Non-fiction romancée

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La non-fiction romancée est un genre littéraire qui utilise les styles et les techniques de l'écriture romanesque pour raconter des faits réels. Ce nouveau genre littéraire contraste avec l’écriture technique ou le journalisme qui se nourrissent aussi de faits réels mais qui, eux, n’ont pas de but créatif. On compare souvent la non-fiction romancée à la docufiction en cinéma.

Définition[modifier | modifier le code]

Pour qu’un texte soit considéré comme de la non-fiction romancée, il doit contenir des faits exacts et doit être écrit avec un style et une technique littéraires. Selon Lee Gutking, « en fin de compte, le but premier de l’auteur de non-fiction romancée est de transmettre de l’information, comme un simple reporter, mais en faisant en sorte que celle-ci se lise comme de la fiction" [1]. On peut entendre par là les essais, les mémoires, les carnets de voyage, les biographies ou le journalisme littéraire.

Selon Chris Anderson, rédacteur en chef de Wired, un magazine américain, le genre est divisible en deux sous-catégories : les essais personnels (mémoires, carnets de voyage) et les essais journalistiques (biographies, essais)[2].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La critique littéraire Barbara Lounsberry – dans son livre The Art of Fact (1990) [3] – suggère quatre caractéristiques principales du genre :

  • Il s’agit d’un « sujet basé sur des faits réels, par opposition au sujet inventé tout droit sorti de l’esprit de l’écrivain ». Par là, elle entend que les sujets et les événements relatés dans le texte soient existants et vérifiables dans le monde réel.
  • La non-fiction romancée doit sous-entendre une recherche exhaustive : selon Lounsberry, une bonne documentation permet aux auteurs de « donner une crédibilité à leurs écrits à travers des références indiquées dans leurs textes ».
  • La non-fiction romancée doit contenir des scènes : elles doivent décrire et revivifier le contexte des événements, en contraste avec l’objectivité du reportage. Les faits prennent vie grâce à la narration, aux détails, au cadre, à la description des scènes.
  • L’auteur doit utiliser une prose littéraire : « la forme narrative et la structure révèlent le talent de l’auteur et finalement, le langage soutenu montre que le but était bien d’écrire de la littérature. »

L’auteur de non-fiction romancée doit en fait :

  • traiter d’un sujet qui concerne des gens ou trouver une façon de les intéresser (narration, personnalisation, mise en scène) ;
  • donner de l’information exacte (honnêteté, recherche approfondie, sources diverses et citées) ;
  • interpréter l’information (introduire, donner des exemples, analyser, expliquer) ;
  • organiser l’information (ordre chronologique, spatial, dramatique, paragraphes, titres, sous-titres) ;
  • dresser une conclusion ;
  • utiliser un langage littéraire (détails à profusion, citations, métaphores, humour, rythme, imagination…).

Notoriété[modifier | modifier le code]

Importance du phénomène[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, la non-fiction romancée se développe de plus en plus : elle est souvent publiée dans des journaux ou magazines respectés, tels que The New Yorker, Vanity Fair, Harper ou Esquire. Toutefois, les auteurs de non-fiction romancée estiment que leurs écrits ne sont pas assez critiqués. Ils ne sont qu’une petite poignée à avoir vu certains de leurs travaux étudiés. Comme la popularité du genre continue d'augmenter, de nombreux auteurs romanesques et une poignée de critiques littéraires appellent à une plus vaste analyse littéraire du genre.

Exemples d'auteurs de non-fiction romancée[modifier | modifier le code]

Quelques auteurs américains sont reconnus en tant qu’auteurs de non-fiction romancée :

On retiendra également Gabriel García Márquez (Cent ans de solitude) ou Truman Capote (De sang-froid).

Problèmes d'éthique[modifier | modifier le code]

Ces dernières années, il y a eu plusieurs incidents très médiatisés d’auteurs qui ont exagéré ou inventé certains faits dans leurs mémoires.

  • En 1998, alors que ses mémoires Bruchstücke. Aus einer Kindheit 1939–1948 (Fragments : une enfance 1939-1948) reçoivent un franc succès, Binjamin Wilkomirski, un auteur allemand, est accusé d’avoir inventé les propos qu’il avance par l’écrivain suisse et journaliste Daniel Ganzfried. Celui-ci révèle que Wilkomirski a connu les camps d’extermination « seulement comme touriste » et qu’il est né en Suisse, non pas en Lettonie. L’historien Stefan Maechler vérifiera les propos de Ganzfried et les confirmera.
  • En 2006, c’est au tour de James Frey, un écrivain américain, d’être pointé du doigt. Le site The Smoking Gun révèle que les mémoires de Frey, A million Little Pieces (Mille morceaux), contiennent des informations concernant sa lutte contre la toxicomanie qui s’avèrent fausses.
  • En 2008, le New York Times accuse la mémorialiste Margaret Seltzer de faux témoignage. L’auteur explique en effet dans son livre Love and Consequences qu’elle est à moitié blanche et à moitié amérindienne ; elle aurait aussi fait partie du gang des Bloods du South Central Los Angeles. Ces révélations s’avèrent fausses. Après la publication de l’article, l’éditeur Riverhead Books a rappelé tous les exemplaires du livre.


Les auteurs de non-fiction romancée doivent donc avoir la même éthique que les journalistes : les faits qu’ils avancent doivent pouvoir se vérifier même s’ils sont relatés dans un style littéraire.

Creative nonfiction, le film[modifier | modifier le code]

Creative non-fiction est le titre d’un film de Lena Dunham, sorti en 2009 aux États-Unis. Cette comédie dramatique suit la vie d’une étudiante qui doit écrire un scénario et qui finit par s’inspirer de sa propre vie sociale, de ses sentiments, de sa situation. Le scénario de ce film utilise le principe de la non-fiction romancée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gutkind, Lee (2007). The Best Creative Nonfiction, Vol. 1. New York: W. W. Norton. pp. xi.
  2. Anderson, Chris (1989). Literary nonfiction: theory, criticism, pedagogy. Carbondale: Southern Illinois University Press. xix-x.
  3. Lounsberry, Barbara (1990). The art of fact: contemporary artists of nonfiction. Westport, Conn: Greenwood Press. xiii.

Liens internes et externes[modifier | modifier le code]