Ninja

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ninja (homonymie).
Le ninja tel qu'il est perçu à l'époque moderne.

Ninja (忍者) est un terme japonais moderne (XXe siècle), servant à désigner une certaine catégorie d'espions, actifs jusqu'à la période d'Edo (XVIIe siècle).

Le ninja désigne usuellement celui qui suit et achève la formation au ninjutsu (忍術), une discipline extrêmement rigoureuse tournée vers la survie, appliquée lors des périodes guerrières du Japon médiéval, aux missions d'espionnage, de renseignement, d'infiltration et de sabotage.

Origine[modifier | modifier le code]

Kanji du mot "Ninja".

Cette image romantique, et le terme même de ninja, sont relativement récents (vers 1780). Les termes utilisés pour désigner ces guerriers-espions étaient plutôt shinobi ou shinobu, parfois rappa (乱破?), suppa (素破, 水破 ou 出抜?) ou kagimono-hiki, ou encore kusa (?, les herbes, cette appellation n'étant attribuée qu'à une certaine catégorie d'espions infiltrés dans les provinces pour des années, voire des générations, y prenant véritablement racine). En raison de leur origine géographique probable, les ninjas sont aussi parfois nommés hommes d'Iga (Iga no mono) ou de Kōga, ou encore troupe d'Iga (Iga shu) ou de Kōga. Mais anciennement plusieurs clans étaient disséminés sur tout le territoire nippon.

Les ninjas les plus réputés étaient en effet probablement issus de ces deux provinces voisines situées à côté de Kyōto. Ces provinces étant indépendantes, ils n'étaient redevables d'aucune taxe et jouissaient d'une liberté de mouvement que n'avaient pas les bushi (ou samouraïs), qui étaient eux inféodés aux daimyō (seigneurs féodaux) ; ils n'étaient pas non plus soumis au bushidō (武士道?, code de l'honneur du bushi), et pouvaient donc pratiquer des techniques de guerre non-orthodoxe (espionnage, guérilla, embuscades, assassinats). N'étant pas subordonnés aux grandes familles, celles-ci les utilisaient pour leurs besognes (pillages, assassinats). Une de leurs grandes spécialités était de s'introduire de nuit dans les châteaux et camps militaires et d'allumer un incendie, afin de faciliter l'assaut par des troupes classiques ; en général ils se déguisaient pour porter la même tenue que leurs victimes (ils n'étaient donc pas forcément vêtus de noir) afin de semer la confusion.

Par ailleurs, les familles nobles commencèrent à faire appel à des mercenaires dès le règne du premier empereur du Japon : Jinmu Tennō (sans doute des ninjas). Mais c'est lors de la période Kamakura (1192-1333), période marquée par de nombreux conflits entre familles et assassinats, que ces pratiques, même si elles ne correspondaient pas au code du bushido, ont été le plus utilisées par le pouvoir et les seigneurs féodaux. Ceux qui devinrent par la suite les ninjas avaient établi leurs demeures souvent dans les montagnes où ils côtoyèrent les pratiquants de shugendō : les yamabushi qui souvent furent leurs maîtres d'armes. On voit souvent des documents anciens montrant des guerriers aux prises avec des tengu, dieux de la montagne, en réalité des yamabushi.

La séparation entre samouraï et ninja est difficile à établir comme le montre la vie du célèbre guerrier Jūbei Mitsuyoshi Yagyū qui fut un samouraï et un ninja hors pair. Il rédigea des traités de stratégie militaire, nommés les Carnets de la Lune (月の諸, Tsuki-no-shō?).

Aux yeux de la population, les ninjas, par leur activité criminelle et leurs méthodes peu orthodoxes, faisaient partie des classes sociales eta (穢多?, paria) ou hinin (非人?, non-humain). Ces castes comprenaient les criminels, mendiants, vagabonds et tanneurs, activités et états indésirables de la société japonaise, aujourd'hui regroupés sous le terme burakumin.

