Nuit de Cristal

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Un magasin juif saccagé lors de la Nuit de Cristal.
Timbre de la République démocratique allemande avec pour mention « Niemals wieder Kristallnacht » (« Plus jamais de nuit de Cristal »).

La Nuit de Cristal (en allemand Reichskristallnacht) est le pogrom contre les Juifs du Troisième Reich qui se déroula dans la nuit du 9 novembre au 10 novembre 1938 et dans la journée qui suivit. Présenté par les responsables nazis comme une réaction spontanée de la population à la suite de l'assassinat, le 7 novembre 1938, de Ernst vom Rath, un secrétaire de l'ambassade allemande à Paris, par un jeune Juif polonais d'origine allemande, Herschel Grynszpan, le pogrom fut en réalité ordonné par le chancelier du Reich, Adolf Hitler, organisé par Joseph Goebbels, et commis par des membres de la Sturmabteilung (SA), de la Schutzstaffel (SS) et de la Jeunesse hitlérienne, soutenus par le Sicherheitsdienst (SD), la Gestapo et d'autres forces de police.

Sur tout le territoire du Reich, près de deux cents synagogues et lieux de culte furent détruits, 7 500 commerces et entreprises exploités par des Juifs saccagés ; une centaine de Juifs furent assassinés, des centaines d'autres se suicidèrent ou moururent des suites de leurs blessures et près de 30 000 furent déportés en camp de concentration : au total, le pogrom et les déportations qui le suivirent causèrent la mort de 2 000 à 2 500 personnes. Point culminant de la vague antisémite qui submergea l'Allemagne dès l'arrivée des nazis au pouvoir en janvier 1933, la « nuit de Cristal » fut l'une des prémices de la Shoah[N 1].

En provoquant cette première grande manifestation de violence antisémite, les nazis voulurent accélérer l'émigration des Juifs, jugée trop lente, en dépit de la politique de persécution et d'exclusion mise en œuvre depuis février 1933. L'objectif fut atteint : le nombre de candidats à l'émigration crût considérablement, mais au-delà de l'indignation que l'évènement suscita dans le monde, les frontières des autres pays restèrent fermées.

Marquant une rupture avec la politique nazie de 1933 à 1937, ainsi qu'une étape dans la violence et la persécution antisémites, cet évènement fut également révélateur de l'indifférence des nations au sort des Juifs d'Allemagne et d'Autriche, et de l'incapacité des États démocratiques à contrecarrer les coups de force menés par l'Allemagne de Hitler.

Le contexte : les mesures antisémites[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Juifs d'Allemagne sous le Troisième Reich.
Un SA à côté d'une affiche proclamant : « Allemands ! Défendez-vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! », 1933.

Le programme du NSDAP, rédigé le 24 février 1920, prévoit que « seul peut être citoyen un frère de race (Volksgenosse). [...] Aucun Juif ne peut donc être frère de race[1] » et dans Mein Kampf, Adolf Hitler proclame à de nombreuses reprises son désir de voir l'Allemagne « libérée des Juifs » (Judenfrei)[2]. Les Juifs sont victimes d'une politique antisémite dès l'arrivée des nazis au pouvoir en janvier 1933. Cette discrimination se traduit notamment par le boycott des commerces juifs, voulu par Hitler, organisé par Julius Streicher et mis en œuvre par la SA, le 1er avril 1933, dans une opération au succès limité et largement condamnée à l'étranger[3]. Au cours du même mois, les Juifs sont exclus de la fonction publique, à quelques rares exceptions près, par le décret sur la restauration du fonctionnariat du 7 avril 1933 et ses règlements d'application[4].

L'ostracisme envers les Juifs est officialisé le 15 septembre 1935 lors de l'adoption des Lois de Nuremberg, principalement la « Loi pour la protection du sang et de l'honneur allemands » (« Blutschutsgesetz ») et la « Loi sur la citoyenneté du Reich » (« Reichsbürgergesetz »). Ces lois et les décrets qui leur font suite établissent la détermination du caractère juif, demi-juif ou quart de juif (Mischling), en fonction de l'ascendance, interdisent les relations sexuelles et le mariage entre citoyens de sang allemand ou apparentés et juifs, privent les Juifs de la citoyenneté allemande, ainsi que de la plupart de leurs droits politiques, dont le droit de vote, et les excluent de certaines professions libérales et de l'enseignement[5].

La campagne anti-juive se durcit en 1937, notamment via l'organisation de l'exposition Der ewige Jude (« Le Juif éternel »), mais surtout au cours de l'année suivante[6]. Début 1938, les passeports des Juifs allemands sont confisqués. Le 26 avril, les Juifs reçoivent l'ordre de faire enregistrer tous les biens qu'ils possèdent, ce qui facilite leur aryanisation. Le 17 août, les prénoms portés par les Juifs sont réglementés et trois décrets additionnels aux Lois de Nuremberg définissent la notion d'entreprise juive et interdisent aux Juifs l'exercice de la profession médicale[6]. Tout est fait pour pousser les Juifs à émigrer, quel qu'en soit le prix[6].

Un prétexte : l'assassinat de vom Rath[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Herschel Grynszpan et Ernst vom Rath.
Herschel Grynszpan après son arrestation à Paris

« Avec l'aide de Dieu [...]. Je ne pouvais agir autrement. Mon cœur saigne quand je pense à notre tragédie [...]. Je dois exprimer ma révolte de telle sorte que le monde entier l'entende, et je compte le faire. Je vous supplie de me pardonner. »

— Lettre de Herschel Grynszpan à son oncle, 7 novembre 1938[7]

Le 7 novembre 1938, un jeune Juif polonais d'origine allemande réfugié à Paris, Herschel Grynszpan, âgé de dix-sept ans dont la famille résidant à Hanovre a été expulsée, le 27 octobre, d'Allemagne vers la Pologne, achète un pistolet puis se rend à l'ambassade d'Allemagne à Paris, où il demande à voir un responsable. Envoyé au bureau du premier secrétaire Ernst vom Rath, Grynszpan tire sur celui-ci et le blesse gravement[7],[N 2],[N 3].

