Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten

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Commandement suprême de toutes les forces allemandes de l'Est
Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten

1914 – 1918

Drapeau
Drapeau de l'Empire allemand
Blason
Armoiries de l'Empire allemand
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Territoires sous contrôle de l'Ober Ost entre 1915 et début 1918.

Informations générales
Statut Gouvernement militaire d'occupation
Capitale Kaunas
Langue Allemand
Monnaie Mark de l'Ober Ost
Démographie
Population 1916 2 909 935 hab.
Densité 1916 26 hab/km²
Superficie
Superficie 1916 108 808 km²
Histoire et événements
1914 Constitution
3 mars 1918 Traité de Brest-Litovsk
11 novembre 1918 Capitulation allemande
Commandant suprême
1914-1916 Paul von Hindenburg
1916-1918 Léopold de Bavière

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L'Ober Ost, abréviation de l'allemand Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten (signifiant Commandant suprême de toutes les forces allemandes de l'Est), est un terme allemand utilisé durant la Première Guerre mondiale. Dans la pratique, en plus de la personne responsable de son administration, ce titre désigne les personnels du haut-commandement de l'autorité militaire d'occupation de l'armée allemande chargée d'administrer une partie des territoires de l'Empire russe capturés lors sur le front de l'Est, entre le 6 juin 1914 et le 26 décembre 1918, ainsi que ces territoires eux-mêmes.

Historique[modifier | modifier le code]

Conquête des territoires[modifier | modifier le code]

Les troupes allemandes sont parvenues, à l'été 1915, à repousser les armées russes hors de Pologne, de presque toute la Courlande et de la Lituanie. Pendant que les Austro-Hongrois installent en Pologne un gouvernement à Lublin, les Allemands font de même à Varsovie.

L'administration des territoires nouvellement conquis, représentant un patchwork d'ethnies et de religions et une population s'élevant à environ trois millions de personnes, s'avère difficile. Mais côté allemand, il existait déjà pratiquement un plan pour gérer ce cas de figure. Il s'agissait de préparer l'avenir pour la constitution de la Mitteleuropa, à la fois cordon sanitaire de pays-tampons protégeant l'Allemagne de son voisin russe mais également sphère d'influence visant à la constitution après guerre d'une série d'États satellites soumis à l'Empire allemand. Pour arriver à cette fin, tous les territoires conquis à l'est sont mis sous l'autorité militaire de l'Ober Ost, chargé de gérer ces territoires et de préparer leur intégration après guerre dans l'Empire allemand.

Dirigeants[modifier | modifier le code]

Léopold de Bavière, en 1917.

À sa création en novembre 1914, l'Ober Ost avait à sa tête le héros militaire prussien Paul von Hindenburg, vainqueur de Tannenberg, assisté d'Erich Ludendorff comme chef d'État-Major. Lorsque le Chef de l'État-major général allemand Erich von Falkenhayn est remercié en 1916 (après l'échec de la bataille de Verdun), von Hindenburg et Ludendorff partent le remplacer à l'Oberste Heeresleitung, ce qui amène le prince Léopold de Bavière aux commandes de l'Ober Ost, le 29 août 1916. ce dernier signe le traité de Brest-Litovsk et conserve son commandement jusqu'à l'armistice de novembre 1918,.

Zones contrôlées[modifier | modifier le code]

Avant le traité de Brest-Litovsk, l'Ober Ost contrôlait les territoires de la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, les districts occidentaux de la Biélorussie, une partie de la Pologne (dont les districts de Augustów et de Suwałki) ainsi que la Courlande, tous constituant d'anciens territoires de l'Empire russe.

La ligne de front étant relativement stable tout au long de la guerre, les territoires sous l'autorité de l'Ober Ost resteront alors sensiblement les mêmes jusqu'à l'été 1918. Lors des combats d'alors, l'Ober Ost admet alors sous son contrôle successivement les gouvernements de Livlande (Lettonie et sud de l'Estonie) puis le nord de l'Estonie.

Politique d'occupation[modifier | modifier le code]

Structure de l'administration[modifier | modifier le code]

Lors de la création de l'Ober Ost en 1915, Erich Ludendorff, commandant en second avec von Hindenburg, met immédiatement en place un système à même de gérer les immenses territoires sous sa juridiction. Et bien que von Hindenburg en soit théoriquement aux commandes, Ludendorff avait en réalité la main sur l'administration. L'équipe de direction était composée de dix membres, chacun ayant son propre domaine de spécialisation (finance, agriculture, etc.).

