Norwegian Wood (This Bird Has Flown)

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Norwegian Wood
(This Bird Has Flown)

Chanson par The Beatles
extrait de l'album Rubber Soul
Sortie Drapeau : Royaume-Uni
Drapeau : États-Unis
Enregistré
Studios EMI, Londres
Durée 2:02
Genre Folk rock
Musique indienne
Auteur John Lennon
Paul McCartney
Producteur George Martin
Label Parlophone

Pistes de Rubber Soul

Norwegian Wood (This Bird Has Flown) est une chanson des Beatles, parue sur l'album Rubber Soul le . Créditée Lennon/McCartney, la chanson est essentiellement écrite par John Lennon, Paul McCartney y ayant apporté une petite contribution. Sous l'impulsion de George Harrison, Norwegian Wood est aussi la première chanson de l'histoire de la pop à inclure un sitar, un instrument indien, dont le guitariste s'est pris de passion. Si le sitar est plutôt utilisé ici comme agrément, Harrison composera par la suite des chansons spécifiquement destinées à l'instrument.

Historique[modifier | modifier le code]

Composition[modifier | modifier le code]

John Lennon écrit Norwegian Wood au mois de au cours de vacances à Saint-Moritz, en Suisse. À l'époque, Lennon est le seul membre des Beatles à être marié, mais il n'est pas heureux avec Cynthia Powell, qu'il a épousée en 1962 lorsqu'elle lui annonce qu'elle est enceinte[1]. Le musicien, dont les admiratrices ne manquent pas, commet ainsi de nombreuses infidélités, et c'est l'une de ces histoires extra-conjugales qu'il conte dans Norwegian Wood[2]. D'après Pete Shotton, un de ses plus intimes amis, la personne dont il est question dans la chanson est une journaliste proche de Lennon, Maureen Cleave[1]. Toujours officiellement avec Cynthia, ce dernier prend des précautions lors de l'écriture pour que sa femme ne se doute de rien[2].

Il débute ainsi son texte par une approche classique : « I once had a girl... » (j'ai eu une fille), avant de se reprendre et de retourner immédiatement la situation[1] : « ...or should I say she once had me » (ou plutôt, c'est elle qui m'a eu). Invité à entrer dans son appartement et à s'asseoir, il constate qu'il est meublé en pin de Norvège (Norwegian wood). Voyant qu'il n'y a pas de chaise, il s'assied sur un tapis et patiente avec un verre de vin. Les deux protagonistes passent ensuite le reste du temps à discuter, jusqu'à ce que la fille, qui travaille le lendemain, décide qu'il faut aller se coucher. Lennon se voit obligé de dormir dans la baignoire et, lorsqu'il se réveille, se retrouve seul : « l'oiseau s'est envolé » (« This bird has flown »). La chanson se termine lorsque l'auteur se venge en mettant le feu à l'appartement, avant de conclure : « Isn't it good, norwegian wood ? » (N'est-ce pas bon, le pin norvégien ?)[3]. Dans ce texte où c'est la femme qui a l'initiative, Lennon reste ainsi évasif et ne dit rien sur ce qui s'est probablement réellement passé[1].

Pour écrire cette chanson, John Lennon s'est inspiré, comme à l'accoutumée, de sa propre expérience. En plus du thème de l'infidélité, les détails de la chanson ont leur explication : le pin de Norvège est mentionné car il était en vogue dans les années 1960, et le protagoniste doit dormir dans la baignoire car c'est ce que Lennon demandait souvent à ses amis de faire lorsqu'il les hébergeait. Enfin, l'idée de l'incendie de l'appartement est suggérée par Paul McCartney[4] ; elle serait inspirée de l'habitude qu'avait Lennon de brûler des meubles dans la cheminée, lorsqu'il habitait à Liverpool[1]. Cependant, à l'époque, certains comprennent l'expression utilisée dans la chanson (« I lit a fire ») comme « j'ai allumé un joint », plutôt qu'un incendie[5].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Le sitar fait son apparition dans l'éventail musical des Beatles.

L'enregistrement de la chanson débute le à Abbey Road. Initialement, elle est intitulée This Bird Has Flown (cet oiseau s'est envolé). Il ne faut qu'une seule prise pour l'enregistrer, mais, avec les répétitions et l'overdubbing, le travail prend un peu plus de quatre heures. Toutefois, le résultat n'est pas celui escompté par John Lennon et on repart de zéro neuf jours plus tard[6]. Cet après-midi-là, dans le studio 2, le groupe enregistre trois nouvelles prises, chacune étant significativement différente. Sur la première, le sitar domine nettement l'introduction ; basse et batterie sont absentes. La seconde prise est surtout acoustique (deux guitares acoustiques, une basse, et les vocaux de Lennon et Paul McCartney), et voit l'émergence de l'introduction à la guitare de la version finale. Enfin, la dernière prise voit le retour du sitar et constitue le résultat final, que Lennon baptise Norwegian Wood (This Bird Has Flown)[7].