Il ne s'agit pas du premier événement du genre. Le 4 février 1936, un étudiant talmudiste yougoslave, David Frankfurter, avait assassiné, à Davos, le responsable du parti nazi en Suisse, Wilhelm Gustloff, sans susciter de réaction des autorités ou de la population allemandes[8], les circonstances, et notamment la proximité des jeux olympiques de Berlin[9], « exigeant de serrer la bride aux fanatiques du parti en Allemagne[10] ».

L'attentat contre le diplomate vom Rath ne fait l'objet d'aucune déclaration publique des responsables nazis, même si une campagne antisémite dans la presse orchestrée par Joseph Goebbels dès le 8 novembre 1938 encourage les premiers pogroms menés par des responsables locaux du parti nazi[N 4], notamment en Hesse-Cassel[10], à Munich[11] ou à Hanovre[12].

Dans son journal, le 9 novembre, Joseph Goebbels relatant la journée du 8, n'écrit rien sur l'attentat de Paris, alors qu'il a passé la fin de soirée avec Hitler au café Heck ; lors de son discours du 8 novembre commémorant le Putsch de la brasserie de 1923, Adolf Hitler est lui aussi muet sur le sujet. Pour Saul Friedländer, « de toute évidence, les deux dirigeants nazis avaient décidé de passer à l'action, mais jugé sans doute préférable d'attendre le décès d'Ernst vom Rath, grièvement blessé ; ce silence insolite était la plus sûre indication de l'existence de plans visant à accréditer une explosion spontanée de la colère du peuple[13] ».

Vom Rath, au chevet duquel Hitler avait envoyé son médecin personnel, le docteur Karl Brandt[10], décède le 9 novembre 1938 à 17 heures 30, et Hitler en est informé entre 19 et 21 heures[N 5], alors qu'il participe à Munich, au dîner traditionnel des « compagnons de combat », la vieille garde du parti[14].

L'organisation des violences : la fiction de la réaction spontanée[modifier | modifier le code]

« Je présente les faits au Führer. Il décide : laisser les manifestations se poursuivre. Retirer la police. Les Juifs doivent sentir pour une fois la colère du peuple. C'est justice. Je donne aussitôt les consignes correspondantes à la police et au Parti. Puis je fais un bref discours en conséquence devant les dirigeants du Parti. Tempêtes d'applaudissements. Tout le monde se précipite immédiatement sur les téléphones. Maintenant, c'est le peuple qui va agir. »

— Joseph Goebbels, Munich, 10 novembre 1938[15]

Le 9 novembre 1938 au soir, à Munich à l'occasion du Tag der Bewegung (Jour du Mouvement)[N 6], Adolf Hitler, après un long entretien à voix basse avec Joseph Goebbels au cours duquel le Führer semble particulièrement agité[16],[N 7], quitte la réunion sans prononcer son discours traditionnel et sans faire la moindre allusion au décès de vom Rath[10]. Vers 22 heures, Joseph Goebbels, dans un « discours bref mais incendiaire », annonce aux participants la mort d'Ernst vom Rath et leur apprend que des émeutes anti-juives ont éclaté en Hesse-Cassel et en Saxe-Anhalt, en ajoutant que le Führer avait décidé que rien ne devait être fait pour décourager le mouvement au cas où celui-ci s'étendrait à l'ensemble du Reich[8]. « Le parti devait organiser et exécuter l'affaire sans paraître ouvertement y être engagé[8] ».

La « colère populaire spontanée » mise en avant par les responsables nazis fait en réalité l'objet de quatre vagues d'ordres successives : à partir de 22 heures, les chefs régionaux de la SA donnent, par téléphone, instruction à leurs subordonnés de lancer incendies, destructions et violences à grande échelle ; peu avant minuit, Heinrich Müller, chef de la Gestapo enjoint aux forces de police de ne pas s'opposer aux actions contre les Juifs, d'empêcher les pillages et « tout autre débordement particulier » et de préparer l'arrestation de vingt à trente mille Juifs, « de préférence fortunés » ; à une heure vingt du matin, les instructions de Müller sont complétées et précisées par un télex de Reinhard Heydrich à la police et au SD[17]. Heydrich demande de prévenir les actions qui peuvent mettre en danger des personnes ou des biens allemands, notamment lors de l'incendie des synagogues, d'autoriser la destruction des appartements et commerces appartenant à des Juifs, mais pas leur pillage, de ne pas s'attaquer aux étrangers et de trouver « le personnel nécessaire pour arrêter autant de Juifs, surtout fortunés, que peuvent en accueillir les prisons[18] ». À 2 h 56 du matin, c'est au tour de Rudolf Hess de donner ses consignes[19].

