Observatoire syrien des droits de l'homme

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L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) est un organisme d'information qui a été principalement repris dans les médias occidentaux lors de la guerre civile syrienne.

La neutralité et la fiabilité de cet organisme sont contestés par des journalistes, chercheurs et diplomates[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Créé en 2006[2],[3], l'OSDH est dirigé par Rami Abdel Rahmane, de son vrai nom Oussama Ali Suleiman[4],[3]. Né à Baniyas en Syrie, présenté comme musulman ou laïc selon les sources[5],[3], il étudie le marketing dans une école technique[6], puis fait trois courts passages dans les prisons syriennes pour son activisme, ses sympathies de gauche et ses liens avec Amnesty International. Il écrivait en effet des pamphlets en secret[6]. Après l'arrestation de deux de ses associés en 2000[6], il fuit la Syrie pour s'installer à Coventry en Grande-Bretagne, où il tient la caisse d'un magasin de vêtements[7],[3]. Il lance l'OSDH « avec l'ambition de dépolitiser un secteur trop souvent lié, selon lui, aux formations islamistes ou gauchistes »[3] et pour mettre en évidence le sort des militants arrêtés à l'intérieur de la Syrie[6].

Seul militant du réseau à l'étranger, il revendique environ 200 contacts[2], issus de son réseau politique de jeunesse[6], « pour la plupart des docteurs, des professeurs, des ingénieurs » qui ne sont pas engagés politiquement d'après Moussab Azzawi, ancien représentant de l'OSDH[8]. Hivin Kako, membre de l'organisation, affirme également qu'ils sont tous bénévoles[4]. Selon les dires de Rami Abdel Rahmane, les militants de l'OSDH ne se connaissent pas entre eux et sont en contact anonyme par Internet. Quatre hommes résidant en Syrie aident Rami Abdel Rahmane à collecter les informations de ces contacts, tandis qu'un cinquième traduit les informations en anglais pour la page Facebook de l'organisation[6].

Amnesty International maintient des liens réguliers avec Rami Abdel Rahmane depuis 2006[4]. En novembre 2011, celui-ci est reçu par le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague avec d'autres opposants syriens[9]. L'Union européenne finance les activités de l'OSDH à partir du début de l'année 2013[3]. Un pays européen à l'identité inconnue finance également l'organisation[6].

Cet organisme est la source la plus importante utilisée par les principaux médias occidentaux pour la guerre civile syrienne depuis l'expulsion des journalistes étrangers[10], mais aussi par l'ONU jusqu'au début de l'année 2012[11], alors que d'autres ONG syriennes délivrent elles aussi des bilans quotidiens de victimes[12].

Controverses[modifier | modifier le code]

Qualité de l'information[modifier | modifier le code]

Critiques d'ordre général[modifier | modifier le code]

La quasi-exclusivité des sources d'informations sur la Syrie rendant souvent impossible leur vérification, les doutes entretenus par l'agence officielle syrienne Sana, et pour finir la méfiance des médias occidentaux envers cette dernière, rendent parfois difficile l'évaluation de la qualité des nouvelles diffusées par l'OSDH[13]. Ainsi, de nombreuses nouvelles sont invérifiables sur le court terme[14]. Moussab Azzawi, ancien coordinateur de l'OSDH, affirme qu'il n'est pas journaliste et ne devrait pas remplir le travail des médias[15].

Parmi les détracteurs de l'OSDH, on trouve notamment le site Infosyrie[13]. Ce dernier a été créé par Frédéric Chatillon (proche du Front national) via son agence de communication Riwal, qui est par ailleurs prestataire du gouvernement de Bachar el-Assad (elle a notamment édité le site du ministère du Tourisme syrien)[16].

Par ailleurs, les bilans chiffrés de l'OSDH sont parfois remis en cause[17],[18], notamment par les militants révolutionnaires des Comités locaux de coordination qui les jugent trop modérés[3]. Ils sont également lacunaires : l'OSDH, bien qu'il mentionne les morts parmi les rangs du régime[3], n'est en effet « pas parvenu à déterminer le nombre exact de victimes chez les chabihas (miliciens) du régime » et « ne recense pas non plus les personnes soupçonnées par les rebelles de collaborer avec les services secrets syriens, qui ont été exécutées »[12] ; il ne comptabilise pas non plus les morts des forces étrangères comme le Hezbollah[19].

