Offa de Mercie

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Offa
Monnaie d'Offa.
Monnaie d'Offa.
Titre
Roi de Mercie
757 – juillet 796
Prédécesseur Beornred
Successeur Ecgfrith
Biographie
Date de décès juillet 796
Père Thingfrith
Conjoint Cynethryth
Enfant(s) Ælfflæd
Eadburh
Æthelburh
Æthelswith
Rois de Mercie

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Offa, mort en juillet 796, est roi de Mercie de 757 à sa mort.

Il monte sur le trône dans un contexte troublé, succédant à Beornred qui ne règne que quelques mois après la mort d'Æthelbald, roi depuis 716. Après avoir rétabli l'autorité du royaume sur les peuples des Midlands, Offa établit vers 770 sa suzeraineté sur les royaumes de Kent et de Sussex. Dans les années 780, il étend son pouvoir sur la plus grande partie du sud de l'Angleterre en s'alliant avec le roi Beorhtric de Wessex et en soumettant l'Est-Anglie.

À la fin de son règne, Offa est sans conteste le plus puissant monarque de Grande-Bretagne, entretenant une correspondance avec Charlemagne et finançant la construction de nombreux établissements religieux, malgré ses relations conflictuelles avec l'archevêque Jænberht de Cantorbéry. Il ne parvient cependant pas à établir une dynastie durable : son fils et successeur Ecgfrith meurt après seulement cinq mois de règne, laissant le trône à Coenwulf.

De nombreux historiens considèrent Offa comme le plus important monarque anglo-saxon avant Alfred le Grand. Un témoignage évident de sa puissance est la digue d'Offa, une barrière de terre de 130 km de long édifiée sous son règne à la frontière du pays de Galles. Son règne a longtemps été considéré comme une étape vers l'unification de l'Angleterre, mais ce point de vue n'est plus majoritaire parmi les historiens.

Sources[modifier | modifier le code]

Les royaumes de l'île de Grande-Bretagne à l'époque d'Offa.

Aucune biographie contemporaine d'Offa ne nous est parvenue[1]. Bien que les royaumes anglo-saxons aient produit de nombreux lettrés, il ne subsiste aucune chronique d'origine mercienne, et les historiens doivent donc s'appuyer sur des sources provenant d'autres royaumes[2].

Une source majeure pour cette période est la Chronique anglo-saxonne, un ensemble d'annales en vieil anglais relatant l'histoire des Anglo-Saxons. Cependant, elle provient du Wessex et trahit par endroits un biais en faveur de ce royaume. Elle ne rend donc peut-être pas exactement compte du pouvoir détenu par le Mercien Offa[3].

Une autre source est constituée par l'ensemble des chartes datant du règne d'Offa. Ces chartes sont des documents qui entérinent la donation de terres à des laïcs ou à des hommes d'église, et les rois qui avaient le pouvoir d'accorder ces terres étaient témoins de ces chartes[4],[5]. Une charte peut indiquer les noms d'un roi sujet et de son suzerain dans la liste des témoins. Une telle liste de témoins apparaît sur l'Ismere Diploma, par exemple, où Æthelric, fils du roi Oshere des Hwicce, est décrit comme subregulus (« sous-roi ») d'Æthelbald[6],[N 1].

Bède le Vénérable, moine et chroniqueur du VIIIe siècle, a rédigé une histoire de l'Église anglaise intitulée Historia ecclesiastica gentis Anglorum. Elle ne couvre que les événements jusqu'à 731, mais c'est l'une des sources majeures de l'histoire anglo-saxonne et elle fournit d'importances informations concernant les racines du règne d'Offa[7].

Parmi les autres sources, on trouve le document connu sous le nom de Tribal Hidage, encore que l'attribution de ce document à son règne soit sujette à débat[N 2]. Il existe également un nombre significatif de lettres, provenant notamment du moine et lettré Alcuin, conseiller de Charlemagne et correspondant de rois, de nobles et d'ecclésiastiques de toute l'Angleterre[8]. Ces lettres éclairent notamment les relations d'Offa avec le continent, de même que ses monnaies, basées sur des modèles carolingiens[9].

Ascendance et avènement[modifier | modifier le code]

Famille d'Offa

L'ascendance d'Offa est donnée dans l'Anglian collection, un ensemble de généalogies qui retrace (entre autres) les ascendances de quatre rois de Mercie. Toutes ces lignées se rattachent à Pybba, roi de Mercie au début du VIIe siècle. Offa y est donné comme fils de Thingfrith, fils d'Eanwulf, fils d'Osmod, fils d'Eowa, fils de Pybba. Selon ces généalogies, Æthelbald, roi de Mercie de 716 à 757, descend également d'Eowa par un autre de ses fils[10]. Æthelbald accorda des terres à Eanwulf dans le territoire des Hwicce, et il est possible qu'Offa et Æthelbald aient été issus de la même branche de la famille. Dans une charte, Offa parle d'Æthelbald comme de son parent, et Heabert, le frère d'Æthelbald, continue à apparaître comme témoin sur des chartes après l'avènement d'Offa[11],[12].

La femme d'Offa est Cynethryth, dont l'ascendance est inconnue. Ils ont un fils, Ecgfrith, et quatre filles : Ælfflæd, Eadburh, Æthelburh et Ælfthryth[13]. Il est possible qu'Æthelburh, devenue abbesse, soit l'abbesse du même nom apparentée au roi Ealdred des Hwicce. Néanmoins, le prénom Æthelburh est courant à l'époque, et porté par d'autres femmes célèbres[12].

