanique[modifier | modifier le code]

Olivier sauvage à allure d'Oléastre, en bordure de vigne (Claret, Héraut, France)

Pour le botaniste, le terme « oléastre » désigne l'olivier non-cultivé, avec de petits fruits et un aspect buissonnant. L'identification variétale est basée sur[3] :

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

  • Port : buissonnant, arbuste rameux, épineux, les branches sont quadrangulaires et mices.
  • Feuilles : courtes et arrondies, parfois lancéolées, à disposition opposée-décussée sur les rameaux.

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

  • Fleurs : blanches, petites, hermaphrodites.
  • Fruits : drupes arrondies, mésocarpe peu épais à fin, noires à maturité.
  • Noyau : arrondi.

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Les techniques de la biologie moléculaire ont beaucoup apporté au positionnement exact de l'olivier sauvage et de l'olivier cultivé, depuis le siècle précédent. La présence de l'oléastre avait été validée par un travail de terrain au Maroc publiée en 1966[4] et par ceux qui ont étudié la flore de l'Afrique du Nord[5]. Récemment, une thèse a été préparée et soutenue sur le sujet qui a fait appel aux techniques de la biologie moléculaire[6]. La dénomination scientifique exacte actuelle est Olea europaea subsp. europaea var. sylvestris (Mill.) Lehr [7] En occitan, on parle de d'« ulivastre ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

L'Oléastre était considéré jusqu'en 1955 comme un taxon sans intérêt pour les chercheurs. Les travaux de l'équipe du Centre de Bio-archéologie et d'Écologie de l'Institut de Botanique de Montpellier (CNRS et Université Montpellier 2) ont montré que lors des dernières glaciations les oléastres ont reculé vers le sud, à l'est et à l'ouest du bassin méditerranéen.
L'étude de noyaux de fruits d'oléastres et de restes de bois carbonisés a mis en évidence une protoculture et une exploitation de l'olivier avant l'antiquité, et plus précisément avant l'âge du Bronze (3500 av. J.-C.)[8].

L'oléastre, selon J.-F. Terral (1996) est un taxon domestiqué, « son origine et sa culture émergent cinq millénaires avant notre ère, avec des nouvelles variétés, des savoirs et des techniques provenant de nombreuses contrées de la Méditerranée. ». « Ces résultats ne remettent pas en cause l'importance de l'influence des Phéniciens, des Étrusques, des Grecs et des Romains sur le rayonnement de l'olivier à travers les âges et le Bassin méditerranéen. ».

Emergence au Néolithique[modifier | modifier le code]

Selon les travaux des :

« Archéobotanistes et des paléoécologues [qui] ont reconstitué les fluctuations géographiques des végétations passées, avant et après les glaciations. [...] L'oléastre était donc présent à l'est et à l'ouest du Bassin méditerranéen bien avant les glaciations. »

— Terral (2012) p.76

Ce sont les oiseaux qui ont certainement joué un rôle dans la dispersion des fruits d'oléastre. « [...] l'oléastre s'est propagé le long des zones côtières tout autour de la Méditerranée dès 8.000 ans AEC. ».

Culture[modifier | modifier le code]

L'oléastre a été l'objet d'une protoculture et d'une exploitation de l'olive antérieure à l'Antiquité. Ainsi se sont développées, peu à peu, des variété cultivées. C'est l'avis du Centre de Bio-Archéologie et d'Écologie de Montpellier (CBAEM, J.-F. Terral et al., 2012). Une exploitation de l'olivier a eu lieu pour son bois utilisé comme combustible puis pour son huile. L'abondance des pollens d'olivier dans les sédiments montre l'avènement d'une oléiculture intensive (site archéologiques en Espagne, Italie et France). Les études des bois carbonisés et des noyaux montrent l'apparition de cultivars à l'âge du Bronze, période clé dans l'histoire de l'olivier. Le CBAEM va approfondir l'histoire de l'oléastre au Maghreb.

En région méditerranéenne nord[modifier | modifier le code]

Agriculture[modifier | modifier le code]

Pour l'agriculteur, le terme oléastre désigne tout olivier dont l'apparence s'éloigne de celle des variétés et des cultivars d'olivier connus et productifs : feuilles petites et arrondies, rameaux raides, courts et épineux, aspect buissonnant[1].

