Ode to Billie Joe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un pont routier et ferroviaire sur la rivière Tallahatchie, à la frontière des comté des Lafayette et de Marshal.

Ode to Billie Joe est une célèbre chanson créée et interprétée par la chanteuse américaine Bobbie Gentry en 1967. Moins d'un mois après sa parution, cette chanson est propulsée numéro un des charts américains et y reste 4 semaines de suite. De nombreux artistes de toutes tendances musicales l'ont d'ailleurs reprise par la suite : Frank Sinatra, Ella Fitzgerald, Nancy Wilson, Joe Dassin, Eddy Mitchell et André Vanderbiest en français avec Marie-Jeanne, etc.

L'accompagnement musical, dans la version originale de Bobbie Gentry, est très dépouillé : une guitare acoustique jouée par Gentry et des violoncelles qui viennent s'ajouter au rythme syncopé de la guitare. La chanson est enregistrée en une heure, le 10 juillet 1967, aux studios Capitol de Hollywood, à Los Angeles.

Paroles de la chanson[modifier | modifier le code]

Les paroles quelque peu mystérieuses de cette chanson ont suscité d'innombrables articles, principalement aux États-Unis. Le fait est que leur interprétation est sujette à conjectures. Le thème de la chanson est grave puisqu'il est fait allusion au suicide d'un adolescent nommé Billie Joe MacAllister.

Commentaire du récit[modifier | modifier le code]

La chanteuse-narratrice est une jeune paysanne du delta du Mississippi. Elle nous raconte qu'un jour poussiéreux de juin, après avoir travaillé aux champs durant la matinée avec son frère, elle rentre à la ferme familiale pour le repas. Au cours des conversations durant le déjeuner, elle apprend qu'un garçon nommé Billie Joe MacAllister s'est jeté du haut du pont sur la rivière Tallahatchie.

Cette nouvelle, pourtant dramatique, est annoncée par sa mère comme s'il s'agissait d'un événement sans importance. Le père prononce en quelques mots l'oraison funèbre du garçon en déclarant, entre deux bouchées, que Billie Joe ne valait pas grand-chose et ne serait de toute façon arrivé à rien de bon dans la vie. Le frère de la narratrice semble, pour sa part, avoir été autrefois un ami de Billie Joe et rappelle à sa sœur le jour où lui et Billie lui avaient glissé une grenouille dans son dos.

La mère constate que la narratrice n'a soudain plus d'appétit. De nombreux auditeurs se sont demandé pourquoi : la nouvelle de la mort de Billie Joe y serait-elle pour quelque chose ? On peut supposer que notre narratrice le connaissait, et probablement mieux que ne l'imaginent ses parents.

Puis la mère déclare que quelqu'un lui a raconté avoir vu la veille, à Choctaw Ridge, Billie Joe sur le pont de la Tallahatchie. Il était avec une fille qui ressemblait étrangement à la narratrice. Puis tous deux ont jeté quelque chose dans les eaux boueuses de la rivière.

La narratrice reprend ensuite le fil de son récit un an après ce repas. Elle nous raconte que son frère s'est marié, a quitté le foyer familial pour ouvrir une boutique avec sa femme à Tupelo. Le père est mort au printemps d'une mauvaise grippe. Quant à la mère, elle semble désormais désemparée et abattue.

La narratrice clôt son histoire en nous apprenant qu'elle va désormais souvent à Choctaw Ridge. Pour y cueillir des fleurs qu'elle jette ensuite du haut du pont sur la rivière Tallahatchie. Ces deux dernières phrases semblent éclairer enfin l'auditeur sur l'interprétation qu'il peut donner au texte de la chanson : la jeune narratrice et Billie Joe s'aimaient probablement, et d'un amour secret.


Divergences des interprétations[modifier | modifier le code]

Rarement chanson n'aura fait couler autant d'encre et suscité autant d'interprétations différentes, dont certaines extrapolent : pour les besoins du film homonyme réalisé par Max Baer Jr., le scénariste Herman Raucher est allé jusqu'à imaginer que Billie Joe, honteux et pris de remords, s'était suicidé parce qu'il avait eu une furtive relation homosexuelle d'un soir et en état d'ébriété.

Billie Joe est une fille, selon beaucoup d'interprétations, ce qui oriente différemment le point de vue. Pourtant, les paroles font explicitement référence à lui comme un garçon : « wasn't I talkin’ to him », him étant un pronom masculin.

Une autre interprétation peut être faite: était-ce la narratrice qui était avec Billie Joe et qu'ont-ils jeté dans la rivière ? Si c'est le cas, ne se seraient-ils pas aimés secrètement et ne serait-ce pas le corps d'un enfant mort-né ou avorté qu'ils auraient fait disparaitre afin de cacher leur relation ? Pris de remords devant la gravité de son geste, Billie Joe aurait alors pu se suicider...

Point de vue de l'auteur[modifier | modifier le code]

Interrogée dans le milieu des années 1970 par un journaliste, la chanteuse Bobbie Gentry déclara que, lorsqu'elle avait composé le texte de sa chanson dix ans plus tôt, elle n'avait jamais songé à donner une telle interprétation à son œuvre. Pour elle, Ode to Billie Joe ne devait être qu'une histoire, présentée comme une tranche de vie (les discussions quotidiennes durant un repas familial) chez des gens modestes et durs à la tâche, et où un évènement gravissime (le suicide d'un adolescent) était commenté comme un fait-divers sans importance[1].

« Ces questions sont d’ordre secondaire pour moi. L’histoire de Billie Joe présente deux thèmes sous-jacents autrement intéressants. D’abord, la description des réactions d’un groupe de personnes par rapport à la vie et à la mort de Billie Joe, et des répercussions qu’elle a dans leur vie. Ensuite, le fossé évident entre la mère et la fille apparaît quand elles subissent une perte commune (d’abord Billie Joe, plus tard le père), et cependant les deux femmes sont incapables de reconnaître qu’elles sont toutes deux éprouvées ou de partager leur chagrin. »

« Those questions are of secondary importance in my mind. The story of Billie Joe has two more interesting underlying themes. First, the illustration of a group of peoples’ reactions to the life and death of Billie Joe, and its subsequent effect on their lives, is made. Second, the obvious gap between the girl and her mother is shown when both women experience a common loss (first Billie Joe, and later, Papa), and yet Mama and the girl are unable to recognize their mutual loss or share their grief. »

Le thème d’Ode to Billie Joe n'était donc pas une histoire d'amour secrète, impossible et dramatique entre deux adolescents, mais la terrifiante indifférence de certains êtres frustes face au désespoir mortel de leur prochain.


Influences artistiques[modifier | modifier le code]

Hormis les reprises par de nombreux chanteurs durant les années 1970, cette chanson constitue également la structure de base et la trame du spectacle Another Sleepy Dusty Delta Day du plasticien et chorégraphe Jan Fabre créé lors du Festival d'Avignon en 2009[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Biography », Ode to Bobbie Gentry,‎ 26 octobre 2009
  2. D'après le livret du spectacle donné au Théâtre des Abbesses/Théâtre de la Ville en juin 2010.