Niqab

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Yéménite portant le niqab.

Le niqab (arabe : نقاب) (parfois orthographié niquab) est un voile couvrant le visage à l'exception des yeux. Il est porté par certaines personnes issues de branches dites musulmanes tels que les salafistes ou les alaouites, en tant que prolongement vestimentaire du hijab, principalement au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et dans le sous-continent indien.

Évolution[modifier | modifier le code]

Selon Muhammad Hamidullah, il semblerait que les femmes non-mariées d'Arabie se voilaient dans la période préislamique. Par ailleurs, dans certaines classes de la société, les femmes semblaient se couvrir le visage devant les étrangers comme le laisse penser la philologie[1]. Il s'est ensuite propagé en même temps que l'islam[2].

Certains font remonter le voile couvrant le visage à la Bible hébraïque où dans la Genèse 24, 65 on lit que Rebecca « prit son voile et s'en couvrit ». Le voile désignant dans la Bible celui qui couvre le visage selon certains spécialistes[3].

Dans le Coran, on retrouve trois versets concernant ce sujet :

Le premier a été révélé à Médine. Les compagnons de Mahomet, en exil, habitaient des maisons petites et souvent inconfortables. À la nuit tombée, les femmes devaient sortir pour satisfaire leurs besoins naturels et des jeunes gens en profitaient pour les harceler sans vergogne. Elles se plaignirent au Prophète, suite à quoi il le verset suivant a été révélé:

« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. (Coran, 33:59) »

Trois personnes portant le niqab en promenade à Adana en Turquie

Plus tard, dans un deuxième verset traitant de la chasteté (qui concerne les hommes aussi bien que les femmes), Dieu précisa :

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu'elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. (Coran 24:31) »

Le mot arabe employé est khimâr, qui désigne plutôt un « fichu », le mot « foulard » étant trop « moderne » pour l'époque. L'injonction s'adressait aux femmes qui, selon les habitudes bédouines, portaient des étoffes nouées et flottantes. Le mot hijâb, qui désigne le « voile », apparaît dans un troisième verset assez énigmatique :

« Et si vous leur demandez [à ses femmes] quelque objet, faites-le à travers un rideau : c'est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs (Coran 33:53). »

« À travers un rideau » signifie-t-il qu'on doit leur parler derrière un rideau ou qu'elles doivent se couvrir elles-mêmes d'un voile ? Ou encore, comme le pensent les soufis (les mystiques de l'islam), qu'il s'agit du « voile de la pudeur » qui vient du cœur et ne suppose pas une pièce d'étoffe particulière ? Ce n'est pas tranché, mais le Coran n'en dit pas davantage. Bien évidemment, des interprétations très différentes de ces mêmes versets ont été produites selon les lieux, les sensibilités et les époques.

Il resta ancré dans les mœurs musulmanes jusqu'à la colonisation des terres musulmanes par des colons non musulmans. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir des illustrations de femmes musulmanes datées des années 1880 à 1930 où les femmes avaient le visage recouvert[réf. nécessaire], avec des variantes selon les pays (haïk algérien, etc).

Durant les années de colonisation et sous l'influence de cette dernière, le niqab s'estompa peu à peu.

Le niqab revient au goût du jour avec le prêche des imams convertisseurs, d'une part en Occident, et d'autre part dans les pays à tradition musulmane.

Prise de position[modifier | modifier le code]

Dans les quatre principales écoles de jurisprudence islamique, Malikite, Hanbalite, Hanafite et Shafiite, le port du niqab est obligatoire dans certaines circonstances.

En octobre 2009, le cheikh Mohammed Sayed Tantaoui, imam de la mosquée al-Azhar du Caire, l'une des institutions de référence dans l'islam, interdit le port du niqab dans les lycées de filles selon son institution. Il a notamment demandé à une étudiante d'enlever son voile intégral, en expliquant que « le niqab n'est qu'une tradition, il n'a pas de lien avec la religion, ni de près, ni de loin »[4] (pour l'Egypte, voir Affaires du voile islamique#Égypte et Droit en Égypte).

Aspects politiques dans les pays laïcs[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Le port de la burqa et du niqab dans les lieux publics est interdit, du moins théoriquement, dans de nombreuses communes belges, par des règlements de police locale (zonale). Une proposition de loi dans ce sens déposée le 21 février 2005 à la Chambre des représentants par François-Xavier de Donnéa (député du Mouvement réformateur, droite) n'a pas recueilli l'approbation de cette assemblée[5].

Les conseils d'au moins deux zones de police locale, Bruxelles-Ouest (regroupant les communes de Berchem-Sainte-Agathe, Ganshoren, Koekelberg, Jette, Molenbeek) et Maaseik, ont adopté des règlements généraux de police interdisant à quiconque de « se présenter dans l'espace public masqué ou déguisé », sauf autorisation expresse du bourgmestre. Quiconque enfreint ce règlement à Bruxelles-Ouest « sera puni d'une amende administrative de 150 €[6],[7] ». En mai 2008, une étude universitaire a révélé que 33 procès-verbaux avaient déjà été dressés dans des zones de police bruxelloises pour cette infraction, 21 à Molenbeek, 3 à Koekelberg, 2 à Saint-Gilles et 1 à Bruxelles[8].