Une explication possible de l'étymologie de kunoichi, le terme désignant une femme ninja, est que chacun des caractères qui composent ce mot — le hiragana ku (?), le katakana no (?) et le kanji ichi (?) — constituent les traits du kanji onna (?) qui signifie femme. Une autre explication du terme "kunoichi" vient du fait que les humains mâles ont neuf trous ou fentes dans leurs corps (yeux, narines, bouche...) mais que les femmes en ont un (ichi) de plus (le vagin). De fait, l'entraînement des kunoichi s'axait pour beaucoup sur la manipulation et la séduction.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jiraiya, personnage du conte japonais Jiraiya Goketsu Monogatari, d'abord chef de clan puis ninja. Estampe d'Utagawa Kuniyoshi.

Les ninjas étaient a priori à l'origine de troupes formées entre le VIIIe et le IXe siècle, et de bushi vaincus sans seigneurs (rōnin), qui se sont réfugiés dans les provinces d'Iga et de Kōga (maintenant les préfectures de Mie et de Shiga, du côté du lac Biwa). Ayant en commun le déracinement et la défaite, ils développèrent des techniques de survie dans ces contrées sauvages, ainsi que des techniques de combat pragmatiques provenant d'origines diverses. Ils subirent sans doute l'influence :

  • Des pirates (海賊, kaizoku?) de la région de Kumano, à qui ils doivent les techniques d'utilisation des grappins,
  • des yamabushi, ascètes vivant dans la montagne et adeptes du shugendō (pratiques mystiques),
  • des moines bouddhistes de la région, notamment des bouddhistes ésotériques shingon,
  • et des hinin, personnes de basse condition sociale utilisées pour les tâches jugées impures, notamment en relation avec le sang et le cuir.

À cette époque, Kibi no Makibi, ambassadeur japonais en Chine, amena au Japon les doctrines militaire chinoises, dont L'Art de la guerre de Sun Tzu (appelé Son Shi au Japon). Une autre hypothèse probable, est qu'à cette période, les futurs ninjas aient subi l'influence de sociétés secrètes chinoises, déjà structurées dans ce genre d'activités depuis des centaines d'années, dans les guerres incessantes dans l'Empire du milieu, qui auraient pu avoir quelques membres expatriés dans l'archipel nippon. Une chose est sûre, dans les progrès de celui du soleil levant, nombreux ont été les emprunts et améliorations, aux voisins locaux, dus aux échanges commerciaux et de populations, comme dans l'île d'Okinawa, berceau de certains types d'arts martiaux, de mélanges improbables. Dans le cas du développement des traditions purement japonaises, qui s'ensuivirent, et aboutirent à la perfection de ces troupes, il est incontestable que l'établissement dans ces contrées sauvages et entourées de montagnes, donc sans grand intérêt économique, et protégées des invasions des seigneurs voisins, a sans doute contribué à développer un esprit d'indépendance, et notamment l'absence d'attachement à un seigneur, et aucune réticence morale à se retourner contre d'anciens alliés. Cela a aussi contribué au secret, et donc à l'aura de mystère qui les entoure.

Les ninjas étaient sans doute à l'origine des troupes de guerriers similaires à des milices civiles au service de propriétaires terriens (jizamurai) dont le but était la défense de la province ; ils n'étaient probablement pas uniquement des guerriers mais exerçaient un autre métier (paysan) ou "goshi" (soldat-paysan). Il est difficile de donner une date exacte de l'apparition des ninjas, il s'agit sans doute d'une évolution progressive. Le premier recours documenté daté de l'utilisation de ces troupes d'Iga et de Kōga (les Iga shû et les Kōga shû) est sans doute l'attaque du château du seigneur Rokkaku à Magari par le seigneur Ashikaga vers 1487. Ieyasu Tokugawa, qui fut daimyō (seigneur féodal) puis shogun (dictateur militaire du Japon) au XVIe siècle eut fréquemment recours à ces agents de renseignement. Mais les ninjas étaient aussi parfois des guerriers inféodés à leur seigneur et n'ayant aucun rapport avec les familles d'Iga et Kōga, comme par exemple ceux utilisés par Shingen Takeda à la même période : Il existait plus de soixante dix familles de ninja à travers l'ensemble du Japon à cette époque, moins réputées que celles des deux provinces phares certes, mais tout aussi dévouées à cet usage.