Biologie[modifier | modifier le code]

Pour le biologiste, il désigne un arbre appartenant à une population sauvage vraie, c'est-à-dire une lignée Olea europaea qui n'aurait jamais bénéficié d'intervention de l'homme pour se propager.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un olivier abandonné peut parfois donner l'illusion d'un olivier sauvage et un oléastre taillé change quelque peu d'aspect. Ces problèmes remontent à l'antiquité et que les études de biologie moléculaire ont partiellement résolu l'énigme.

Souche d'olivier abandonné après le gel de 1956 avec rejets à allure d'oléastre.

Il existe trois cas possibles d'oliviers à l'état sauvage :

  • l'olivier sauvage qui n'a aucun parent domestiqué parmi ses ancêtres ; c'est l'oléastre vrai ;
  • l'olivier sauvage descendant d'oliviers cultivés ; c'est l'olivier féral ;
  • l'olivier cultivé qui a été abandonné ; seul son aspect peut évoquer l'Oléastre. Il n'existe que grâce à l'intervention de l'homme, puisque c'est un olivier appartenant à une variété cultivée ou ayant été cultivée.

Oléastre[modifier | modifier le code]

Les oliviers cultivés et les oliviers sauvages étant interféconds, tous les intermédiaires peuvent se rencontrer. Cela explique qu'on trouve des populations férales qui se sont formées à partir de noyaux d’oliviers cultivés et qui ne peuvent être discernées des populations d'oléastres vrais que par la biologie moléculaire et par l'archéobiologie.

Rejets à allure d'oléastre sur souche d'olivier abandonné après le gel de 1956

Les deux techniques [9] aboutissent au même résultat. L'olivier et ses variètés cultivées (cultivars) descendent bien de l'oléastre et de sa culture depuis l'époque néolithique. L'espèce humaine, depuis 40.000 ans a coévolué avec cet arbre, autour de la Méditerranée.

Propagation[modifier | modifier le code]

Propagation des fruits[modifier | modifier le code]

Le mode de propagation-perpétuation naturel de l’olivier repose sur l’intérêt des oiseaux pour son fruit, l’olive. En avalant les olives, les oiseaux permettent à la graine de germer éventuellement ailleurs qu’au lieu d’ingestion, après passage dans le tube digestif et restitution par les fientes. La particularité réside dans le fait que l’olivier actuel joue sur deux tableaux, en utilisant pour se propager à la fois le concours des espèces non humaines (notamment les oiseaux (zoochorie)) et celui de l’homme (anthropochorie). Passant dans le tube digestif des oiseaux (Étourneau sansonnet ou Pie, entre autres), le noyau d'olivier-oléastre est débarrassé de la pulpe et de l'huile, l'endocarpe ligneux et dur est attaqué, permettant à l'amandon de germer et au germe de sortir de son enveloppe, donnant un jeune plant[10].

Propagation des gamètes[modifier | modifier le code]

L’olivier-oléastre possède la capacité à diffuser son pollen (gamètes mâles) sur de longues distances (par anémogamie), comme l'olivier cultivé, du reste.

Déplacements de plantations anciennes[modifier | modifier le code]

On a assisté à la fin du XXe siècle à un engouement pour des oliviers espagnols, certains millénaires, arrachés pour faire place à des plantations intensives subventionnées. Ces oliviers de variétés incertaines, tronqués à la tronçonneuse, chargés sur des semi-remorques, ont été replantés sous nos latitudes franco-méditerranéennes, voire plus au nord, après des journées de voyage[11]. Le gel du 9 février 2012 a grillé ces exilés ou au pire, leurs bourgeons à fruits, comme ceux des jardineries de supermarchés.

Évolution de l'espèce[modifier | modifier le code]

La difficulté que l’homme rencontre pour faire germer des noyaux et la diffusion de pollen par les vents font que, jusqu’à aujourd’hui, les humains n’ont que très peu réussi à planifier la sélection de l’espèce Olea europaea à leur avantage ; ils ont dû se contenter de choisir parmi les variétés que le hasard mettait à leur disposition. Pourtant, des variétés nouvelles ont récemment vu le jour[12].

