Office du Saint-Sacrement

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Thomas d'Aquin le poète de l'Eucharistie

Saint Thomas d'Aquin, docteur de l'Église, théologien et philosophe du XIIIe siècle a écrit, outre ses ouvrages savants, un Office du Saint-Sacrement que l'Église catholique a inclus dans sa liturgie. Ses textes concernent principalement le mystère de l'Eucharistie et celui de l'Incarnation du Fils dans un corps humain.

L'office du Saint-Sacrement comprend tous les textes du propre de la messe et des heures de l'office. On trouvera ici les principales pièces poétiques de cet offices : hymnes et séquence.

Hymne Pange lingua (office)[modifier | modifier le code]

Cette hymne fut en fait écrite au VIe siècle par saint Venance Fortunat, auteur d'une autre hymne, Vexilla Regis. Confident et confesseur de la reine Radegonde, il devint l'abbé de Sainte-Croix, qu'elle avait fondée à Poitiers. Venance finit sa vie comme évêque de cette ville. L'hymne pange lingua a ceci de particulier qu'elle contient une véritable catéchèse, tout en étant un cantique de vénération. C'est donc naturellement que Saint Thomas d'Aquin l'intégra dans son office du Saint-Sacrement. En effet, c'est l'hymne eucharistique par excellence de l'Église catholique, même s'il faut préciser qu'elle appartient aussi à la tradition orthodoxe, Fortunat ayant vécu bien avant le schisme de 1054. Elle est chantée le Jeudi Saint lors de la translation du Saint-Sacrement au reposoir. La dernière séquence Tantum ergo est chantée à tous les saluts du Saint-Sacrement. L'hymne atteste la croyance très ancienne en la présence réelle du corps et du sang du Christ dans les espèces consacrées. Au-dessous, il s'agit de la version de saint Thomas d'Aquin[1] :


1. Pange lingua gloriósi corpóris mystérium, Chante, ô ma langue, le mystère de ce corps très glorieux

Sanguinísque pretiósi, quem in mundi prétium Et de ce sang si précieux que le Roi de nations

Fructus ventris generósi, Rex effùdit géntium. Issu d'une noble lignée versa pour le prix de ce monde.


2. Nobis datus, nobis natus ex intácta Vírgine Fils d'une mère toujours vierge né pour nous, à nous donné,

Et in mundo conversátus, sparso verbi sémine, Et dans ce monde ayant vécu, verbe en semence semé,

Sui moras incolátus miro clausit órdine. Il conclut son temps d'ici-bas par une action incomparable :


3. In suprémae nocte coenæ recùmbens cum frátribus, La nuit de la dernière Cène, à table avec ses amis,

Observáta lege plene cibis in legálibus, Ayant pleinement observé l a Pâque selon la loi,

Cibum turbæ duodénæ se dat suis mánibus. De ses propres mains il s'offrit en nourriture aux douze Apôtres.


4. Verbum caro, panem verum verbo carnem éfficit: Le Verbe fait chair, par son verbe, fait de sa chair le vrai pain;


Fitque sanguis Christi merum, Et si sensus déficit, Le sang du Christ devient boisson; Nos sens étant limités,

Ad firmándum cor sincérum sola fides sùfficit. C'est la foi seule qui suffit pour affermir les cœurs sincères.


5. Tantum ergo Sacraméntum venerémur cérnui: Il est si grand, ce sacrement ! adorons-le, prosternés.

Et antíquum documéntum novo cedat rítui: Que s'effacent les anciens rites devant le culte nouveau !

Præstet fides supplémentum sénsuum deféctui. Que la foi vienne suppléer aux faiblesses de nos sens !


6. Genitóri, Genitóque laus et iubilatio, Au Père et au Fils qu'il engendre, louange et joie débordante,

Salus, honor, virtus quoque sit et benedíctio: Salut, honneur, toute-puissance et toujours bénédiction !

Procédénti ab utróque compar sit laudátio. Amen. A l'Esprit qui des deux procède soit rendue même louange. Amen.

Hymne Panis Angelicus (office)[modifier | modifier le code]

Procession de la Fête-Dieu en Allemagne

Chant écrit pour la fête du sang et du corps du Christ (Fête-Dieu). L'origine de cette hymne se trouve dans l'hymne de matines de saint Thomas d'Aquin Sacris solemniis[2].


Panis Angelicus fit panis hominum. Le pain des Anges devient le pain des hommes.

Dat panis cælicus figuris terminum. Le pain du ciel met un terme aux symboles.

O res mirabilis manducat Dominum Ô chose admirable, il mange son Seigneur

Pauper servus et humilis. Le pauvre, le serviteur, le petit.


Te trina deitas Unaque poscimus Dieu Trinité et Un, nous te le demandons,

Ut nos tu visita sicut te colimus Daigne par ta visite répondre à nos hommages.

Per tuas semitas Duc nos quo tendimus, Par tes voies, conduis-nous au but où nous tendons,

Ad lucem quem inhabitas. A la lumière où tu demeures.

Séquence Lauda Sion (messe)[modifier | modifier le code]

Œuvre liturgique la plus connue de Thomas, cette prière est une sorte de Credo au Saint-Sacrement. Choisi comme séquence liturgique de la messe du Saint-Sacrement par Thomas d'Aquin.

