Norbert Burgmüller

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Burgmüller.

Norbert Burgmüller

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait

Naissance 8 février 1810
Düsseldorf, Drapeau de la Confédération du Rhin Confédération du Rhin
Décès 7 mai 1836 (à 26 ans)
Aix-la-Chapelle, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Activité principale compositeur, pianiste
Famille Friedrich Burgmüller

August Joseph Norbert Burgmüller (Düsseldorf, 8 février 1810 - Aix-la-Chapelle, 7 mai 1836) est un compositeur et pianiste allemand très prometteur dont la vie et l’œuvre connurent une fin brutale.

Longtemps oubliée, sa musique suscite à partir des années 1980 un nouvel intérêt auprès des musiciens et des musicologues[1]. Elle comprend entre autres deux symphonies, quatre quatuors à cordes et un concerto pour piano.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Son père, Johann August Franz, pourvu d’un talent considérablement inférieur au sien, avait fait de la musique sa profession et était parvenu à décrocher la fonction honorable de directeur de musique à Düsseldorf en 1821. Sous sa tutelle, Norbert entama la pratique du piano et du violon. Mais ce même père, de caractère plutôt irresponsable, était bien trop absent pour transmettre son savoir de façon systématique à ses trois enfants ; ainsi, à sa mort, en 1824, Norbert se sentit perdu, en manque flagrant de bagage culturel et de solides bases musicales. Cette triste situation fût de courte durée, car le généreux comte Franz von Nesselrode-Ehreshoven décida de se charger de l’éducation du jeune garçon en tant que mécène, et l’envoya poursuivre ses études à Kassel[2].

Dans cette ville, Burgmüller suivit, en dehors de son instruction générale, des cours intensifs de composition chez deux professeurs renommés : Moritz Hauptmann et Louis Spohr. De 1826 à 1831, il fit d’étonnants progrès en théorie, continua également l’exercice de ses instruments, fréquenta le milieu artistique et participa régulièrement à des concerts en tant que soliste ou chef d'orchestre/chœur. Lors d’une de ces soirées, en janvier 1830, il exécuta son Concerto pour piano op. 1.

L’échec de ses fiançailles avec la diva Sophie Roland pour des raisons inconnues, enclencha une dépression violente chez lui durant laquelle l’abus d’alcool et des attaques d’épilepsie se présentaient sous forme de leitmotivs. La réputation d’ivrogne qu’il s’était construite ne plut guère à Spohr, qui abandonna son élève aussitôt. L’inconsolable Burgmüller retourna à Düsseldorf pour y enseigner à son tour, et entreprit la direction d’un petit ensemble instrumental constitué d’amateurs, peut-être avec l’espoir d’attirer l’attention pour obtenir une position importante et permanente dans sa ville natale.

En 1834, Burgmüller rencontra le compositeur Felix Mendelssohn et lui exprima toute son admiration. Cette rencontre fut certainement un moment de bonheur dans sa courte existence. Sans grande prétention, il présenta à Mendelssohn son premier opus. Ce dernier s’étonna du talent prodigieux de son cadet et éprouva dès cet instant un profond respect pour celui-ci. Un sentiment qu’il confirma en jouant son concerto en mai.

Après le départ de Mendelssohn, en 1835, l’écrivain Christian Dietrich Grabbe, avec lequel Burgmüller entretenait des relations amicales, s’inséra dans la vie quotidienne du compositeur. Ils passèrent souvent leurs temps ensemble dans la taverne Zum Drachenfels, où l’idée d’une collaboration pour la réalisation d’un opéra parodiant les conventions du genre naquit. Burgmüller enterra ce projet assez vite, car il était assez lucide pour comprendre qu’aucun établissement n’accepterait la production d’une composition pareille[3].

Cette même année, il fit la connaissance de Joséphine Collin, la gouvernante des enfants du comte Nesselrode-Ehreshoven ; ce fut le coup de foudre. Burgmüller projetait de s’installer à Paris avec sa bien-aimée. Non seulement Paris lui donnerait la possibilité de pratiquer la langue activement, mais en plus il y retrouverait son frère Friedrich, pédagogue apprécié dans la capitale française, qui l’aiderait à s’introduire dans la haute société. Ce souhait ne se réalisera pas. En mai 1836, il se noya suite à une crise d’épilepsie en prenant les bains à Aix-la-Chapelle.

Dans sa Neue Zeitschrift für Musik, Robert Schumann rendit honneur à Burgmüller en parlant de « la plus grande perte dans le monde musical depuis la mort de Schubert »[4]. À sa mémoire, Mendelssohn écrivit sa Marche funèbre op. 103[5].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

L’héritage musical que nous a laissé Burgmüller surprend l’auditeur et l’analyste par sa grande qualité et son curieux développement.