Le siège de l'administration constitué dans l'immense majorité de militaires se situait à Kaunas[1]. L'administration militaire poursuivait une stratégie organisée selon trois axes. Tout d'abord, il s'agissait d'imposer aux territoires les mêmes règles et le même ordre que pour le reste des territoires allemands. Ensuite, il fallait pour Ludendorff pouvoir les exploiter en intégralité. Enfin, l'État militaire allemand souhaitait obtenir la pleine possession des terres.

Un ordre du commandement général dissout l'Ober Ost immédiatement après l'adjonction des territoires baltes de l'été 1918, remplacé par deux États indépendants, quoique sous contrôle allemand.

Organisation territoriale[modifier | modifier le code]

Zone d'occupation par les puissances centrales après le traité de Brest-Litovsk.

Lorsque le premier ordre relatif à l'administration des territoires occupés à l'Est fut publié début 1916, l'Ober Ost se trouve divisé en six régions administratives ou Bezirke (Białystok, Grodno, Courlande, Wilnau, Lituanie et Suwałki), ne prenant en compte ni les divisions territoriales préexistantes ni de la répartition des minorités ethniques. Le caractère militaire de son organisation y était extrêmement prégnant, ce qu'illustre par exemple l'utilisation de l'appellation Militärstaat Ober Ost dans les documents administratifs, ou encore le fait que l'ensemble de ses employés faisait partie de l'armée.

En septembre 1916, les districts de Suwałki et de Wilno sont regroupés en un éphémère district de Wilno-Suwałki, et en novembre ceux de Białystok et Grodno en un district de Białystok-Grodno. En mars 1917, le district de Wilno-Suwałki est rattaché à celui de Lituanie, dont le centre administratif se trouve désormais à Wilnau (Kaunas auparavant). À ce moment, les 108 808 km² que représentent ces territoires sont regroupés en trois districts (Białystok-Grodno, Courlande, Lituanie) pour une population d'environ trois millions de personnes. Le tableau ci-dessous présente les résultats du recensement de fin 1916, publié en 1917 lorsque l'Ober Ost comptait trois districts :

Bezirke de l'Ober Ost en 1917[2]
District Superficie (en km²) Population Densité (en hab./km²)
Białystok-Grodno 26 394 712 000 14
Courlande 19 139 269 812 31
Lituanie 63 275 1 928 123 28
Total 108 808 2 909 935 27

Entre 1917 et 1918, ces districts étaient subdivisés en cantons (Kreise, ou apskritis pour le district de Lituanie). Attention, il s'agit de cantons au sens d'une communauté de communes et non d'un canton à la française ou à la suisse.

