Océan mer

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Océan mer
Auteur Alessandro Baricco
Genre Roman
Version originale
Titre original Oceano mare
Éditeur original Rizzoli Editore
Langue originale Italien
Pays d'origine Drapeau de l'Italie Italie
Lieu de parution original Milan
Date de parution originale 1993
ISBN original 88-17-66043-4
Version française
Traducteur Françoise Brun
Lieu de parution Paris
Éditeur Albin Michel
Date de parution 1998
Type de média livre papier
Nombre de pages 274
ISBN 2-226-09570-5

Océan mer (titre original Oceano mare) est le deuxième roman de l'auteur italien Alessandro Baricco. Publié en 1993 en Italie, il y a remporté le prix Viareggio la même année. Sa version française a paru en 1998, en traduction de l'italien par Françoise Brun.

Intrigue[modifier | modifier le code]

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le roman est découpé en trois parties :

  • I. Pension Almayer (les différentes pièces du puzzles, les personnages et leurs histoires, les liens entre eux)
  • II. Le ventre de la mer (le récit de Savigny sur le radeau)
  • III. Les chants du retour (épilogue sur chacun des personnages principaux)

À la pension Almayer, « posée sur la corniche ultime du monde », sept personnages se retrouvent, sept pièces d'un puzzle, pour guérir de leurs maux par la mer. Tous ont une folie ou une histoire qui les relient les uns aux autres. À la pension Almayer, le séjour est bouleversé par l'histoire d'un naufrage sur un radeau et d'une vengeance entre deux personnages.

Dans cet endroit où l'on « prend congé de soi-même », ces sept personnages essaient de renaître, ont un but en venant ici. C'est le hasard (ce que l'auteur qualifie même de destin) qui rassemble ces sept naufragés en ce même endroit.

Cette pension est un endroit bien étrange : au bout du monde, un endroit où même le temps semble s'arrêter. Ann Deveria dit de la pension Almayer que « c'est un endroit qui existe à peine ». Cet aspect est souligné dans le dernier paragraphe du livre, où même le ciel n'est nulle part au-dessus de la pension Almayer. « Il avait un ciel étrange, de ceux qui courent vite, pressés d'être à la maison. »

Personnages[modifier | modifier le code]

Elisewin : Elisewin, seize ans, est désignée comme « une petite fille trop fragile pour vivre et trop vivante pour mourir », possédée par un tempérament d'une extrême sensibilité. Elle est emmenée à la mer, à la pension Almayer, par le Père Pluche pour guérir de cette sensibilité qui la contraint à vivre dans un monde dénué de tout ce qui pourrait la brusquer. Elle a une très belle voix de velours et elle donne l'impression, lorsqu'elle marche, de glisser dans l'air. Son père est le baron de Carewall.

Père Pluche : Il devait guérir Elisewin de ses maux, mais ni les années, ni les soins qu'il lui a procurés n'ont suffi. Le Père Pluche est un homme d'église qui par ailleurs écrit un recueil de prières. Il ne dit jamais ce qu'il faudrait dire, car autre chose lui vient toujours à l'esprit, avant.

Michel Plasson : Plasson est un peintre. Ancien portraitiste, il veut peindre la mer. Mais il lui faut savoir où elle commence. Il cherche donc les « yeux de la mer ». Ce sera le commencement de son portrait. Ses phrases font rarement plus de huit mots. Sinon, il devient incapable de les finir.

Ismaël Bartelboom : Ce professeur de trente-huit ans écrit une « Encyclopédie des limites observables dans la nature, avec un supplément consacré aux limites des facultés humaines ».

Ces deux personnages, Plasson et Bartelboom sont complémentaires. En effet, l'un pour peindre a besoin de connaitre où commence la mer, l'autre cherche où finit la mer. « Deux morceaux de puzzle. Fait l'un pour l'autre. Dans quelque endroit du ciel, un vieux Seigneur, à l'instant même, venait de les retrouver. »

Ann Devéria : Cette femme est ici pour guérir de l'adultère. Son mari pense que le climat de la mer assoupira ses passions et l'amènera à oublier son amant. Elle est donc ici pour guérir de l'amour, mais aidera Bartelboom qui lui, cherche l'amour.

Savigny : Le docteur Savigny est survivant d'un abandon en mer sur un radeau. Il est celui qui raconte la moitié de l'histoire dans la deuxième partie du livre.

Adams : C'est le surnom de Thomas, également survivant du radeau, abandonné en pleine mer du navire « L'Alliance ». Entre Thomas et Savigny, c'est une histoire de vengeance : le meurtre par Savigny de la femme de Thomas sur le radeau.

Elisewin et Adams sont eux aussi deux personnages complémentaires, « une jeune fille qui n'a rien vu et un homme qui a vu trop de choses ».

Dira : C'est une petite fille de dix ans qui s'occupe du registre de la pension Almayer. Elle est extrêmement perspicace et intelligente pour une fillette de son âge.

Résumé[modifier | modifier le code]

Livre premier Pension Almayer

Chapitre 1

Michel Plasson est au bord de la mer et donne quelques coups de pinceau sur une toile parfaitement blanche. Ann Devéria s'approche. Il passe son pinceau sur ses lèvres. Devéria goûte et comprend qu'il peint à l'eau de mer. Dans ces contrées, la marée monte juste avant que ne tombe l'obscurité. Chaque fin de journée, un petit garçon vient le chercher sur une barque alors que le peintre a déjà de l'eau jusqu'au cœur.