Pour Rita Thalmann et Feinermann, la succession des ordres, et surtout, la précision des instructions données par Müller, notamment l'ordre d'arrêter de 20 000 à 30 000 Juifs, témoignent de l'existence d'un plan préétabli, antérieur à l'assassinat de vom Rath[20]. Cette analyse est partagée par Gerald Schwab, selon lequel le télex envoyé par Muller, dans lequel il n'est fait aucune allusion à la mort de vom Rath, avait été rédigé au préalable en attendant une opportunité appropriée ; Schwab souligne également que les camps de concentration se préparaient, depuis plusieurs mois, à faire face à un afflux massif et soudain de détenus[21]. Le caractère fallacieux de l'affirmation selon laquelle les violences auraient été spontanées est en outre étayé par un rapport du tribunal suprême du parti rédigé début 1939 : « les instructions orales du Ministre de l'Intérieur ont apparemment été comprises par tous les responsables présents comme signifiant que le parti ne devait pas apparaître, à l'extérieur, comme l'initiateur des manifestations, mais qu'il était, en réalité, chargé de les organiser et de les exécuter[22]. »

Commentant les événements et témoignant de la difficulté d'imposer la version d'un pogrom « spontané », un Blockleiter de Hüttenbach en Moyenne-Franconie, dont le temple juif a été incendié par les responsables locaux du parti nazi et de la SA écrit dans un rapport à sa hiérarchie le 7 février 1939 : « on ne doit pas écrire que le feu a été mis à la synagogue par les membres du parti [...], mais par la population. C'est juste. Mais en ma qualité de chroniqueur, je me dois de relater la vérité. Il est facile d'enlever cette page et d'en rédiger une nouvelle. Je vous en prie, mon chef, comment dois-je établir cette entrée et comment faut-il la formuler ? »[23].

Le 10 novembre 1938, Goebbels consulte Hitler par téléphone aux premières heures de la matinée et le rencontre ensuite lors du déjeuner, alors que les violences se poursuivent. Avec l'aval du Führer, Goebbels donne l'ordre d'arrêter le pogrom[24]. Cette instruction est diffusée par la presse berlinoise à 17 heures, par les stations de radio à 20 heures et dans l'ensemble de la presse le lendemain[25]. Elle est suivie par des messages de Heydrich aux forces de police dont les patrouilles « qui avaient disparu comme par enchantement, ressurgissent à tous les coins de rue[26] ».

Le pogrom : violences antisémites dans l'ensemble du Reich[modifier | modifier le code]

« Je vais pour rentrer à mon hôtel, lorsque je vois le ciel [virer au] rouge sang. La synagogue brûle. [...] Nous ne faisons éteindre les incendies que si c'est nécessaire pour les bâtiments allemands du voisinage. Sinon, laisser brûler. [...]
Des vitres volent en éclats. Bravo, bravo! Dans toutes les grandes villes, les synagogues brûlent. »

— Joseph Goebbels, Munich, 10 novembre 1938[27]

La synagogue de la Herzog Rudolf Strasse à Munich après son incendie.

Dès la fin du discours de Goebbels, des membres de la Stosstrupp Adolf Hitler se déchaînent dans les rues de Munich et détruisent la synagogue de la Herzog-Rudolf-Strasse, leur violence allant jusqu'à susciter l'inquiétude du Gauleiter Adolf Wagner[28]. Goebbels donne également des ordres pour qu'ils démolissent la synagogue de la Fasanenstrasse[29].

Le pogrom s'étend rapidement sur tout le territoire du Reich[N 8], des grandes villes aux bourgades : « les Gauleiters entrèrent en action vers 22 h 30. La SA suivit à 23 heures, la police peu avant minuit, les SS[N 9], à 1 h 20 du matin[18] ».

À Innsbruck, dans le Gau du Tyrol-Vorarlberg, où ne vivent que quelques centaines de Juifs, un commando de membres de la SS, habillés en civil, assassine plusieurs Juifs influents[30]. Des diplomates témoignent de la violence des saccages opérés à Cologne et à Leipzig ; des scènes semblables se produisent dans la petite ville de Wittlich, en Moselle, où un SA monte sur le toit de la synagogue en agitant les rouleaux de la Torah et en s'écriant « Torchez-vous le cul avec, Juifs ! »[31]. À Marbourg, à Tübingen, des membres du parti nazi et de la SA, souvent ivres à la suite de la célébration de l'anniversaire du putsch de la brasserie, incendient les synagogues sous le regard de pompiers, dont l'action se borne à éviter que les incendies ne se communiquent aux édifices voisins[32]. À Esslingen, des « Chemises brunes » saccagent un orphelinat dans la cour duquel ils font un bûcher avec les livres, les objets religieux et tout ce qui est combustible, en menaçant les enfants en pleurs de les jeter dans le brasier s'ils ne partent pas immédiatement[33] ; à Potsdam, c'est un internat qui est envahi et dont les enfants sont chassés en pleine nuit[34]. À Leipzig, le cimetière juif est saccagé : le lieu de culte et la maison du gardien sont incendiés, les pierres tombales renversées et des sépultures profanées[35]. Dans la petite ville de Treuchtlingen, la violence atteint des sommets : des membres de la SA, encouragés par certains habitants, mettent le feu à la synagogue, brisent les vitrines des magasins juifs et en pillent le contenu, saccagent les habitations occupées par des Juifs, détruisant mobilier, vaisselle et sanitaires et obligeant les femmes, réfugiées dans la cave, à détruire bouteilles de vin et conserves[36]. C'est à Vienne, où s'étaient déjà produites des émeutes anti-juives lors de l'Anschluss[37], que le pogrom prend ses formes les plus violentes et les plus meurtrières, avec 42 synagogues incendiées, 27 personnes juives tuées et 88 grièvement blessées[38].

