Nicolas de Grigny

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Nicolas de Grigny, né à Reims, baptisé le , et mort dans la même ville, est un organiste et compositeur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Nicolas de Grigny est issu d'une famille de musiciens. Il est élève de Nicolas Lebègue, et tient les orgues de Saint-Denis. Marié en 1695 (il aura sept enfants), il retourne en 1696 dans sa ville natale et est nommé titulaire des orgues de la Cathédrale Notre-Dame, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort prématurée.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Il publie un seul livre d'orgue (1699) consistant en une messe et cinq hymnes pour différentes fêtes de l'Église (Veni creator, Pange lingua, Verbum supernum, Ave maris stella, A solis ortus).

Le volume réduit de cette œuvre n'empêche pas Nicolas de Grigny d'être généralement considéré comme un des grands maîtres de l'orgue français, il est mort jeune sans avoir pu léguer tout ce que son génie laissait espérer. Il y montre, non sans une certaine austérité, une science du contrepoint, un sens de l'harmonie et une profondeur d'inspiration religieuse qui l'égalent aux plus grands, François Couperin et Louis Marchand, ses exacts contemporains.

Jean-Sébastien Bach fut un admirateur fervent de Nicolas de Grigny : il découvrit sa musique pendant sa jeunesse, lors du séjour à Lüneburg et recopia à la main l'intégralité de ce livre, qui devait l'influencer, à l'égal de Buxtehude et, plus tard, de Frescobaldi, dans l'élaboration de son œuvre pour orgue. Johann Gottfried Walther recopia également intégralement ce livre d'orgue.

Point d'orgue sur les Grands jeux (Point de vue)[modifier | modifier le code]

Sans entrer dans une analyse complète du langage de Nicolas de Grigny, on peut se pencher, sur la pièce intitulée « Point d'orgue sur les Grands jeux » qui conclut à la fois l'Hymne A solus Ortus et le Livre d'orgue. C'est une page étrange, qui mérite quelques commentaires.

Tout d'abord, la registration est dictée par le titre : par grands jeux, dans l'orgue français, il faut comprendre la réunion des anches (cromorne, trompettes, clairons, y compris à la pédale), auxquelles on ajoute le cornet. Pas de fonds ni de mixtures, mais si l'instrument date du XVIIe siècle, on ajoute le jeu de tierce. La note tenue au pédalier (sur les jeux d'anches) crée un effet très particulier, encore accentué si l'acoustique de l'édifice est généreuse.

Le « Point d'orgue sur les Grands jeux » de Grigny offre, selon l'organiste et musicologue Jean-Luc Perrot [réf. nécessaire], à la fois une image archaïque, quelque écho du lointain Moyen Âge avec sa tenue, son bourdon qui renvoie aux formes les plus primitives de la polyphonie, et une image des plus modernes et audacieuses, avec son chromatisme et son hésitation entre tonalité et modalité, en dépit de la persistance de la basse.

Si l'on s'en tient à une analyse qui tente d'approcher les symboles, au sein d'un hymne chanté pour Noël ou l'Épiphanie, la note tenue n'est rien d'autre que l'étoile qui guide les bergers vers le Sauveur nouveau-né. L'œuvre exprime une forme d'éternité, et ce n'est certainement pas un hasard si cette page est la dernière du recueil. Ces bergers, qui viennent adorer l'Enfant nouveau-né, dansent gaiement, dans la seconde partie du morceau, dans une mesure à 12/8 (notée 6/8 dans l'édition originale).

On peut s'interroger sur les influences qui auraient pu orienter Nicolas de Grigny dans l'écriture d'une telle pièce. Si l'on cherche une antériorité à cette forme assez rare dans la musique d'orgue, on peut bien sûr rapprocher ce morceau de Titelouze (Hymne Ave Maris Stella), mais aussi des Toccate « sopra i pedali » de Frescobaldi. Geoffroy utilise également cette technique. On a aussi remarqué que plusieurs mesures sont textuellement recopiées du final de la Toccata III (Apparatus musico-organisticus) de Georg Muffat. Autant de compositeurs que Nicolas de Grigny devait fréquemment lire ou jouer.

Illustrations sonores[modifier | modifier le code]

Extrait de son Livre d’Orgue, voici le dernier Verset du Kyrie, interprété sur un orgue français classique, tel que pouvait en connaître Grigny (4 claviers : positif, grand-orgue, récit, écho; pédalier à la française, accouplement à tiroir, soufflets cunéiformes), celui de La Chaise-Dieu.

Registration de " Point d’Orgue sur les Grands Jeux " :

La pièce est jouée sur le G.O.

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas de Grigny. Livre d’Orgue, par John Grew à l'orgue Hellmuth Wolff de la salle Redpath de l'Université McGill, Montréal, ATMA Classique ACD 22169/70, 1999, 2 CDs.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Partitions gratuites[modifier | modifier le code]