Nord Stream

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Le Nord Stream (anciens noms : North Transgas et North European Gas Pipeline : NEGP) est un gazoduc reliant la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique[1].

Carte du tracé du North Stream.

Dispositif technique[modifier | modifier le code]

Section terrestre russe[modifier | modifier le code]

La construction de la section terrestre russe a commencé le 9 décembre 2005 dans la ville de Babaïevo (Oblast de Vologda). La section terrestre en Russie fonctionne de Griazovets à la station côtière de compression de Vyborg. La longueur de cette section est de 917 kilomètres, le diamètre de la canalisation est de 1 420 millimètres avec une pression d'utilisation de 100 atmosphères, qui est régulée par six stations de compression. La section terrestre russe fournit également le gaz à la région du nord-ouest de la Russie (Saint-Pétersbourg et Oblast de Léningrad). Elle est construite et gérée par Gazprom.

Section de la mer Baltique[modifier | modifier le code]

La section en mer de la canalisation fonctionne de la station de compression de Vyborg au compartiment de Portovaïa au fond de la mer Baltique vers Greifswald en Allemagne, avec une longueur totale de 1 224 kilomètres. 22 kilomètres fonctionnent dans les eaux territoriales russes, 96 kilomètres dans la zone russe, 369 kilomètres dans la zone finlandaise[2], 482 kilomètres dans la zone suédoise, 149 kilomètres dans la zone danoise, 33 kilomètres dans la zone allemande et 33 kilomètres dans les eaux territoriales allemandes. Le plan est d'établir deux pipelines parallèles d'une capacité de 27,5 milliards de mètres cubes par an.

Carte du réseau de gazoducs, des gisements et des ports en mer Baltique.

Le diamètre du pipeline est de 1 220 millimètres, l'épaisseur de la paroi, 38 millimètres et la pression d'utilisation, 220 atmosphères. Il y a une plateforme de service dans la zone suédoise, à 90 kilomètres au nord-est de l'île de Gotland. Le gazoduc a coûté environ 6 milliards d'euros, la section en mer est construite et maintenue par Nord Stream AG, une compagnie commune de Gazprom russe (51 %), les Allemands BASF et E.ON (chacun à hauteur de 24,5 %).

Suite aux critiques émises par la Suède concernant le tracé, le groupe Nord Stream a maintenu (fin octobre 2007) qu'il est le meilleur du point de vue économique, environnemental et technique. Selon lui, le fond de la Baltique de la zone suédoise économique a été étudié « en détail », et il n'y aurait pas d'indices de présence de munitions immergées sur le tracé. Selon le ministre suédois de l'environnement, un tracé plus à l'est serait plus « sûr » pour l'environnement. Il craint notamment que les travaux sous-marins se heurtent à un des nombreux dépôts de « mines, armes chimiques et déchets chimiques » ou de munitions conventionnelles. Des décharges sous-marines de ce type sont nombreuses en mer Baltique où l'environnement s'est fortement dégradé, avec l'apparition notamment de zones mortes[3].

La Pologne et les pays baltes ont également invoqué l'argument écologique et le surcoût de construction sous-marine pour critiquer[4] le projet, mettant préférentiellement en avant le doublement de la canalisation Yamal-Europe. Derrière cette critique, de nombreux observateurs perçoivent l'inquiétude de la Pologne :

  • d'un point de vue énergétique, d'être écartée des principaux axes énergétiques européens ; cette crainte serait justifiée par le précédent des conflits gaziers russo-ukrainiens ;
  • d'un point de vue financier, de subir un manque à gagner important compte tenu de l'absence de redevances dues au passage de l'infrastructure (la hausse de ces redevances ayant déjà été une source de tensions[5]entre Pologne et Russie ;
  • d'une point de vue politique, d'être marginalisée entre ses deux voisins allemand et russe ; ce qui a conduit notamment le ministre de la Défense Radek Sikorski à faire une comparaison entre cette décision d'implantation et le Pacte germano-soviétique [6].

Section en Europe occidentale[modifier | modifier le code]

La section en Europe occidentale inclut deux gazoduc de transmission en Allemagne. La route sud (gazoduc OPAL) fonctionnera de Greifswald à Olbernhau près de la frontière germano-tchèque. Elle reliera le Nord Stream au gazoduc JAGAL (relié au gazoduc Yamal-Europe), et au gazoduc STEGAL (relié à l'itinéraire russe de transport de gaz par l'intermédiaire des républiques tchèques et slovaques). La route occidentale (gazoduc NEL) fonctionnera de Greifswald à Achim, où elle sera reliée au gazoduc Rehden-Hambourg. Le gazoduc MIDAL sera raccordé à celui de Greifswald-Bunde. La livraison supplémentaire de gaz vers le Royaume-Uni sera effectuée par le raccordement prévu entre Bunde et Den Helder, et de là par l'interconnecteur en mer Balgzand - Bacton (Balgzand Bacton Line ou BBL).