Chapitre 2

Elisewin, fille du baron de Carewall, vit dans l'instabilité constante de la peur, dû à une trop grande sensibilité. L'auteur précise cependant que ce n'est pas exactement une maladie. Son père, pour remédier à ce trouble, a fait construire des sentiers circulaires, à la seule exception de deux ou trois allées qui serpentaient en dessinant des boucles douces et régulières, car « il suffit en effet d'un peu de sensibilité pour comprendre que tout angle mort est un guet-apens possible ». Toutes les couleurs sont douces et les planchers tapissés de tapis blancs. Un jour, le baron de Carewall commande à Edel Trut, le plus grand tisseur de soie du pays, une tapisserie de soie dont les motifs et les couleurs seraient assez doux pour aller dans la chambre d'Elisewin. Le résultat fut un paysage représentant une terre clémente et heureuse où des hommes volent dans le ciel au loin.

Chapitre 3

Le professeur Ismaël Bartleboom arrive par hasard à la pension Almayer et décide d'y louer une chambre, celle au fond du couloir, premier étage. Il y découvre un petit garçon assis au bord de la fenêtre et les jambes pendant dans le vide, qui dit appartenir au mobilier. Bartleboom se couche sur le lit et s'endort. Il rêve qu'on lui demande de remplacer la femme-canon du Cirque Bosendorf. Arrivé sur la piste, il reconnait Adélaïde, femme exquise aux mœurs légères et tante décédée de Bartleboom, qui embrasse un pirate, puis une femme identique à elle et enfin la statue de bois d'un saint. Ce saint se rue sur Bartleboom en criant quelque chose qui soulève l'indignation du public. Bartleboom se sauve, refusant les vingt-huit sous négociés comme compensation avec le directeur du cirque. Lorsqu'il se réveille, le petit garçon de la fenêtre le questionne sur le cirque de Bosendorf. Le soir venu, Bartleboom écrit une lettre à son âme-sœur. Chaque jour ou presque, il lui écrit une lettre, même s'il ne l'a pas encore rencontrée et le jour où cela arrivera, il lui donnera la boîte en acajou dans laquelle il garde les lettres et pour toujours elle l'aimera.

Chapitre 4

Le baron de Carewall demande au Père Pluche de trouver une façon de guérir sa fille Elisewin. Celui-ci fait appel au docteur Atterdel, en lui envoyant une lettre d'invitation écrite en vers. Le docteur pose une série de question à Elisewin, puis détermine que la seule chose qui puisse la guérir est la mer. Soit elle en mourra, soit elle guérira pour de bon.

Chapitre 5

Bartleboom se rend au bord de la mer pour observer la marée. Il essaie de saisir l'instant où la mer finit, c'est-à-dire le moment où la marée atteint sa hauteur maximale. Une femme dans un élégant manteau violet, Ann Dévéria, vient le rejoindre pour lui demander ce qu'il fait. Il lui répond brièvement, puis ils vont prendre un thé ensemble. Il lui parle de son encyclopédie des limites observables dans la nature, avec un supplément consacré aux limites des facultés humaines. Selon lui tout a une fin dans la nature. Dévéria lui avoue être à Almayer pour guérir de l'adultère.

Citations[modifier | modifier le code]

« S'il y a, dans le monde, un endroit où tu peux penser que tu n'es rien, c'est cet endroit, c'est ici. Ce n'est plus la terre, et ce n'est pas encore la mer. Ce n'est pas une vie fausse, et ce n'est pas une vie vraie. C'est du temps. Du temps qui passe. Rien d'autre. »

« C'était comme une maladie, mais ça n'était pas une maladie, c'était quelque chose de moins, s'il avait un nom pour ça il serait très léger, le temps de le dire et il a disparu. »

« Écrire à quelqu'un est la seule manière d'attendre sans se faire de mal »

« Comment faut-il faire ? Comment lui diras-tu, à cette femme-là, ce que tu dois lui dire, avec ses mains sur toi et sa peau, sa peau, lui parler de mort, à elle, tu ne peux pas, une petite fille comme elle, comment le lui dire, ce qu'elle sait déjà et qu'il faudra bien pourtant qu'elle écoute, ces paroles, les unes après les autres, même si tu les sais déjà tu dois les écouter, tôt ou tard il faut que quelqu'un les dise et que toi tu les écoutes, qu'elle les écoute, cette petite fille qui dit “Tu as des yeux que je ne t'ai jamais vus.” Et puis “Si seulement tu voulais, tu pourrais être sauvé.” Comment le lui dire, à cette femme, que tu voudrais bien, être sauvé, et plus encore la sauver, elle, avec toi, et ne plus faire que ça, la sauver, et te sauver toi aussi, la vie entière, mais ce n'est pas possible, chacun a son voyage et doit le faire, et dans les bras d'une femme les chemins qu'on finit par prendre sont biscornus, tu ne les comprends pas toi-même, et au moment où il faudrait tu ne peux pas les raconter, tu n'as pas les mots pour le faire, des mots qui sonnent bien, là, entre ces baisers, sur cette peau, des mots justes il n'y en a pas, tu as beau chercher dans tout ce que tu es et tout ce que tu as ressenti, tu ne les trouves pas, ils n'ont jamais la bonne musique, c'est la musique qui leur manque, là, entre ces baisers, et sur cette peau, c'est une histoire de musique. Alors tu parles, tu dis quelque chose, mais c'est misérable. »