L'événement le plus marquant fut sans doute la sanglante soumission de la province d'Iga (la province actuelle de Mié, à l'est de la ville de Nara) par les troupes de Nobunaga Oda entre 1579 et 1581. Nobunaga était le régent (bien qu'il ne fut pas nommé shogun par l'empereur), et l'indépendance d'Iga représentait un défi à son autorité. Les deux premières tentatives de soumission se soldèrent par un échec. Pour la troisième, il envahit la province avec six armées venant de six endroits différents. Devant le nombre écrasant d'adversaires, les techniques de guérilla se révélèrent insuffisantes et les familles d'Iga et Kōga furent massacrées. Quelques survivants allèrent se réfugier chez les daimyō voisins (dont Ieyasu Tokugawa) et se mirent à leur service.

À partir de là, certains ninjas, nommés onmitsu, employés par le shogun pour espionner les daimyo, et d'autres, les oniwaban, étaient utilisés pour assurer la sécurité rapprochée du shogun et la surveillance de son château, ainsi que dans une certaine mesure la police dans la capitale Edo. En effet, la période Edo se caractérise par une relative paix entre les clans, les techniques de maîtrise non armées ou avec des armes non tranchantes développées par les ninjas étaient particulièrement intéressantes dans ce contexte.

Ninjutsu, techniques des ninjas[modifier | modifier le code]

Le terme ninjutsu (忍術?), ou shinobi jutsu, désigne l'ensemble des techniques des ninjas. Cela comprend des techniques de combat, et notamment l'utilisation détournée d'armes classiques, le combat à mains nues (tai jutsu), mais aussi des techniques de camouflage (hensō jutsu, doton no jutsu), d'utilisation d'explosifs, de poisons, la prestidigitation (gen jutsu), la natation, l'équitation, etc.

Mais le ninjutsu comporte aussi des connaissances en météorologie, astronomie, médecine et mathématiques qui ne sont plus enseignées de nos jours. Ainsi, certains ninjas ont conçu des digues ou exploitaient des mines, ils étaient ce que l'on appellerait maintenant des « ingénieurs ».

Équipement spécifique[modifier | modifier le code]

Paire de kusarigama.

Les ninjas utilisaient des armes et du matériel spécifiques, principalement des outils de paysans modifiés :

  • Jitte (ou Jutte) : sorte de dague non tranchante et non perforante munie d'une garde courbée vers l'avant (à la différence du sai, il n'y a qu'une branche à la garde), servant à bloquer les sabres ;
  • Kaginawa : grappin ;
  • Kamayari : lance à crochet ;
  • Kusarigama : faucille reliée à une chaîne ;
  • Metsubushi : fumée, en général produite par un mélange de poudre placé dans un œuf évidé, et servant à aveugler l'adversaire ;
  • Mizu gumo : chaussures flottantes munies de vessies gonflées et permettant de se tenir debout sur l'eau, pour espionner ou se défendre ;
  • Ninjatō : sabre court;
  • Otzu Tsu : arme à feu, sorte de mortier fait dans un tronc évidé ;
  • Ashiko : griffes de pieds, situées sous la semelle, servant à l'escalade, à marcher sur un terrain glissant ou bien comme arme ;
  • Tegaki ou shuko : sorte de griffes portées sur la paume, servant à transporter des billots sur le dos par les montagnards (et surtout pas à escalader, tout bon alpiniste fera la différence ) à frapper en combat à mains nues ou bien pour bloquer les sabres, comme le jitte ;
  • Kunaï : Sorte de dard métallique.
  • Shuriken : armes de jet dont les shaken, étoiles métalliques tranchantes pouvant avoir plusieurs formes différentes (trois ou quatre branches, carrées, rondes...) et les bo-shuriken, sorte de tige de métal, effilées à une extrémité. Cependant, contrairement à ce que croit la plupart des gens, le shuriken n'est pas une arme d'attaque directe et doit être manié conjointement à l'art du sabre. Les dégâts engendrés n'étant que de l'ordre d'une coupure ou pouvant être complètement stoppés par l'armure d'un bushi si les yeux ou les points vitaux visibles n'étaient pas touchés. De plus sa trajectoire est assez aléatoire, dans les mains d'une personne qui n'était pas une experte. C'est une arme souvent empoisonnée, de terreur, plus particulièrement utilisée pour désorienter l'ennemi. Elle servait également à faire diversion pour attirer l'attention d'une sentinelle ;
  • Makibishi ou tetsubishi : petits clous à quatre pointes utilisés pour couvrir une fuite ; ceux-ci traversaient les sandales des poursuivants ;
  •  : bâton de quatre pieds et d'environ un pouce et demi de diamètre. Servant autrefois de canne, il devint une arme redoutable que même les vieillards pouvaient manier très efficacement ;
  • Fukumibari : fléchettes plates cachées dans la bouche et destinées à être crachées au visage.
  • Nunchaku : détournement du fléau agricole, où les 2 bâtons sont reliés par une chaîne plutôt que par une corde (cette dernière étant facilement coupée par un sabre). Cette arme peut être utilisée alternativement par les 2 mains.
  • Kyoketsu Shoge : arme a poignée simple et double pointe, disposant d'une lame disposant d'un prolongement en lame droite d'estoc (environ 30 cm) ainsi que d'un second prolongement en lame courbe, voire en crochet, pour l'escalade, le fauchage aux articulations tant antérieures que postérieures. De l'autre côté de la poignée vient se greffer une chaine longue (plus longue que le Kusarigama), et terminée d'un anneau en métal servant tant pour l'escalade encore une fois, que pour des manipulations type "nœuds coulissants" pour étranglement, soumission ou retrait d'arme de l'opposant.