Les violences sont systématiquement assorties de l'humiliation des victimes. À Sarrebruck, on oblige les Juifs à danser, à s'agenouiller et à chanter des chants religieux devant la synagogue, avant de les asperger à la lance à incendie ; à Essen, on met le feu à leur barbe ; à Meppen, on les force à baiser le sol devant le quartier général de la SA, pendant qu'ils sont frappés à coup de pied[39]. À Fürth, des Juifs sont conduits au théâtre : « les uns parqués dans la salle obscure, les autres montés sur la scène violemment éclairée pour y être battus[40] ». À Baden-Baden, les Juifs sont rassemblés dans la synagogue où ils doivent rentrer en piétinant un manteau de prières : une fois à l'intérieur de l'édifice, on leur fait entonner le Horst Wessel Lied, puis lire un passage de Mein Kampf à la table de l'officiant[41].

Magasin juif saccagé à Munich

À côté des centaines de synagogues et lieux de culte incendiés, plusieurs milliers de commerces, de boutiques et d'appartements juifs sont détruits, saccagés ou pillés, et presque tous les cimetières juifs sont profanés[42] ; des femmes, des enfants et des vieillards sont battus et victimes de brutalités bestiales ; les suicides sont nombreux et plus de 20 000 Juifs sont déportés dans les camps de concentration, où ils sont victimes de sadisme et de tortures indescriptibles de la part des gardiens[43]. Un nombre indéterminé de viols[44] et une centaine d'assassinats[45] sont également perpétrés.

Les exactions ne sont pas commises que par des membres de la SA ou de la SS, mais aussi par des « citoyens ordinaires », par « d'autres secteurs de la population, surtout – mais pas seulement – des jeunes que cinq ans de national-socialisme à l'école et aux Jeunesses hitlériennes n'avaient pas laissés indemnes[46] » : à Düsseldorf, des médecins de l'hôpital et plusieurs juges prennent part à l'incendie de la synagogue[47] ; à Gaukönigshoven, en Basse-Franconie, des « paysans respectés » profanent le sanctuaire de la Torah et pillent les maisons des Juifs ; dans la matinée du 10 novembre, écoliers et adolescents accablent de leurs sarcasmes, de leurs quolibets et de leurs injures les Juifs raflés par la police et souvent houspillés par des meutes hurlantes qui leur lancent des pierres[48]. Si une partie de la population participe au pogrom, des Allemands témoignent toutefois leur sympathie aux victimes, et dans certains cas, leur prodiguent aide matérielle et réconfort[49].

Bilan : une communauté traumatisée[modifier | modifier le code]

Une grille d'entrée avec l'inscription en allemand « ARBEIT MACHT FREI » signifiant en français « LE TRAVAIL REND LIBRE » au camp de concentration de Dachau.

Dans un rapport du 11 novembre 1938, Reinhard Heydrich fait état de 36 morts et d'autant de blessés graves pour l'ensemble du Reich. Pour Saul Friedländer, « le bilan se révéla bien plus lourd ; dans toute l'Allemagne [y compris l'Autriche annexée], outre les 267 synagogues détruites et les 7 500 entreprises et commerces saccagés, 91 juifs périrent et des centaines se suicidèrent ou moururent par la suite des sévices infligés dans les camps[50] ». Sur ce dernier point, Raul Hilberg estime à plus de 25 000 le nombre des hommes envoyés dans les camps de concentration nazis, comme Dachau (10 911 dont environ 4 600 en provenance de Vienne), Buchenwald (9 845 personnes) et Sachsenhausen (au moins 6 000)[51]. Pour F. Kersaudy, « plus de 100 Juifs sont tués et 20 000 déportés en camps de concentration, tandis que 7 500 boutiques sont détruites et 12 000 pillées, 101 synagogues sont incendiées, 76 démolies et 267 endommagées »[52]. Daniel Goldhagen parle d'« à peu près 100 juifs » assassinés, et de 30 000 autres déportés en camps[53].

« Au total — et selon les estimations les plus modérées retenues dans les documents de la Wiener Library — le pogrom coûta la vie de 2 000 à 2 500 hommes, femmes et enfants et laissa des séquelles indélébiles chez tous ceux qui en vécurent l'horreur[54]. »

Réactions : de l'indignation à l'indifférence[modifier | modifier le code]

À l'étranger[modifier | modifier le code]

Des Juifs étrangers ont été victimes du pogrom, en dépit des directives ordonnant de les épargner : les protestations diplomatiques affluent[55] et sont transmises, sans commentaire, à la chancellerie du Reich où elles sont enfouies dans les dossiers[56].

La presse internationale condamne les événements : plus de mille éditoriaux paraissent à ce sujet dans la presse américaine, particulièrement véhémente, et le président Roosevelt rappelle l'ambassadeur des États-Unis en consultation. Si l'indignation est générale, elle ne se traduit pas par un élargissement de la politique d'accueil des Juifs du Reich : en 1938, les États-Unis n'atteignent pas leur quota d'immigration juive en provenance d'Allemagne et d'Autriche et n'accordent que 27 000 visas sur les 140 000 demandés[57] ; l'année suivante la Grande-Bretagne « ferme, de fait, les portes de la Palestine à l'immigration juive sans proposer d'autre refuge[58] ». Les réactions sont également indignées dans la presse danoise[59] ou française[60] et le gouvernement fasciste italien s'étonne « que la recrudescence des persécutions antisémites en Allemagne n'entraîna pas l'abandon du projet [d'accord] franco-allemand[60]». « Il était clair que les émeutes avaient tout d'abord fait perdre à l'Allemagne une grande part des sympathies dont elle bénéficiait dans le monde[61] ».