Kreise de l'Ober Ost en 1917-1918[3]
Kreis Dénomination lituanienne Chef-lieu (en allemand) District
Kreis d'Hasenpot Apskritis d'Aizpute Hasenpot District de Courlande
Kreis d'Okmjany Apskritis d'Akmenė Okmjany District de Lituanie
Kreis d'Alekszyce Apskritis d'Alekšicės Alekszyce District de Białystok-Grodno
Kreis d'Olita Apskritis d'Alytus Olita District de Lituanie
Kreis d'Augustow Apskritis d'Augustavo Augustow District de Lituanie
Kreis de Białystok-campagne Apskritis de Balstogės Białystok District de Białystok-Grodno
Kreis de Białystok-ville Balstogės-ville Białystok District de Białystok-Grodno
Kreis de Bauske Apskritis de Bauskė Bauske District de Courlande
Kreis de Bielsk Apskritis de Bielskas Bielsk District de Białystok-Grodno
Kreis de Birshi Apskritis de Biržai Birshi District de Lituanie
Kreis de Doblen Apskritis de Duobelė Doblen District de Courlande
Kreis de Grodno-campagne Apskritis de Gardino Grodno[4] District de Białystok-Grodno
Kreis de Grodno-ville Gardino-ville Grodno
Kreis de Grobin Apskritis de Gruobinia Grobin District de Courlande
Kreis de Johanischkele Apskritis de Joniškėlis Joniškėlis District de Lituanie
Kreis de Koschdary Apskritis de Kaišiadorys Kaišiadorys District de Lituanie
Kreis de Kovno-campagne Apskritis de Kaunas Kovno District de Lituanie
Kreis de Kovno-ville Kaunas-ville Kovno District de Lituanie
Kreis de Kiejdany Apskritis de Kėdainiai Kiejdany District de Lituanie
Kreis de Russisch-Krottingen Apskritis de Kretinga Russisch-Krottingen District de Lituanie
Kreis de Goldingen Apskritis de Kuldyga Goldingen District de Courlande
Kreis de Kupzischki Apskritis de Kupiškis Kupzischki District de Lituanie
Kreis de Kursany Apskritis de Kuršėnai Kursany District de Lituanie
Kreis de Libau-ville Liepoja-ville Libau District de Courlande
Kreis de Lida-ville Lyda-ville Lida District de Białystok-Grodno
Kreis de Mariampol Apskritis de Marijampolė Mariampol District de Lituanie
Kreis de Mitau-campagne Apskritis de Mintauja Mitau District de Courlande
Kreis de Maljaty Apskritis de Molėtai Maljaty District de Lituanie
Kreis de Wladislawow Apskritis de Naumiestis Wladislawow District de Lituanie
Kreis de Podbrodzie Apskritis de Pabradė Podbrodzie District de Lituanie
Kreis de Pojurze Apskritis de Pajūris Pojurze District de Lituanie
Kreis de Poniewiez Apskritis de Panevėžys Poniewiez District de Lituanie
Kreis de Planty Apskritis de Plenta Planty District de Białystok-Grodno
Kreis de Rossienie Apskritis de Raseiniai Rossienie District de Lituanie
Kreis de l'Est (Osten Kreis) Zdienciol District de Białystok-Grodno
Kreis de Radun Apskritis de Rodūnia Radun District de Białystok-Grodno
Kreis de Rakischki Apskritis de Rokiškis Rakischki District de Lituanie
Kreis de Saldugischki Apskritis de Saldutiškis Saldugischki District de Lituanie
Kreis de Siady Apskritis de Seda Siady District de Lituanie
Kreis de Sejny Apskritis de Seinai Sejny District de Lituanie
Kreis de Skaudwile Apskritis de Skaudvilė Skaudwile District de Lituanie
Kreis de Sokolka Apskritis de Sokulka Sokolka District de Białystok-Grodno
Kreis de Suwalken Apskritis de Suvalkai Suwalken District de Lituanie
Kreis de Swislocz Apskritis de Svisločius Swislocz District de Białystok-Grodno
Kreis de Schaulen Apskritis de Šiauliai Schaulen District de Lituanie
Kreis de Schirwinty Apskritis de Širvintos Schirwinty District de Lituanie
Kreis de Talsen Apskritis de Talsai Talsen District de Courlande
Kreis de Telsze Apskritis de Telšiai Telsze District de Lituanie
Kreis de Tuckum Apskritis de Tukumas Tuckum District de Courlande
Kreis d'Uzjany Apskritis d'Utena Uzjany District de Lituanie
Kreis de Wolkowysk Apskritis de Valkaviskas Wolkowysk District de Białystok-Grodno
Kreis de Windau Apskritis de Ventspilis Windau District de Courlande
Kreis de Wiezajcie Apskritis de Vėžaičiai Wiezajcie District de Lituanie
Kreis de Wylkowyschki Apskritis de Vilkaviškis Wylkowyschki District de Lituanie
Kreis de Wilkomierz Apskritis de Vilkmergė Wilkomierz District de Lituanie
Kreis de Wilnau-campagne Apskritis de Vilnius Wilnau District de Lituanie
Kreis de Wilnau-ville Vilnius-ville Wilnau District de Lituanie
Kreis de Wasilischky Apskritis de Vosyliškies Wasilischky District de Białystok-Grodno

D'autres apskritis lituaniens avaient existé auparavant, au gré des découpages des districts, durant les périodes suivantes :

Bezirke de l'Ober Ost en 1917[3]
Chef-lieu de l'apskritis Période
Jociai 1915
Jonava 1916–1917
Joniškis 1915–1917
Jurbarkas 1915–1917
Jūžintai 1916–1917
Kalvarija 1915–1917
Kelmė 1915–1917
Merkinė 1915–1917
Plungė 1915
Šiaulėnai 1915
Šilalė 1915
Švėkšna 1915
Tauragė 1918
Varniai 1915


En janvier 1918, les districts polonais d'Augustów et de Suwałki sont à nouveau détachés du district lituanien pour reconstituer un district de Suwałki. Durant l'été, le district de Białystok-Grodno est rattaché au district de Lituanie afin de constituer deux nouvelles circonscriptions, celle de Lituanie du Nord (centra administratif : Vilnius) et celle de Lituanie du Sud (centre : Białystok).