En 757, le roi Æthelbald est « traîtreusement assassiné de nuit par ses propres gardes du corps » selon la continuation anonyme de l'Historia Ecclesiastica de Bède. C'est tout d'abord un certain Beornred qui lui succède, mais « la même année, Offa, ayant forcé Beornred à fuir, chercha à s'emparer dans le sang du royaume des Merciens[N 3] ». Il est possible qu'Offa n'ait commencé à régner qu'en 758, étant donné qu'une charte de 789 est datée de la trente-et-unième année de son règne[12].

Une politique extérieure agressive[modifier | modifier le code]

Les peuples des Midlands[modifier | modifier le code]

Après être sorti victorieux de la querelle de succession, Offa a vraisemblablement dû rétablir sa domination sur les dépendances traditionnelles de la Mercie, dont les Hwicce et les Magonsæte. Des chartes datant des deux premières années du règne d'Offa montrent que son autorité s'étend sur les reguli (« roitelets ») des Hwicce. Les Magonsæte semblent également être rapidement passés sous son contrôle : on ne trouve pas trace d'un souverain indépendant pour ce peuple après 740[12],[14],[15].

Offa semble avoir également étendu très tôt son influence sur le royaume de Lindsey, dont la dynastie indépendante avait disparu à cette époque[14],[N 4].

L'Essex et le Middlesex[modifier | modifier le code]

Le sud-est de l'Angleterre à l'époque d'Offa.

L'histoire du royaume d'Essex au VIIIe siècle est mal connue, mais il semble que Londres et le Middlesex, qui en dépendaient jusqu'alors, soient passés sous le contrôle de la Mercie du temps d'Æthelbald. Comme Offa par la suite, il accorde des terres dans le Middlesex et à Londres comme bon lui semble : en 767, une charte d'Offa dispose de terres à Harrow sans souverain local comme témoin[16]. Il est probable qu'Offa ait très vite pris le contrôle de Londres et du Middlesex après son avènement[17]. La maison royale de l'Essex se poursuit au VIIIe siècle, et il est donc probable que le royaume ait conservé ses monarques locaux, mais sous une forte influence mercienne[18].

En revanche, l'influence d'Offa ne semble guère avoir dépassé les frontières traditionnelles de la Mercie durant les premières années de son règne : la suzeraineté exercée par Æthelbald sur le reste du sud de l'Angleterre semble s'être effondrée durant la lutte pour sa succession. Ce n'est qu'en 764 que l'influence mercienne refait son apparition dans le Kent[19].

Le Kent[modifier | modifier le code]

Offa semble avoir profité de la situation instable du Kent après 762[20]. Un système de double royauté est en vigueur dans ce royaume : l'ouest et l'est du pays sont chacun gouvernés par leur propre roi, l'un des deux ayant généralement une position supérieure à l'autre[21]. Jusqu'en 762, Æthelberht II et Eadberht Ier règnent conjointement sur le Kent, ainsi que le fils d'Eadberht, Eardwulf. Æthelberht meurt en 762, et la dernière mention d'Eadberht et d'Eardwulf date de la même année. Les chartes des deux années suivantes mentionnent d'autres rois de Kent, parmi lesquels Sigered, Eanmund et Heahberht. En 764, Offa accorde des terres à Rochester en son nom propre, avec le roi Heahberht comme simple témoin. Un autre roi de Kent, Egbert II, apparaît sur une charte de 765 aux côtés d'Heahberht, charte confirmée par la suite par Offa[22]. L'influence d'Offa sur le Kent est alors claire, et il est possible qu'il ait placé Heahberht sur le trône comme roi client[20].

Les opinions des historiens divergent sur la possibilité d'une suzeraineté ultérieure d'Offa sur le Kent. On sait qu'il a révoqué une charte d'Egbert II, estimant qu'« il était mauvais que son thegn ait osé donner une terre allouée à lui par son seigneur à un autre sans son témoignage », mais la date de la charte originale d'Egbert est inconnue, tout comme celle de sa révocation par Offa[N 5]. Il se peut qu'Offa ait effectivement été le suzerain du Kent à partir de 764 et au moins jusqu'en 776, mais les preuves de son implication dans les affaires de ce royaume sont rares. Les deux chartes de 774 par lesquelles il accorde des terres dans le Kent sont d'une authenticité douteuse. Il est possible qu'Offa ne soit intervenu dans le Kent qu'en 764-765 avant d'y revenir en 776[N 6].

La Chronique anglo-saxonne rapporte que « les Merciens et les habitants du Kent luttèrent à Otford » en 776, mais ne donne pas l'issue de la bataille. Elle est traditionnellement considérée comme une victoire mercienne, mais la domination d'Offa sur le Kent n'est pas attestée avant 785, neuf ans plus tard : ainsi, une charte de 784 ne mentionne qu'un roi de Kent nommé Ealhmund. Il est donc possible qu'Otford ait été en réalité une défaite mercienne[23],[20]. Les causes du conflit sont également inconnues : si Offa régnait sur le Kent avant 776, la bataille d'Otford trahit sans doute une révolte contre le joug mercien[14].

Néanmoins, Ealhmund ne réapparaît plus après 784, et une série de chartes d'Offa émises entre 785 et 789 témoignent clairement de son autorité. Durant cette période, le Kent est traité « comme une province ordinaire du royaume mercien[24],[23] ». Offa ne se comporte pas comme un simple suzerain : il cherche à annexer le Kent et à éliminer sa lignée royale. À compter de 785, « Offa est le rival et non le suzerain des rois de Kent » selon l'expression de Patrick Wormald[25]. La domination mercienne dure au moins jusqu'en 796, année de la mort d'Offa, durant laquelle Eadberht Praen réussit brièvement à rendre son indépendance au Kent[N 7].

