Numidie

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35° 30′ N 7° 18′ E / 35.5, 7.3

Numidie
Royaume de Numidie

202 av. J.-C.46 av. J.-C.

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Cartes des royaumes de Numidie Occidentale et de Numidie Orientale avant leur unification par Massinissa

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Cirta
Langue Berbère
Religion Polythéiste

La Numidie est d'abord un ancien royaume berbère (202 av. J.-C.46 av. J.-C.) qui se trouvait dans le nord de l'actuelle Algérie et débordant jusqu'à l'extrémité ouest de l'actuelle Tunisie et l'est de l'actuel Maroc jusqu'au Moulouya.

La Numidie avait pour capitale Cirta (l'actuelle Constantine[1],[2],[3],[4],[5],[6],[7], où fut découvert le tombeau de Massinissa).

La Numidie a eu plusieurs rois, les plus célèbres étant Gaia, Massinissa, Micipsa, Jugurtha, Juba Ier, Juba II et Ptolémée. Berbères sédentaires ou semi-nomades, les Numides étaient répartis en différentes tribus. Les tribus de la partie orientale de la Numidie portaient le nom de Massyles (de Mis Ilès, Ilès étant l'arrière-grand-père de Massinissa) et celles de la partie occidentale celui de Massaesyles.

La Numidie comme province romaine (de 46 av. J.-C. jusqu'au Ve siècle) est située sur la bordure nord de l'Algérie et l'ouest de la Tunisie moderne, bordée par la province romaine de Maurétanie (de nos jours l'Algérie et le Maroc) à l'ouest, la province romaine d'Afrique (l'est-Tunisien et la Tripolitaine moderne) à l'est, la mer Méditerranée vers le nord, et le désert du Sahara vers le sud.

Étymologie[modifier | modifier le code]

En latin Numidia, en grec nomadia (Νομαδια), ce nom évoque le pays des nomados (νομαδος) qui changent de pâturage ; c'est-à-dire les nomades.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le roi berbère Massinissa, fondateur du royaume de Numidie (vers 201 av. J.-C.)

Les Masaesyles et les Massyles s'affrontèrent, en 203 av. J.-C. (Bataille des Grandes Plaines) à la fin de la seconde guerre punique, suite à laquelle Massinissa, chef des Massyles, contribua de façon décisive à la victoire de l'Empire romain sur Carthage, Massinissa parvint dès lors à unifier la Numidie qui s'étendit alors du fleuve Moulouya à l'Ouest jusqu'à la Cyrénaïque à l'Est. Il réussit sous sa conduite à préserver l'indépendance de son royaume en jouant habilement de la rivalité régionale qui prévalait à l'époque, tout en lui garantissant une prospérité économique certaine, grâce au remarquable développement de l'agriculture et de l'élevage. Sur le plan de l'organisation politique, Massinissa plaça à la tête de chaque province un gouverneur et à la tête de chaque tribu un « Amokrane » (le chef). Son conseil, formé de dix personnes, le seconda efficacement dans sa politique et son administration générale. Au nombre de ces dix conseillers il avait trois de ses fils : Micipsa qui le suppléait en plusieurs affaires, Gulussa, chargé de la conduite des armées et Mastanabal chargé du trésor royal. Il mit en circulation une monnaie frappée à son effigie, « avec des traits réguliers, un œil largement ouvert sous un sourcil assez épais, des cheveux abondants et bouclés, une barbe allongée et bien taillée ». Le règne de Massinissa prit fin lorsqu'il mourut en 148 av. J.-C..

Après la mort du grand roi fondateur, une crise de succession, vue d'un bon œil par Rome se produisit et qui plaça la Numidie dans des troubles politiques. Micipsa, fils de Massinissa, succèdera au trône de son père. Durant son règne, inquiet de la popularité croissante de Jugurtha, petit-fils de Massinissa, « Mais n'osant pas le faire périr, par crainte d'une révolte de ses sujets, il l'aurait envoyé devant Numance, avec l'espoir qu'il s'y ferait tuer, victime de sa bravoure »[8] . Micipsa nomme Gulussa vice-roi et ministre de la Guerre et Mastanabal vice-roi et ministre de la Justice.

