Nok (civilisation)

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9° 30′ 00″ N 8° 00′ 00″ E / 9.5, 8

Aire d'influence supposée de la culture Nok

La civilisation Nok apparaît au Nigeria 1 500 ans av. J.-C. et s'éteint mystérieusement à la fin du premier millénaire av. J.-C. On suppose que sa disparition est due à une épidémie ou une famine dévastatrice. Elle apparaît aujourd'hui avoir été une civilisation très avancée tant sur le plan de son organisation sociale que de son raffinement à une époque où le reste de l'Afrique méridionale entre dans l'ère Néolithique (l'âge de pierre lorsque chasseurs et cultivateurs ne pouvaient s'aider que d'outils lithiques). On a, à l'occasion, parlé d'une descendance immédiate avec l'Égypte ancienne ou la Nubie Antique pour expliquer en partie la maturité de cette civilisation, mais cela est discutable. À présent, la culture Nok est considérée comme la plus ancienne productrice de terres cuites d'Afrique subsaharienne.

Les pièces d'art que le temps nous a conservées, à travers de fastueuses terres cuites, expriment l'avance technologique de potiers maitrisant l'art du feu et de la cuisson ainsi que la grande qualité des sculpteurs et artistes. Les sujets de leurs représentations sont principalement des dignitaires, des animaux, des reliquaires, conservés pour la plupart des pièces, sous forme de fragments épars. C'est pourquoi l'art Nok n'est principalement connu aujourd'hui qu'à travers des têtes de personnages aussi bien masculins que féminins dont les coiffures sont particulièrement détaillées et raffinées. La raison de ces fragments de statues est que la découverte de ces terres cuites se fait généralement en creusant la boue alluvionnaire, dans des terrains résultant de l'érosion des eaux. Les statues de terre cuite s'y sont trouvées enfouies, roulées, polies, cassées. Rares sont donc les œuvres de grande taille conservées intactes, ce qui en explique la valeur actuelle sur le marché de l'art noir.

Une sculpture jaillie de la nuit des temps[modifier | modifier le code]

C'est à l'occasion de recherches de gisements miniers sur le plateau de Jos en 1929 que la culture du peuple Nok est redécouverte. Les premières pièces sont sorties de terre mais retombent dans l'oubli.

En 1932, un groupe de 11 statues en parfait état fut découvert près de la ville de Sokoto. Depuis cette date, des statues en provenance de la ville de Katsina ont été mises au jour.

Plus tard encore, en 1943, à proximité du village de Nok, au centre du Nigeria, sont extraites par hasard une nouvelle série de figurines en argile, lors de l'exploitation d'une mine d'étain. L'histoire nous en est mieux connue et mérite d'être racontée : un ouvrier avait trouvé une tête qu'il avait emportée chez lui pour en faire un épouvantail, rôle qu'elle remplit parfaitement pendant un an dans un champ d'ignames. Elle attira cependant l'attention du directeur de la mine qui l'acheta. Il l'emporta dans la ville de Jos et la montra à l'administrateur civil stagiaire, Bernard Fagg, archéologue de formation, qui comprit immédiatement son importance. Il demanda alors à tous les mineurs de l'avertir de leurs découvertes, ce qui permit de réunir plus de 150 pièces. Par la suite, Bernard et Angela Fagg dirigèrent des fouilles systématiques qui se sont révélées d'autant plus fructueuses que les trouvailles, dispersées sur une zone très vaste, ont largement dépassé le site initial.

En 1977, le nombre d'objets en terre cuite découverts au cours de travaux d'extraction minière se chiffrait à 153 unités, provenant en majorité de dépôts secondaires (les statuettes avaient été charriées par les crues vers les vallées) situés dans les lits des fleuves desséchés de la savane du centre et du nord du Nigeria, au sud-ouest du plateau de Jos.

Par la suite, de nouvelles découvertes ont eu lieu dans une zone toujours plus étendue, couvrant actuellement une superficie de 480 sur 320 km, englobant la moyenne vallée du Niger et la vallée inférieure de la Bénue.

Mémoire de l'Afrique[modifier | modifier le code]

La première histoire de l'Afrique s'est écrite en terre cuite. C'est en terre que sont modelées les plus anciennes figures retrouvées. Leur grand âge, jusqu'à 3000 ans av. J.-C. pour les plus anciennes (datation par tests de thermoluminescence à l'appui) s'explique d'abord par le manque de matériau disponible. Les métaux ont éveillé la cupidité des fondeurs qui les ont transformés et refondus. Le bois a été la proie des termites. La terre cuite, vu sa valeur minimale, a rarement été réemployée.