1. Lauda, Sion, Salvatorem lauda ducem et pastorem, in hymnis et canticis, Loue, Sion, ton Sauveur, loue ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants.

2. Quantum potes, tantum aude, quia major omni laude nec laudare sufficis. Autant que tu le peux, tu dois oser, car Il est dépasse tes louanges et tu ne pourras jamais trop Le louer.

3. Laudis thema specialis, Panis vivus et vitalis hodie proponitur. Le sujet particulier de notre louange, le Pain vivant et vivifiant, c’est cela qui nous est proposé aujourd’hui.

4. Quem in sacræ mensa cenæ turbæ fratrum duodenæ datum non ambigitur. Au repas sacré de la Cène, au groupe des douze frères, Il a été clairement donné.

5. Sit laus plena, sit sonora ; Sit jucunda, sit decora mentis jubilatio. Que notre louange soit pleine, qu’elle soit sonore ; qu’elle soit joyeuse, qu’elle soit belle la jubilation de nos cœurs.

6. Dies enim solemnis agitur in qua mensæ prima recolitur hujus institutio. C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution.

7. In hac mensa novi Regis, novum Pascha novæ legis, phase vetus terminat. À cette table du nouveau Roi, la nouvelle Pâque de la nouvelle loi met fin à la Pâque ancienne.

8. Vetustatem novitas, umbram fugat veritas, noctem lux eliminat. L’ordre ancien cède la place au nouveau, la vérité chasse l’ombre, la lumière dissipe la nuit.

9. Quod in cena Christus gessit, faciendum hoc expressit, in sui memoriam. Ce que le Christ a fait à la Cène, Il a ordonné de le refaire en mémoire de Lui.

10. Docti sacris institutis, panem, vinum in salutis consecramus hostiam. Instruits par ces commandements sacrés, nous consacrons le pain et le vin en victime de salut.

11. Dogma datur christianis, quod in carnem transit panis et vinum in sanguinem. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son Corps et le vin en son Sang.

12. Quod non capis, quod non vides animosa firmat fides, præter rerum ordinem. Ce que tu ne comprends pas, ce que tu ne vois pas, la foi vive l’affirme, hors de l’ordre naturel des choses.

13. Sub diversis speciebus, signis tantum et non rebus, latent res eximiæ. Sous des espèces différentes, signes seulement et non réalités, se cachent des choses sublimes.

14. Caro cibus, sanguis potus, manet tamen Christus totus, sub utraque specie. Sa chair est nourriture, son Sang est breuvage, pourtant le Christ tout entier demeure sous l’une ou l’autre espèce.

15. A sumente non concisus, non confractus, non divisus, integer accipitur. Par celui qui le reçoit, il n’est ni coupé ni brisé, ni divisé : Il est reçu tout entier.

16. Sumit unus, sumunt mille, quantum isti, tantum ille nec sumptus consumitur. Qu’un seul le reçoive ou mille, celui-là reçoit autant que ceux-ci et l’on s’en nourrit sans le détruire.

17. Sumunt boni, sumunt mali, sorte tamen inæquali : vitæ vel interitus. Les bons le reçoivent, les méchants aussi, mais pour un sort bien inégal : pour la vie ou pour la mort.

18. Mors est malis, vita bonis, vide paris sumptionis quam sit dispar exitus. Mort pour les méchants, vie pour les bons, vois comme d’une même communion l’effet peut être différent.

19. Fracto demum sacramento, ne vacilles, sed memento tantum esse sub fragmento quantum toto tegitur. Quand le Sacrement est rompu ne te laisses pas ébranler, mais souviens-toi qu’il y a autant sous chaque fragment que dans le tout.

20. Nulla rei fit scissura signi tantum fit fractura ; qua nec status, nec statura signati minuitur. La réalité n’est pas divisée, le signe seulement est fractionné ; mais ni l’état ni la taille de ce qui est signifié n’est diminué.

21. Ecce panis angelorum factus cibus viatorum, vere Panis filiorum non mittendis canibus. Voici le pain des anges devenu l’aliment de ceux qui sont en chemin, vrai Pain des enfants à ne pas jeter aux chiens.

22. In figuris præsignatur, cum Isaac immolatur, Agnus paschæ deputatur datur manna patribus. D’avance il est annoncé en figures, lorsqu’Isaac est immolé, l’Agneau pascal sacrifié, la manne donnée à nos pères.

23. Bone pastor, Panis vere, Jesu, nostri miserere, Tu nos pasce, nos tuere, Tu nos bona fac videre in terra viventium. Ô bon Pasteur, notre vrai Pain, Jésus, aie pitié de nous. nourris-nous, protège-nous, fais-nous voir le bonheur dans la terre des vivants.

24. Tu qui cuncta scis et vales, qui nos pascis hic mortales tuos ibi commensales, Coheredes et sodales Fac sanctorum civium. Amen. Alleluia. Toi qui sais tout et qui peux tout, Toi qui sur terre nous nourris, fais que, là-haut, invités à ta table, nous soyons les cohéritiers et les compagnons des saints de la cité céleste. Amen. Alléluia.

Le texte en français de l'Office[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Celle de saint Venance Fortunat se commence : Pange lingua gloriosi Prælium certaminis, (Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Missel grégorien, p. 319, 1985)
  2. http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/theses/hymnesthomasdaquinannemugnier.htm#_Toc243406944