À la suite des protestations internationales, les entreprises contrôlées par des Juifs étrangers au Reich sont dispensées, le 1er décembre 1938, de la prestation expiatoire et peuvent poursuivre leurs activités après le 31 décembre[62]. Le boycott des exportations allemandes se généralise, notamment en France, en Angleterre, aux États-Unis, au Canada, en Yougoslavie ou aux Pays-Bas[63].

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Le pogrom suscite immédiatement de sérieuses tensions parmi les principaux dirigeants nazis. Si aucun de ceux-ci ne s'oppose à des mesures ou des violences anti-juives, les conséquences de la nuit de Cristal sur l'image de l'Allemagne à l'étranger, ses éventuelles répercussions économiques négatives et le fait qu'elle ait été déclenchée par Goebbels sans concertation, entraîne de vives réactions d'Heinrich Himmler, de Hermann Göring ou de Walther Funk[64].

À de rares exceptions individuelles près, ni les Églises protestante et catholique, ni les milieux universitaires, ni les généraux[N 10], ni « aucun représentant de la bonne Allemagne[65] » n'émettent aucune protestation à la suite du pogrom[66]. Si, d'après les rapports du SD, la population réprouve largement la violence et les dommages causés par le pogrom, c'est essentiellement en raison de la destruction inutile de biens qui lèse tous les Allemands et l'État ; l'annonce de l'amende de 1 milliard de marks infligé aux Juifs rassérène les esprits[67]. La direction du parti social-démocrate allemand en exil, la SOPADE, observe également que « la grande majorité du peuple allemand a vivement condamné les violences », et ce pour des raisons diverses comme le souligne Ian Kershaw[68]. Si « la vague d'indignation populaire » contre les Juifs qu'escomptait Goebbels ne s'est pas matérialisée[69], selon la thèse controversée de Daniel Goldhagen, « face à des critiques limitées, il y avait l'enthousiasme des Allemands pour l'entreprise éliminationniste, que la Nuit de Cristal n'entamait pas, et l'immense satisfaction avec laquelle tant d'Allemands avaient accueilli l'événement[70] ».

« D'un point de vue global, le régime a [...] pu considérer comme un succès l'attitude généralement passive dans laquelle se sont enfermés la plupart des Allemands pendant les débordements. Une action violente contre les Juifs allemands, telle qu'on n'en avait plus connue depuis les pogroms du Moyen Âge, avait pu être déclenchée sans soulever de protestation publique. Sur le plan de la propagande, cela revenait à une approbation. La radicalisation des persécutions avait réussi à franchir une nouvelle étape » analyse l'historien allemand Peter Longerich[71].

Suites et conséquences : la radicalisation de l'antisémitisme[modifier | modifier le code]

« J'aurais préféré que vous tuiez deux cents Juifs plutôt que de détruire de telles valeurs. »

— Hermann Göring, Berlin, 12 novembre 1938[72]

Hermann Göring s'adressant au Reichstag

La nuit de Cristal est suivie d'une radicalisation des mesures antisémites du régime nazi. Les suites du pogrom sont examinées dès le 12 novembre 1938, lors d'une réunion de haut niveau, présidée par Hermann Göring, à la demande explicite et insistante de Hitler[73] : parmi la centaine de participants, on note la présence de Joseph Goebbels, du chef du RSHA Reinhard Heydrich, des ministres de l'Économie Walther Funk, des Finances Lutz Schwerin von Krosigk[74] et de la Justice Franz Gürtner, de représentants de la Reichsbank et des dirigeants du parti nazi en Autriche et dans le territoire des Sudètes[73]. Les premières discussions portent sur l'indemnisation des dégâts, les seules vitrines détruites étant assurées pour 6 millions de dollars. Après de longs échanges, notamment entre Göring, Reinhard Heydrich et le représentant des assureurs allemands, il est décidé que les indemnités versées par les assureurs aux bénéficiaires seront confisquées par l'État et il est imposé aux juifs allemands une « amende de réparation[75] » d'un milliard de Reichsmark[N 11] et de les obliger de remettre en état, à leurs propres frais, les commerces, bureaux et logements saccagés[76],[N 12].

Lors de cette même réunion, Göring décrète la cessation, à partir du 1er janvier 1939, de toutes les activités commerciales menées par des Juifs, qui doivent vendre leurs commerces et entreprises, titres, bijoux et œuvres d'art, ce qui constitue une phase essentielle de l'aryanisation des biens juifs. Alors que Goebbels évoque tour à tour l'interdiction, pour les Juifs, de l'accès aux distractions publiques, aux forêts ou aux parcs, l'éviction des enfants juifs des écoles allemandes, Heydrich plaide vigoureusement pour une accélération de l'émigration, prenant pour modèle les résultats obtenus à Vienne par Adolf Eichmann : pour accélérer cette émigration, il préconise le port d'un insigne spécial[N 13] par toutes les personnes considérées comme juives aux termes des Lois de Nuremberg, Göring étant, pour sa part, partisan de la création de ghettos[77]. Si ces deux mesures ne sont pas retenues, le pogrom a atteint son but et l'émigration juive s'accélère : 80 000[N 14] Juifs fuient le Reich, « dans les circonstances les plus traumatisantes », entre la fin de 1938 et le début de la guerre[78].

Dans la foulée, les discriminations antisémites se multiplient et se durcissent : le 15 novembre 1938, tous les enfants juifs encore présents dans les écoles allemandes en sont chassés ; le 19, les Juifs sont privés d'aide sociale ; le 28, le ministre de l'intérieur informe les présidents des länder qu'ils peuvent exclure les Juifs de certains espaces publics et le lendemain, il interdit aux Juifs de posséder des pigeons voyageurs. Durant les mois de décembre 1938 et janvier 1939, les mesures destinées à exclure les Juifs de la vie publique, professionnelle et culturelle sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus dures[79].

