Nova Roma (religion)

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Nova Roma est un groupe formé de passionnés de l'ancienne Rome et de sa civilisation (s'axant sur la période républicaine de -510 à -27) qui revêt par ailleurs une dimension religieuse néopaïenne et reconstructionniste. Nova Roma fut créée en 1998 (ou MMDCCLVI ab urbe condita selon l'usage du calendrier romain) dans l'État du Maine aux États-Unis par Joe Bloch et William Bradford. Il est déclaré comme une association à but non lucratif[1]. Ses buts déclarés sont religieux et éducatifs. Nova Roma « se voue à la restauration des vertus, de la culture et de la religion romaines ».

Parce que sa structure est fondée de manière lâche sur celle de la République romaine, avec un Sénat, des Magistrats et des lois votées par des Comices, et parce que Nova Roma elle-même affirme explicitement que le groupe s'identifie comme une « nation souveraine »[2], beaucoup d'observateurs extérieurs la classent parmi les micronations. Cependant, quelques membres de Nova Roma assurent que cet aspect de l'organisation est moins important que ses buts éducatifs et religieux.

Bien que Nova Roma soit périodiquement agitée par le rêve d'acheter une parcelle de terre qui serait la base de sa souveraineté et que des fonds soient collectés à cet effet, la structuration étatique doit se comprendre d'abord en relation (à l'origine) avec les buts religieux.

En effet, la Religio romana est une religion d'État. Ses collèges sacerdotaux et ses prêtres sont des magistrats élus. Les sacrifices et cérémonies ont pour but de procurer la Pax Deorum à l'État. Il ne s'agit en rien d'une affaire, d'une option, individuelle. La restauration de la Religio exigeait donc la restauration d'un État qui en fût le support et le bénéficiaire.

Nova Roma organise des rencontres auxquelles les membres participent, souvent en costumes d'époque, pour échanger sur la culture antique aussi bien que pour discuter les affaires internes, pour parler latin, pour visiter des sites historiques (si ces rencontres ont lieu sur le territoire de l'ancien empire romain), pour déguster des banquets préparés selon des recettes de l'époque.

Les membres prennent des noms romains. Ces noms sont utilisés lors des rencontres, pour diriger les affaires de l'association, ou pour participer aux divers forums sur internet. Les fondateurs par exemple sont connus sous leurs noms romains de Flavius Vedius Germanicus et Marcus Cassius Julianus. Les censeurs aident les nouveaux venus à se choisir un nom latin.

Au printemps 2011 Nova Roma compte approximativement 60 membres à jour de leur cotisation, mais certes plus de citoyens (selon décompte interne officiel).

Structure administrative[modifier | modifier le code]

Les dirigeants de Nova Roma ont repris la structure du gouvernement républicain romain et emploient les mêmes titres. Ce sont les magistrats élus pour un ou deux ans et le Sénat qui est en place pour une durée indéfinie.

Le Sénat est légalement le Comité directeur de l'association. Les sénateurs sont choisis par les Censeurs et ils peuvent demeurer en fonction jusqu'à ce qu'ils démissionnent volontairement. Le Sénat détermine les grandes orientations de l'association, mais la gestion des affaires quotidiennes est entre les mains de magistrats.

Les magistrats sont élus pour un an, sauf les Censeurs qui le sont pour deux. ils sont élus par trois différentes sortes de Comices, parmi lesquels sont répartis les membres. Tous les citoyens adultes peuvent voter (même les femmes qui peuvent donc être consuls, sénatrices, prêtresses...). Le décompte des voix se fait selon une méthode complexe, ressemblant à celle utilisée par la République romaine, quand les citoyens étaient répartis en centuries et tribus.

Les Magistrats portent les titres suivants :

  • Deux Consuls qui établissent l'agenda du sénat, fixent les élections, gouvernent par édits et accomplissent d'autres tâches exécutives ;
  • Deux Préteurs, modérateurs des listes de discussion et auxiliaires des consuls ;
  • Deux Censeurs qui décident de l'admission des nouveaux membres et choisissent les sénateurs ;
  • Quatre Édiles qui gèrent les manifestations publiques ;
  • Huit Questeurs qui contrôlent le trésor et le budget ;
  • Cinq Tribuns de la Plèbe qui ont un pouvoir de veto sur les décisions qui lèsent les droits des citoyens ;

Les Vigintisexviri, un groupe de magistrats spécialisés qui fait la maintenance du site internet, rédige les lettres d'information et veille à la bonne tenue des élections.

Comme Nova Roma est une organisation répandue dans le monde entier, des provinces ont été établies pour favoriser les contacts locaux. Chaque province est gouvernée par un propréteur ou un proconsul désigné par le sénat. Dans beaucoup de provinces, des rencontres annuelles sont organisées.

