Octave Bélanger

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Louis Joseph Octave Bélanger (1886 - 1972) est un peintre québécois.

Octave Bélanger photographié à sa résidence de Tampa où il allait passer l'hivers au cours des dernières années de sa vie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Louis-Joseph Octave Bélanger est né à Montréal le 20 juin 1886. Il était le fils unique de Joséphine Richard et d’Octave Bélanger senior[1], un industriel originaire de Lotbinière. L’entreprise familiale, la Fonderie Jacques-Cartier, était établie au 1580, rue Amherst à Montréal après avoir été sur la rue Notre-Dame pendant plusieurs années. C’était une entreprise importante qui pouvait fabriquer jusqu’à 1 000 poêles et fournaises par année, en plus de divers objets en fonte, tels que des bancs de parc, des colonnes et des bouches d’égout[2].

En 1918, la fonderie fabriqua même une automobile qui portait le numéro d’immatriculation 8811. Selon Guy Bélanger, le bloc-moteur aurait été coulé à la fonderie, puis usiné aux ateliers Bourassa, situés sur la rue Ontario Est, en face du chantier maritime Canadian Vickers. Le capitonnage de la voiture était en cuir rouge de Russie.

Octave Bélanger père, qui ne conduisait pas sa voiture lui-même, semblait néanmoins très fier de son automobile. Le journal La Patrie rapporte qu’il fut un des premiers à effectuer le trajet Montréal-Québec par la route en une seule journée.

L’entreprise était prospère et la famille Bélanger vivait confortablement installée dans une résidence cossue de la rue Saint-Hubert. Octave Bélanger commença ses études à l’école Montcalm, située à côté du magasin Dupuis et Frères.

Les études à Montréal[modifier | modifier le code]

À l’âge de 14 ans, il suivit des cours du soir de moulage, de dessin et d’architecture. Ces cours étaient offerts par le Conseil des Arts et Manufactures à l’école des Arts et Manufactures ainsi qu’au Monument-National. De 1900 à 1913, Octave Bélanger étudia avec MM. Edmond Dyonnet, Joseph-Charles Franchère, Joseph Saint-Charles et Jobson Paradis. Au cours de cette période, il remporta des médailles de premier prix en dessin, en architecture et en modelage. De 1913 à 1921, il poursuivit ses études sous la direction de M. William Brymner, au Montreal Art Association. Il y fut boursier deux ans de suite[3].

Pendant quelques années, le peintre travailla à la fonderie. En 1910, il épousa Juliette Guillemette, avec qui il fonda sa famille. Après le décès de son père, vers 1920, il vendit l’équipement de la fonderie et loua l’immeuble à un garagiste. Octave Bélanger put alors se consacrer entièrement à sa passion : la peinture[4].

Les études à Paris[modifier | modifier le code]

En octobre 1921, la famille Bélanger embarqua sur l’Ausonia, un navire de la compagnie Cunard, en direction de la France. Octave Bélanger, son épouse et leurs enfants Lucille, Maurice, Guy et Marcelle s’installent à Paris. Pendant trois ans, le peintre suit les cours de l'Académie Julian ainsi que ceux de l’Académie Colarossi.

L’Académie Julian, établie sur la rue du Dragon, fut fondée en 1868. Elle devint rapidement une des plus réputées de la capitale française. Plus d’une quarantaine de peintres canadiens y suivirent des cours, dont William Brymner, Wyatt Eaton, Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, Paul Peel et James Wilson Morrice.

Au nombre des professeurs parisiens d’Octave Bélanger, on remarque les peintres Henri-Paul Royer, Jules Pagès, ainsi que les frères Paul-Albert Laurens et Jean-Pierre Laurens. Son travail est rapidement reconnu par ses maîtres. En 1922, l’Académie lui décerne un premier prix de composition.

En 1923, il expose une toile au Salon des artistes français qui se tenait au Grand Palais des Champs-Élysées. Il participe à nouveau à ce salon l’année suivante avec deux toiles : Au Luxembourg et L’entrée de Kerso, également appelé l’Arbre au feuillage argenté[5]. Ce tableau, qui représente un paysage croqué aux environs de Port-Louis en Bretagne, a par la suite été choisi pour participer au salon L’art contemporain français à Copenhague. Il fait aujourd’hui partie de la collection du Musée du Québec.

