Obstruction parlementaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Obstruction.

L'obstruction parlementaire (parfois connue sous son nom américain filibuster), est une technique parlementaire visant à retarder le plus possible l'adoption d'une loi à l'aide des moyens réglementaires de la chambre. C'est aussi une tactique dilatoire qui consiste à prononcer délibérément d'interminables discours pour faire obstruction à un débat.

Origine[modifier | modifier le code]

Technique déjà utilisée au Sénat dans la Rome républicaine antique, la technique moderne trouve son origine aux États-Unis, au Sénat. En effet, en 1953 le sénateur Wayne Morse tenta d'empêcher l'adoption d'une loi pétrolière par un interminable discours de 22 heures et 26 minutes. La technique utilisée à l'époque était la lecture de l'annuaire téléphonique (le speaker du sénat américain ne pouvant interrompre un sénateur durant un discours). Cette technique est illustrée au cinéma par le film Mr. Smith au Sénat.

En France[modifier | modifier le code]

La technique généralement employée est celle de la « bataille d'amendements », qui consiste à déposer un nombre extrêmement important d'amendements presque semblables et à exiger la discussion de chacun d'entre eux devant le Parlement. L'objectif de l'opposition est généralement de forcer le Premier ministre à intervenir en utilisant l'article 49, alinéa 3, généralement impopulaire jusque dans les rangs de la majorité, les députés, quels qu'ils soient, tenant aux prérogatives du Parlement.

En février 2003, l'opposition de gauche et l’UDF avaient déposé 13 000 amendements pour tenter de contrer la réforme des modes de scrutin régional et européen[1].

En juin 2003, lors du débat sur le financement des retraites, le groupe communiste a déposé plus de 6 000 amendements en commission des lois[2].

Le record absolu est detenu à l'été 2006 par les socialistes et les communistes contre le projet de loi relatif au secteur de l'énergie, en déposant 137 537 amendements[3] (dont 43 725 pour le Parti socialiste et 93 676 pour le Parti communiste), soit six fois le nombre d'amendements traités chaque année[4]. Selon le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, il faudrait plus de 500 jours à l'Assemblée en siégeant 24 heures sur 24 pour tous les examiner. D'après la chaîne d'information i-Télé[5], le coût de la duplication de ces propositions d'amendements (afin que chaque député présent puisse avoir une copie de chaque amendement) s'élèverait à environ 500 000 euros et représenterait quatre fois la hauteur de la tour Eiffel. Pour obtenir autant d'amendements sans doublon, l'opposition parlementaire (PS et le PCF) a généré automatiquement certains de ces amendements par des moyens informatiques[6].

Le tableau ci-dessous illustre l'évolution de l'utilisation des amendements durant la Cinquième République.

Législature Majorité Amendements[7] Moyenne mensuelle[8]
1959-1962 Droite 4 564 130,4
1962-1967 Droite 7 791 152,8
1967-1968 Droite 1 143 81,6
1968-1973 Droite 10 583 192,4
1973-1978 Droite 13 753 233,1
1978-1981 Droite 9 406 241,8
1981-1986 Gauche 38 997 684,2
1986-1988 Droite 11 509 426,3
1988-1993 Gauche 34 091 608,8
1993-1997 Droite 43 437 905,0
1997-2002 Gauche 50 957 863,7
2002-2007 Droite 212 449[9] 4 249,0[9]

Une autre technique est de demander de nombreuses suspensions de séance pour ralentir l'adoption du texte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Débat au Sénat du 4 mars 2003.
  2. Bernard Accoyer : « Un amendement pour les plus de 50 ans dans le débat sur les retraites », La Tribune, 6 juin 2003.
  3. Chiffre du 6 septembre 2006 à 12 h 00.
  4. « GDF-Suez : la gauche a déposé 90 000 amendements », Le Nouvel Observateur, 29 août 2006.
  5. Journal de la mi-journée, 6 septembre 2006
  6. De l'utilité de la bureautique dans le débat parlementaire ; Management du SI - La chronique de Bertrand Lemaire ; 8 septembre 2006 ; Le Monde informatique
  7. Nombre total d'amendements déposés durant la législature ; source : Le Figaro ; L'évolution du nombre d'amendements depuis 1959 ; 6 septembre 2006 ; (article en ligne)
  8. Approximation au nombre de mois entiers
  9. a et b Chiffre au 6 septembre 2006, tenant compte de des débats sur le projet de loi relatif au secteur de l'énergie

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]