Dresser ici une liste exhaustive des armes du ninpō relèverait de la gageure et, évidemment, il ne saurait être question de parler d'autre chose que des basiques et des premiers échelons de connaissance.

Ninja & ninjutsu aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le ninjutsu a été très médiatisé et fortement déformé par le cinéma, dans la continuité de la vague du cinéma d'arts martiaux après la mort de Bruce Lee.

Contrairement aux Bujutsu qui ont subi une transformation pacificatrice en Budo du XVIIIe au XXe siècle et a subi un enseignement de masse dès la fin du XIXe siècle, le « ninjutsu moderne » du cinéma est souvent un amalgame récent de différentes pratiques sportives.

À l'heure actuelle, l'école moderne du Bujinkan, fondée par Masaaki Hatsumi, diffuse un enseignement martial qu'il a dénommé "ninpô". Masaaki Hatsumi, étudia divers arts martiaux dans sa jeunesse auprès d'Iwata Manzo, Nawa Yumio et de Toshitsugu Takamatsu qui lui légua les écoles qui sont réunies aujourd'huii, sous l'association du Bujinkan.

A l’heure actuelle, la dernière personne connue a avoir été formée selon la tradition du ninjutsu est Mr.Jinichi Kawakami. Directeur honorifique du musée ninja de la région d'Iga depuis plusieurs années, Mr.Kawakami est également un proche collaborateur de l'université japonaise de Mie sur les recherches concernant la tradition du ninjutsu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le ninjutsu, une discipline à démystifier, Guillaume Lemagnen, Lulu.com, 2013
  • Bansenshûkai : le traité des dix mille rivières, Fujibayashi Yasutake, Axel Mazuer, Albin Michel, 2013
  • Shōninki : l'authentique manuel des ninja, Natori Masazumi, Axel Mazuer, Albin Michel, 2009
  • L'Art de la guerre, Sunzi, IVe av. J.-C., plusieurs éditions en français, notamment trad. Jean Lévi éd. Hachette
  • Ninpô - Ninjutsu, l'ombre de la lumière, Kacem Zoughari, éd. Guy Trédaniel éditeur, 2003
  • Dossier : les ninjas, Kacem Zoughari et Ludovic Mauchien, Karate Bushido n° 320, pp 42-52, éd. Européenne de Magazines, février 2004
  • L'Essence du Ninjustu, Masaaki Hatsumi traduit par Florent Loiacono, Budo éditions
  • Ninjutsu, le monde des Ninjas, Watanabe Kondo, Roland Habersetzer, Hans Rauch, Éditions Amphora
  • Secrets of the Ninja, Ashida Kim, version anglaise seulement, DojoPress I-Book
  • L'Esprit des ninjas, Philippe Barthélémy, 1999
  • Ninja et yamabushi, guerriers et sorciers du Japon féodal, Florent Loiacono, Budo éditions, 2006 (nouvelle éditions enrichi prévu pour juin 2013)

Liens externes[modifier | modifier le code]