Les combats de l'été 1918 feront entrer dans le giron de l'Ober Ost les territoires des gouvernements russes de Livlande puis d'Estlande. Ces ajouts ont pour effet de réorganiser complètement l'administration des territoires occupés, l'Ober Ost étant dissout et remplacé par deux autres structures, l'une pour la Lituanie (qui déclare son indépendance le 16 février 1918, mais sous contrôle allemand), l'autre prenant le nom de l'éphémère État balte, réunissant temporairement la Courlande, l'Estlande et la Livlande.

Organisation économique[modifier | modifier le code]

L'Ober Ost dirigeait d'une poigne de fer les territoires sous son contrôle, suppléant aux administrations précédemment en place, ces dernières étant extrêmement désorganisées du fait de la guerre. L'administration des forces d'occupation dominait le commerce, l'industrie, les grandes fermes et les finances. Avec l'ordonnance militaire du 7 juin 1916, l'Ober Ost disposait désormais de son autonomie concernant la planification, l'économie, la juridiction, les droits de douane. Il avait dès lors sa propre monnaie, le Mark de l'Ober Ost[5] et son propre système postal (à partir de janvier 1916)[6]. Il sera remplacé en 1918 par l'ostmark (ou Auksinas en Lituanie), dans les pays créés sous autorité allemande.

De fait, elle devint alors rapidement un élément clé de l'économie, apportant les capitaux industriels requis dans la région, et l'autonomie économique qui va avec. Un des principaux objectifs de l'administration de Ludendorff était l'exploitation des ressources - notamment agricoles - de ces territoires, mais également de sa main d'œuvre. Les réquisitions opérées sur les récoltes ou le bétail, tout comme l'enrôlement de force de travailleurs ouvriers étaient monnaie courante[7]. À Kaunas, un des organismes de l'autorité d'occupation devait ainsi s'assurer que dans le Militärstaat Ober Ost, les intérêts de l'armée passent toujours avant les intérêts locaux.

Agriculture[modifier | modifier le code]

Concernant l'agriculture, sans doute le plus grand atout de la région, Ludendorff souhaitait que l'Ober Ost exportât ses surplus vers Berlin. Toutefois, il eut toutes les peines du monde à parvenir à cette fin. En effet, les habitants de la région n'avaient aucun intérêt à travailler en faveur d'une victoire allemande, leur représentation n'étant pas assurée dans le gouvernement de la région, et subissant continuellement les nouvelles réquisitions et autres taxes[8].

Politique des transports[modifier | modifier le code]

Au travers notamment de sa politique des transports, l'administration militaire souhaitait pouvoir contrôler et recenser l'ensemble des flux de personnes et de denrées sur le territoire de l'Ober Ost. Elle sectorisa le territoire dans une optique purement rationnelle, sans prendre en compte les découpages ethniques ou sociaux préexistants. Les Allemands firent construire des voies ferrées - utilisables par eux seuls.

Il était également interdit aux personnes de traverser les limites des subdivisions territoriales ainsi créées ; cette politique causa la ruine de nombreux marchands juifs, privés de gagne-pain ; elle empêchait également que les gens ne puissent rendre visite à leurs connaissances des districts voisins[9].

Ces ambitions étaient si illusoires qu'à la fin du conflit, elles étaient de toute façon vouées à l'échec. Mais cet échec reposait également sur le fait que les forces d'occupations poursuivaient des objectifs contradictoires. Elles visaient à la fois à une sécurité militaire totale au travers de contrôles incessants, tout en essayant de favoriser le dynamisme économique de la région occupée. En fin de compte, aucun de ces buts ne fut atteint de manière satisfaisante.