Le Concerto pour piano op. 1 anticipe celui de Brahms d’un point de vue technique. L’expansion de l’introduction orchestrale et la manipulation du matériau motivique annoncent le renouveau significatif du sens de la forme et du travail thématique après Beethoven. À cette originalité s’ajoute le choix excentrique de la tonalité de fa dièse mineur, tonalité expressive rarement utilisée pour ce genre instrumental[6].

Dans ses quatuors à cordes op. 4 et op. 7, il pousse le chromatisme à un degré jusqu’alors inexploré qu’il combine avec une forme plutôt classique pour atteindre une parfaite symbiose[7]. Tandis que les longues phrases mélodiques rappellent le style lyrique de Spohr et l’invention raffinée de Mendelssohn, ces compositions se caractérisent par un sens commun, profondément mélancolique et personnel.

Sa deuxième symphonie, composition inachevée (deux mouvements orchestrés, l’esquisse du scherzo achevée et celle du final s’arrêtant à la mesure 59) qui avait suscité l’enthousiasme de Robert Schumann, témoigne d’une grande maîtrise de l’appareil symphonique qui écarte tout doute que Burgmüller, malgré sa mort prématurée, ne puisse être compté parmi les maîtres du courant romantique. L'orchestration du scherzo fut terminée par Schumann (à partir de la mesure 169). À la demande de la famille de Burgmüller, il tenta de composer un final (dont il reste 121 mesures d'esquisses), mais abandonna le projet[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. * Voir la bibliographie de cet article et la discographie disponible sur http://www.burgmueller.com/
  2. * Voir entre autres : http://www.die-tonkunst.de/dtk-archiv/pdf/0402-Norbert_Burgmueller.pdf
  3. * K.M. Kopitz, Der Düsseldorfer Komponist Norbert Burgmüller, Kleve, 1998, p. 238-241.
  4. * Neue Zeitschrift für Musik 11/18 (30.8.1839), Leipzig, p. 70-71.
  5. * Voir la partition : http://imslp.org/wiki/Funeral_March,_Op.103_%28Mendelssohn,_Felix%29
  6. * Voir Matthias Wiegandt, Burgmüller, Norbert dans Grove Music Online. Oxford Music Online. - Accès 10.1.2010 : http://www.oxfordmusiconline.com/subscriber/article/grove/music/04363
  7. * Voir les analyses dans C. Bolzan, Norbert Burgmüller : La vita e l'opera di un grande sinfonista della Germania del primo ’800, Trévise, 1995.
  8. * Voir B.R. Appel, Werkfragmente in Robert Schumman's Skizzen zur Messe op.147, dans Schumann in Düsseldorf, Düsseldorf, 1988.

Liste des compositions[modifier | modifier le code]

