Nicodème (Rotov)

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Nicodème en 1963

Le métropolite Nicodème de Léningrad (né Boris Gueorguievitch Rotov, en russe : Борис Георгиевич Ротов, à Frolovo le 15 octobre 1929 et mort au Vatican le 5 septembre 1978[1]) est métropolite de Leningrad et de Minsk de 1963 jusqu'à sa mort. De 1960 à 1972, il est président du Département des relations aux églises extérieures du Patriarcat de Moscou.

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Il est né à Frolovo dans le sud-ouest de la Russie[1]. Son père s'occupait de l'occupation des terres dans la goubernia de Riazan[2] et aurait été chef du comité régional du PCUS[3].

Le 19 août 1947, il prononce ses vœux monastiques, et est ordonné diacre par l'archevêque de Iaroslavl et de Rostov Dimitri (Gradousov) (Lazare). Il prend le nom religieux de Nicodème, qu'il adopte comme nom civil. Le 20 novembre 1949, il est ordonné hiéromoine par l'archevêque Dimitri et nommé recteur de l'église de la Nativité dans le village de Davydov Tolboukhinski de l'oblast de Iaroslavl puis, quelque temps après, prêtre dans l'église de l'Intercession de la Vierge à Pereslavl-Zalesski. Le 7 août 1950, il est nommé curé de l'église Saint-Dimitri à Ouglitch.

La même année, il entre au Séminaire théologique de Léningrad puis poursuit ses études à l'Académie théologique de Léningrad, tout en occupant des fonctions à la cathédrale de Iaroslav. Il est diplômé de cette Académie en 1955.

Activités dans l'Église[modifier | modifier le code]

De 1956 à 1959 il fait partie de la mission russe à Jérusalem

En 1959, il est nommé au Département des relations aux églises extérieures du Patriarcat de Moscou (renommé "Commission du Saint-Synode sur l'unité des chrétiens et les relations internationales" en 1972). Le KGB appuie son ascension; une note du président du KGB Alexandre Chélépine et du ministre chargé des affaires religieuses, Vladimir Kouroïedov est envoyée au Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique, préconisant de décharger le métropolite Nicolas de ses fonctions à la tête du Comité soviétique de la paix au sein du Conseil mondial de la paix en faveur de Nicodème, et de placer ce dernier à la tête du Département des relations aux églises extérieures[4]. Du 19 septembre 1960 au 14 mai 1963, il dirige également le Service des publications du Patriarcat de Moscou.

Le 23 novembre 1960, il est nommé évêque de Iaroslavl et Rostov, puis le 9 octobre 1963 métropolite de Leningrad et de Ladoga.

De 4 à 19 juillet 1968, il conduit la délégation du Patriarcat de Moscou à l'Assemblée IV du Conseil œcuménique des Églises à Uppsala, en Suède; il est élu au Comité central du COE, et, la même année, il est élu président de la commission préparatoire à la Conférence de la paix chrétienne.

Il signe en avril 1970 un accord avec le métropolite de New York pour l'autocéphalie

En avril 1972, avec d'autres responsables religieux de l'URSS, il signe une lettre condamnant le projet de "diffamation" des écrits d'A. Soljenitsyne.

Le 3 septembre 1974, il est nommé à la tête de l'Archevêché de l'Église orthodoxe russe en Europe occidentale dépendant du Patriarcat de Moscou (à ne pas confondre avec l'Archevêché des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale)

Du 23 novembre 10 décembre 1975, il conduit une délégation de l'Église orthodoxe russe à l'Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises à Nairobi et est élu président du COE.

Rôle à la tête des relations extérieures du Patriarcat de Moscou[modifier | modifier le code]

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Nicomède a joué un rôle important dans l'octroi de l'autocéphalie à l'Église orthodoxe en Amérique.

Saint-Siège[modifier | modifier le code]

Mais c'est pour ses relations avec le Vatican qu'il est resté connu et controversé. De façon caractéristique, il a consacré une monographie au pape Jean XXIII, publiée à titre posthume[5].

Au moment de la préparation du concile Vatican II, en réponse aux invitations du cardinal catholique Augustin Bea, le Patriarcat de Moscou fait paraître un éditorial intitulé "Le Patriarcat répond au Cardinal Bea: NON POSSUMUS"[6]; on expliquera par la suite la virulence de l'article comme l'expression de l'opinion personnelle de son chroniqueur, V Verdernikov. Entre temps, en effet a eu lieu, en août 1962, une réunion confidentielle à Paris, entre le secrétaire de la Commission pour la promotion de l'unité des chrétiens Johannes Willebrands et Nicodème (Rotov). Il s'en dégage dégage que «le Kremlin pourrait accepter la présence d'observateurs de l'Église orthodoxe russe au Concile Vatican II, si le Vatican peut faire en sorte que ce concile ne soit pas un forum anti-soviétique »[7] . Jean Madiran parlera, lui, de négociations de l'"Accord de Metz" pour qualifier cet accord secret entre soviétiques et des fonctionnaires du Vatican qui a autorisé la participation des orthodoxes de l'Est au concile Vatican II en échange d'une non-condamnation du communisme athée lors des assemblées conciliaires. La même année, Johannes Willebrands se rend à Moscou.

