Nulle de salon

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Au jeu d'échecs, une nulle de salon désigne une partie nulle par consentement mutuel de moins de 20 coups. Ce genre de parties survient le plus souvent en compétition lorsque les joueurs désirent conserver leurs forces pour des parties symboliquement plus importantes, ou lorsque leur position au classement du tournoi est acquise en jouant seulement des nulles.

Ces nulles sans combat sont consenties au grand dam des spectateurs, des organisateurs et des autres joueurs de la compétition.

Pour en finir...[modifier | modifier le code]

Différents systèmes ont été proposés pour réduire le nombre de nulles de salon. La Fédération internationale des échecs, par exemple, a instauré l'élimination directe, à partir de 1965, lors du tournoi des candidats.

Les nulles surviennent fréquemment entre forts joueurs et la majorité des parties de grands maîtres sont nulles. Au XXIe siècle, on dénombre plusieurs systèmes qui tentent de mettre fin à cette pratique :

  1. Règles de Sofia : aucune nulle permise avant le 30e coup joué. Cette méthode permet d'éliminer les nulles de salon, mais si les joueurs échangent volontairement leurs pièces, ils acquiescent de facto à une partie nulle sans même la proposer. La FIDE a instauré cette règle, appliquée sur une base volontaire, en 1962. La pénalité est une perte pour les deux joueurs. Cependant, des joueurs l'ont ignoré ou l'ont contourné en répétant la même position à trois reprises, et les directeurs de tournois étaient incapables ou refusaient de l'appliquer. Elles sont abolies depuis 1964[1].
  2. Éliminer les parties nulles en obligeant les adversaires à jouer une partie courte à la suite d'une nulle dans le but de départager un gagnant et un perdant[2]. L'un des inconvénients de cette proposition est que les joueurs peuvent s'entendre avant la première partie pour l'annuler et garder leurs forces pour la partie courte.
  3. Le BAP system modifie le pointage accordé au gain, à la perte et à la nulle selon la couleur des pièces : (a) trois points pour la victoire des noirs, (b) deux pour le gain des blancs, (c) un pour la nulle des noirs et (d) zéro pour la nulle des blancs. Seul un tournoi, le Slugfest[3], a eu recours à ce système, il est donc prématuré de le juger. Par contre, il n'y a pas eu de nulles de salon et les autres nulles sont survenues après des coups qui semblaient démontrer un désir de vaincre.
  4. Laisser un programme informatique décider du sort de la partie lorsque la position est déclarée nulle. Une proposition dérivée suggère de prouver l'affirmation des adversaires en les opposant à un fort programme d'échecs lors d'une courte partie dont la position initiale est la position déclarée nulle.
  5. ChessBase propose que les joueurs qui annulent régulièrement en tournois ne soient plus invités à y participer. Il a publié un article[4] à ce sujet.

Il existe d'autres propositions, mais soit elles sont à analyser de façon rigoureuse, soit elles ne tiennent pas suffisamment compte du déroulement des compétitions à haut niveau.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • À la suite du tournoi des candidats tenu à Curaçao en mai et juin 1962, tournoi comptant pour le championnat du monde, Bobby Fischer a fait remarquer avec véhémence, à tort ou à raison, que les joueurs soviétiques jouaient des nulles de salon dans le but de réserver leurs forces pour les parties contre lui[5].
  • Le grand maître Milan Vidmar, alors directeur d'un tournoi à Bled en 1960, a dénoncé avec vigueur une nulle de salon, flagrante, survenue pendant ce tournoi. Lorsque des joueurs lui mirent sous le nez une nulle de salon qu'il avait jouée auparavant, il a répliqué : « Mais tous les saints ont été pécheurs pendant leur jeunesse[6] ! ».
  • Viswanathan Anand a perdu une partie en 6 coups car il a repris sans le vérifier un coup qui avait été introduit lors d'une nulle pré-arrangée jouée à San Francisco en 1987 entre Tony Miles et Larry Christiansen. Cette dernière partie avait débuté par 1. e4 e5 2. Cf3 Cf6 3. C×e5 d6 4. Cf3 C×e4 5. Cc3 Ff5 N (ce dernier symbole indiquant une nouveauté théorique parue comme telle dans l’Informateur d'échecs). Lorsqu'il a repris ce coup contre Alonso Zapata, Anand s'est vu répliquer 6. De2, ce qui l'a forcé à abandonner[7].

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Tim Just et Daniel B. Burg (éditeurs), U.S. Chess Federation's Official Rules of Chess, cinquième édition, 1975, 2003. ISBN 0-8129-3559-4
  2. (en) Proposed cure for severe acute "drawitis" by FIDE officials
  3. (en) Bainbridge Slugfest
  4. (en) The draw problem – a simple solution par John Nunn
  5. Gedeon Barcza, Laszlo Alfody et Jeno Kapu, Les Champions du monde du jeu d'échecs. Tome II : De Botvinnik à Fischer, 1959, Grasset et Europe Échecs, trad. Alphonse Grunenwald, p. 314-315. ISBN 2-246-33421-7
  6. R. Bertolo et L. Risacher, Les Échecs : C'est facile ! Objectif mat, 1992, Pierre Tournon éditions, p. 44 (ISBN 2-85182-408-2).
  7. Alex Dunne, Great chess books of the Twentieth Century in English, 2005, McFarland & Company, Inc., p. 123-124 (ISBN 9780786-422074).