Okuni

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Actrice en costume de samouraï chrétien ; il s’agit peut-être d’Okuni

Okuni ou Izumo no Okuni (出雲阿国 1572?-1613) est considérée comme la fondatrice du théâtre de kabuki.

Elle inventa un nouveau style de danse à Kyōto où elle acquit le statut d’une véritable star. Elle était réputée pour ses interprétations de l'un et de l'autre sexe, en particulier ses rôles de samouraï et de prêtres chrétiens.

Les premières années[modifier | modifier le code]

Sa légende en fait la fille de Nakamura Sanemon (中村三右衛門), forgeron à Matsue. Plusieurs membres de sa famille servent dans le Sanctuaire d'Izumo où elle devient miko à son tour, avant de partir en tournée à l’ère Bunroku (1592-1596) afin de recueillir des fonds pour le temple, selon une coutume de l'époque. Rappelée ultérieurement à Izumo, elle aurait refusé de rentrer, tout en continuant d’envoyer de l’argent. On a en fait peu d’informations sur sa vie car elle est connue essentiellement par des mentions dans les journaux tenus par des membres de la noblesse, parlant des spectacles et artistes de Kyoto. Sa date de naissance est basée sur une source difficilement interprétable[1]. Un seul document[2] la présente comme une miko. Elle semble être arrivée très jeune à la capitale car elle apparait tout d’abord en exécutante de yayako odori (ややこ踊り)[3], « danse de bébé » ou « danse de petite fille ».

La fondation du Kabuki[modifier | modifier le code]

Statue d'Okuni, portant sabre et éventail, à Kyōto près de la rivière Kamo, quartier de Pontocho

Après ces débuts classiques pour une jeune danseuse, elle se distingue par un style innovateur, allusif ou franchement érotique, comme son interprétation du nembutsu odori (念仏踊り?), à l’origine danse religieuse en l'honneur du Bouddha Amida, qu’elle exécute de manière sensuelle, incarnant un jeune homme qui prie le bouddha après la fin d’une relation amoureuse évoquée dans la chorégraphie. Elle connaît un grand succès et suscite des imitatrices.

C’est en 1603 qu’au temple Tenman-gu (天満宮?) de Kitano (北野?) elle fait sa première apparition costumée en kabuki-mono (jeune désœuvré, de kabuku, « pencher d’un côté » et mono, « jeune personne » ), flirtant avec une serveuse de maison de thé, un genre de scène nommé chaya asobi (茶屋遊び?), « jeu de maison de thé ». Selon certains, elle a déjà à cette époque fondé un théâtre sur les rives de la Shijogawa (actuelle Kamo) où elle forme une troupe de marginaux, les kabukimonos[4]

L'actuelle étymologie officielle de kabuki, « danse-chant-technique », serait donc selon certains une réinterprétation a posteriori du terme. Les premières représentations sont composées de chants et danses sans intrigue significative, souvent décriées parce que clinquantes et cacophoniques, mais aussi vantées pour leur couleur et leur beauté. La tradition attribue à Sanzaburo Ujisato (名古屋山三郎?), son soutien financier et probablement amant, l’élaboration de scénarios et la transformation de la danse en art dramatique complet.

En réalité, rien n’est certain en ce qui concerne les débuts du kabuki. Ce qui est sûr, c’est que des éléments dramatiques sont rapidement intégrés à la musique et à la danse et que le genre se répand dans l'ensemble du Japon, en commençant par les bordels qui distraient ainsi les clients riches, recrutant des prostituées ayant des dons d'actrice et de chanteuse. Après la Mort d'Okuni, qui jouait volontiers des personnages masculins, en raison de l’implication du monde de la prostitution dans le kabuki, le shogun Tokugawa Ieyasu défend aux femmes de participer à ce genre de spectacle, interdiction qui durera jusqu'au XXe siècle.

Disparition[modifier | modifier le code]

Sa dernière représentation a lieu en 1607 ou en 1612. Une source la fait mourir en 1613, mais une autre mentionnant la date improbable de 1658, certains proposent qu’une autre Okuni l’ait remplacée. On ignore l’emplacement de sa tombe ; deux traditions coexistent : l’une la fait se retirer comme nonne à Izumo et situe sa sépulture près du sanctuaire, l’autre prétend qu’elle fut inhumée au Kōtō-in (高桐院) du Daitoku-ji.

En 2003, une statue fut érigée en son honneur dans les parages du quartier Pontochō (先斗町) à Kyōto.

Impact culturel[modifier | modifier le code]

En plus de la fondation du kabuki, Okuni a particulièrement contribué au théâtre japonais en général. On lui attribue le principe du hanamichi (chemin des fleurs), une passerelle partant du fond de la salle, traversant le public jusqu'au plateau, pour permettre aux acteurs des entrées en scène spectaculaires. Ce système a été incorporé dans plusieurs arts dramatiques japonais.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une entrée de 1582 dans le journal Tamon-in nikki (多聞院日記) mentionne une danse exécutée par « 加賀国八歳十一歳の童 », ce qui peut se traduire par « Kaga et Kuni, respectivement 8 et 11 ans », ou « deux fillettes de 8 et 11 ans originaires de Kaga » ; la première interprétation permet de calculer son âge par soustraction de 10 ans (il s’agit de l’âge dit "chinois", qui rajoute à l’âge réel un an de gestation).
  2. Tokitsugu-kyô ki (言継卿記), 1588
  3. Oyudononoue no nikki (御湯殿の上日記), 1581 et Tokiyoshi-kyô ki (時慶卿記),1600
  4. L'interprétation donnée par Gabriele Fahr-Becker dans le livre L'estampe japonaise, p.  9, publié Taschen, sur cette représentation, la danse d'Okuni, est que déguisée en homme elle parodie les kabuki-mono qui déambulent dans les rues avec le sabre sur l'épaule (on peut voir ce type de comportement repris dans des films en costumes de Akira Kurosawa comme les Sept Samouraïs). Devant le succès de cette danse satirique, elle a été reprise par des courtisanes qui font dresser des trétaux et se font accompagner de shamisen pour attirer des clients. Ces représentations sont interdites par les pouvoirs publics pour atteinte aux bonnes mœurs. Les rôles sont alors repris par de jeunes garçons mais ce kabuki est soumis à la même interdiction. Le kabuki n'a pu se développer qu'en abandonnant son côté licencieux pour devenir du théâtre joué par des hommes qui se rasent le crâne pour montrer qu'ils sont d'âge mûr