Les interventions d'Offa dans le Kent vers le milieu des années 780 sont peut-être liées à l'exil ultérieur en Francie d'Egbert de Wessex, le fils d'Ealhmund. La Chronique affirme qu'en 825, les hommes du sud-est se rallient à Egbert lorsqu'il envahit le Kent « parce qu'ils avaient été auparavant arrachés à tort à ses parents[26] ». Cette probable allusion à Ealhmund implique peut-être que ce dernier était le suzerain local des royaumes du sud-est. L'intervention d'Offa aurait alors visé à remplacer Ealhmund comme suzerain de la région[27].

Le Sussex[modifier | modifier le code]

L'implication d'Offa au royaume de Sussex n'est documentée que par des chartes, et la chronologie des événements est tout aussi confuse que dans le cas du Kent. La nature exacte de la royauté du Sussex est inconnue, mais plusieurs rois semblent y régner simultanément, et il est possible qu'il n'ait jamais constitué un royaume unique.

Selon le scénario le plus couramment suivi, l'autorité d'Offa est reconnue dès son avènement par les souverains de l'ouest du Sussex, mais pas par ceux de l'est (autour de Hastings). Le chroniqueur du XIIe siècle Siméon de Durham note qu'en 771, Offa remporte une victoire sur « le peuple de Hastings », marquant peut-être la domination d'Offa sur tout le Sussex[28],[29].

Cependant, l'authenticité des chartes qui corroborent cette vision des choses a été remise en doute, et il est possible que l'implication directe d'Offa dans les affaires du Sussex se soit limitée à une brève période autour de 770-771. Toute preuve d'une implication mercienne disparaît en 772 pour ne réapparaître qu'aux alentours de l'an 790. Il est possible qu'Offa n'ait pris le contrôle du Sussex qu'à la fin des années 780, en même temps que le Kent[N 8].

L'Est-Anglie[modifier | modifier le code]

En Est-Anglie, Bearna devient probablement roi vers 758. Ses premières frappes sont antérieures à celles d'Offa, ce qui implique qu'il était indépendant de la Mercie. L'histoire de l'Est-Anglie perd en clarté par la suite. En 779, Æthelberht II devient roi et reste indépendant suffisamment longtemps pour commander des frappes propres[30]. Pour l'année 794, la Chronique anglo-saxonne indique que « le roi Offa ordonna que la tête du roi Æthelberht fût tranchée ». Offa fait frapper des pennies en Est-Anglie au début des années 790, et il est donc probable qu'Æthelberht se soit révolté contre Offa et ait été décapité en conséquence[31]. Plusieurs récits rapportent qu'Æthelberht serait mort à cause des intrigues de Cynethryth, la femme d'Offa, mais les plus anciens manuscrits où apparaît cette histoire datent des XIe et XIIe siècles, et les historiens ne les jugent pas dignes de confiance[32],[33]. La légende affirme également qu'Æthelberht a été tué à Sutton St. Michael et enterré à six kilomètres au sud, à Hereford, où son culte prospère, ne le cédant même à une époque qu'à Cantorbéry comme destination de pèlerinage[34].

Le Wessex[modifier | modifier le code]

Au sud de la Mercie, Cynewulf monte sur le trône du Wessex en 757 et reconquiert une grande partie du territoire conquis par Æthelbald de Mercie à la frontière des deux royaumes. En 779, Offa le bat à Bensington (dans l'actuel Oxfordshire). Cette victoire lui permet de reprendre une partie des terres perdues le long de la Tamise[35]. Avant cette date, aucune charte fiable ne présente Cynewulf dans l'entourage d'Offa[27], et rien ne prouve qu'Offa ait jamais été le suzerain de Cynewulf[35].

Il est possible qu'Offa soit intervenu au Wessex en 786, après le meurtre de Cynewulf, pour placer Beorhtric sur le trône de ce royaume. Que ce soit ou non le cas, Beorhtric s'est vraisemblablement placé sous la suzeraineté d'Offa peu après son avènement[35],[36] : les monnaies merciennes sont utilisées dans tout le Wessex, et Beorhtric ne commence à frapper ses propres pièces qu'après la mort d'Offa[37]. En 789, il épouse Eadburh, une fille d'Offa[36], et la Chronique note que les deux rois s'allient pour chasser Egbert en Francie pendant « trois années », ajoutant que « Beorhtric aida Offa parce qu'il avait sa fille pour reine[38] ». Certains historiens estiment que « trois années » est une erreur et qu'il faudrait plutôt lire « treize années », faisant durer l'exil d'Egbert de 789 à 802, mais cette hypothèse ne fait pas l'unanimité[N 9]. Au IXe siècle, le moine Asser affirme qu'Eadburh avait « pouvoir sur presque tout le royaume », et qu'elle « commença à agir en tyran, à l'image de son père[39] ». Quel que soit le pouvoir dont elle dispose réellement au Wessex, il est forcément lié à la suzeraineté de son père[40].

Si Offa ne tira aucun avantage en Wessex avant de vaincre Cynewulf en 779, il se peut que ses victoires au sud du fleuve aient été une condition nécessaire pour intervenir au sud-est. Ainsi, la mort d'Egbert de Kent vers 784, suivie par celle de Cynewulf en 786, permirent à Offa de prendre le contrôle du Kent et de faire passer Beorhtric dans sa zone d'influence. Cette vision des choses suppose également qu'Offa ne contrôlait pas le Kent après 764-765, comme le pensent certains historiens[N 10].

La Northumbrie[modifier | modifier le code]

La politique matrimoniale d'Offa s'étend jusqu'à la Northumbrie : en 792, sa fille Ælfflæd épouse le roi Æthelred Ier de Northumbrie à Catterick[41]. Cependant, rien n'indique que la Northumbrie se soit jamais soumise à la Mercie sous le règne d'Offa[14].

