Nimby

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Protestations contre la création d'une ligne Très haute tension en Bretagne.

NIMBY ou Nimby est l’acronyme de l'expression « Not In My BackYard », qui signifie « pas dans mon arrière-cour ». Le terme est utilisé péjorativement pour décrire soit l'opposition par des résidents à un projet local d’intérêt général dont ils considèrent qu’ils subiront des nuisances, soit les résidents eux-mêmes.

Il s’agit généralement de projets comme de grands bâtiments, d’usines chimiques, de parcs industriels, de bases militaires, d’éoliennes, d’antenne-relais, d’usines de dessalement, de décharges ou de centres d'enfouissement, d’incinérateurs, de centrales électriques, de prisons, de centres d'hébergement et de réinsertion sociale, d’écoles, de garderies, d’auberges de jeunesse, de stades, de lotissements et - le cas le plus fréquent - de programmes d'amélioration de transport (nouvelles routes ou autoroutes, chemins de fer, ports, aéroports).

NIMBY est aussi utilisé plus généralement dans un sens figuré pour décrire les personnes qui prônent une certaine proposition (par exemple, des mesures d'austérité budgétaire, des augmentations d'impôts, des réductions d'effectifs), mais s'opposent à son application dans une manière qui exigerait un sacrifice de leur part.

Le terme a été utilisé pour la première fois en 1980 et se trouve dans la littérature sociologique en français.

Précisions[modifier | modifier le code]

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Le syndrome NIMBY est manifeste lorsque des populations marginalisées et discriminées sont poussées à émigrer dans d'autres lieux : SDF, réfugiés, toxicomanes, prisonniers, etc. Par ailleurs, une mobilisation de type NIMBY s'organise souvent dès qu'une administration ou une entreprise annonce la construction d'une autoroute, d’un aéroport, d'un centre d'enfouissement, d'une antenne radioélectrique, d'un incinérateur de déchets, d'une ligne à haute tension, etc. Dans tous les cas, des arguments sociaux ou écologiques peuvent être avancés par les NIMBY, mais ils ne sont pas crédibles s'il ne s'agit que de déplacer le problème ailleurs.

Toutefois, des associations locales de défenses peuvent aussi contribuer à améliorer les tracés ou à préserver des zones d'intérêt écologique. C'est ce qu'a démontré le sociologue Dominique Boullier[1]. Le terme NIMBY est donc aussi employé par les pouvoirs pour dévaloriser le point de vue des habitants, qui ne doit pas être négligé, ne serait-ce que parce qu'ils raisonnent à une échelle différente et qu'il est nécessaire, en géographie et aménagement, de prendre en compte toutes les échelles[2].

Le syndrome NIMBY est présent, par exemple, dans le lobbyisme de groupe de propriétaires qui souhaitent protéger leur propriété ou des intérêts économiques liés au tourisme, dans l'exportation des déchets vers des pays plus pauvres, dans la construction de ghettos ethniques, etc.

Le syndrome NIMBY - qui a son origine aux États-Unis[réf. nécessaire] - désigne en particulier l'attitude des personnes qui veulent tirer profit des avantages d'une technologie moderne, mais qui refusent de subir dans leur environnement les nuisances liées aux infrastructures nécessaires à son installation. Les NIMBY essaient alors de transférer ces nuisances à d'autres membres de la société, ce qu'ils parviennent souvent à faire s'ils disposent d'un plus grand poids économique ou politique. Le résultat, c'est une concentration des industries polluantes et des nuisances dans les zones économiquement faibles. En Europe, on observe de tels résultats pour l'enfouissement des déchets radioactifs, et plus récemment le bruit des aéroports et la construction de parcs éoliens. Toutefois, pour le géographe Augustin Berque[3], les réactions des habitants sont parfois salutaires, notamment contre l'envahissement des standards internationaux et contre les erreurs d'échelles appliquées par les technocrates. Selon l'auteur, les réactions des habitants contribuent à réhabiliter le local, l'individuel et la subjectivité en géographie, trop dépréciés par un technicisme occidental critiquable auquel il oppose des concepts d'aménagement conçus lors de ses échanges culturels avec le Japon.