Communication avec les habitants[modifier | modifier le code]

Comme évoqué plus haut, la région gouvernée par l'Ober Ost était un véritable patchwork de nationalités, de langues et de religions, comme le montre le tableau ci-dessous, présentant les résultats du recensement de la population de 1897 :

Population en 1897 des gouvernements russes occupés par l'Ober Ost en 1915-1917[2]
Nationalité (Recensement de 1897) Courlande (%) Kovno (%) Suwalki (%) Vilnius (%) Grodno (%) Ober Ost (%) Ober Ost total
Lettons 78,9 2,3 0,0 0,0 0,0 10,5 468 946
Lituaniens 1,9 66,1 52,3 27,5 0,3 34,4 1 550 315
Polonais 1,4 9,1 23,0 13,7 13,9 11,8 534 102
Juifs 4,7 13,7 10,1 15,7 17,9 13,5 607 896
Russes 2,6 4,8 4,6 6,6 10,6 6,2 278 235
Blancs-ruthènes 0,1 2,4 4,6 35,8 56,0 20,8 936 067
Allemands 8,9 1,4 5,2 0,4 0,9 2,5 112 986
Autres 0,6 0,2 0,2 0,3 0,4 0,3 15 369
Total 100 100 100 100 100 100 4 504 186

Il y eut de grands problèmes pour l'administration de l'Ober Ost lorsqu'il s'agissait de communiquer avec les habitants des régions occupées. Avec les élites, les soldats arrivaient à se faire comprendre grâce à l'allemand ou au français, et dans les grands villages, les juifs s'exprimaient en allemand ou en yiddish, « que les Allemands comprenaient plus ou moins »[10]. Mais dans les zones rurales et parmi les paysans, les soldats devaient s'appuyer sur des interprètes parlant le letton ou le russe[10]. Ces questions de langues n'étaient pas facilitées par l'extrême dilution de l'administration, confiant la gestion de territoires « vastes comme Rhode Island »[10]3 000 km2 – à seulement une centaine de fonctionnaires. De plus, on s'appuyait à l'époque sur l'Église pour répandre les messages parmi les foules, moyen relativement efficace face à une population parlant une autre langue[10]. Le jeune officier de l'administration qu'était à l'époque Alfred Vagts put ainsi le constater, ayant assisté, avec son interprète, à un service durant lequel le prêtre, dans son sermon, demandait à son auditoire d'éviter les routes principales après la tombée de la nuit, de remettre toutes leurs armes à feu à l'occupant, et de ne rien avoir à faire avec les agents bolcheviques, tout comme Vagts lui avait demandé de faire précédemment.

Germanisation[modifier | modifier le code]

Le plan de Ludendorff consistait à faire de l'Ober Ost un espace colonial destiné à l'installation de ses troupes dès la guerre terminée, ainsi qu'un havre de paix pour les réfugiés allemands qui ne manqueraient alors pas d'arriver depuis le centre de la Russie[8].

Les autorités d'occupation tentèrent également de « civiliser » les populations présentes en les germanisant, c'est-à-dire en insufflant dans les institutions locales les idéaux allemands[9]. L'enseignement dans les écoles était dispensé par des instituteurs allemands, aucune formation n'étant prévue pour les enseignants locaux[8].

Malgré les maigres ressources disponibles en temps de guerre, l'Ober Ost avait ainsi conçu un vaste programme tourné vers la culture, destiné aux populations locales. Mais il s'agissait là de leur inculquer discipline et règles allemandes, et de manipuler certains peuples. Les soldats allemands et leurs officiers organisaient les activités. Les autochtones ne devaient être que les interprètes de ces œuvres allemandes (Deutschen Arbeit), mais ne participaient en aucun cas à leur création, aucune place n'était permise pour la culture locale. La publication des journaux était soumise à une forte censure. La politique de l'éducation, le théâtre et les expositions portant sur l'archéologie, l'histoire ou la religion constituaient dans le domaine le point capital des efforts allemands.

Démembrement[modifier | modifier le code]

Au total, ce ne sont pas moins de douze (seize) États différents qui virent le jour sur les cendres de l'Ober Ost. Trois catégories d'États nouvellement indépendants peuvent alors être distinguées :

  • Les nouveaux États autoproclamés (6) ;
  • Les États créés par l'Allemagne (6) ;
  • Les États créés par la volonté de la Russie bolchevique (4).

Quatre de ces pays n'eurent qu'une existence éphémère. L'État balte eut à peine le temps d'exister avant que les territoires qu'il incluait (Courlande, Estlande et Livlande) ne se reconstituent autrement (Duché balte uni, Duché de Courlande et Sémigalie, Estonie). Trois autres connurent de fait deux fondations successives, la première pilotée par l'Empire allemand, puis une indépendance autoproclamée. Ces tentatives tardives de constitution d'États vassaux constituent les derniers soubresauts destinés à la préservation d'une partie du plan visant à la réalisation de la Mitteleuropa.