Les Gallois et la digue d'Offa[modifier | modifier le code]

La digue d'Offa près de Knill, dans le Herefordshire.

Offa affronte à plusieurs reprises les divers royaumes gallois. Une bataille oppose les Merciens aux Gallois à Hereford en 760, et les Annales Cambriae du Xe siècle indiquent qu'Offa a dirigé des campagnes contre les Gallois en 778, en 784 et en 796[42],[43].

L'héritage le plus célèbre du règne d'Offa est la digue d'Offa, une grande barrière de terre qui suit approximativement la frontière anglo-galloise. Elle est mentionnée par le moine Asser dans sa biographie d'Alfred le Grand : « un certain roi vigoureux nommé Offa [...] fit bâtir une grande digue entre Galles et Mercie, de la mer à la mer[39] ». Aucune datation archéologique de la digue n'a été réalisée, mais la parole d'Asser n'a guère de raisons d'être mise en doute[44]. Les anciens noms donnés à cette digue en anglais et en gallois soutiennent également son attribution à Offa[45]. En dépit de l'indication par Asser qu'elle s'étendait « de la mer à la mer », on pense aujourd'hui que la structure originale ne couvrait qu'environ deux tiers de la frontière : au nord, elle s'achève près de Llanfynydd, à moins de 8 kilomètres de la côte, tandis qu'au sud, elle s'achève à Rushock Hill, près de Kington, dans le Herefordshire, à moins de 80 kilomètres du canal de Bristol. La longueur totale de ce segment est d'environ 103 kilomètres[44]. D'autres fortifications de terre existent le long de la frontière galloise, notamment Wat's Dyke, mais il est impossible de les dater relativement : on ne sait donc pas si la digue d'Offa est une copie ou un modèle pour celle de Wat[46].

La construction de la digue suggère qu'elle avait pour but d'être une barrière efficace, et de fournir un poste d'observation sur les Galles, ce qui implique que les Merciens ont été libres de choisir le meilleur emplacement possible[44]. Il existe des établissements à l'ouest de la digue dont les noms suggèrent qu'ils étaient anglais au IXe siècle, et il est donc possible qu'en choisissant l'emplacement de leur fortification, les Merciens aient sciemment rendu des terres aux Bretons[N 11]. Il est aussi possible que ces établissements aient déjà été reconquis par les Gallois, ce qui indiquerait un rôle plutôt défensif pour la digue[47]. L'importance de la digue implique un travail et des dépenses conséquentes, suggérant que son bâtisseur (Offa ou un autre) disposait de ressources considérables.

Aspects du règne[modifier | modifier le code]

Relations avec l'Église[modifier | modifier le code]

Offa est un souverain chrétien, mais en dépit des louanges que lui adresse le conseiller de Charlemagne Alcuin pour sa piété et ses efforts pour « instruire [son peuple] dans les préceptes de Dieu[48] », il entre en conflit avec l'archevêque de Cantorbéry Jænberht. Le soutien de ce dernier à Egbert II de Kent a pu donner lieu à une querelle dans les années 760, période qui voit Offa intervenir dans les affaires du Kent. Offa annule des donations faites par Egbert à Cantorbéry, et on sait également que Jænberht a revendiqué le monastère de Cookham, une possession d'Offa[49].

En 786, le pape Adrien Ier envoie deux légats en Angleterre : les évêques Georges d'Ostie et Théophylacte de Todi. Leur rôle est de constater l'état de l'Église anglo-saxonne et de fournir des canons aux rois, nobles et ecclésiastiques d'Angleterre. Cette mission papale est la première depuis la mission grégorienne envoyée par Grégoire le Grand pour convertir les Anglo-Saxons en 597[50]. Les légats passent par Cantorbéry avant d'être reçus à la cour d'Offa. Celui-ci assiste avec Cynewulf de Wessex à un concile durant lequel sont débattus les objectifs de la mission. Georges se rend ensuite en Northumbrie, tandis que Théophylacte parcourt la Mercie et des « parties de la Bretagne ». Un rapport des légats au pape décrit un concile tenu par Georges en Northumbrie et les canons qui en sont sortis, mais la mission de Théophylacte est beaucoup moins bien connue. Après ce concile, George revient dans le sud et un autre concile est organisé, auquel assistent Offa et Jænberht et dont découlent des canons supplémentaires[51].

Les diocèses d'Angleterre sous le règne d'Offa. La frontière entre les archevêchés de Lichfield et de Cantorbéry est représentée par un trait plein.

En 787, Offa parvient à diminuer la puissance de Cantorbéry par l'établissement d'un archevêché rival à Lichfield. Cette question est sans doute débattue avec les légats papaux en 786, bien qu'elle ne soit pas mentionnée dans les comptes-rendus des conciles qui subsistent. La Chronique anglo-saxonne mentionne un « synode conflictuel », tenu en 787 à Chelsea, qui approuve la création du nouvel archevêché. Certains historiens estiment que ce synode est en fait le second concile tenu par les légats papaux. Hygeberht, déjà évêque de Lichfield, en devint le premier archevêque, et il reçoit le pallium, symbole de son autorité, à la fin de l'année 788[52]. Le nouvel archevêché comprend les sièges de Worcester, Hereford, Leicester, Lindsey, Dommoc et Elmham, essentiellement des territoires des Midlands. Les sièges du sud et du sud-est restent sous l'autorité de Cantorbéry[53].