Au cours de son séjour à Paris, Octave Bélanger se lie d’amitié avec le peintre Rodolphe Duguay, qui suivait également les cours de l’Académie Julian[6]. À partir de la résidence de la famille Bélanger à Port-Louis, ils parcoururent ensemble la Bretagne, à la recherche de paysages dignes de leur talent.

Le retour à Montréal[modifier | modifier le code]

À cette époque, Octave Bélanger souhaitait poursuivre sa carrière de peintre en France. Son épouse le convaincra toutefois de rentrer au Québec. La famille revint à Montréal à la fin de 1924.

Portrait d'Octave Bélanger par J.-Arthur LeMay, caricaturiste au journal La Patrie de Montréal.

Pendant les années qui suivirent, Octave Bélanger se consacra entièrement à son art dans un atelier qu’il avait fait construire derrière sa maison de la rue Saint-Hubert. À compter de 1925, Octave Bélanger participe à plusieurs expositions à Montréal. En 1925 et 1929, certains de ses tableaux font partie de l'exposition de l'Académie royale des arts du Canada. Il expose aussi à trois reprises à la Bibliothèque Saint-Sulpice en novembre-décembre 1925, en février 1928 et en février 1929.

Selon le journal La Patrie[7], l'exposition de 1925, à la Bibliothèque Saint-Sulpice, comportait plus de 80 œuvres. On y trouvait notamment «L'arbre au feuillage argenté». Ce tableau, aussi appelé «L'entrée de Kerso», représente un paysage croqué aux environs de Port-Louis en Bretagne. Il a par la suite été choisi pour participer au salon L’art contemporain français à Copenhague. Il fait aujourd’hui partie de la collection du Musée national des beaux-arts du Québec. Parmi les autres tableaux, on note «Au Luxembourg», un tableau également présenté au Salon des artistes français en 1923, et «Le printemps dans les Laurentides». L'exposition comportait également plusieurs paysages bretons peints durant les vacances de la famille Bélanger à Port-Louis.

Henri Letondal, le critique d'art du journal La Patrie, écrit au sujet de cette exposition: «Le grand désir du peintre, celui qu'il exprime dans chacune de ses œuvres, est de donner à la peinture un sens plus profond, plus original, plus neuf au sujet qu'il traite. Alors que d'autres s'appliquent à peindre le côté décoratif d'un paysage, d'une étude ou d'une nature morte, monsieur Bélanger pousse plus loin sa conception de la beauté, de la couleur et de la lumière. C'est ainsi que ses arbres sont teintés de gris et volontairement effacés, que ses personnages ne brisent pas l'harmonie de l'ensemble, que les valeurs sont biens comprises et ne se perdent pas en un coloris barbare.»

Lors de l'exposition du mois de février 1929, à la bibliothèque Saint-Sulpice, le critique J.-René de Cotret, du journal Le Canada, écrit: «L'effort accompli par M. Octave Bélanger mérite d'être largement encouragé. Tout d'abord parce qu'il dénote chez l'artiste une ardeur au travail pour laquelle il faut le louer et ensuite parce que son exposition a une incontestable valeur. Nous engageons les amateurs à la visiter et à y prolonger leur séjour afin de bien l'étudier. Elle en vaut la peine»[8].

En 1926, Octave Bélanger est choisi par le Canadien National pour illustrer de 40 gravures le livre La Grande Aventure[9] écrit par Ernest Schenck. Beaucoup plus tard, durant les années soixante, il exposera ses œuvres à la Gare Centrale de Montréal.

En 1926, Octave Bélanger, qui était toujours propriétaire du terrain de la Fonderie Jacques-Cartier, rue Amherst, décide d’y construire un garage moderne qu’il souhaite léguer à ses fils. C’est ainsi que naît le Garage Amherst Autodrome, une entreprise logée dans un immeuble en brique de trois étages. Le garage offrait des services complets de mécanique, incluant la peinture, le débosselage, le lavage et le cirage des voitures, ainsi que la pose des chaînes sur les pneus, l’hiver. Le garage offrait également des services de stationnement, notamment aux clients de l’hôtel Pennsylvanie, situé sur la rue Saint-Denis. Malheureusement, l’autodrome Amherst n’était pas concessionnaire d’un des grands manufacturiers d’automobiles de l’époque, ce qui limitait son succès commercial.