Rami Abdel Rahmane assure de son côté que les informations de l'OSDH sont vérifiées et recoupées[5], ce que confirme Jean-Louis Doublet, rédacteur en chef du bureau du Moyen-Orient de l'AFP, qui dit accorder autant de crédit à l'OSDH qu'aux associations de défense des droits de l'homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch. Gilles Paris, chef du service international du Monde, estime quant à lui que les chiffres donnés par l'OSDH « sont le plus souvent en convergence avec les décomptes de l'ONU »[18]. Neil Sammonds, chercheur au Moyen-Orient pour Amnesty International, affirme : « En règle générale, les informations sur les meurtres de civils sont très bonnes, certainement parmi les meilleures, y compris les détails sur les conditions dans lesquelles les gens sont censés avoir été tués »[6]. Les sources citées par l'organisme sont souvent l'AFP (qu'il alimente lui-même) et des coordinations internes (groupes de Syriens contestataires)[20].

Selon le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, l'organisation ne serait composée que de deux personnes, Rami Abdel Rahmane et son secrétaire-interprète. De plus, Rami Abdel Rahmane n'aurait pas de « formation journalistique ou juridique ni même d'instruction secondaire »[21].

Critiques d'informations rapportées par l'OSDH[modifier | modifier le code]

À l'été 2011, le politologue belge Pierre Piccinin da Prata estime que l'OSDH a multiplié par cent le nombre des manifestants anti-Assad, à Hama en juillet[22].

À l'automne 2011, l'OSDH a contribué à relayer la fausse information sur la mort de la jeune Syrienne Zainab al-Hosni, devenue martyre de la répression avant de réapparaître[10].

En mai 2012, son bilan de 114 morts pour le massacre de Houla est validé par une enquête de l'ONU[3].

En janvier 2013, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme annonce une estimation de plus de 60 000 morts en Syrie lors de la guerre civile, fondée sur sept sources différentes et nettement supérieure à celle de l'OSDH (45 000). Cette publication suscite l'indignation de Rami Abdel Rahmane qui dénonce un rapport « politique » et rétorque : « Si nous possédions une véritable équipe d'enquêteurs sur le terrain, capables de se déplacer dans tout le pays, ils pourraient découvrir un bilan de plus de 100 000 victimes »[12].

En février 2013, alors qu'on annonce dans la presse que les combats ayant lieu du côté syrien de la frontière syro-libanaise ont fait trois morts au sein de l'organisation libanaise du Hezbollah[23],[24], Rami Abdel Rahmane affirme : « il ne s'agit pas de combattants du Hezbollah » ; et ajoute : « en dépit de nombreuses rumeurs autour de la présence en Syrie de combattants du Hezbollah, nous n'avons recueilli pour l'heure aucune preuve tangible en deux ans de conflit », précisant malgré tout que le Hezbollah contribue, avec l'Iran, à entraîner les forces armées syriennes[25]. Mais en mai 2013, l'OSDH revient sur sa position et affirme que le mouvement a perdu 104 combattants en huit mois dans la guerre en Syrie, alors qu'une source proche de celui-ci avait comptabilisé 75 morts durant la même période[26].

En mai 2013, l'OSDH produit une estimation globale de plus de 94 000 morts en Syrie[27], dont 68 000 du côté de la seule opposition : cette dernière estimation est proche de celle du Centre de documentation des violations (réseau de militants antirégime), qui comptabilise environ 61 000 morts[19]. Cependant, l'universitaire Thomas Pierret produit de son côté une estimation de 120 000 morts à cette date et juge que l'OSDH surestime le nombre de victimes alaouites[28].

Liens et financement[modifier | modifier le code]

Si Rami Abdel Rahmane se défend d'appartenir aux Frères musulmans ou au parti communiste et se dit proche de militants syriens comme Michel Kilo[17], Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), estime que l'OSDH « est un instrument de propagande favorable aux Frères musulmans » alors que « personne ne questionne les sources de l’OSDH, sa façon de rapporter les faits », et que « les pertes de l’armée syrienne sont gonflées » par l'organisme[7]. Selon lui, l'OSDH serait également soutenu par Al Jazeera sur le plan logistique[18].