Pays issus de la désagrégation de l'Ober Ost[3]
Pays Proclamation d'indépendance Soutien
Pologne
D'abord Royaume de Pologne 5 novembre 1916 Création allemande
Puis Deuxième République de Pologne 6 novembre 1918 Autoproclamée
Lituanie
D'abord Royaume de Lituanie 11 décembre 1917 Sous impulsion et contrôle de l'Allemagne, après la Conférence de Vilnius de septembre 1917
Puis Lituanie 16 février 1918 Autoproclamée d'abord sous occupation allemande
puis 8 novembre 1918 librement, gouvernement formé par Augustinas Voldemaras le 9 novembre 1918
Estonie 24 février 1918 Autoproclamée
Duché de Courlande et Sémigalle 8 mars 1918 Création allemande
Biélorussie
D'abord État libre biélorusse 9 mars 1918 Sous contrôle allemand
Puis République populaire biélorusse 25 mars 1918 Autoproclamée
Gouvernement proto-russe[réf. nécessaire] Novembre 1918 Indépendance autoproclamée
Duché balte uni 5 novembre 1918 Création allemande
Lettonie 18 novembre 1918 Autoproclamée
Commune des travailleurs estoniens 29 novembre 1918 Soutenue par la Russie bolchevique
Gouvernement révolutionnaire temporaire de la Lituanie 8 décembre 1918 Soutenue par la Russie bolchevique
République soviétique de Lettonie 17 décembre 1918 Proclamée par les communistes lettons soutenus par la Russie bolchevique

Les Allemands commencèrent à lâcher prise sur ces territoires entre fin 1918 et début 1919. Le gouvernement militaire fut remplacé par une administration civile le 3 novembre 1918, laquelle fut supprimée le 26 décembre 1918. Toutefois, le retrait des troupes ne fut pas immédiat. Les troupes régulières allemandes refluèrent d'Estonie en 1918, de Lettonie entre 1919 et 1920, et de Lituanie le 16 juin 1919, mais des corps francs germano-baltes se constituaient sur place. Dans le vide qu'ils laissèrent éclata une série de conflits, de nombreuses minorités ethniques (Polonais, Baltes, Ukrainiens) tentant d'imposer leur propre État indépendant, plusieurs visions de l'État en cours de constitution (bolcheviques ou républicains la plupart du temps) venant à s'affronter, ou faisant face au passage des différentes factions parcourant la région lors de la révolution russe. Winston Churchill commenta cet état de fait de la manière suivante : « La guerre des géants étant terminée, celles des Pygmées commencèrent »[11]. Parmi celles-ci et pour plus de détails, voir :

Tentative de mise en parallèle avec la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après l'opération Barbarossa et l'invasion de l'URSS, le Troisième Reich institua le Reichskommissariat Ostland sur approximativement les mêmes territoires tandis qu'une partie de la Pologne occupée est gérée par un Gouvernement Général. La similarité de localisation de ces entités administratives n'est pas sans évoquer également certaines similitudes dans la gestion de ces territoires.

Dans son ouvrage Zone de guerre sur le Front de l'Est : Culture, identité nationale et occupation allemande durant la Première Guerre mondiale[12], l'historien américain Vejas Gabriel Liulevicius a porté son attention sur la guerre à l'Est durant le premier conflit mondial, alors même que l'on considère bien souvent celui-ci comme s'étant principalement déroulé sur le front ouest[13].

Bert Hoppe relève dans sa critique de cet ouvrage que l'auteur « arrive à analyser les origines de la transformation de l'idée que se font les Allemands des pays de l'Est, et à trouver les liens existant entre les propositions faites par les autorités de l'Ober Ost durant l'occupation de ces territoires et celles qu'ont faites par la suite les élites du parti nazi. De cette manière, il parvient à montrer que l'origine des lignes essentielles du Generalplan Ost se trouve dans les expériences acquises par l'Ober Ost durant la Première Guerre mondiale, et amène du même coup dans la discussion l'interrogation la question souvent à peine mentionnée de la responsabilité de l'historien comme capable de "prévoir l'extermination" »[14].