Les rares textes mentionnant la création du nouvel archevêché sont postérieurs au règne d'Offa. Deux versions des faits apparaissent dans un échange de lettres entre Coenwulf, qui devient roi de Mercie peu après la mort d'Offa, et le pape Léon III, en 798. Dans sa lettre, Coenwulf affirme qu'Offa ne désirait la création du nouvel archevêché que par haine de Jænberht, à quoi Léon répond que la papauté n'a accepté sa création qu'en raison de la taille du royaume de Mercie[54]. Tous deux ont de bonnes raisons : Coenwulf cherche à obtenir que Londres devienne le seul archevêché du sud, tandis que Léon souhaite éviter toute complicité apparente avec les objectifs impies attribués à Offa par Coenwulf. Si leurs deux lettres sont donc partisanes, les raisons qu'ils avancent sont également plausibles pour expliquer la volonté d'Offa[55]. La version de Coenwulf est soutenue par une lettre d'Alcuin à l'archevêque Æthelhard, dans laquelle il exprime son opinion que l'archevêché de Cantorbéry a été divisé « non pas, comme il le semble, sur des considérations raisonnables, mais sur un désir certain de puissance[56] ». Par la suite, Æthelheard lui-même affirme que l'octroi d'un pallium à Lichfield est dû à des « tromperies et suggestions mensongères[57] ».

Une autre raison possible est liée au fils d'Offa. Moins d'un an après sa propre élévation, Hygeberht sacre Ecgfrith[58]. Il est possible que Jænberht ait refusé de le faire, et qu'Offa ait donc eu besoin d'un autre archevêque qui se plierait à sa volonté[59]. La cérémonie elle-même est remarquable sur deux points : c'est le premier sacre connu d'un roi anglais, et il affirme le statut royal d'Ecgfrith avant même la mort de son père. Offa sait probablement que les fils de Charlemagne, Pépin le Bossu et Louis le Pieux, ont été sacrés par le pape Adrien[60], et il cherche probablement à imiter la dignité impressionnante de la cour franque[61]. D'autres précédents existent : Æthelred de Mercie aurait nommé son fils Coenred roi de son vivant, et il est possible qu'Offa ait également eu à l'esprit des exemples de couronnement byzantins[59].

Malgré la création du nouvel archevêché, Jænberht reste le plus puissant ecclésiastique de Grande-Bretagne, Hygeberht lui concédant la préséance[62]. À sa mort, en 792, Jænberht est remplacé par Æthelhard. Le nouvel archevêque est sacré par Hygeberht, qui remplace Jaenberht à la tête du clergé. Par la suite, Æthelhard apparaît comme témoin sur des chartes et préside des synodes sans Hygeberht : il semble donc qu'Offa ait continué à respecter l'autorité de Cantorbéry[63].

Il subsiste une lettre du pape Adrien à Charlemagne qui mentionne Offa, mais sa date est incertaine : elle pourrait dater de n'importe quand entre 784 et 791. Dans cette lettre, Adrien rapporte une rumeur parvenue à ses oreilles : Offa aurait proposé à Charlemagne de déposer Adrien et de le remplacer par un pape franc. Adrien affirme ne pas croire cette rumeur, mais sa lettre trahit son inquiétude[64]. Les ennemis d'Offa et de Charlemagne, qu'Adrien mentionne comme source de la rumeur, ne sont pas nommés. Il est difficile de dire si cette lettre est liée à la mission de 786. Si elle lui est antérieure, alors la mission aurait pu avoir en partie un rôle de réconciliation, mais il est également possible que la lettre ait été écrite après[65].

Offa dans le livre des bienfaiteurs de l'abbaye de Saint-Albans (v. 1380). Il est représenté tenant le bâtiment dans sa main.

Offa est un bienfaiteur généreux pour l'Église : il fonde plusieurs églises et monastères, souvent dédiés à saint Pierre[66]. Parmi ceux-ci, on compte l'abbaye de Saint-Albans, probablement fondée au début des années 790[14]. Il promet également un don annuel de 365 mancus à Rome, un mancus valant trente pennies d'argent[67]. Pour les souverains de cette époque, contrôler des établissements religieux est un moyen d'assurer des revenus à sa famille, et Offa s'assure (par l'acquisition de privilèges papaux) qu'une grande partie d'entre eux resteront la propriété de sa femme ou de ses enfants après sa mort[66]. Ce traitement des établissements religieux comme des biens séculiers représente une rupture par rapport au début du VIIIe siècle : à l'époque, de nombreuses chartes témoignaient de la fondation et de la dotation de petits ministères, plutôt que de l'assignation de ces terres à des laïcs. Dans les années 770, une abbesse nommée Æthelburh (peut-être la fille d'Offa portant le même nom) baille de multiples établissements religieux sur les terres des Hwicce, un comportement comparé à celui d'« un spéculateur assemblant un portefeuille ». La possession de ces terres par Æthelburh présage du contrôle des terres religieuses par Cynethryth, et ce modèle est encore suivi au début du IXe siècle par Cwoenthryth, la fille de Coenwulf[68].

On attribue traditionnellement à Offa ou à Ina de Wessex la fondation de la Schola Saxonum à Rome, dans l'actuel rione de Borgo. La Schola Saxonum doit son nom aux milices saxonnes en service à Rome, mais elle devient au fil du temps une hôtellerie pour les visiteurs anglais de la ville[69].