Lorsque Micipsa mourut en 118 av. J.-C., la Numidie fut partagé entre ses deux fils, Hiempsal I et Adherbal et son neveu qu'il a adopté, Jugurtha, qui a été très populaire parmi les Numides. Hiempsal et Jugurtha se querellèrent immédiatement après la mort de Micipsa. Jugurtha le fit assassiner en 117 av. J.-C. à Thirmida, Adherbal livre bataille à Jugurtha mais il est vaincu et chassé du royaume. Il se rend alors à Rome où il demande l'aide du Sénat.

Pièce de monnaie à l'effigie de Jugurtha
Syphax reçoit Scipion l'Africain. Fresque d'Alessandro Allori

Jugurtha aurait répliqué dans son entourage qu'il est une chose qu'il avait apprise des Romains lors de son séjour en Ibérie : « Roma est urbs venalia » (trad. « Rome est une ville à acheter »), faisant ainsi référence à l'étendue de la corruption chez les officiels Romains. C'est ainsi que Jugurtha se résout à acheter un répit en offrant de l'argent à des membres de la classe politique romaine pour les corrompre. Rome accepte alors de le laisser régner, mais seulement à condition que la Numidie reste divisée. Elle lui offre la reconnaissance diplomatique sur la Numidie occidentale, à condition de remettre Adherbal sur le trône en Numidie orientale. Jugurtha accepta dans un premier temps l'offre de Rome.

Guerre avec Rome[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Jugurtha.

Cependant, son intention de restaurer la Numidie unifiée demeure forte, ce qui le conduisit à envahir en 112 av. J.-C. la Numidie orientale, réunifiant ainsi de nouveau la Numidie. Au passage, il fit exécuter plusieurs hommes d'affaires romains opérant en Numidie orientale. Le gouvernement romain, furieux d'un tel développement, est sur le point de lui déclarer la guerre, lorsque Jugurtha réussit une nouvelle fois avec grande habileté à corrompre les responsables en place à Rome, d'où sa célèbre locution « Roma est urbs venalia » signifiant par là que «Rome est une ville à acheter ». Cela a pour conséquence d'atténuer l'animosité qui s'était emparée de la classe politique romaine à son encontre, et même de lui procurer un traité de paix avantageux. Toutefois, ce traité sera aussitôt remis en cause, après les profonds changements que connut la classe dirigeante romaine ; excédé, Jugurtha fit exécuter Adherbal en réponse à cet acte. La classe politique romaine se déchaîne alors et finit par demander l'invasion de la Numidie. Rome envoie alors le consul Metellus en Numidie à la tête de plusieurs légions pour punir Jugurtha et le déposer. Jugurtha parvint avec intelligence à résister durant des années, en combinant des manœuvres militaires face aux Romains et politiques avec son voisin de l'ouest, le roi Bocchus Ier de Maurétanie. L'adjoint du consul Metellus, Caius Marius, entrevoyant une opportunité, retourne à Rome pour se plaindre de l'inefficacité suspecte de son chef et demande à être élu consul à sa place, ce qu'il obtint. C'est alors que Caius Marius envoie son questeur, Lucius Cornelius Sylla, en mission en Maurétanie pour négocier l'aide de Bocchus Ier. Bocchus accepte alors de trahir Jugurtha, et aide les Romains à le capturer dans un guet-apens. Jugurtha est alors envoyé à la fameuse prison de Tullianum. Il fut exécuté tout de suite après la tradition du triomphe romain en 104 av. J.-C. à la prison de Tullianum.

Buste du roi érudit Juba II provenant de Cherchell et exposé au Musée du Louvre.

