Occupation d'Alcatraz

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Il reste quelques traces de l'occupation amérindienne de 1969-71 sur Alcatraz (photographie de 2006).

L’occupation d'Alcatraz est l’occupation pacifique de l’île d’Alcatraz dans la baie de San Francisco en Californie par un groupe d’activistes amérindiens. Elle dura 19 mois entre le 20 novembre 1969 et le 11 juin 1971. Elle s’inscrit dans le contexte de la montée du Red Power movement (en) et l’organisation de l’American Indian Movement fondé en 1968.

Déroulé[modifier | modifier le code]

Le 9 novembre 1969, un événement spectaculaire attira l'attention sur les Amérindiens et Alcatraz. Avant l'aube, 78 Amérindiens débarquèrent sur l'île. En 1964 déjà, une poignée d'étudiants avaient fait de même pour proclamer une université indienne mais ils avaient été rapidement expulsés et cette tentative était passée inaperçue. Le groupe fut mené par Richard Oakes, un Indien Mohawk, directeur du département des études indiennes au collège d'État de Chicago et Grace Thorpe, Indienne Sauk et Fox fille de Jim Thorpe, footballeur et athlète olympique.

Ce groupe fut rejoint par d'autres Amérindiens et en moins d'un mois, ils furent environ six cents qui représentaient quelque cinquante tribus différentes. Ils se désignaient comme « Indiens de toutes les tribus » (« Indians of All Tribes ») et rédigèrent une déclaration intitulée Nous tenons le Rocher dans laquelle ils proposaient d'acheter Alcatraz avec des perles de verre et des chiffons de toile, comme les Blancs l'avaient fait pour Manhattan, trois cents ans auparavant. Ils se basaient sur le Traité de Fort Laramie (1868) signé avec les Sioux qui octroyait des droits aux Amérindiens pour les terres fédérales inutilisées.

Ils exigeaient, en outre, la création d'un centre culturel et universitaire à Alcatraz, où ils pourraient recevoir dans leur langue une éducation conforme à leur culture, à leurs pratiques cérémonielles, à leurs croyances et où ils apprendraient à vivre en accord avec leur propre philosophie de la nature. Il fallut un an et demi avant que la police ne réussisse à déloger les Indiens de l'île ; au cours de cette période, ceux-ci avaient pu attirer l'attention de millions d'Américains et d'étrangers sur leurs difficultés[1]. Ils ajoutèrent :

« Nous pensons que cette île que vous appelez Alcatraz est idéale pour recevoir une réserve indienne telle que les Blancs la conçoivent. En fait nous pensons que cet endroit présente déjà toutes les caractéristiques des réserves indiennes :

  1. Elle est éloignée de tous les services et n'est desservie par aucun moyen de transport adéquat.
  2. Il n'y a pas d'eau courante.
  3. Les services sanitaires sont défectueux.
  4. Pas de pétrole ou de minerai.
  5. Pas d'industrie et donc un chômage très élevé.
  6. Aucun service de santé.
  7. Le sol est rocheux, impropre à toute culture et il n'y a pas de gibier.
  8. Pas d'équipements scolaires.
  9. Il y a toujours eu surpopulation dans cette île.
  10. La population a toujours été considérée comme prisonnière et tenue dans une totale dépendance des autres. »

Le groupe d'occupation annonçait son intention de faire de l'île un centre d'études indiennes pour l'écologie : « Nous nous consacrerons à dépolluer les eaux et l'atmosphère de la baie de San Francisco... et à restaurer la faune aquatique. »

Le gouvernement fit finalement couper l'eau, l'électricité et le téléphone sur l'île. Certains furent contraints de partir mais un an plus tard ceux qui restèrent déclarèrent :

« Nous continuons de tenir l'île d'Alcatraz au nom de la liberté, de la justice et de l'égalité parce que vous, frères et sœurs de cette terre, nous avez soutenus dans notre juste cause. Nous tendons nos mains et notre cœur et adressons à chacun d'entre vous des messages par l'esprit. Nous tenons le Rocher. Nous savons que la violence engendre plus de violence encore. C'est pour cela que notre occupation d'Alcatraz est pacifiste et que nous espérons que le gouvernement américain se conduira pacifiquement avec nous...
Nous sommes un peuple fier !
Nous sommes les Indiens !
Nous avons observé puis rejeté la plupart de ce que peut offrir la prétendue civilisation.
Nous sommes les Indiens !
Nous préserverons notre mode de vie et nos traditions en les communiquant à nos propres enfants.
Nous sommes les Indiens !
Nous joindrons nos mains en une union inconnue jusqu'alors.
Nous sommes les Indiens !
Notre mère la Terre attend que nous parlions. Nous sommes les Indiens de toutes les tribus !
Nous tenons le Rocher ! »

Six mois après cette déclaration les forces fédérales prirent l'île d'assaut et expulsèrent les Indiens qui y demeuraient encore.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Herman Wouters, Peuples et coutumes en voie de disparition, éditions Famot-Genêve, p. 30-31

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rob Kirkpatrick, 1969: The Year Everything Changed, Skyhorse Publishing,‎ 2009 (ISBN 9781602393660)
  • (en) Troy Johnson, The American Indian Occupation of Alcatraz Island: Red Power and Self-determination, University of Nebraska Press,‎ 2009, 304 p. (ISBN 080321779X)
  • (en) "Indians of All Tribes" (Peter Blue Cloud), Alcatraz Is Not an Island, Berkeley, Wingbow Press,‎ 1972