La Mercie et l'Europe continentale[modifier | modifier le code]

Les relations diplomatiques d'Offa avec l'Europe continentale sont bien documentées, mais semblent ne concerner que les douze dernières années de son règne[64]. Dans des lettres datant de la fin des années 780 ou du début des années 790, Alcuin félicite Offa pour son soutien à l'éducation et salue l'épouse et le fils d'Offa, Cynethryth et Ecgfrith[70],[71]. Vers 789 ou peu avant, Charlemagne propose à Offa de marier son fils Charles à l'une de ses filles, vraisemblablement Ælfflæd. Dans sa réponse, Offa demande la main de Berthe, fille de Charlemagne, pour son fils Ecgfrith. Indigné, Charlemagne rompt ses relations avec la Grande-Bretagne et interdit aux vaisseaux anglo-saxons de débarquer dans ses ports. La correspondance d'Alcuin montre clairement que la dispute n'est toujours pas résolue à la fin de l'année 790, et qu'Alcuin lui-même souhaite servir d'émissaire pour ramener la paix. En fin de compte, les relations diplomatiques sont rétablie entre les deux souverains, au moins en partie par l'entremise de l'abbé Gervold de Fontenelle[72],[73].

Charlemagne cherche le soutien de l'Église anglaise au synode de Francfort de 794, qui rejette les canons du deuxième concile de Nicée (787) et condamne l'hérésie adoptianiste des évêques espagnols Félix et Élipand[74]. En 796, Charlemagne écrit à Offa une lettre qui nous est parvenue et qui fait référence à une lettre envoyée par Offa à Charlemagne. Cette correspondance entre les deux rois constitue le plus ancien document connu de l'histoire de la diplomatie anglaise[64]. La lettre de Charlemagne traite essentiellement du statut des pèlerins anglais sur le continent et de cadeaux diplomatiques, mais elle révèle bien d'autres choses concernant les relations entre Anglo-Saxons et Francs[72]. Charlemagne appelle Offa son « frère » et mentionne le commerce de pierres noires, envoyées en Angleterre depuis le continent, ainsi que de capes (ou peut-être de tissus) vendus par les Anglo-Saxons aux Francs[48]. La lettre de Charlemagne parle également d'exilés anglais, nommant entre autres un certain Odhbert qui est presque certainement l'ancien roi de Kent Eadberht Praen. Le soutien aux opposants d'Offa fait clairement partie de la politique de Charlemagne : non content d'accueillir à sa cour Eadberht ou Egbert de Wessex, il envoie également des cadeaux au roi Æthelred Ier de Northumbrie[75].

Les événements de 796 ont parfois été dépeints comme une lutte entre Offa et Charlemagne, mais la puissance de ces deux monarques n'a rien de comparable. À cette date, Charlemagne règne sur un empire s'étendant de l'Atlantique à la plaine de Pannonie, face auquel le royaume d'Offa et de Coenwulf ne fait clairement pas le poids[76].

Le gouvernement[modifier | modifier le code]

Penny d'argent d'Offa.

Les rares sources qui subsistent n'éclaircissent guère la nature de la royauté mercienne. Deux théories principales s'opposent concernant l'ascendance des rois merciens de l'époque. Selon la première, les descendants des différentes branches de la famille royale sont en compétition pour le trône. Au milieu du VIIe siècle, par exemple, Penda place des membres de sa famille à la tête des provinces conquises[77]. Selon l'autre, le trône serait disputé entre des familles distinctes disposant de bases locales, comme les sous-royaumes des Hwicce, des Tomsæte ou des Gaini. Les alliances matrimoniales jouent peut-être aussi un rôle. Les rois doivent peut-être leur pouvoir aux divers magnats rivaux, ceux que les chartes nomment « dux » ou « princeps », auquel cas ils ne seraient guère plus que des nobles bénéficiant de la prééminence sur les autres[78],[79]. Offa semble avoir tenté d'accroître la stabilité de la royauté mercienne, à la fois en éliminant les rivaux dynastiques de son fils Ecgfrith et en diminuant le statut de ses rois vassaux, parfois jusqu'au rang d'ealdorman[80]. C'est un échec : son fils ne lui survit que quelques mois, et la Mercie du IXe siècle continue à choisir ses rois parmi plusieurs familles[81].

Une série de burhs défensifs a été édifiée sous le règne d'Offa, mais on ne connaît pas avec certitude leurs emplacements : il est possible que Bedford, Hereford, Northampton, Oxford et Stamford en aient fait partie. Outre leur rôle défensif, ces burhs ont également constitué des centres administratifs, abritant des marchés régionaux. Cela pourrait témoigner de l'évolution de l'économie mercienne, issue d'un rassemblement de peuples des Midlands. Ces burhs annoncent le réseau défensif mis en œuvre par Alfred le Grand un siècle plus tard pour lutter contre les invasions danoises[82],[83]. Néanmoins, les bouleversements économiques entraînés par la fondation des burhs n'ont peut-être pas été compris par Offa : il est hasardeux d'affirmer qu'il a pu envisager tous leurs bienfaits[84].

En 749, Æthelbald de Mercie promulgue une charte libérant les terres ecclésiastiques de toute obligation, hormis la construction de forteresses et de ponts, une obligation relevant de la trinoda necessitas à laquelle tout individu est soumis[85],[86]. Dans ses chartes kentiques, Offa impose la même obligation aux bénéficiaires de ces chartes, ce qui témoigne peut-être de l'expansion de cette coutume hors de Mercie[87],[88]. Ces obligations relèvent de la réaction d'Offa à la menace des « marins païens[89],[90] ».

L'existence de lois promulguées par Offa est connue grâce à une mention dans la préface du code de lois d'Alfred le Grand, mais rien d'autre ne subsiste les concernant. Dans cette préface, Alfred explique avoir repris dans son code celles des lois d'Offa, d'Ina de Wessex et d'Æthelbert de Kent qu'il considère « les plus justes[91] ». Ces « lois d'Offa » constituaient peut-être un code indépendant, à moins qu'Alfred ne fasse référence au rapport de la mission papale de 786 : celui-ci contient en effet des textes de lois auxquels devaient obéir les Merciens[92].