  • Musique pour orchestre
    • Symphonie n° 1, en do mineur, op. 2 (1831-33)
    • Symphonie n° 2, en ré majeur, op. 11 (1834-35, inachevée)
    • Ouverture, en fa mineur, op. 5 (1825)
    • 4 Entr'actes, op. 17 (1827-28)
    • Concerto pour piano, en fa dièse mineur, op. 1 (1828-29)
  • Musique vocale
    • Dionys, opéra d’après la ballade Die Bürgschaft de Schiller (1832-34, fragment)
    • 23 Lieder
  • Musique de chambre
    • Quatuor à cordes n° 1, en ré mineur, op. 4 (1825)
    • Quatuor à cordes n° 2, en ré mineur op. 7 (1825-26)
    • Quatuor à cordes n° 3, en la bémol majeur, op. 9 (1826)
    • Quatuor à cordes n° 4, en la mineur, op. 14 (1835)
    • Duo, pour clarinette et piano, en mi bémol majeur, op.15 (1834)
  • Musique pour piano
    • Sonate, en fa mineur, op. 8 (1826)
    • Valse, en mi bémol majeur, WoO (1827)
    • Polonaise, en fa majeur, op. 16 (1832)
    • Rhapsodie, en si mineur, op. 13 (1834)
    • Mazurka, en mi bémol majeur, WoO (s.d.)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • W. Müller von Königswinter, Erinnerungen an Norbert Burgmüller, dans Neue Zeitschrift für Musik, 12/1-6 et 10-12, 1840, p. 1 e.s.
  • B. Vorwerk, Norbert Burgmüller, dans Beiträge zur Geschichte des Niederrheins. Jahrbuch des Düsseldorfer Geschichtsvereins, 4, 1889, p. 152-192.
  • W. Kahl, Norbert Burgmüller als Typus des Frühvollendeten, dans Die Musik, 22/I/3, 1929, p. 188-190.
  • H. Eckert, Norbert Burgmüller, Augsbourg, 1932.
  • G. Thomas, Burgmüller, Norbert, dans Rheinische Musiker. 1. Folge, édité par K.G. Fellerer, Cologne, 1960.
  • K. Tischendorf, Norbert Burgmüller : Leben und Werk, Cologne, 1980.
  • Klaus Martin Kopitz, Norbert Burgmüller. Anmerkungen zur Biographie und zum Werk, dans Schlossturm. Düsseldorfer Heimatzeitschrift, 38/2, 1986, p. 22-38.
  • K. Tischendorf, Norbert Burgmüller (1810-1836). Ein Vergessener Romantiker. Aus Anlaß seines 150. Todestages am 7. Mai 1986, Düsseldorf 1986.
  • W. Horn et R. Willhardt, Rheinische Symphonie. 700 Jahre Musik in Düsseldorf, Münster, 1987, p. 65-69.
  • B.R. Appel, Werkfragmente in Robert Schumman's Skizzen zur Messe op.147, dans Schumann in Düsseldorf, Düsseldorf, 1988.
  • C.H. Porter, The reign of dilettanti : Düsseldorf from Mendelssohn to Schumann, dans The Musical Quarterly, 63, 1989, p. 476–512.
  • H. Vogt, Romantische Sinfonik, frühvollendet : Zu den Sinfonien Norbert Burgmüllers, dans Musica, 43/2, 1989, p. 126-133.
  • E.F. Jensen, Norbert Burgmüller and Robert Schumann, dans The Musical Quarterly, 74/4, 1990, p. 550-565.
  • E.F. Jensen, The transformation of El Cid : An absurdist opera of C.D. Grabbe and Norbert Burgmüller, dans A yearbook of interdisciplinary studies in the fine arts, 2, 1990, p. 197-207.
  • E.F. Jensen, A New Generation : Juan Arriaga and Norbert Burgmüller, dans Walls of Circumstance: Studies in Nineteenth-Century Music, Metuchen, 1992, p. 1-19.
  • C. Bolzan, Norbert Burgmüller: "caso" musicale o realtà acquisita?, dans Nuova rivista musicale italiana, 27/2, 1993, p. 205-219.
  • C. Bolzan, Norbert Burgmüller : La vita e l'opera di un grande sinfonista della Germania del primo ’800, Trevise, 1995.
  • B. et E. Lomnäs, Stiftelsen Musikkulturens Främjande (The Nydahl Collection): Catalogue of Music Manuscripts (Music in Sweden No. 9), Stockholm, 1995, p. 44-45.
  • J.A. Kruse, Das Heinrich-Heine-Institut: Geschichte und Bestand, dans Forum Musikbibliothek: Beiträge und Informationen aus der musikbibliothekarischen Praxis, 1, 1995, p. 16-18.
  • K.M. Kopitz, Der Düsseldorfer Komponist Norbert Burgmüller, Kleve, 1998.
  • W. Niemöller, Die Händel-Pflege auf den niederrheinischen Musikfesten, dans Händel-Jahrbuch, 44, 1998, p. 89-99.
  • K. Zehnder-Tischendorf, Fast verklungene Romantik: Norbert Burgmüller (1810-1836), dans Schweizerische Ärztezeitung, 80/31, 1999, pp. 1914-1917.
  • K. Zehnder-Tischendorf, Welch meisterliches Gebilde...". Die Rhapsodie in h-moll op.13 (1834) von Norbert Burgmüller (1810-1836). Eine Werkmonographie, Zofingen, 2000.
  • D.M. Gross, Song composer and critic : A comparative study of selected songs by Robert Schumann and by composers he reviewed in the Neue Zeitschrift für Musik, DMA, University of Illinois, Urbana-Champaign, 2001.
  • K. Zehnder-Tischendorf, Norbert Burgmüller (1810-1836) – Der Rheinische Schubert. (Der Kleine Lauschangriff), dans Klassik Heute, 4/8, 2001, p. 42 e.s.
  • C. Bolzan, Ein vortreffliches Quartett': Verità, dubbi ed ipotesi intorno al quartetto op. 14 di Norbert Burgmüller, dans Nuova rivista musicale italiana, 37/3, 2004, p. 341-364.
  • Nota Bene Norbert Burgmüller, édité par Tobias Koch et K.M. Kopitz, Cologne, 2009.

Liens externes[modifier | modifier le code]