L’olivier conserve ainsi une part d’indépendance à l’égard de l’espèce humaine, mais profite toutefois de ses sensibilités pour coloniser les espaces cultivés, et, à l’occasion, les espaces incultes attenants, par l'intermédiaire des oiseaux ou d’autres animaux. Il constitue de la sorte des populations férales, qui, à leur tour, peuvent fournir aux humains des variétés nouvelles.

Au sud de la Méditerranée[modifier | modifier le code]

Les recherches faites sur l'olivier par le Professeur Bervillé (INRA) et son équipe sur la génétique de l'olivier ont permis de localiser avec précision plusieurs populations anciennes d'où proviendraient les populations actuelles de l'Europe du Sud. L'arbre est connu depuis la plus haute antiquité.

Utilisation[modifier | modifier le code]

L'oléastre sert de porte-greffe à de nombreux cultivars d'oliviers cultivés. Cette pratique facilite l'implantation de variétés fragiles qui ne s'adapteraient pas au sol ou sensibles à certaines maladies d'origine mycologique. La pratique de la greffe sur des rejets de vielles souches d'oléastres offre aussi l'avantage d'utiliser un fort enracinement existant et adapté au terroir[13].

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Breton (coordonateur), André Bervillié (coordonateur) et al., Histoire de l’Olivier, Versaille, éditions Quae,‎ décembre 2012, 224 p. (ISBN 978-2-7592-1822-6)
  • Catherine Breton et André Bervillé, L’histoire de l’Olivier reconstituée à partir de données génétiques, Histoire de l’Olivier, Versailles, Editions Quae,‎ 2012, 224 p. (ISBN 978-2-7592-1822-6), p. 47-87
  • Nathalie Moutier, Christian Pinatel et al., Identification et caractèrisation des variètés d'Olivier cultivées en France, Naturalia Publications,‎ 2004, 248 p. (ISBN 2-909717-43-7)
  • Jean-Frédéric Terral, La domestication de l’Olivier (Olea europaea L.) en Méditerranée nord-occidentale : approche morphométrique et implications paléoclimatiques, Montpellier, Université Montpellier2, coll. « Thèse de doctorat »,‎ 1996
  • Ramón (Raymond) J. Gimilio, Etude de la végétation ligneuse de la vallée de l'Oued Mellah, région de Casablanca, Faculté des Sciences de Rabat, coll. « Mémoires de Diplôme d'Etudes Supérieures de Botanique »,‎ 26 juin 1966, 21x29,7, 90 p.
  • Raymond Gimilio, « Nouvelle systèmatique et biogéographie du genre Olea L. (Oleaceae) », Ann. Soc. Horti. et Hist. Nat. Hérault, Montpellier, SHHNH, vol. 153,‎ 2013, p. 74-86 (ISSN 0373-8701, [11 phot. résumé])

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bervillé et Breton (2012), p. 48
  2. op. cit. Breton et Bervillé (2012) p. 54-56
  3. Observations personnelles Raymond GIMILIO, garrigues de l'Hérault et vallée de la Massane (66). Le site de l'Hérault est gardé confidentiel afin d'éviter un pillage.
  4. voir R. Gimilio (1966) p. 36, sous la direction du Professeur Charles Sauvage.
  5. Emberger, Santa, Quézel, etc.
  6. op. cit. Catherine Breton
    IMEP-CNRS : Catherine Breton
    Adaptation-évolution-olivier : Catherine Breton
  7. Selon le site de Tela-Botanica : Tela-Botanica no 44 616
  8. p. 49>
  9. op. cit. bib. Breton-Bervillé (2012) et Terral-alii. (2012)
  10. Les vieux oléiculteurs connaissent bien, en garrigue, des arbres perchoirs sous lesquels, au printemps, ils vont chercher ces jeunes plants. Deux ans après la transplantation, ils servent de porte-greffes robustes enracinés dans leur terroir.
  11. De telles plantations sont connues, au sud d'Angoulême ou dans l'Hérault.
  12. Comme la Moncita, hybride stabilisé créé par l'INRA de Montpellier.
  13. Observations personnelles sur des souches ayant émis des rejets.

Liens externes[modifier | modifier le code]