Si les autorités nazies s'acharnent sur les victimes des pogroms, elles font preuves d'une mansuétude toute particulière à l'égard des auteurs des pires exactions. Les incendies, les destructions et les brutalités sont conformes aux instructions données successivement par les responsables de la SA, Heinrich Müller et Heydrich, mais tel n'est pas le cas des pillages, des meurtres et des viols. Le pogrom terminé, les tueurs ne sont que rarement poursuivis ou condamnés à des peines particulièrement légères[44] ; dans une lettre secrète au procureur de Hambourg, le ministère de la Justice précise, le 19 novembre, que l'assassinat de Juifs et les dommages corporels graves […] ne devaient être sanctionnés que « s'ils avaient été dictés par des raisons personnelles »[50]. Par contre, les coupables de viol sont expulsés du parti et traduits devant les tribunaux civils, le tribunal interne du parti nazi estimant ce crime contraire aux lois de Nuremberg qui interdisent depuis 1935 « toute relation sexuelle entre Juifs et Gentils[44] » plus grave que le meurtre. Dans son rapport du 13 février 1939 adressé à Goebbels, l'Obergruppenführer Walter Buch, qui enquête sur les excès commis pendant la nuit de Cristal, relève 16 faits, dont 3 à caractère sexuel et 13 meurtres ; il recommande que les poursuites soient abandonnées à l'exception de deux cas de viol, les assassins ayant agi sur l'ordre de leurs supérieurs ou en pensant que leurs crimes étaient conformes aux instructions[80].

Commémorations en Allemagne : du silence à la célébration[modifier | modifier le code]

Timbre commémoratif pour le 50e anniversaire de la nuit de Cristal.

La commémoration de la nuit de Cristal[81] reste confidentielle pendant de nombreuses années. Au cours des années quarante et cinquante, les mentions dans la presse sont rares : la première d'entre elles est effectuée dans le Tagesspiel, quotidien de Berlin-Ouest, le 9 novembre 1945, ce journal ne revenant sur l'événement qu'en 1948. À l'Est, le journal officiel Neues Deutschland, publie sur le sujet en 1947 et 1948, puis après plusieurs années de silence, en 1956 ; en 1958, le vingtième anniversaire du pogrom n'est pas mentionné. Il faut attendre le quarantième anniversaire de l'événement, en 1978, pour que celui-ci soit commémoré par la société tout entière[82].

Le 70e anniversaire de la nuit de Cristal, le 9 novembre 2008 à la synagogue de la Rykestrasse, est l'occasion pour la chancelière allemande Angela Merkel de lancer un appel afin que « l’héritage du passé serve de leçon pour l’avenir ». La chancelière dénonce « l’indifférence à l‘égard du racisme et de l’antisémitisme ». Pour elle, c’est un premier pas qui peut remettre en cause des valeurs incontournables. « Trop peu d’Allemands ont eu à l’époque le courage de protester contre la barbarie nazie (...). Cette leçon à tirer du passé vaut aujourd’hui pour l’Europe, mais aussi pour d’autres régions, notamment pour les pays arabes »[83],[84].

Une commémoration importante s'est aussi tenue à Bruxelles le 9 et le 10 novembre 2008[85].

Kristallnacht ou Reichspogromnacht ? : querelle étymologique[modifier | modifier le code]

Magasin juif saccagé à Magdebourg

Si tous les auteurs s'accordent sur le fait que l'expression « nuit de Cristal » (« Kristallnacht ») fait référence aux débris de verre encombrant les trottoirs devant les vitrines des magasins juifs saccagés, et qu'elle apparaît à Berlin, le consensus ne dépasse pas cette généralité. Pour Kershaw, ce terme provient du « parler populaire[86] », pour Karl A. Schleunes, il s'agit d'une dénomination inventée par de beaux esprits berlinois[87]. Selon Arno J. Mayer, l'appellation a été créée par la propagande nazie[N 15] afin de concentrer l'attention du public sur les dommages matériels, en occultant les pillages et les violences physiques[88]. Elle est utilisée par un responsable nazi du Gau de Hanovre lors d'un discours prononcé le 24 juin 1939, avec une connotation « humoristique »[82].

« Nuit de Cristal ! Cela brille et pétille comme lors d’une fête. Il est grand temps que ce terme, offensant par sa minimisation, disparaisse à tout le moins des ouvrages historiques »

— Avraham Barkai, 1988[89].