Ainsi, il semblait clair en 1929 à l'écrivain militaire Hans von Seeckt, ancien chef d'état-major général de l'armée allemande, qu'il devenait « nécessaire de coloniser les territoires de l'Est, afin de fournir de la terre et du travail à l'excédent de population ». De même, « grâce aux cités, l'État suivrait l'exemple donné à l'Est par le souverain de Prusse, et devrait également suivre celui de sa colonisation, exempt de tout préjugé ou de tout schéma préétabli »[15].
Un autre général d'après guerre, Rüdiger von der Goltz, suivait von Seeckt sur ce chemin, au cours d'une conférence intitulée « Finlande, campagne dans les Pays baltes et question de l'Est » (Finnland, Baltikumfeldzug und Ostfragen). À Munich, Heinrich Himmler, alors auditeur du cours d'agronomie, note dans son journal, à la date du 21 novembre 1921 : « Je sais aujourd'hui clairement que, si une nouvelle campagne militaire doit être menée à l'Est, j'en serai. L'Est est le plus important pour nous. L'Ouest est en train de mourir rapidement. Nous devons combattre à l'Est et gagner »[16].

Dans une autre critique sur l'ouvrage de Liulevicius, le principal argument soulevé est le fait que « les troupes allemandes développèrent une véritable révulsion envers l'Est, et en vinrent à penser qu'il s'agissait de territoires continuellement en proie au chaos, aux maladies et à la barbarie » plutôt que de se rendre compte qu'elles se trouvaient dans des régions souffrant des affres de la guerre[17]. Il pense également que la rencontre avec l'Est a été de nature à répandre l'idéologie naissante des terres et des races nécessitant d'être nettoyées et purifiées. Bien qu'ayant engrangé de nombreux faits en faveur de sa thèse, y compris des documents officiels, des lettres et des mémoires personnels, tant en allemand qu'en lituanien, certains doutes restent permis. En effet, il ne développe aucun élément relatif à l'accueil par les populations locales de la politique allemande d'occupation[17]. De même, « il ne tente pratiquement pas de mettre en relation la politique et les pratiques d'occupation dans l'Ober Ost lors de cette période de guerre avec celles mises en place dans les territoires d'outre-mer de l'Allemagne coloniale ».

Hitler utilise dans son décret secret du 7 octobre 1939 portant sur la Consolidation du peuple allemand ("Festigung deutschen Volkstums") le terme Ober Ost pour les territoires polonais occupés. Dans le paragraphe II il est ainsi écrit : « Dans les territoires polonais occupés jusque-là, le chef de l'administration de l'Ober-Ost exécute les demandes transmises par le Reichsführer-SS selon ses dispositions. Le chef de l'administration de l'Ober-Ost ainsi que les chefs des administrations des circonscriptions militaires qui lui sont subordonnés prennent en charge leur réalisation »[18]. Le 21 juillet 1940, l'état-major de l'"Ober Ost" se transforme en "Militärbefehlshabers im Generalgouvernement" (MiG)[19].
Le Reichskommissar du Reichskommissariat Ostland Hinrich Lohse fit constituer à son quartier général de Riga des atlas et des tables de données statistiques devant concerner l'Ober Ost. Certains de ses collaborateurs avaient déjà travaillé sur le sujet durant la Première Guerre mondiale ou dans l'immédiat après-guerre, et de fait s'occupèrent d'assurer la continuité de leur travail d'antan[12].

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En allemand :

  • Das Land Ober Ost. Deutsche Arbeit in den Verwaltungsgebieten Kurland, Litauen und Bialystok-Grodno. Hrsgg. im Auftrage des Oberbefehlshabers Ost. Bearbeitet von der Presseabteilung Ober Ost. Stuttgart, Berlin : Deutsche Verlags-Anstalt 1917.
  • Liulevicius, V. G. (2003). Ober Ost. In Hirschfeld, G. (Dir.). (2003). Enzyklopädie Erster Weltkrieg. Zürich. pp.762-763.
  • Strazhas, A. (1993). Deutsche Ostpolitik im Ersten Weltkrieg. Der Fall Ober Ost 1915-1917. Wiesbaden : Harrassowitz Verlag. (ISBN 3-447-03293-6).

En anglais :

  • Stone, N. (1975). The eastern front 1914-1917. New York : Charles Scribner's Sons.