Pour Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE et expert du monde arabo-musulman, l'OSDH fonctionne sur fonds saoudiens et qataris, « est en fait une émanation de l’Association des Frères Musulmans et il est dirigé par des militants islamistes dont certains ont autrefois été condamnés pour activisme violent »[29]. Rami Abdel Rahmane et Moussab Azzawi contestent l'existence de financements du Golfe ; le premier affirme même avoir refusé des sources de financement d'origines arabe, américaine et libanaise[4].

Le Monde indique par ailleurs : « Sous la pression des autorités, qui ont placardé un immense poster à la gloire de Bachar el-Assad sur la maison de sa famille, à Baniyas, [la] propre mère [de Rami Abdel Rahmane] en vient à le traiter d'agent de l'étranger »[3].

Conflit avec Moussab Azzawi[modifier | modifier le code]

Moussab Azzawi, ancien coordonnateur de la section internationale de l'OSDH[30], finit par quitter l'organisation et gérer un site concurrent portant le même nom à la fin de l'année 2011. Il attaque alors Rami Abdel Rahmane sur de nombreux points : en effet, il lui reproche d'utiliser un faux nom, d'usurper le site de l'OSDH, d'être incapable de communiquer professionnellement en anglais, d'avoir un niveau d'instruction très modeste, d'avoir pour première compétence d'installer des antennes satellites, de vouloir s'assurer un poste ministériel dans un gouvernement de transition, d'être un membre du Comité national de coordination des forces de changement démocratique en Syrie (CNCD), et évoque de possibles liens entre son ex-collègue et les services de renseignement syriens ainsi que Rifaat el-Assad. Mis à part la première attaque, Rami Abdel Rahmane nie en bloc et affirme être la seule personne à pouvoir parler au nom de l'OSDH[4],[15].

Rami Abdel Rahmane estime que la campagne menée contre lui a commencé après sa rencontre en novembre 2011 avec Haytham Manna, représentant du Comité national de coordination des forces de changement démocratique en Syrie (un groupe syrien d'opposition concurrent au Conseil national syrien), mais nie qu'elle provienne du CNS ou des Frères musulmans. Haytham Manna soutient Rami Abdel Rahmane et pense que la tentative de le discréditer vient de son insistance pour la précision[4].

Rami Abdel Rahmane et Moussab Azzawi s'opposent également sur la politique à mener dans le cadre de la guerre civile syrienne. Alors que le premier s'est dit opposé dans le journal libanais Al-Akhbar à une intervention de l'OTAN en Syrie comme elle avait eu lieu en Libye, assurant qu'il voulait la démocratie et non la destruction de son pays (et suivi en cela par sa collègue de l'OSDH Hivin Kako), le second a prôné une intervention internationale sur le modèle de la Libye en novembre 2011 sur CNN[4]. C'est d'ailleurs après cette intervention et avoir prétendu être un porte-parole de l'OSDH qu'Azzawi a été licencié[11]. Le Monde invoque ce désaccord politique pour expliquer le départ d'Azzawi[3].