Les monnaies[modifier | modifier le code]

Pièce d'Offa avec le nom du monnayeur, Eþelnoþ.

Les monnaies les plus courantes au début du VIIIe siècle sont les sceattas, de petites pièces d'argent qui portent rarement le nom du monnayeur ou du roi qui les a produites. Elles sont vraisemblablement appelées « pennies » par les contemporains, et les lois d'Ina de Wessex y font référence[93],[94]. Cette frappe légère, par opposition aux pièces plus lourdes émises par la suite sous le règne d'Offa, peut être datée de la fin des années 760 et du début des années 770.

On peut identifier une seconde frappe, de poids moyen, avant le début des années 790[95]. Ces nouvelles pièces sont plus lourdes, plus grandes et moins larges que les pennies qu'elles remplacent[93], et leur création est liée aux réformes monétaires carolingiennes survenues à la même époque[70]. Les nouvelles pièces portent presque systématiquement le nom d'Offa et celui du monnayeur[93]. Cette réforme monétaire semble avoir dépassé le cadre des frappes d'Offa : des pièces au nouveau format sont également produites par les rois d'Est-Anglie, du Kent et de Wessex à cette époque[96].

Certaines pièces du règne d'Offa portent les noms des archevêques de Cantorbéry Jænberht puis Æthelhard. Les pièces de Jænberht sont toutes de l'ancien format. Eadbrightus, évêque de Londres dans les années 780, semble avoir également frappé ses propres monnaies. Il est possible qu'Offa ait accordé le droit de frappe à Eadbrightus suite à sa querelle avec Jænberht, pour peut-être le révoquer après l'élévation de Lichfield au rang d'archevêché[97].

Les nouvelles pièces sont souvent d'une grande qualité artistique, supérieure à celle des monnaies franques contemporaines[95]. Selon Frank Stenton, les portraits d'Offa « présentent une exécution d'une délicatesse unique dans toute l'histoire de la numismatique anglo-saxonne[67] ». Parmi ces portraits, l'un d'eux, « d'une élégance frappante », représente le roi avec une chevelure en boucles volumineuses ; sur un autre, il porte la frange et des boucles serrées. Certaines pièces le montrent portant un collier avec un pendentif. La variété de ces représentations implique que les graveurs s'inspirent de sources artistiques variées[98].

Penny à l'effigie de Cynethryth portant le nom du monnayeur Eoba.

Une série remarquable, frappée par le monnayeur Eoba, présent des portraits de la reine Cynethryth : l'épouse d'Offa est la première, et la seule, reine anglo-saxonne apparaissant sur des pièces. Cette série s'inspire probablement de pièces de l'empereur byzantin Constantin VI, dont une série porte le visage de sa mère, la future impératrice Irène[99]. Cependant, les pièces byzantines montrent Irène de face et non de profil : elles ne sauraient donc avoir été un modèle direct[100].

Les monnaies d'argent connaissent une nouvelle réforme vers 792-793, au moment de la mort de l'archevêque Jænberht. Le poids des pièces est encore accru, et un dessin standardisé (pas un portrait) est introduit dans toutes les frappes. Aucune des pièces de Jænberht et de Cynethryth ne suit ce format, alors que toutes celles du nouvel archevêque Æthelhard y correspondent[101].

Dinar d'Offa (774).

Il subsiste également des pièces d'or datant du règne d'Offa. L'une est une copie d'un dinar abbasside frappé en 774 par le calife Al-Mansur[102], avec l'inscription « Offa Rex » centrée au revers. Les nombreuses erreurs que comprend le texte arabe prouvent que le monnayeur n'avait aucune connaissance de cette langue. Cette pièce a pu être frappée pour commercer avec Al-Andalus, à moins qu'elle ne fasse partie du tribut annuel de 365 mancus promis par Offa à Rome. Il existe d'autres copies occidentales de dinars abbassides datant de cette période, mais on ignore si elles sont anglo-saxonnes ou franques. Deux autres pièces d'or anglo-saxonnes subsistent, provenant de deux monnayeurs, Pendraed et Ciolheard. La première date vraisemblablement du règne d'Offa, mais la seconde appartient peut-être plutôt à celui de Coenwulf, qui monte sur le trône en 796. Leur but reste incertain : il est possible qu'elles aient servi d'aumônes[103],[104].

Si beaucoup de pièces portent le nom d'un monnayeur, rien n'indique l'atelier où chaque pièce fut frappée. En conséquence, le nombre et l'emplacement des ateliers d'Offa sont incertains. Il est possible qu'il y ait eu quatre ateliers situés à Cantorbéry, à Rochester, en Est-Anglie et à Londres[103].

Mort et succession[modifier | modifier le code]

Offa meurt le 26 ou le 29 juillet 796[105],[33] et est enterré à Bedford[106]. Son fils Ecgfrith lui succède, mais d'après la Chronique anglo-saxonne, il meurt après seulement 141 jours de règne[107]. Une lettre écrite par Alcuin à un ealdorman mercien en 797 montre clairement qu'Offa s'est donné beaucoup de mal pour assurer la succession à son fils : selon Alcuin, « ce noble jeune homme [Ecgfrith] n'est pas mort pour ses propres péchés ; mais la vengeance du sang versé par le père a touché le fils. Car vous savez très bien combien de sang son père a versé pour assurer le royaume à son fils[108] ». Il semble que non content de faire sacrer son fils en 787, Offa a également éliminé tous ses rivaux potentiels : on ne connaît aucun parent proche d'Offa ou d'Ecgfrith de sexe masculin, et Coenwulf, le successeur d'Ecgfrith, ne leur est apparenté que de loin[109].