En lituanien :

  • Tarybų Lietuvos enciklopedija (Encyclopédie de la Lituanie soviétique, 1987), tome III (de Masaitis à Simno). Vilnius : Vyriausioji enciklopedijų redakcija.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) German Eastern Front 1915 - 1918, World Statemen
  2. a et b (de) Das deutsche Militärverwaltungsgebiet Ober Ost (Kurland, Litauen, Bialystok-Grodno) 1917
  3. a, b et c (lt) Tarybų Lietuvos enciklopedija, tome 3.
  4. On dit également en allemand Garten.
  5. Alain Van Crugten et Bronislaw Geremak La Pologne au XXe siècle, 2001, (ISBN 2870278616), p. 66
  6. (en) VILNIUS 1914 - 1918
  7. (fr) La mise au travail de main-d’œuvre d’Europe de l’Est, Centre for Historical Research and Documentation on War and Contemporary Society
  8. a, b et c (en) Koehl, Robert Lewis. (Octobre 1953). A Prelude to Hitler's Greater Germany. The American Historical Review, 59. pp.43–65. Consulté le 2 mars 2008
  9. a et b (en) Gettman, Erin. (Juin 2002). The Baltic Region during WWI. Ouvrage en ligne consulté le 2 mars 2008.
  10. a, b, c et d (en) Vagts, Alfred. (Printemps 1943). A memoir of Military Occupation. Military Affairs. 7-1. pp. 16–24. Page consultée le 3 février 2008.
  11. The war of giants has ended, the wars of the pygmies began. In (en) Hyde-Price, A. (2001). Germany and European Order. Manchester : Manchester University Press. (ISBN 0-7190-5428-1). Extrait Google de la page 75.
  12. a et b (en) Liulevicius, V. G. (2000). War Land on the Eastern Front: Culture, National Identity, and German Occupation in World War I. Studies in the Social and Cultural History of Modern Warfare. Cambridge University Press. (ISBN 978-0521661577). Existe également en allemand (de) (2002). Kriegsland im Osten. Eroberung, Kolonisierung und Militärherrschaft im Ersten Weltkrieg 1914-1918. Hambourg : Hamburger Edition. (ISBN 9783930908813).
  13. (en) « Curriculum Vitæ de Vejas Gabriel Liulevicius », sur http://web.utk.edu, Université du Tennessee (consulté le 18 juillet 2009)
  14. (de) Bert Hoppe. Ludendorff und die Deutsche Leitkultur im Ersten Weltkrieg
  15. (de) Generaloberst von Seeckt. (1929). Die Zukunft des Reiches. Urteile und Forderungen. Berlin. p. 30.
  16. « Das weiß ich bestimmter jetzt als je, wenn im Osten wieder ein Feldzug ist, so gehe ich mit. Der Osten ist das Wichtigste für uns. Der Westen stirbt leicht. Im Osten müssen wir kämpfen und siedeln ». In (de) Josef Ackermann. (1970). Heinrich Himmler als Ideologe. Göttingen-Zürich-Frankfurt a. M. p. 198.
    De même, on peut constater ce ressenti chez Tomáš Garrigue Masaryk, auteur de l'ouvrage La nouvelle Europe. Le point de vue slave (Berlin, 1991), paru entre 1918 et 1922 d'abord en anglais et en français, puis en allemand et en tchèque, observateur direct et attentif de la politique allemande à l'Est durant la Première Guerre mondiale, et auteur d'un exposé sur le Drang nach Osten. Au sujet du Traité de Versailles, Masaryk annonçait, de manière prémonitoire, que « le désir de conquête allemand et la poussée pangermaniste vers l'Est avait leur origine dans l'extrême acuité de la question des nationalités en Europe de l'Est » (p. 191).
  17. a et b (en) Gatrell, P. (Hiver 2001). Review of "War Land on the Eastern Front: Culture, National Identity, and German Occupation in World War I". Slavic Review. 60-4. pp. 844-845. Page consultée le 3 février 2008.
  18. « In den besetzten ehemals polnischen Gebieten führt der Verwaltungschef Ober-Ost die dem Reichsführer-SS übertragenen Aufgaben nach dessen allgemeinen Anordnungen aus. Der Verwaltungschef Ober-Ost und die nachgeordneten Verwaltungschefs der Militärbezirke tragen für die Durchführung die Verantwortung ». In (de) Éléments relatifs au GPO.
  19. (de) Vgl. Bundesarchiv: Heeresgruppen/Oberbefehlshaber.