Province romaine[modifier | modifier le code]

Après la mort de Jugurtha, la Numidie est partagée : sa partie occidentale est attribuée à Bocchus, roi de Maurétanie, le reste est laissé sous l'autorité d'un roi vassal de Rome. La situation perdure jusqu'à la guerre civile entre Jules César et Pompée. Juba Ier, partisan de Pompée, perd son royaume en -46 après la défaite de Thapsus contre César. César accorde à Sittius un territoire vaste autour de Cirta (Constantine). La Numidie devient alors la province d’Africa nova, jusqu'à ce qu'Auguste réunisse les deux provinces en un seul ensemble, l'Afrique proconsulaire. Cette dernière est dirigée par un proconsul, qui conduisit un moment l'armée d'Afrique. Auguste rend son royaume à Juba II, fils du précédent, après la bataille d'Actium (-31). En -25, Juba II reçoit le trône de Maurétanie, et la Numidie est partagée entre la Maurétanie et la province d'Afrique. La partie intégrée à la province d'Afrique en constitue une région et, en théorie, n'a pas d'autonomie administrative, puisqu'elle dépend du proconsul assisté de légats.

Les populations se rebellent de nombreuses fois surtout les Zénètes, vers le début du premier siècle. Les Maghraouas auraient été très nombreux dans les environs d'Icosium (Alger) et Ptolémée de Maurétanie devait les contenir. Ce dernier fera transférer une partie des Maghraoua vers le chlef[9]. Cela provoque une succession d'actions militaires de Rome, soldées parfois par de graves défaites romaines. Sept ans durant, Tacfarinas résiste aux Romains, malgré Tibère qui transfère une seconde légion pour appuyer la troisième légion Auguste (seule ensuite).

Dès 39 apr. J.-C., Caligula confie la conduite de la région de Numidie à un représentant personnel — « légat de l'empereur » — chargé de commander la troisième légion Auguste. C'est ainsi qu'il met fin à une exception politique : celle d'une armée importante placée sous les ordres d'un proconsul et non d'un légat. Le Sénat perd la dernière légion qui était sous ses ordres. Bien que toujours officiellement intégrée à la province d'Afrique proconsulaire, la Numidie en constitue une région à part, placée sous l'autorité de son légat qui dirige la troisième légion Auguste et ne rend de compte qu'à l'empereur. C'est une province de fait, mais non de droit, statut relativement unique dans l'empire.

La Numidie romaine[modifier | modifier le code]

Maurétanie Tingitane (à l'ouest), Maurétanie Césarienne (au centre-ouest), Numidie (au centre-est), et Africa (à l'est), au centre la Gétulie

Dès le IIe siècle, la province est christianisée, mais rapidement elle adhère à l'hérésie donatiste tout en connaissant des hommes de foi aussi illustres que Saint Augustin, évêque d'Hippone (actuelle Annaba) et Namphamon le premier martyr (archimartyr) d'Afrique.

Après 193, sous Septime Sévère, la Numidie est officiellement détachée de la province d'Afrique et constitue une province à part entière, gouvernée par un légat impérial. Sous Dioclétien, elle constitue une simple province dans la réorganisation tétrarchique, puis est brièvement divisée en deux : Numidie militaire et Numidie cirtéenne.

En 428, les Vandales commencent leurs incursions en Numidie. Ils parviennent même à y créer un royaume entre 432 et 534, date à laquelle la province passe sous l'autorité byzantine.

Enfin, entre 696 et 708, la région est conquise par les armées musulmanes.

Société de la Numidie[modifier | modifier le code]

Du déchiffrement de diverses inscriptions libyques, il ressort que les Numides parlaient une langue berbère. Par ailleurs ils avaient la passion des chevaux et étaient réputés être des cavaliers sans frein (servant notamment dans l'armée carthaginoise) ; l'origine numide dans certaines formes de manifestations équestres au Maghreb appelées « fantasias » est probable. Ils étaient de religion animiste et polythéiste ; quelques-unes de leurs croyances ont survécu jusqu'à nos jours chez les Berbères, comme les rites de la pluie ou la croyance en des esprits gardiens de lieux.