Sources de gaz naturel[modifier | modifier le code]

La source principale de gaz naturel pour le Nord Stream est le gisement de Ioujno-Rousskoïe, près de Krasnoselkoupsky, oblast de Tioumen. Le permis pour le gisement de Ioujno-Rousskoïe a été attribué à Severneftgazprom, filiale de Gazprom (BASF et E.ON en sont des actionnaires minoritaires). Les réserves du gisement de Ioujno-Rousskoïe sont estimées à 700 milliards de mètres cubes de gaz naturel. La capacité prévue de Ioujno-Rousskoïe est d'environ 25 milliards de mètres cubes par an.

Le Nord Stream sera alimenté, en outre, par des gisements en péninsule de Iamal, compartiment d'Ob-Taz. Gazprom indique également que la majorité du gaz produit au gisement de Chtokman serait vendue à l'Europe par l'intermédiaire du Nord Stream.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le projet est lancé en 1997 par Gazprom et la compagnie finlandaise Neste (plus Fortum), constituant la compagnie North Transgas Oy, pour la construction et l'exploitation d'une canalisation de gaz de Russie vers le nord de l'Allemagne à travers la mer Baltique. L'associé allemand de ce projet est Ruhrgas (devenu E.ON). En avril 2001, Gazprom, Fortum, Ruhrgas et Wintershall adoptent un rapport sur l'étude de faisabilité commune de la canalisation. Le 18 novembre 2002, le comité de gestion de Gazprom approuve un programme d'exécution du projet. En mai 2005, Fortum se retire du projet et vend sa participation de 50 % dans North Transgas à Gazprom. Le 8 septembre 2005, Gazprom, BASF et E.ON signent un accord de base sur la construction du gazoduc. Le 30 novembre 2005, Nord Stream AG est incorporé à Zoug, Suisse. Le 9 décembre 2005, Gazprom lance la construction de la section terrestre du gazoduc en Russie.

Fin octobre 2007, la Russie confirme renoncer à faire passer la seconde tranche du gazoduc Iamal-Europe par la Biélorussie[7].

Le gouvernement de Gerhard Schröder se porte garant d'un crédit d'un milliard d'euros proposé par les banques Deutsche Bank et KfW à Gazprom pour la construction de ce gazoduc germano-russe en mer Baltique.

Peu après avoir cédé le pouvoir à Angela Merkel, Gerhard Schröder est engagé par Gazprom pour diriger le Conseil de surveillance du consortium germano-russe chargé de construire ce gazoduc, dont Gazprom détient 51 %[8]. Fin 2009, les autorités allemandes compétentes ont approuvé la construction du gazoduc. L'administration minière de la ville de Stralsund (port balte) a donné son accord et on attend encore fin 2009 l'accord de l'Office national du transport maritime et de l'hydrographie.

Le premier tube est achevé en mai 2011[9].

Il a été inauguré le en présence de Vladimir Poutine. Sa mise en service est prévue en 2012[10].

Afin de réaliser le projet, les actionnaires ont fondé la compagnie Nord Stream AG. Son capital a été modifié depuis l'origine, et est réparti entre le Russe Gazprom (51 % - sans changement), et les Allemands Wintershall Holding et E.ON Ruhrgas (15,5 % chacun), le Néerlandais Gasunie et le Français GDF Suez (9 % chacun)[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Personnel de rédaction, « He who pays for the pipelines calls the tune », The Economist,‎ 17 juillet 2009 (lire en ligne)
  2. AFP, « Projet russe de gazoduc Nord Stream - La Finlande table sur un feu vert en fin d'année », Le Devoir,‎ 26 octobre 2009 (lire en ligne)
  3. Bip (Bulletin de l'Industrie pétrolière Lien vers Bip) n° 10964 du 5 nov 2007 (page 2)
  4. Euronews, « Gazoduc nord-européen : la grogne des pays baltes et de la Pologne », Euronews,‎ 24 juillet 2007 (lire en ligne)
  5. Romandie, « L'UE réservée sur un accord gazier entre la Pologne et la Russie », AFP,‎ 31 août 2010 (lire en ligne)
  6. Spiegel, « Polish Minister Attacks Schröder and Merkel », Spiegel,‎ 5 janvier 2006 (lire en ligne)
  7. Annonce de Viktor Khristenko, Ministre russe de l'Industrie et de l'énergie, rapportée par Ria-Novosti et relayée par le Bip du 5 novembre 2007.
  8. Serge Halimi, « L’Argent », Le Monde diplomatique,‎ janvier 2009 (lire en ligne)
  9. a et b Nord Stream: le tronçon sous-marin achevé le 15 mai (Poutine), RIA Novosti, 26 avril 2011.
  10. (en) Russia's Putin launches Nord Stream pipeline, RIA Novosti, 6 septembre 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]