Il s'agit de la première fois que George Harrison joue du sitar sur un disque des Beatles[2]. Il découvre l'instrument lors du tournage du second film mettant en scène le groupe, Help!, paru fin août 1965. En effet, des musiciens indiens apparaissent lors d'une scène au restaurant et Harrison a l'occasion d'essayer l'instrument. Toutefois, le déclic survient véritablement lorsqu'il écoute pour la première fois la musique de Ravi Shankar, grand joueur de sitar et dont tout le monde lui parlait alors[2]. Harrison se procure donc un sitar, quoique de piètre qualité, dans un magasin d'Oxford Street. Quant au choix de l'utiliser dans Norwegian Wood : « D'habitude on commençait à fureter dans le placard pour voir si on dénichait quelque chose, un nouveau son, et j'ai pris le sitar [...] Je n'avais pas réfléchi à ce que j'allais faire avec. Ça a été très spontané[2]. »

À ce moment-là, George Harrison est toujours en apprentissage et ne maîtrise pas encore parfaitement l'instrument, en témoignent les différents essais qu'il fait tout au long de l'enregistrement. Ainsi, les deux premières prises[8] sont complètement dominées par le sitar, qui est omniprésent et comble tous les trous. Quelqu'un constate le problème et la troisième prise est enregistrée sans l'instrument. Finalement, le dosage recherché est obtenu à la quatrième et dernière tentative, qui sera retenue pour la publication[9].

Par ailleurs, l'enregistrement de l'instrument a posé quelques difficultés à l'équipe technique, l'ingénieur Norman Smith expliquant qu'il a été difficile d'obtenir un résultat satisfaisant : « C’est très difficile d'enregistrer le sitar parce que cela génère beaucoup de pics pourris, et une forme d'onde très complexe. Les aiguilles partaient droit dans le rouge, en distorsion, et nous n’obtenions pas un son correct. J'aurais pu utiliser un limiteur, mais cela aurait fait perdre en qualité sonore[7]. »

Depuis que Harrison a joué du sitar sur Norwegian Wood, la presse fait tout pour organiser une rencontre avec Ravi Shankar. Finalement, le Beatle lui rendra visite en Inde et prendra même des leçons de sitar, au cours d'un séjour de six semaines en [10]. Par la suite, Harrison ne se départira plus de son intérêt pour la culture de ce pays, et son influence s’immiscera rapidement dans nombre de ses chansons, comme Love You To et Within You Without You.

Structure musicale[modifier | modifier le code]

Malgré un pont en mi mineur, le morceau est en mi Majeur (E), ou, si on le regarde d'un côté modal, en Mi mixolydien. Au niveau de la métrique, nous sommes en 6/8.

Reprises notables[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Aubert, U2, Alanis Morissette,Victor Wooten (bass player), Buddy Rich, Jose Feliciano dans l'album tribute to the Beatles, Herbie Hancock, Cornershop, Milton Nascimento and Beto Guedes, Patricia Barber, Kurt Elling sur l'album The Gate (2011), Stefano Bollani dans l'album "Smat Smat" (2003), etc.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Steve Turner, L’Intégrale Beatles: les secrets de toutes leurs chansons [« A Hard Day’s Write »], Hors Collection,‎ 1999 (ISBN 2-258-06585-2), p. 89
  2. a, b, c, d et e Collectif, The Beatles Anthology, Seuil,‎ 2000 (ISBN 2-02-041880-0), p. 196
  3. (en) Paroles de Norwegian Wood sur stevebeatles.com. Consulté le 24/01/2009
  4. (en) Notes sur Norwegian Wood sur beatlesinterviews.org. Consulté le 11/02/2010
  5. (en) Richie Unterberger, « Norwegian Wood Review » sur allmusic.com. Consulté le 12/02/2010
  6. (en) Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions: The Official Story of the Abbey Road Years, Londres, Hamlyn,‎ 1988 (ISBN 0-600-55784-7), p. 63
  7. a et b Lewisohn, op. cit., p. 65
  8. Cf. la compilation Anthology 2.
  9. Mark Hertsgaard, L'art des Beatles : Abbey road, Stock,‎ 1995 (ISBN 2-234-04480-4), p. 195
  10. Anthology, op. cit., p. 233