Quelques rencontres régulières ont existé : les Journées romaines dans le Maryland et le Conventus Novae Romae in Europa qui, pour l'année 2006, a eu lieu en août près du Mur d'Hadrien dans le Nord de l'Angleterre. En 2008, ce fut en Dacie (Roumanie). En 2009 ce rassemblement devait se tenir à Autun en Gaule (France) mais a été annulé pour des raisons financières.

Langues[modifier | modifier le code]

Nova Roma reconnait deux langues officielles, l'anglais et le latin. L'usage du latin est en phase avec un renouveau général de l'étude de cette langue et naturellement avec l'héritage historique dont Nova Roma se réclame. Les provinces, dont les habitants ne sont pas de langue anglaise, utilisent généralement les langues locales pour communiquer en interne. Le latin utilisé par Nova Roma pourrait être considéré d'un point de vue technique comme une forme de néo-latin, mais du fait de la présence d'un pourcentage élevé de classicistes, il en a résulté une tendance à se tourner vers la forme classique de la langue.

Listes de discussion et Sodalitas[modifier | modifier le code]

La « vie » de Nova Roma se déroule pour la plus grande part sur les listes de discussion internet. Les citoyens ont la possibilité d'y aborder une grande variété de sujets en relation avec l'ancienne Rome. La liste de discussion la plus fréquentée est la Main List (liste générale), ouverte à des sujets d'intérêt général et aux annonces officielles. Les non-citoyens peuvent participer aux débats. Mais la majeure partie des messages reflètent les incessantes querelles internes.

Il y a aussi les sodalitates[3] qui sont des groupes centrés sur des sujets particuliers. Par exemple, Sodalitas Latinitatis est consacrée à l'étude du latin.Sodalitas Militarum est relative aux sujets militaires. Sodalitas Coquorum et Cerevisiae Coctorum est ouverte à ceux qui s'intéressent aux anciennes techniques culinaires, aux recettes et aux boissons romaines.

Religio romana[modifier | modifier le code]

Nova Roma a adopté la Religio romana comme religion d'État, mais garantit à ses citoyens la liberté de culte et de pensée. Néanmoins quiconque détient une magistrature ou devient sénateur doit jurer allégeance à la Religio, ou au moins de la respecter s'il n'est pas un païen lui-même. (ce qui semble incompatible avec la profession active du monothéisme abrahamique sous toutes ses formes, et en particulier du christianisme, puisque les chrétiens n'ont eu de cesse de la détruire une fois au pouvoir à Rome). Le désir de restaurer effectivement la Religio Romana reflète une tendance bien repérée aux États-Unis par les études menées par le Graduate Center de la City University of New York. [1]

Le Collegium Pontificum Collège des pontifes, dirigé par le Pontifex Maximus Pontifex maximus, organise le calendrier et veille aux rites. Un nouveau Pontifex Maximus vient d'être désigné après une période de déshérence de la fonction puis un vague intérim. Sa tâche sera de consolider l'acquis et de dynamiser les processus.

Certains flaminats Flamine ont été recréés, mais pas les Flaminats majeurs pour diverses raisons d'ordre historique ou pratique. Pour l'heure, les prêtres ne sont pas élus mais cooptés afin d'éviter que les non-païens, citoyens de Nova-Roma, ne puissent peser sur les choix. Vu la faiblesse de nos connaissances sur de nombreux sacerdoces (rappelons que certains flamines étaient attachés à des Dieux dont le nom même ne nous est pas parvenu!), cette tâche de reconstruction des rites, de la religion et des sacerdoces est ardue.

La fonction de Rex sacrorum a été rétablie il y a peu (2010), mais sur des bases non historiques (absence de regina, roi n'ayant pas contracté un mariage par confarreatio).

Projet Magna Mater[modifier | modifier le code]

De 2002 à 2010, Nova Roma s'est attelée à aider financièrement, et à faciliter les fouilles archéologiques et les travaux entrepris pour préserver le Temple de la Déesse romaine Magna Mater, connue aussi sous le nom de Cybele qui se trouve sur le Mont Palatin à Rome[4]. Cet effort conjoint de Nova Roma et de l'Université de Rome fait partie d'un plus vaste projet présenté à l'UNESCO pour préserver entièrement la zone sud-ouest du Palatin en raison de son importance religieuse dans l'Antiquité[5],[6]. En novembre 2007, Nova Roma et ses citoyens sont les plus gros contributeurs à la restauration du temple[7]. Néanmoins, on doit noter qu'actuellement aucun culte effectif n'est célébré sur le site parce que les travaux à réaliser dans le temple et tout autour sont encore beaucoup trop importants[4].