Octave Bélanger, qui ne souhaitait pas s’occuper de la gestion de cette entreprise, en avait confié la direction à un proche parent, Octave Ranger. Guy Bélanger, très féru de mécanique, en devint le gérant du Service à la clientèle et y travailla 9 ans, avant de joindre les rangs de la Société Air Canada, en 1942.

Vers la fin de l’hiver 1928, la famille Bélanger emménage dans une vaste maison comportant quatre logements au 53, chemin de la Côte-Sainte-Catherine. En 1928, Octave Bélanger acheta également un terrain sur les rives du lac Labelle. Ce refuge joua un grand rôle dans sa carrière puisque les paysages de la région lui inspirèrent un très grand nombre de tableaux. Il conserva ce chalet et y passa ses étés jusqu’à son décès en 1972.

La crise frappe durement[modifier | modifier le code]

En 1929, la Crise frappe durement. Les affaires du garage périclitent. Octave Bélanger doit prendre la direction de l’entreprise lui-même, afin de la maintenir à flot. La grande maison du chemin de la Côte-Sainte-Catherine devient un boulet financier: elle sera vendue. La famille s’installe par la suite dans un appartement plus petit, sur la rue Kent à Montréal. On annule également les longues vacances à Sainte-Rose et on loue la maison d’été.

En 1930, la Ville de Montréal décide de construire un chalet sur le mont Royal, dont une partie du coût doit être défrayée par des subventions fédérales, destinées à lutter contre le chômage. Ce chalet devait comporter une salle à manger pouvant accueillir un millier de personnes. Aristide Beaugrand-Champagne, l’architecte de ce projet, décide d’y intégrer de grands tableaux rappelant l’histoire de Montréal[10].

Pour réaliser ce projet, M. Beaugrand-Champagne recruta 13 peintres renommés, dont Octave Bélanger. En 1931, l’artiste peignit une grande toile intitulée Champlain visite à nouveau le site de Montréal en 1611, qui fut accrochée aux murs du Chalet de la montagne au début de 1932. Le professeur d'art Laurier Lacroix écrit au sujet de ce tableau: «La manière de Bélanger est bien visible dans cette œuvre. L’artiste est connu pour sa palette claire. Ici, il utilise des tons pastel, des verts tendres et bleutés, des bleus et des oranges clairs, des roses et des gris. La matière picturale est bien visible. Le ciel est traité avec une brosse déliée et large, les feuilles et le sol montrent une texture très accentuée.»[11] Ce tableau appartient toujours à la collection de la ville de Montréal et il est exposé en permanence au Chalet du Mont-Royal. Octave Bélanger reçut 400 $ pour cette œuvre, une bonne somme pour l’époque[12].

C’est peu après qu’Octave Bélanger renonça à peindre. Sa fille Marcelle se souvient d’une conversation qu’elle eut avec son père à cette époque. Elle lui faisait remarquer qu’il ne peignait plus jamais, ni le soir, ni la fin de semaine. « Sans doute que tu n’aimais pas la peinture tant que ça », lui dit-elle. Et son père de lui répondre : « Si jamais j’avais le malheur de retoucher à mes pinceaux, je serais incapable de retourner travailler au garage.» [13] Le garage fut éventuellement vendu, vers 1942, au magasin Dupuis et Frères, qui le transforma en entrepôt. Pendant la guerre, Octave Bélanger œuvra comme architecte pour la Société canadienne d’hypothèques et de logement.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Octave Bélanger revint à la peinture après le décès de son épouse, Juliette Guillemette, survenu en 1948. Une voisine de longue date, veuve elle-aussi, Alice Ouelette-Paré, joua un rôle important dans ce revirement. Elle persuada Octave de lui donner des cours de dessin et de reprendre ses activités artistiques. Elle devint rapidement sa compagne et l’accompagna jusqu’à la fin de ses jours.