Si les citoyens protestent contre une nouvelle infrastructure uniquement sur la base de sa proximité territoriale sans une opposition rationnellement justifiable, on risque d'entrer dans le syndrome du « seulement dans les arrière-cours des autres » (OIOBY)[4]. Dans ce cas, les citoyens s'opposent à un projet tout en reconnaissant sa validité et la nécessité de sa construction, mais ils veulent que la structure soit déplacée dans l'arrière-cour d'autres personnes. Ces citoyens refusent généralement de reconnaître leur position égoïste pour ne pas devoir se sentir coupables. Les exemples sont manifestes dans la délocalisation des industries polluantes des pays du Nord vers les pays du Sud, dans la délocalisation des décharges vers les pays de l'Est, etc.

Selon Enea Tonolla, le syndrome du NIMBY serait très proche du syndrome de l'hypocondrie [4]. La cause de tous les maux étant mise au compte d'un incinérateur ou d'une décharge qui prend souvent feu (par exemple) dont on connaît les effets nocifs sur la santé, l'opposition devient plus farouche, car l'individu lutte justement pour protéger ce qu'il a de plus cher : sa santé et celle de sa famille.

En France, les enquêtes publiques montrent que les riverains NIMBY accusent souvent les institutions de se montrer trop rigides, alors que les administrations critiquent le manque de souplesse des « Nimby », leur réticence à participer aux procédures de concertation pourtant créées pour répondre à leurs aspirations[5].

La rigidité des administrations et les standards formatés des entreprises de construction sont toutefois aussi pointés du doigt par de nombreux universitaires spécialistes d'aménagement[6]. L'emploi de l'acronyme NIMBY viserait à déconsidérer, à anathémiser toute proposition venant des habitants ; NIMBY est l'équivalent, en aménagement, du terme de « populisme » employé parfois pour déconsidérer toute pensée alternative.

Acronymes similaires[modifier | modifier le code]

Une liste d'acronymes plus ou moins sérieux a été constituée autour de NIMBY pour décrire les phénomènes de résistance, notamment pour les riverains et les militants :

  • BANANA - Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything : ne construisez rien nulle part près de quoi que ce soit
  • LULU - Locally unpopular land use : utilisation du sol localement impopulaire
  • PITBY - Put it in their back yard : mettez ça dans leur arrière-cour
  • NOPE - Not on Planet Earth : pas sur la planète Terre
  • NIABY – Not in anybody's back yard : pas dans l'arrière-cour de quiconque
  • NIMFOS – Not in my field of sight : pas dans mon champ de vision
  • NINA - Ni ici ni ailleurs : Refus non pas de la localisation d'un projet d'aménagement, mais de son essence même.
  • PUMA – Peut-être utile, mais ailleurs.

pour les hommes politiques :

  • NIMD - Not in my district : pas dans mon district
  • NIMTOO - Not in my term of office : pas pendant mon mandat
  • NIMEY - Not in my election yard (ou year) : pas dans ma zone électorale (ou pas pendant l’année des élections)

comme renversement du NIMBY :

  • BIMBY - Build in my Back Yard : Construire dans mon jardin
  • WIMBY - Welcome in my Back Yard : Bienvenue dans mon jardin

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Derrière chez moi… l'intérêt général, Paris, Textuel, collection « Le Génie associatif », 2001.
  2. Baudelle G., Regnauld H., Échelles et temporalités en géographie, Paris, Sedes, 2004.
  3. Berque A., Médiance de milieux en paysages, Montpellier, GIP-Reclus, 1990, 163 p.
  4. a et b TONOLLA Enea, Institut de Géographie de l'Université de Lausanne (2009) "Le syndrome NIMBY comme élément de gouvernance : le cas de l’usine de traitement des déchets ménagers de Giubiasco. La dimension multi-niveaux du back-yard basé sur les différentes identités territoriales des tessinois." Sous la direction du Prof. Antonio Da Cunha. Mémoire de licence.
  5. Vincent Mandinaud, Pascal Viot, 2006, ethnographiques.org, Numéro 9 - février 2006.« Nimby », des bouts de jardins aux bords du politique ? Petite réflexion sur une journée de débat. En ligne.
  6. Berque, A., Ibid.

Bibliographie[modifier | modifier le code]