Postérité : le premier roi d'Angleterre ?[modifier | modifier le code]

Offa à cheval dans la Vie de saint Alban de Matthieu Paris (XIIIe siècle).

La plupart des chartes d'Offa lui donnent pour titre « rex Merciorium » ou « roi des Merciens », parfois étendu à « roi des Merciens et des nations environnantes »[13]. Le titre de « rex Anglorum », soit « roi des Anglais », apparaît sur certaines de ses chartes. Il peut s'agir d'une volonté manifeste d'affirmer sa puissance, mais ce point reste sujet à débat. En effet, l'authenticité de plusieurs des chartes où Offa porte le titre de « rex Anglorum » est douteuse : il s'agit peut-être de faux datant du Xe siècle, époque où ce titre est devenu le titre usuel des rois d'Angleterre[53]. L'argument le plus convaincant en faveur de ce titre ne provient pas des chartes d'Offa, mais de ses monnaies : quelques-uns de ses pennies portant l'inscription « Of ℞ A », mais il n'est pas certain que cela signifie bien « Offa Rex Anglorum »[97].

Dans son ouvrage Anglo-Saxon England, Frank Stenton décrit Offa comme le plus grand des rois anglo-saxons, affirmant qu'« aucun autre roi anglo-saxon ne considéra jamais le reste du monde avec [...] un sens politique aussi aiguisé[105] ». Pour de nombreux historiens, comme par exemple Peter Hunter Blair, seul Alfred le Grand a connu davantage de réussite qu'Offa entre tous les rois de la période anglo-saxonne[110]. Le règne d'Offa a parfois été envisagé comme une étape importante vers l'unification de l'Angleterre, mais ce point de vue a été abandonné par la plupart des historiens : pour Simon Keynes, « Offa était guidé par la soif du pouvoir et non par une vision de l'unité anglaise ; il a laissé une réputation et non un héritage[14] ». Offa se considérait vraisemblablement lui-même comme « roi des Merciens », et ses succès militaires ont contribué à faire de la Mercie, jusqu'alors simple confédération de peuples, un royaume puissant et agressif[14],[111].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour voir comment ces éléments permettent de retracer la progression de la domination d'Offa sur les Hwicce jusqu'à la suppression de la dynastie régnante et l'intégration complète à la Mercie : Wormald, The Age of Offa and Alcuin, p. 123.
  2. Voir Featherstone 2001, p. 29 pour un aperçu de quelques théories concernant les origines du Tribal Hidage.
  3. La « continuation de Bède » est d'un autre auteur, mais les toutes premières entrées sont peut-être de la main de Bède lui-même. Voir « Bede's Ecclesiastical History of England: Christian Classic Ethereal Library » (consulté le 11 mars 2008)
  4. Le dernier roi du Lindsey connu grâce aux généalogies s'appelle Aldfrith, et l'apparition d'un Aldfrith comme témoin sur une charte d'Offa en 787 a fait croire qu'Aldfrith régnait toujours à ce moment-là. Toutefois, les historiens ne considèrent plus que les deux Aldfrith puissent être une seule et même personne. Yorke 1990, p. 113.
  5. Cet événement est prouvé par une charte de Coenwulf de Mercie de 799, par laquelle il concède à nouveau le terrain en question : il cite les raisons de la révocation de la charte par Offa, mais ne donne pas de date. La charte est traduite en anglais moderne dans Whitelock 1968, 80, p. 470.
  6. Kirby 1992, p. 165-166 cite le commentaire de Stenton 1971, p. 207 sur Egbert, « simple subordonné » d'Offa, et rétorque qu'il n'en existe « aucune preuve certaine ». À l'opposé, Keynes, p. 340 rejoint Stenton et affirme qu'Offa a pris « le contrôle du Kent dans les années 760 ».
  7. La Chronique n'indique pas clairement si Eadberht est monté sur le trône après la mort d'Offa ou après celle d'Ecgfrith. Stenton suggère que la révolte au Kent a débuté avant la mort d'Offa. Voir Swanton 1996, p. 56-57, Stenton 1971, p. 225 et Kirby 1992, p. 178.
  8. Kirby 1992, p. 167-168 étudie en détail le problème des chartes et suggère de rapprocher la situation au Kent et au Sussex de l'entrée pour l'année 823 de la Chronique anglo-saxonne, qui affirme que les royaumes du sud-est ont été « arrachés à tort » à la famille d'Egbert de Wessex, le fils d'Ealhmund de Kent. Voir aussi Swanton 1996, p. 60.
  9. Par exemple, Fletcher considère qu'Egbert a passé l'essentiel du règne de Beorhtric en Francie (Fletcher 1989, p. 114). De la même façon, Swanton annote « 3 années » avec « en fait treize années [...] cette erreur est commune à tous les manuscrits » (Swanton 1996, p. 62-63, note 12). En revanche, Stenton accepte le chiffre de trois années (Stenton 1971, p. 220), ajoutant en note qu'il est « très dangereux de rejeter une lecture si bien attestée ».
  10. Théorie de Kirby ; voir Kirby 1992, p. 169.
  11. Stenton cite par exemple le village de « Burlingjobb », en Powys, non loin de l'extrémité sud de la digue, dont le nom ne pourrait guère avoir émergé aussi tard qu'au neuvième siècle. Stenton 1971, p. 214.

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (en) Margaret Worthington, « Wat's Dyke », dans Michael Lapidge et al., The Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England, Blackwell Publishing,‎ 1999 (ISBN 0-631-22492-0)
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