Elle avait d'autre part l'avantage de pouvoir être façonnée à mains nues, sans outils. Pour la cuisson, on avait depuis des millénaires l'expérience de la poterie utilitaire. Certaines œuvres ont été séchées au soleil, d'autres, cuites dans les cendres d'un foyer ouvert, à 300 °C environ, d'autres, enfin, à des températures plus élevées, donnant des parois plus durables. Les artisans qui ont travaillé aux alentours de Nok ont utilisé pour leurs figurines modelées la même matière que pour leurs poteries utilitaires : une argile à gros grains. Certaines statues peuvent atteindre 1,20 mètre, ce qui suppose une excellente maîtrise des techniques de modelage comme de la cuisson en plein air. Comme beaucoup de statues sont creuses, le sculpteur a veillé à maintenir sur toute la pièce une égale épaisseur et a évidé les parties qui auraient pu exploser au feu.

Cette compétence technique, tout comme la maîtrise stylistique constatée dans ces œuvres, porte à croire que l'art Nok pourrait être l'aboutissement d'une tradition artistique déjà longue. Nulle part on ne détecte de tâtonnements ou de recherches. Les caractéristiques de ce style sont déjà précises. L'œil attire d'abord l'attention par son importance. Il forme tantôt un arc de cercle, tantôt un triangle au-dessus duquel le sourcil contrebalance la courbure de la paupière supérieure.

Le commerce transsaharien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : commerce transsaharien.

La région d'Afrique subsaharienne qui nous intéresse était à l'époque divisée en 2 grands milieux : la savane où de petites communautés de cultivateurs habitaient la zone fertile septentrionale propice à l'agriculture et à l'élevage ; la forêt tropicale qui couvrait l'essentiel de la zone méridionale où vivaient le long des régions côtières des populations de chasseurs-cueilleurs.

Il y a 2 500 ans, des populations d'Afrique septentrionale, poussées par la sècheresse sont donc descendues vers le sud avec femmes, enfants, bétail, armes et bagages jusqu'au Golfe de Guinée et le sud du continent. Elles introduisirent un nouveau mode de vie car ces tribus cultivaient des céréales, des légumineuses et élevaient des bovins, des moutons, des chèvres. Les hommes connaissaient la métallurgie du fer, chaque groupe ayant un style propre de céramique. C'était le début de l'âge de fer en Afrique et la culture Nok est, avec des artefacts datés de 500 av.J.C., la première communauté attestée à travailler le fer en Afrique de l'Ouest[2],[3].

Les marchands ont probablement commencé à traverser le Sahara dans le courant du 1er millénaire av. J.-C., avec des chariots tirés par des chevaux. Les populations d'Afrique occidentale échangeaient de l'or, des esclaves, de l'ivoire et des produits animaliers contre du sel, des tissus, de la céramique, du verre, des fruits et des chevaux. Impressionnés par cet animal, les artistes Nok ont d'ailleurs modelé d'étranges statuettes figurant des cavaliers, des dignitaires à cheval, pièces qui sont aujourd'hui d'une grande rareté et d'une grande valeur sur le marché de l'art. Cependant, d'après les recherches archéologiques, l'introduction du cheval en Afrique de l'Ouest ne date pas d'avant le premier millénaire après J.-C.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Description de l'œuvre sur le site du Musée du quai Branly
  2. (en) Duncan E. Miller et N.J. Van Der Merwe, « Early Metal Working in Sub Saharan Africa », Journal of African History, vol. 35,‎ 1994, p. 1–36
  3. (en) Minze Stuiver et N.J. Van Der Merwe, « Radiocarbon Chronology of the Iron Age in Sub-Saharan Africa », Current Anthropology, Tylecote,‎ 1968

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de)Peter Breunig, (dir.) (2013), Nok - Ein Ursprung afrikanischer Skulptur. Frankfurt: Africa Magna Verlag. ISBN 978-3-937248-38-7
  • (en) Gert Chesi et Gerhard Merzeder (dir.), The Nok culture : art in Nigeria 2,500 years ago, Prestel, Munich, Berlin, Londres, 2006, 149 p. (ISBN 3-7913-3646-0)
  • (fr) Claire Boullier, Recherches méthodologiques sur la sculpture en terre cuite africaine : application à un corpus de sculptures archéologiques – en contexte et hors contexte – de la culture Nok (Nigeria), Université Panthéon-Sorbonne, Paris, 2001, 2 vol., 640 p. (thèse de doctorat d'Art et archéologie)
  • (fr) Bernard de Grunne, Naissance de l'art en Afrique noire : la statuaire Nok au Nigeria, A. Biro, Paris, 1998, 121 p. (ISBN 2-919880-17-9)

Liens externes[modifier | modifier le code]