Dans un ouvrage paru en 2001, le politologue allemand Harald Schmid[90] souligne la multiplicité des termes utilisés pour désigner les violences antisémites des 9 et 10 novembre 1938 et l'interprétation controversée donnée au vocable « nuit de Cristal ». Remis en cause dès le 10e anniversaire de l'événement, il est remplacé, en 1978, par le terme politiquement correct de Reichspogromnacht, qui s'impose durablement à partir des célébrations du cinquantième anniversaire en 1988[82]. Ce débat sur la terminologie est essentiellement circonscrit en Allemagne et en Autriche et peut susciter un profond étonnement dans le monde universitaire anglophone[91]. La diversité du vocabulaire selon les aires linguistiques est illustrée lors du 70e anniversaire : alors qu'en Allemagne, la chancelière Angela Merkel n'utilise que le terme Pogromnacht[92], à Bruxelles, le président du CCOJB emploie le terme Kristallnacht[93].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Hans-Jürgen Döscher, Reichskristallnacht. Die Novemberpogrome 1938, Econ Tb., 2000 (ISBN 3612267531)
  • Peter M. Daily (dir.), Building history : the Shoah in art, memory and myth, New-York, P. Lang,‎ 2001
  • Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, Flammarion Lettres, coll. « Au fil de l'histoire »,‎ 2009, 1046 p. (ISBN 978-2-0821-0112-7)
  • Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1933-1939, Les années de persécution, Paris, Seuil,‎ 2008 (ISBN 978-2-02-097028-0)
  • (de) Helmut Genschel, Die Verdrängung der Juden aus der Wirtschaft im Dritten Reich, Göttinger Bausteine zur Geschichtswissenschaft Band 38, Musterschmidt-Verlag, Göttingen 1966
  • Joseph Goebbels, Journal. 1933-1939, Paris, Tallandier,‎ 2007 (ISBN 978-2-84734-461-5)
  • * D. J. Goldhagen, Les bourreaux volontaires de Hitler, trad. par P. Martin, 1997, Seuil, Paris.
  • (de) Angela Hermann, Hitler und sein Stoßtrupp in der "Reichskristallnacht". Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 56 (2008), 603-619.
  • Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, t. 1, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire »,‎ 2006 (ISBN 2-07-030983-5)
  • Ian Kershaw, Hitler, 1889-1936, Paris, Flammarion,‎ 2001 (ISBN 2-08-212528-9)
  • Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, Paris, Flammarion,‎ 2001 (ISBN 2-08-212529-7)
  • Kurt Pätzold, La nuit de cristal : les responsables, les victimes et la majorité silencieuse, in François Bédarida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 199-208. (ISBN 2226038752)
  • (de) Kurt Pätzold, Irene Runge, Kristallnacht. Zum Pogrom 1938, Pahl-Rugenstein, Cologne, 1988 (ISBN 3760912338)
  • William L. Shirer, Le IIIe Reich, Paris, Stock,‎ 1967
  • Gerald Schwab, The day the Holocaust began : the odyssey of Herschel Grynszpan, New-York, Praeger,‎ 1990
  • Rita Thalmann, Emmanuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, Paris, Robert Laffont,‎ 1972
  • (de) Jörg Wollenberg (Hrsg.), Niemand war dabei und keiner hat's gewusst. Die deutsche Öffentlichkeit und die Judenverfolgung 1933-1945, Piper, Munich, 1989 (ISBN 3492110665)
  • (de) Herbert Schultheis, Die Reichskristallnacht in Deutschland nach Augenzeugenberichten, Rötter Druck und Verlag GmbH, Bad Neustadt a. d. Saale (ISBN 978-3-9800482-3-1)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Si le pogrom ne permettait point encore de soupçonner ce qu'allait être la réalité d'Auschwitz, de Belzec, de Sobibor de Treblinka ou de Chelmno, il laissait toutefois deviner les rouages d'une entreprise meurtrière dont l'existence et le fonctionnement auraient été inconcevables auparavant en Europe », Kurt Pätzold, La « nuit de cristal » : les responsables, les victimes et la « majorité silencieuse », in, François Bédarida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 201.
  2. Grynszpan souhaitait assassiner l'ambassadeur mais a tiré sur le diplomate auquel il avait été adressé, Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 229
  3. Grynszpan ne sera jugé ni en France ni en Allemagne ; le 18 janvier 1941, il est déporté à Sachsenhausen où l'on perd sa trace, Rita Thalmann, Emmanuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 67-87
  4. Si pour Ian Kershaw, ces premières exactions antisémites sont menées « sans aucune directive venue du sommet », selon Richard J. Evans elles découlent, du moins en Hesse, d'instructions expresses de Goebbels
  5. 19 heures selon Ian Kershaw, 21 heures pour Friedländer, entre 19 et 20 heures pour Schwab
  6. Jour férié depuis l'accession d'Hitler au pouvoir, Gerad Schwab, The day the holocaust began. The odiyssey of Herschel Grynszpan, p. 20
  7. Pour Richard J. Evans, si Hitler ne se prononce pas en public, il donne cependant l'ordre à Goebbels d'organiser « une grande offensive nationale contre les Juifs » et « une mise en scène destinée à faire croire aux fidèles du parti réunis à l'hôtel de ville de Munich que l'opération était le fruit d'une réaction à chaud dictée par l'émotion et la colère », Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 655.
    Pour Édouard Husson en revanche, l'idée du pogrom vient de Goebbels, idée avalisée par Hitler in Heydrich et la solution finale Perrin 2012 p. 91
  8. Voir notamment la carte des synagogues détruites pendant la nuit du 9 au 10 novembre 1938, in Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 662
  9. S'ils ont ordre de participer au pogrom, les membres de la SS doivent le faire « en civil », Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 232
  10. Le général Werner von Fritsch, pourtant déchu de son poste de chef d'état-major de l'armée de terre par les nazis, estime que le pogrom correspond « à la destinée de l'Allemagne », William L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 471-472
  11. D'après Richard J. Evans, la somme totale qui fut volée aux Juifs en 1938 et 1939, à la suite de la nuit de Cristal et sans tenir compte des aryanisations, excède largement les deux milliards de Reichsmarks, Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 670
  12. Une pièce de théâtre, Du cristal à la fumée, de Jacques Attali, mise en scène de Daniel Mesguich, théâtre du Rond-Point, Paris, jouée du 16-09-2008 au 28-09-2008, évoque cet épisode [1]
  13. Le port de l'Étoile jaune est imposée par un décret du 1er septembre 1941
  14. 115 000 entre le 10 novembre 1938 et le 1er septembre 1939 selon Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 674
  15. Cette hypothèse est partagée par Michal Bodemann, Gedächtnistheater. Die judische Gemeinschaft und ihre deutsche Erfindung, Hamburg, 1996, p. 92

