Nikos Papatakis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nico.

Nico Papatakis (Nikos Papatakis)

alt=Description de l'image Papatakis 01.jpg.
Nom de naissance Νίκος Παπατάκης
Naissance 5 juillet 1918
Addis-Abeba (Éthiopie)
Nationalité Drapeau : France Française
(d'origine grecque)
Décès 17 décembre 2010 (à 92 ans)
Paris (France)
Profession Réalisateur
Scénariste
Producteur de film
Directeur artistique
Films notables Réalisateur
Les Abysses
La Photo
Les Équilibristes
Producteur
Un chant d'amour
Shadows

Nikos Papatakis (en grec : Νίκος Παπατάκης) ou Nico Papatakis, né le 5 juillet 1918 à Addis-Abeba (Éthiopie) et mort le 17 décembre 2010[1] à Paris (XIVe), est un réalisateur, scénariste, producteur et directeur artistique français d'origine grecque et éthiopienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Combat et exil[modifier | modifier le code]

Né en Éthiopie en 1918, d'une mère éthiopienne et d'un père grec[2], le jeune Papatakis s'oppose à l'invasion du pays par les armées de Mussolini en 1935 et se serait engagé dans l'armée éthiopienne. Il est ensuite contraint de s'exiler et se réfugie d'abord au Liban puis en Grèce. En 1939, il s'installe à Paris.

La Rose rouge[modifier | modifier le code]

Papatakis fréquente l'intelligentsia parisienne de l'époque dont Jean-Paul Sartre, André Breton, Jacques Prévert, Robert Desnos, Jean Vilar. Il se lie d'amitié avec Jean Genet.

En 1947, il crée le cabaret La Rose rouge, qu'il va diriger jusqu'au milieu des années 1950. Cette scène va être un tremplin pour de nombreux artistes parmi lesquels Les Frères Jacques et Juliette Gréco[3].

L'impact artistique de La Rose rouge est attesté par le film éponyme de fiction que lui consacra le réalisateur Marcel Pagliero en 1951, un film musical qui reflète bien son époque. On y voit le personnel du cabaret improviser un spectacle à la suite d'un empêchement des Frères Jacques.

La robe noire de La Rose rouge[modifier | modifier le code]

En 1950, Juliette Gréco est engagée par Nikos Papatakis, mais se pose alors le problème de lui trouver une robe de scène. Papatakis l'emmène chez le couturier Pierre Balmain où elle choisit, parmi les soldes, une robe noire avec une traîne de satin doré. Juliette Gréco découd cette traîne et monte ainsi sur la scène de La Rose rouge devant un Nikos Papatakis médusé. Gréco portera longtemps sa célèbre robe comme elle le relate dans ses mémoires : « La robe noire plut au public qui la trouva originale. Elle l'était ! Jujube la portera toute sa vie de chanteuse. C'est le noir de travail de Gréco. Elle la porte comme on porterait un tableau noir, laissant libre cours à l'imagination du spectateur. »[4].

Producteur de cinéma[modifier | modifier le code]

En 1950, Papatakis produit et finance le film de son ami Jean Genet, Un chant d'amour (avec une photographie signée Jean Cocteau). Mais l'unique œuvre cinématographique de l'écrivain est censurée en raison de son évocation de l'homosexualité ; il n'est diffusé qu'en 1975.

En 1957, pour des raisons politiques,[réf. nécessaire] il quitte la France pour les États-Unis et se fixe à New York. Il se lie avec le mannequin allemand Christa Päffgen. Elle lui emprunte son vrai prénom et devient Nico, égérie d'Andy Warhol et du Velvet Underground.

En 1959, Papatakis rencontre le réalisateur John Cassavetes qui a des difficultés financières pour terminer son premier long métrage Shadows. Il trouve les fonds nécessaires et devient coproducteur du film.