Malgré l'échec de l'établissement des liens diplomatiques entre l'URSS et le Vatican, les efforts de rapprochement se poursuivent au niveau de l'Église. En réponse à l'initiative du rapport du métropolite Nicodème "Dialogue avec les catholiques romains modernes sur la pensée sociale chrétienne»[8], rendu à Genève en juillet 1966 lors d'une conférence sur "Eglise et Société ", a lieu en décembre 1967 à l'Académie théologique de Léningrad, la première entrevue entre les théologiens de l'Église romaine et l'Église orthodoxe, avec la participation de Juvénal (Poiarkov) et Johannes Willebrands. Ces réunions se poursuivirent par la suite [9].

Position sur le catholicisme[modifier | modifier le code]

Le métropolite Nicodème sera critiqué dans les milieux orthodoxes conservateurs pour son attirance voire son admiration pour l'Église catholique romaine.

L'analyse des documents montre cependant que quelle qu'ait été son attitude personnelle envers l'Église romaine, les politiques menées par Nicodème ont toujours été conformes à la politique étrangère de la direction soviétique, qui n'avait pas de relations diplomatiques avec le Saint-Siège qui était qualifié, en août 1962, de centre d'influence anti-soviétique. Cela est particulièrement visible au début de sa carrière. La première déclaration de Nicodème sur l'Église catholique romaine ne diffère pas radicalement du ton des discours d'autres hiérarques du Patriarcat dans l'après-guerre, soulignant "la nature non seulement anti-chrétienne, mais encore immorale de la papauté»[10]. Ainsi, dans son rapport "Monde, successeur du Christ" à la première Conférence mondiale des chrétienne pour la paix, le 14 juin 1961, Nicodème déclare-t-il encore:

« Il y a deux tendances discernables dans le développement du système de la papauté et la tendance à l'approbation de la domination du pape sur l'Église et dans le monde et la tendance à la proclamation de l'infaillibilité pontificale en matière de foi. La théorie papale est l'expression la plus vive et concentrée de l'esprit du légalisme extérieur et de la sécularisation, qui a pénétré dans une large mesure dans l'enseignement et la vie de l'Église catholique. <...> La quête de la domination de la Terre a jeté et jette l'Église romaine au cœur de la lutte politique internationale. Ce désir forcé a forcé et force aujourd'hui la Rome papale à être une force politique agressive et à agir au détriment du christianisme, à saper les racines de la foi chrétienne et du message de la grande mission actuelle de l'Église. <...> Hypnotisé par la perspective de l'omnipotence papale, la Curie romaine, par ses intérêts terrestres et ses relations, est bien porteur d'un mode de vie ancien, inextricablement liée aux desseins impérialistes et jusque-là resté sourd, et souvent hostile, aux exigences morales et sociales des masses, qui se battent pour les idéaux de liberté, l'égalité et de fraternité. »

— Nicomède (Rotov), Mir - posledovanie Khristy (Мир — последование Христу), cité dans Journaly Moskovskoï Patriarkhi (Журналу Московской Патриархии, "Journal du Patriarcat de Moscou"), 1961, № 8, p62-63

Mort[modifier | modifier le code]

Il meurt d'une attaque cardiaque en 1978, lors d'une entrevue avec le nouveau pape Jean-Paul Ier au Vatican.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Boris Georgyevich Rotov Nikodim », Crystal Reference Encyclopedia
  2. Selon Juvénal (Poiarkov), Tchelovek Tserkvi (Hommes d'Eglise), 2ème ed, Moscou, 1999, p15
  3. Nikolaï Alexandrovitch MitrokhineРусская Православная Церковь: современное состояние и актуальные проблемы (L'Eglise orthodoxe russe: état actuel et problèmes actuels), Мoscou, 2006
  4. Istoritcheski arkhiv, 2008, n°1, p51-52
  5. Ioann XXIII, Papa Rimski, Vienne, 1984
  6. Journaly Moskovskoï Patriarkhi (Журналу Московской Патриархии, "Journal du Patriarcat de Moscou"), 1961, № 5, p73-75
  7. Stepanov (Roussak), Svideltelstvo obinenia, Moscou, 1993, tome 3, page 17
  8. Journaly Moskovskoï Patriarkhi (Журналу Московской Патриархии, "Journal du Patriarcat de Moscou"), 1966, № 9, p70-75
  9. Journaly Moskovskoï Patriarkhi (Журналу Московской Патриархии, "Journal du Patriarcat de Moscou"), 1968, №1, p51-52
  10. Rapport du recteur de l'archevêque de Kazan Hermogène (Kojina), La papauté et l'Église orthodoxe, 9 juillet 1948 / / Deïania sovechania Glav i Predstaviteleö Avtokefalhykh Pravoslavnykh Tserkveï (Деяния Совещания Глав и Представителей Автокефальных Православных Церквей, "Actes de la Conférence des chefs et représentants des Eglises orthodoxes autocéphales") Moscou, 1949, v. 1, p. 102