Nicolas Pineau

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Le château d'Asnières à l’aménagement duquel a participé Nicolas Pineau.

Nicolas Pineau, ou Pinault, né le 7 octobre 1684 et mort le 24 avril 1754, est un sculpteur et architecte français, inventeur de la rocaille française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Jean-Baptiste Pineau, sculpteur ordinaire du roi, qui mourut dix ans après sa naissance, Nicolas reçut néanmoins une forte éducation technique en sculpture et en architecture : élève d’Hardouin Mansart et de Boffrand, il suit les cours de sculpture de l’académie de Saint-Luc, reçoit les conseils de Coysevox pour les figures, et fréquente l’atelier de Thomas Germain, l’orfèvre du roi.

Le Fort, qui avait succédé à son oncle dans la confiance de Pierre le Grand, l’attira en Russie par la promesse de travaux importants ; en 1716, il quitta la France avec son beau-frère, le peintre Louis Caravaque, et l’architecte Alexandre Leblond. Honoré du titre de « premier sculpteur de Sa Sacrée Majesté Czarienne », il allait apporter à Saint-Pétersbourg les traditions du grand style de Versailles, de ce palais qui, pendant un siècle, servira de modèle à tous les souverains de l’Europe.

La formation poussée qu’il avait acquise auprès de maîtres réputés permettra à Pineau d’être, dans ces pays, pendant près de dix ans, le maître entier de ses œuvres, qu’il suit dans tous les détails de leur exécution, se montrant aussi bien capable de donner les plans d’un palais que d’un arsenal, de modeler le masque d’une clef de voûte que l’esquisse d’un monument commémoratif, de sculpter la caisse d’un carrosse que le piédestal d’une statue, de dessiner un surtout de table en orfèvrerie que la lanterne en bronze doré d’un escalier d’apparat.

La verve inépuisable du crayon de Pineau satisfaisait à toutes les fantaisies impériales, donnant plus de dix projets pour la décoration d’une salle de fêtes. Peu à peu, Pineau se dégagea des influences de Daniel Marot et de Jean Bérain, pour trouver dans des combinaisons de rocailles les éléments dont il forma un peu plus tard le style dont il est crédité. Certains panneaux, à décor chinois, composés à Saint-Pétersbourg, offrent déjà des encadrements dont les motifs contrariés s’écartent nettement des principes de rigoureuse symétrie de l’école de Versailles.

Rentré en France peu de temps après la mort de Pierre le Grand, Pineau renonça à l’architecture proprement dite pour se livrer à la sculpture d’ornement et au décor des intérieurs. À l’époque où la mode exige que tous les murs soient revêtus de lambris sculptés en plein bois, son talent trouva vite à s’employer dans les aménagements des somptueux hôtels construits à Paris dans le commencement du règne de Louis XV.

Les dessins de Nicolas Pineau montrent ses recherches pour les grands et petits appartements des gens de cour les mieux qualifiés ou des financiers nouvellement enrichis dans les fermes. La duchesse de Mazarin l’occupa sans cesse dans son hôtel, lui demandant des sculptures pour le bâtiment, des rampes pour l’escalier, des bronzes pour les portes de son cabinet et même des charnières en bois sculpté pour ses carrosses. Le trésorier de la maison du roi, Bouret, lui commanda la boiserie de sa salle à manger, à Croix-Fontaine, et le dessin de son mausolée avec une inscription latine à la gloire du défunt. Le prince d’Isenghien et le comte de Middelbourg lui confièrent la décoration de leurs maisons de Suresnes. Le marquis Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson, Simon Boutin père, receveur général des finances de la généralité de Tours, Boullogne, Rouillé furent de ses clients.

Pineau composa des cartouches et des tympans pour les portes cochères des hôtels du duc de Chatillon, du prince de Conti, du marquis de Feuquières, du maréchal de Villars, du duc d’Harcourt ; il dessina les dessus-de-porte du cabinet du roi, inventa deux modèles de candélabres pour la marquise de Pompadour et fournit à Nattier un cadre en bois sculpté avec attributs galants destiné à un portrait de la favorite.

Le talent de Pineau était universel et sa vogue extraordinaire : il fut le sculpteur attitré du grand architecte rocaille Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne pour lequel il composa ses plus beaux ornements dont ceux de la cathédrale Saint-Louis de Versailles (agrafes de la nef, du transept et du chœur; ancien tabernacle et maître-autel; décoration de la chapelle de la Vierge), et du château d'Asnières. Il dessina la chaire, les boiseries du chœur et de la salle capitulaire de la Chartreuse de Lugny et fit les fonts baptismaux de l’église Saint-Paul à Paris. Les voisins de sa maison de Paris, les religieux de Notre-Dame de Nazareth, lui commandèrent les sculptures de leur chapelle et toute une ornementation signalée à l’admiration des voyageurs, dans l’Almanach d’Hébert de 1779.

À sa mort, Pineau, fort considéré et estimé de ses collègues, était membre de l’Académie de Saint-Luc. Son confrère Blondel, a dit de lui qu’il fut l’inventeur « du contraste dans les ornements » et l’a loué vivement de la sobriété qu’il avait su conserver dans ses compositions. Si Pineau a rompu, de parti pris, avec son système de courbes inégales, avec l’ancienne symétrie, ce dessinateur, qui a donné des modèles non seulement aux architectes, mais aux sculpteurs sur bois, aux ferronniers, aux fabricants de bronzes, aux ébénistes, a su, au moyen de rocailles habilement combinées et pleines de fantaisie, conserver dans ses décorations l’équilibre et la pondération.

Il a eu un fils, Dominique Pineau.

Source de l'article[modifier | modifier le code]

Cet article est la copie d'un texte tombé dans le domaine public, texte paru dans le Bulletin des Musées de France publié sous la direction de Paul Vitry, en 1908[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emile Biais : Les Pineau, sculpteurs, dessinateurs du cabinet du roi, graveurs, architectes (1682-1886), Paris, 1892.
  • Stanislas Lami : Dictionnaire des sculpteurs de l'école française sous le règne de Louis XIV, t. II, Paris, 1906, p. 259-261.
  • Musées et monuments de France, Paris, Librairie centrale d’art et d’architecture, 1908, p. 68-69.
  • Philippe Cachau : Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart (1711-1778), thèse de doctorat d'histoire de l'art soutenue à Paris-I, 2004, t. I, p. 322-347 (cf. philippecachau.e-monsite.com).
  • Philippe Cachau : La cathédrale Saint-Louis de Versailles, un grand chantier du règne de Louis XV, éd. Somogy, Paris, 2009, p. 41-45 (cf. philippecachau.e-monsite.com).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Et actuellement disponible en ligne à cette adresse.