Très peu de traces directes de la religion, du mode de vie et des us et coutumes de ce peuple nous sont parvenues en raison des différentes invasions que l'Afrique du Nord a subies après l’effondrement de l’Empire romain, ce qui a entraîné la destruction des bibliothèques que leurs souverains avaient constituées (par exemple on sait grâce à Hérodote qu'elles comprenaient des ouvrages relatifs à la généalogie des dynasties royales). Néanmoins on trouve de nombreux récits concernant les Numides dans les littératures grecque et romaine de l’Antiquité.

Dynastie Numide[modifier | modifier le code]

Dynastie des Massaessyles[modifier | modifier le code]

Dynastie des Massyles[modifier | modifier le code]

Histoire de la province d'Afrique[modifier | modifier le code]

ÉVOLUTION DE LA PROVINCE AFRICAINE
Début de la conquete romaine Carthage Royaume de Numidie orientale (Massyles) Numidie occidentale (Massaessyles) Royaume de Maurétanie
de 146 av. J.-C. Afrique Numidie Maurétanie
de 105 av. J.-C. Africa (après annexion d'une partie de la Numidie) Numidie orientale Numidie occidentale Mauretanie
de 45 av. J.-C. Africa Vetus Africa Nova Numidie occidentale (au-delà: IV Coloniae Cirtensium) Maurétanie orientale (après annexion de la Numidie occidentale) Mauretanie occidentale
de 27 av. J.-C. Afrique Proconsulaire Maurétanie
de 41 après J.-C. Afrique Proconsulaire Maurétanie Césarienne Maurétanie Tingitane
de 193 Afrique Proconsulaire Numidie Maurétanie Césarienne Maurétanie Tingitane
Après la réforme de Dioclétien Afrique Zeugitane Afrique Bizacène Numidie Maurétanie Césarienne Maurétanie Sétifienne Maurétanie Tingitane

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Afrique et son environnement européen et asiatique, Par Jean Jolly, p. 27 [1]
  2. Algerie 2011 Par Jean-Paul Labourdette, Dominique Auzias, 54
  3. Hans-Georg Pflaum, Actes du colloque international, Par Ségolène Demougin, École pratique des hautes études (France). Section des sciences historiques et philologiques, p. 126 [2]
  4. Atlas universel d'histoire et de géographie, Volume 1, p. 841 [3]
  5. Recueil des notices et mémoires de la Société archélologique, Volume 7, Par Société archéologique de la province de Constantine, P 17 [4]
  6. Revue africaine, Par Société historique algérienne, p. 402 [5]
  7. Afrique: Esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienne, Par Avezac (Marie Armand Pascal, M. d'), Jean Yanoski, Louis Lacroix, Dureau de La Malle (Adolphe Jules César Auguste, M.), p. 182 [6]
  8. St Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, t. VII, reimp., Osnabruck, 1972, p.140.
  9. Journal asiatique De Société asiatique (Paris, France), Centre national de la recherche scientifique (France)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Filippo Coarelli et Yvon Thébert, "Architecture funéraire et pouvoir : réflexions sur l'hellénisme numide", Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, Année 1988, 2, p. 761-818 [7]
  • Nacéra Benseddik, « Jugurtha-Cirta-Lambèse-Timgad » dans Dictionnaire du Monde antique, PUF, Paris 2005.
  • Yann Le Bohec, L’Afrique romaine (146 avant J.-C. - 439 après J.-C.), éd. Picard, 2005 (Paris), 600 p. ISBN 2-7084-0751-1
  • François Décret et Mhamed Fantar, L’Afrique du Nord dans l’Antiquité. Histoire et civilisation - des Origines au Ve siècle, Paris, 1981.
  • François Jacques, « Propriétés impériales et cités en Numidie Méridionale », Cahiers du Centre Gustave Glotz, no 3,‎ 1992, p. 123-139 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]