Dans les autres zones de police, les règlements généraux maintiennent en vigueur des articles disposant par exemple que « hors le temps du carnaval, nul ne peut se montrer masqué ou travesti dans les rues » ou que « sans autorisation de l’autorité compétente, il est interdit sur le domaine public de se dissimuler le visage par des grimages, le port d'un masque ou tout autre moyen, à l'exception du "temps du carnaval[9],[10] », qui laissent théoriquement la possibilité de verbaliser pour le port du niqab ou de la burqa.

Le 29 avril 2010, la Chambre des Représentants (députés) a adopté à l'unanimité moins deux abstentions la proposition de loi de Daniel Bacquelaine du Mouvement Réformateur (droite libérale) visant à interdire le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière principale le visage[11],[12]. Toutefois, la dissolution anticipée du Parlement a eu pour conséquence que cette proposition doit à nouveau effectuer tout le parcours législatif.

Le 26 janvier 2011, un jugement du Tribunal de police de Bruxelles a donné raison à une femme verbalisée à deux reprises dans le cadre du règlement général de police de la commune d'Etterbeek, estimant dans des attendus de 8 pages que la commune « ne démontre pas qu’une restriction d’une telle ampleur était nécessaire pour assurer la sécurité… Il existe de nombreuses autres situations dans lesquelles des personnes peuvent être amenées à dissimuler leur visage… Que l’on songe notamment aux grands froids récents qui ont amené nombre de citoyens à dissimuler jusqu’à leur nez sous des cagoules et autres écharpes montantes sans être inquiétés ». Le bourgmestre d'Etterbeek, Vincent De Wolf (Mouvement réformateur) a annoncé que la commune envisage d'aller en cassation contre ce jugement[13].

Le 28 avril 2011 la proposition de loi a été re-déposée et re-votée par le parlement en affaires courantes[14]. Cette proposition de loi ne manque pas de susciter des réactions[15]

France[modifier | modifier le code]

Après une mission d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national[16], l'Assemblée nationale, dans sa résolution adoptée le 11 mai 2010, « considère que les pratiques radicales attentatoires à la dignité et à l’égalité entre les hommes et les femmes, parmi lesquelles le port d’un voile intégral, sont contraires aux valeurs de la République »[17].

Le 19 mai 2010, le gouvernement français a déposé un projet de loi[18] interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public[19]. Cette loi entre en vigueur le [20]. Un an plus tard, un premier bilan mitigé est publié par France 24[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Muhammad Hamidullah, Le prophète de l'Islam, éditions El-Najah, p. 961
  2. Mahomet et les femmes, sur le site Nouvelobs.com
  3. Hélène Nutkowicz, historienne et chercheuse au CNRS, Quelques notes sur le voile, de la Bible au Talmud, p. 3
  4. Libération, 6 octobre 2009, p. 8.
  5. Chambre des représentants de Belgique, Proposition de loi insérant un article 563bis dans le Code pénal en vue d’interdire à toute personne de circuler sur la voie publique et/ou dans les lieux publics le visage masqué, déguisé ou dissimulé, déposée par François-Xavier de Donnéa, 21 février 2005, DOC 51 1625/001.
  6. Karim Fadoul, « Le port de la burqa interdit », La Dernière Heure, 24 janvier 2004.
  7. Mehmet Koksal, « Carnaval avec ou sans burqa ? », La Libre Belgique, 8 février 2005.
  8. Mathieu Ladevèze, « 33 P.-V. pour port de la burqa », La Dernière Heure, 19 mai 2008 ; Karen Meerschaut, Paul De Hert, Serge Gutwirth et Ann Vander Steene, « L'utilisation des sanctions administratives communales par les communes bruxelloises. La Région de Bruxelles-Capitale doit-elle jouer un rôle régulateur ? », Brussels Studies, n° 18, 19 mai 2008.
  9. [PDF] Règlement général de police de la Ville d'Arlon, sur le site police-arlon.be
  10. Règlement général de police de la commune d'Etterbeek, sur le site irisnet.be
  11. [PDF] Proposition de loi visant à interdire le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière principale le visage, sur le site lachambre.be
  12. La burqa interdite en Belgique, première européenne, Politique, revue de débats, Bruxelles, n°65, juin 2010.
  13. Ricardo Gutiérrez, Un tribunal autorise la burqa en rue, Le Soir, 28 janvier 2011
  14. L’interdiction de la burqa est votée, sur le site lesoir.be du 28 avril 2011
  15. « La loi anti-burqa ? Expéditive et abusive », sur le site lesoir.be du 30 avril 2011
  16. Mission d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national, sur le site assemblee-nationale.fr du 27 janvier 2010
  17. Résolution sur l’attachement au respect des valeurs républicaines face au développement de pratiques radicales qui y portent atteinte., sur le site assemblee-nationale.fr du 11 mai 2010
  18. Société : interdiction de la dissimulation du visage dans l'espace public, sur le site assemblee-nationale.fr du 24 juin 2010
  19. « Le port de la “burqa” (niqab) sera totalement interdit en France », Le Figaro, 21 avril 2010.
  20. « Les difficiles débuts de la loi sur l'interdiction du voile intégral », L'Humanité,‎ 11 avril 2011 (consulté le 19 septembre 2012)
  21. « Le niqab comme revendication d'un féminisme islamique », France 24,‎ 11 avril 2012 (consulté le 19 septembre 2012)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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