Les deux sites donnent des statistiques différentes concernant les victimes de la guerre civile syrienne : ainsi, en février 2012, le site original signale 5100 morts civils et 2000 victimes militaires, contre respectivement 6500 et 600 pour le site rival[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) est une association britannique dont la neutralité, la probité et la fiabilité sont contestées par des journalistes, chercheurs et diplomates pour les raisons suivantes :
    • L'OSDH n'est formé que de deux personnes basées à Coventry (Royaume-Uni) dont Oussama Ali Suleiman sous le pseudonyme de Rami Abdel Rahmane qui dit recevoir ses informations par téléphone de gens en Syrie Reuters, 8 décembre 2011, Ria Novosti, 25 février 2012
    • Les affirmations de l'OSDH sont invérifiables à court terme. L'Orient le jour, 8 février 2012
    • L'OSDH a annoncé la mort de la jeune Syrienne Zainab al-Hosni, présentée comme martyre de la répression avant de réapparaître Le Point
    • L'OSDH est qualifié d'"instrument de propagande" par Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo) La Croix, 24 juin 2012
    • Selon Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE et expert du monde arabo-musulman, l'OSDH est " une émanation de l’Association des Frères Musulmans et il est dirigé par des militants islamistes" Marianne, 20 juillet 2012
    • Pour Bassam Tahhan, chercheur et professeur arabisant d'origine syrienne, l'OSDH est "aidé par les services secrets britanniques" et très peu fiable. France Info, 6 août 2012
  2. a et b Rami Abdel Rahmane, la voix des manifestants, La Libre, 2 août 2011
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Le comptable de l'hécatombe syrienne, Le Monde, 15 mars 2013
  4. a, b, c, d, e, f et g (en)The Syrian Observatory: The Inside Story, Al-Akhbar, 26 janvier 2012
  5. a et b (en)Coventry - an unlikely home to prominent Syria activist, Reuters, 8 décembre 2011
  6. a, b, c, d, e, f, g et h (en)A Very Busy Man Behind the Syrian Civil War’s Casualty Count, The New York Times, 9 avril 2013
  7. a et b Syrie, guerre civile et guerre des mots, La Croix, 24 juin 2012
  8. Entretien avec Moussab Azzawi sur la situation en Syrie, JOL Press, 17 novembre 2011
  9. Syrie: la Grande-Bretagne veut intensifier la pression sur Bachar el-Assad, Radio France International, 21 novembre 2011
  10. a et b Syrie : l'embarrassante résurrection d'une martyre de la révolution, Le Point, 7 octobre 2011
  11. a, b et c (en)Deaths in Syria: Counting them (politically) correctly, Russia Today, 9 février 2012
  12. a, b et c Syrie : nos informations sont-elles fiables ?, Le Point, 4 janvier 2013
  13. a et b Faut-il douter des chiffres de la révolte syrienne ?, Le Monde, 4 août 2011
  14. « Il n'était pas possible de vérifier dans l'immédiat ces informations sur le terrain en raison des fortes restrictions imposées au déplacement des journalistes étrangers en Syrie. » - « Syrie: trois familles entières tuées à Homs », L'Orient le jour, 8 février 2012
  15. a et b (en)UK activist lifting the lid on secret Syria, BBC News, 18 février 2012
  16. Pierre Marissal, Syrie : l'extrême droite française en campagne pour Assad, L'Humanité, 5 mars 2012
  17. a et b Syrie : les stratégies des ONG contre la censure, Le Figaro, 19 août 2011
  18. a, b et c Syrie : la guerre des sources, Arrêts sur images, 27 juin 2012
  19. a et b Ce que révèle le décompte sinistre des morts syriens, Le Monde, 30 mai 2013
  20. Syrie - Le mystère de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, sur fond de huis clos, Le Soir, 29 juillet 2011
  21. Syrie: les médias occidentaux mal informés (Moscou), RIA Novosti, 25 février 2012
  22. (en)Pierre Piccinin da Prata, The Hama Affair, CounterPunch, 4 août 2011
  23. http://www.courrierinternational.com/breve/2013/02/18/trois-combattans-du-hezbollah-tues-en-syrie, Le Courrier international d'après An-Nahar, 18 février 2013
  24. En Syrie, les insurgés combattent contre le Hezbollah, 18 février 2013
  25. Syrie : ces étrangers qui soutiennent Bachar el-Assad, Le Point, 19 février 2013
  26. Syrie : 75 membres du Hezbollah libanais tués, Le Monde, 23 mai 2013
  27. Le flux des réfugiés syriens atteint plus de 1,5 million, Le Monde, 17 mai 2013
  28. (en)Syrian Observatory probably overestimated Alawite casualties, blog Mediapart de Thomas Pierret, 16 mai 2013
  29. Syrie: les dangers de l'après Bashar El-Assad, Marianne, 20 juillet 2012
  30. En Syrie, le CNS demande aux représentants de la Ligue arabe de se rendre à Homs, Radio France International, 26 décembre 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]