Metteur en scène[modifier | modifier le code]

Papatakis revient à Paris au début des années soixante. En 1962, il réalise son premier film, Les Abysses, d'après la pièce de Genet, Les Bonnes, inspirée elle-même de l'histoire vraie des sœurs Papin. Le film est présenté au festival de Cannes de la même année. Sa violence et son exaltation forcenées font que certains critiques verront cette œuvre comme un plagiat provocateur[réf. nécessaire] et déclencheront un irrépressible scandale malgré le soutien du fidèle cénacle intellectuel (Sartre, Beauvoir, Genet).

En 1967, il tourne son second long métrage avec son épouse Olga Karlatos dans le premier rôle. Le tournage se déroule clandestinement en Grèce sous la Dictature des colonels. Les Pâtres du désordre est le premier film réalisé en Grèce qui dénonce le régime des colonels[réf. nécessaire]. Le film qui sort au moment des événements de Mai 1968 connaît une faible fréquentation.

En 1975, il écrit et réalise Gloria Mundi, qui évoque la torture en Algérie, à nouveau avec Olga Karlatos dans le rôle principal. Ce film est sélectionné pour l'ouverture du premier Festival du Film de Paris et sort dans trois salles le 7 avril 1976. Il est retiré de l’affiche à la suite d'un attentat à la bombe au cinéma Marbeuf qui n’a jamais été revendiqué, mais que beaucoup[Qui ?] attribuent à d’anciens membres de l’OAS. Ce film ne ressortira qu'en 2005. En 1986 Papatakis écrit et réalise La Photo, sélectionné au Festival international du film de Thessalonique 1986 et dans La Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 1987.

En 1991, il écrit et réalise Les Équilibristes présenté à la Mostra de Venise. On y remarque en particulier Michel Piccoli qui incarne un saisissant Jean Genet.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Papatakis a été marié de 1951 à 1958 avec l'actrice Anouk Aimée avec qui il a eu une fille, Manuela Papatakis, née en 1951. Il a ensuite épousé de 1967 à 1982 l'actrice grecque Olga Karlatos avec laquelle il a eu un fils, Serge Papatakis, né en 1967,

Décorations[modifier | modifier le code]

Le 16 novembre 2009, Nico Papatakis reçoit du ministre français de la Culture Frederic Mitterrand, l'insigne de Commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres.

Hommages[modifier | modifier le code]

« Nico Papatakis, artiste subversif, est mort dans la nuit de samedi. Ennemi du pouvoir et défenseur des humiliés, il fonda son cinéma sur des pulsions existentielles. Il a produit le seul film de Genet. Parmi ses réalisations : Gloria Mundi et La Photo. C'était un ami, un cinéaste volontairement en marge, un artiste exceptionnel, un homme libre. » Federico Rossin, Il Manifesto[1].

L'ancien ministre de la Culture Jack Lang a rendu hommage à Nikos Papatakis après son décès. Dans un communiqué, il souligne que le cinéaste était un « ami rare », un « homme de courage », un « créateur raffiné et audacieux », et qu'« il a été l'auteur d'œuvres cultes : au premier chef la production d'Un chant d'amour de Genet et Les Abysses. Ce sont deux chefs-d'œuvre qui marqueront profondément l'histoire du cinéma ». Il évoque aussi « le bonheur » qu'a été pour lui « en tant que ministre de la Culture d'avoir pu l'aider à donner naissance à son très beau film La Photo. Papatakis était un homme de l'universel. Il a constamment jeté des ponts entre l'Afrique et l'Europe, entre la Grèce et la France, entre la France et les États-Unis », conclut Jack Lang[5]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisation[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Scénario[modifier | modifier le code]

Participation[modifier | modifier le code]

Oeuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Federico Rossin, «Un équilibriste sur l'abîme», Il Manifesto (quotidien italien), 21 décembre 2010.
  2. Nécrologie de Télérama.
  3. Archives INA : Pierre Tchernia et Juliette Gréco évoquent La Rose rouge (ORTF, 1966).
  4. Juliette Gréco, Jujube, Éditions Stock, Paris, 1982 (ISBN 2-2340-0816-6).
  5. Extrait de l'article : Décès de Papatakis, Jack Lang rend hommage[Quand ?], AFP.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Film[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]