En 2010, Nova Roma a cessé de soutenir ce projet

Liens avec les groupes proches[modifier | modifier le code]

Nova Roma a entretenu des liens fraternels avec le MTR (Movimento Tradizionale Romano qui se réclame de l'héritage de Julius Evola)[8], mouvement italien de restauration de la Religio. Mais certains différends se sont faits jour, les Italiens estimant que toute restauration ne peut se faire qu'à partir du sol romain lui-même et uniquement de là. Le MTR adopte ainsi une position ethno-centrée un peu semblable à celle d'YSEE pour le paganisme hellénique par rapport aux Hellénistes non grecs de souche. - En sens inverse, certains membres de Nova Roma se sont méfiés de l'orientation nationaliste, voire néo-fasciste, du MTR, comme on peut le constater dans certains messages publiés sur la mailing-list de Nova Roma sur Yahoo.

Critiques[modifier | modifier le code]

On reproche à Nova Roma d'admettre des personnes qui ne pratiquent pas la religio, de n'être pas suffisamment centré sur sa restauration, et d'être un peu trop un groupe qui se consacre d'abord à des jeux de rôle à grande échelle.

Cette dernière accusation est la plus fréquente parmi les détracteurs de Nova Roma qui voient en lui un groupe où les luttes « politiques » pour un pouvoir factice prédominent, avec la quête de titres pompeux et illusoires par des personnes frustrées dans le monde réel de ne pas avoir l'importance qu'ils mériteraient à leur propres yeux. Cela rejoint les critiques faites par Chr. Bouchet, dans Son livre B.A. BA du Néo-Paganisme, Pardès, 2001, à l'encontre des mouvements reconstructionistes et néo-païens en général.

- À la suite d'une élection interne dont la régularité était contestée, une sorte de « guerre civile » informatique s'est produite, conduisant plusieurs groupes à revendiquer la légitimité du régime, à l'image de celles de la fin de la vraie république romaine[9].

Récemment les tensions internes se sont à nouveau avivées et certains voudraient porter les différents de Nova Roma devant les tribunaux civils américains pour les résoudre et mettre la main sur la direction. En ce sens l'année 2009 a été peu fructueuse pour l'association toujours fragile et souvent abandonnée par des éléments dynamiques frustrés et dégoûtés des querelles et des accusations réciproques lancinantes.

- De fait, les personnes qui pratiquent sérieusement et par conviction la Religio à l'intérieur de Nova Roma sont aujourd'hui en minorité. À bien des égards, Nova Roma apparaît de plus en plus comme un groupe destiné à discuter et à faire revivre les anciennes pratiques romaines (culture, vie militaire, cuisine, et même... religion) mais seulement dans un esprit d'esthétisme, voire de jeu.

2010 a vu de violents affrontements entre groupes rivaux, qui se sont soldés par le départ de nombreux membres attachés à la religion romaine. Une tentative de création d'une organisation rivale (RPR) a été envisagée, mais sans grand succès jusqu'à présent. Une des provinces les plus actives (Sarmatie) qui avait même construit un temple à Jupiter assimilé à Péroun, Dieu slave du Tonnerre, a fait sécession.

2011 s'annonce aussi agité car les « vainqueurs » des tribulations internes de 2010 se divisent à présent et s'affrontent.

Il semble aujourd'hui, que bien qu'au niveau local quelques initiatives subsistent, et que des membres de NR soient impliqués à titre personnel dans de nombreux groupes cultuels intéressés par la Rome ancienne, Nova Roma, en tant qu'association mondiale, n'ait plus d'autre objectif que de survivre, ce qui n'est pas assuré. Aucune activité n'existe, aucun projet n'émerge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Déclaration auprès de l'État du Maine
  2. Ainsi que revendiqué sur la page principale de leur site sur internet
  3. Sodalitas
  4. a et b « Magna Mater Project », Nova Roma (consulté le 2007-11-28)
  5. « Scavi e ricerche nell'area sud-occidentale del Palatino a Roma (Excavations and research in the southwest of the Palatine in Rome) », Dipartimento di Scienze Storiche, Archeologiche e Antropologiche dell'Antichità -- Università degli Studi di Roma La Sapienza (Department of Science historical, archaeological and anthropological antiquity of the University of Rome) (consulté le 2007-11-28)
  6. (en) Giavarini C., et al., « South-West substructions of the Palatine hill in Rome », UNESCO,‎ 2001 (lire en ligne)
  7. « Magna Mater Project Investors », Magna Mater Project (consulté le 2007-11-27)
  8. Voir le (it) Portail SATVRNIA TELLVS
  9. (en) Guerre civile de MMDCCLII

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]