Références[modifier | modifier le code]

  1. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 66
  2. Ian Kershaw, Hitler, 1889-1936, p. 360-362
  3. Ian Kershaw, Hitler, 1889-1936, p. 672-673
  4. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 115-116
  5. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 121-128
  6. a, b et c Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 319-331
  7. a et b Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 337
  8. a, b et c Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 80
  9. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 655
  10. a, b, c et d Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 229
  11. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 230
  12. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 654
  13. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 341
  14. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 342
  15. Joseph Goebbels, Journal. 1933-1939, p. 647
  16. Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 20
  17. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 656-657
  18. a et b Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 344
  19. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 657
  20. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 93-94
  21. Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 24-25
  22. Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 21
  23. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 350-351
  24. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 664
  25. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 131
  26. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 131-132
  27. Joseph Goebbels, Journal. 1933-1939, p. 648
  28. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 231
  29. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 232
  30. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 345-346
  31. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 348-349
  32. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 232-233
  33. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 658
  34. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 101
  35. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 105
  36. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 659
  37. Evan Burr Bukey, Hitler's Austria, Popular Sentiment in the Nazi Era, 1938-1945, The University of North Carolina Press, 2000, p. 30-32
  38. Gerhard Botz, La persécution des Juifs en Autriche : de l'exclusion à l'extermination,in François Bédarida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 216-217
  39. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 664-665
  40. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 107
  41. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 113-114
  42. Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 26
  43. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 234-235
  44. a, b et c William L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 467
  45. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 235
  46. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 660
  47. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 121-122
  48. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 236-237
  49. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 237
  50. a et b Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 347
  51. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 81
  52. F. Kersaudy, Göring, p. 260.
  53. Daniel Goldhagen, Les bourreaux volontaires de Hitler, p. 108, 1997.
  54. Rita Thalmann, Emmanuel Feinermann, La nuit de cristal, p. 196
  55. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 85
  56. Hans-Jürgen Döscher, Reichskristallnacht”. Die Novemberpogrome 1938, Econ Tb. 2000, p. 120
  57. (de) Kurt Pätzold, Irene Runge, Kristallnacht. Zum Pogrom 1938, Pahl-Rugenstein, Köln 1988, p. 33
  58. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 374-375
  59. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 374
  60. a et b Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 376
  61. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 87
  62. (de) Helmut Genschel, Die Verdrängung der Juden aus der Wirtschaft im Dritten Reich, Göttinger Bausteine zur Geschichtswissenschaft Band 38, Musterschmidt-Verlag, Göttingen 1966, p. 191
  63. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 86
  64. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, p. 81-83
  65. William L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 471
  66. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 371-372
  67. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 369
  68. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 237-238
  69. Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 22
  70. Daniel Jonah Goldhagen, Les bourreaux volontaires de Hitler. Les Allemands ordinaires et l'holocauste, Paris, Seuil, 1997, p. 110
  71. Peter Longerich, « Nous ne savions pas ». Les Allemands et la Solution finale 1933-1945, Éditions Héloïse d'Ormesson, 2008, p. 173.
  72. Rita Thalmann, Emannuel Feinermann, La nuit de cristal. 9-10 novembre 1938, p. 148
  73. a et b Arno J. Mayer, La « solution finale » dans l'histoire, La Découverte, Paris, 1990, p. 201
  74. Richard J. Evans, Le troisième Reich. 1933-1939, p. 668
  75. Peter Longerich, « Nous ne savions pas ». Les Allemands et la Solution finale 1933-1945, Éditions Héloïse d'Ormesson, 2008, p. 174-175.
  76. Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 31
  77. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, Les années de persécution, p. 352-355
  78. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 241
  79. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, les années de persécution, p. 357-364
  80. Gerald Schwab, The day the holocaust began. The odyssey of Herschel Grynszpan, p. 27
  81. sauf mention contraire, cette section est rédigée sur la base de Ludwig Eiber, Reichskristallnacht - Reichspogromnacht. Reflection on the Change of a Term, in Peter M. Daily, Building history. The Shoah in Art, Memory and Myth, p. 73-86
  82. a, b et c Harald Schmid: Sprachstreit im Novemberland Freitag 46, Die Ost-West-Wochenzeitung, 8. November 2002
  83. Pascal Thibault, « Il y a 70 ans, la Nuit de Cristal », Radio-France International,‎ 9 novembre 2008 (consulté le 11 novembre 2008)
  84. d'autres dépêches
  85. On Promoting Tolerance Throughout the European Continent
  86. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 219
  87. Karl A. Schleunes, Un tortueux itinéraire : les politiques nazies envers les Juifs allemands (1933-1939), in L'Allemagne nazie et le génocide juif, Colloque de l'École des hautes études en science sociale, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1985, p. 128
  88. Arno J. Mayer, La « solution finale » dans l'histoire, La Découverte, Paris, 1990, p. 199-200
  89. cité par Walter H. Pehle, Der Judenpogrom 1938: Von der « Reichskristallnacht » zum Völkermord., Frankfurt am Main 1988, p. 113
  90. Harald Schmid, Errinern an den Tag der Schuld. Das Novemberpogrom von 1938 in der deutschen Geschiktpolitik, Hamburg, Ergenisse-Verlag, 2001
  91. voir notamment, Naomi Kramer, Kristallnacht - the Icon of the Shoah, in Peter M. Daily, Building history. The Shoah in Art, Memory and Myth, p. 67-71
  92. Discours du 9 novembre 2008 de la chancelière Angela Merkel
  93. Discours de Joël Rubinfeld
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