Au cours des années cinquante et soixante, Octave Bélanger et Alice Ouelette-Paré effectuèrent de nombreux voyages dans le Sud de la France, à Menton, et en Martinique. Au cours de ses dernières années, Octave Bélanger partage son temps entre sa résidence de Montréal-Ouest, une petite maison à Tampa en Floride, l’hiver, et son chalet du lac Labelle, l’été.

Octave Bélanger est décédé à Montréal le 4 décembre 1972 à l'âge de 86 ans.

Principales expositions[modifier | modifier le code]

  • Montréal – Salon des Arts, 1919, 1920 et 1921
  • Paris – Salon des artistes français, 1923, 1924
  • Paris – Mairie du 6e arrondissement, mars 1924
  • Copenhague – Salon de l’Art contemporain français, octobre 1924
  • Montréal – Académie Royale Canadienne, 1925 et 1929
  • Montréal – Bibliothèque Saint-Sulpice, nov-décembre 1925; février 1928, mars 1929
  • Montréal – Galerie Morency et Frères, de 1926 à 1970
  • Montréal – Art club, mai 1926
  • Montréal – Cinéma Impérial, avril 1932
  • Chalet de la montagne, Montréal, exposition permanente, 1932-
  • Montréal – Fine Art Gallery, magasin Eaton, janvier 1933
  • Montréal – Gare centrale, sans date
  • Montréal – Place Ville-Marie, sans date
  • Hull – Galerie L’Estampe, avril 1984 et novembre 1986
  • Farnham – Galerie Claude Neveu, octobre-novembre 2007.

Musées[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur l'origine de la famille Bélanger, on peut consulter le livre de Louis-Guy Lemieux, Grandes familles du Québec, Éditions Septentrion, 2006. Les pages 59 à 63 y traitrent de la famille Bélanger. On peut y voir une photographie le l'automobile fabriquée par le père de Louis-Joseph Octave Bélanger. http://books.google.ca/books?id=LdSm5sGXWzcC&pg=PA62&lpg=PA62&dq=octave+b%C3%A9langer#v=onepage&q=octave%20b%C3%A9langer&f=false
  2. Le journal La Patrie a publié un portrait d'Octave Bélanger père, 22 novembre 1902, page 13
  3. David Karel, Dictionnaire des artistes de langue française en Amérique du Nord, Les Presses de l'Université Laval, 1992, page 61
  4. Quelques-uns de tableaux peint par Octave Bélanger peuvent être vus sur le site http://www.artnet.com/artists/louis-joseph-octave-belanger/past-auction-results ainsi que sur le site http://www.arcadja.com/auctions/fr/private/b%C3%A9langer_octave_louis_joseph/oeuvres/1932/0/
  5. Ce Tableau a été acquis par le Musée National des Beaux-arts de Québec en 1926 ou 1927 et il fait toujours parti de leurs collections. Il en existe très peu de reproduction, mais on peut en voir une photographie dans le livre «Peindre à Montréal 1915-1930, écrit sous la direction de Laurier Lacroix, Musée du Québec - Galerie de l'UQÀM, 1996, page 105
  6. Rodolphe Duguay, Pour une mystique du paysage; Lévis Martin; Les Presses de l'Université Laval; 2004; page 35
  7. Henri Letondal, Journal La Patrie, 1er décembre 1925, page 18
  8. J.René de Cotret, journal Le Canada, 21 février 1929
  9. La grande aventure, texte d'Ernest Schenck, gravures d'Octave Bélanger, Chemin de fer national du Canada, 1927. Le livre peut être consulté à la BAnQ.
  10. Laurier Lacroix, Les tableaux historiques du Chalet de la Montagne du parc du Mont-Royal - Étude historique et iconographique, Service du développement culturel, Ville de Montréal, juin 2003, http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/grands_parcs_fr/media/documents/tableaux_historiques_du_chalet_du_Mont_Royal.pdf
  11. Laurier Lacroix, op cit. page 17
  12. on peut visionner le tableau à l'adresse: http://artpublic.ville.montreal.qc.ca/oeuvre/champlain-visite-de-nouveau-le-site-de-montreal-en-1611
  13. Marcelle Bélanger-Bordeleau, Marcelle se raconte, mémoires non publiés, Texte dactylographié, 69 pages, février 2010

Lien externe[modifier | modifier le code]