Nguyễn Ngọc Loan

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Nguyễn Ngọc Loan, né le 11 décembre 1930 à Hué, Viêt Nam, et mort le 14 juillet 1998 à Washington, D.C., États-Unis, est un militaire, chef de la police nationale de la République du Viêt Nam, connu pour avoir procédé à l'exécution sommaire d’un insurgé du Front national de libération du Sud Viêt Nam (FNLSVN), Nguyễn Văn Lém, à Saïgon.

Jeunesse et carrière[modifier | modifier le code]

Nguyen Ngoc Loan est l'un des onze enfants d'un ingénieur en mécanique prospère. Il est diplômé de l'université de Huê. Reconnu comme l'un des meilleurs de sa classe, il reçoit une formation dans l’armée française au Viêt Nam, puis à Salon-de-Provence, en métropole, pour revenir au Viêt Nam et poursuivre une carrière de pilote de ligne dans la force aérienne sud-vietnamienne. L'un de ses meilleurs amis et copilote était Nguyen Cao Ky (en), nommé en 1965 premier ministre sud-vietnamien. Ce dernier a alors donné à Loan le poste de chef de la police de Saigon.

Le 12 mars 1966 et les jours suivants, les bouddhistes de Hué avaient commencé une protestation, exigeant que les élections aient lieu incessamment afin de donner au pays un gouvernement civil. La manifestation s’était ensuite transformée en une violente révolte qui s'est étendue vers le sud, le long des villes côtières. Le général Nguyen Chanh Thi s’est ensuite uni aux insurgés[1]. Le premier ministre du Sud, Ky, a dans un premier temps accepté de démissionner et Thich Tri Quang (en), bonze très écouté, a invité ses partisans à cesser les émeutes. Mais Ky changea plus tard d'avis et envoya Loan à Đà Nẵng, lequel a ratissé la ville de Huê avec des chars, tuant plusieurs centaines de soldats rebelles et plus d'une centaine de civils[2].

L’exécution photographiée[modifier | modifier le code]

C’est un épisode de la guerre du Viêt Nam, lors de l'offensive du Tết, qui lui fit acquérir une renommée (négative) mondiale.

Le contexte[modifier | modifier le code]

Lors de cette offensive, à travers la ville, de petits groupes FNLSVN s’éparpillent pour attaquer les officiers, les casernes de conscrits, les maisons des officiers de l’armée sud-vietnamienne et les stations de police des districts. Dotés de « listes noires » d’officiers militaires et de fonctionnaires, ils auraient procédé à une série de meurtres[réf. nécessaire].

L’exécution sommaire[modifier | modifier le code]

Le 1er février 1968, durant ce ratissage, Loan captura Nguyen Van Lem, un membre du FNLSVN, et, devant des journalistes, s’avança vers le prisonnier qui avait les mains liés derrière le dos, et d’un pas assuré, le tua d’une seule balle dans la tempe droite.

Selon Vo Suu, un caméraman de la NBC qui a assisté à la scène, Loan a ensuite déclaré : « Ces types tuent beaucoup des nôtres, et je pense que Bouddha me pardonnera. »[3] (des personnes non présentes donneront des versions divergentes[4]).

La photographie et son impact[modifier | modifier le code]

La scène se déroula devant des journalistes, dont un cameraman NBC, Vo Suu, et un photographe d'Associated Press, Eddie Adams. La photo[5] prise par ce dernier contribua fortement à faire changer l’opinion publique américaine sur l'intervention militaire de leur pays au Viêt Nam. En effet, lorsque le film a été montré à la télévision et que la photographie d'Adams a été publiée sur les premières pages des journaux du monde entier, les images ont créé une répulsion immédiate face à un acte de sauvagerie qui a été largement considéré comme emblématique d'une guerre déjà très controversée.

Quelques jours après l’incident, du fait du haut-le-cœur mondial, Ky avança que le militaire fut un très haut dignitaire politique et non un membre du FNLSVN. La veuve d'Nguyễn Văn Lém, la victime, a cependant confirmé que son mari était un membre du FNLSVN et qu'elle ne l’a jamais revu après que l'offensive du Tết ait commencé. Loan avança pour sa part que le prisonnier avait été le capitaine d'un groupe qui avait tué la famille d'un de ses commandants adjoints, et aussi plus tard qu’il avait agi sur ordre[6].

La photographie d’Eddie Adams était particulièrement puissante, un moment figé qui a mis un visage sur l'horreur de la guerre. Prise juste après la gâchette pressée, la photo publiée montre le prisonnier, non identifié et vêtu d’un short noir et d’une chemise à carreaux, les cheveux encore ébouriffés du fait des affrontements et les sourcils froncés, dans une grimace finale au moment où la balle traversait son cerveau mais avant qu’il ne tombe. Un examen attentif de la photo a même montré que du sang sort déjà de la tête du prisonnier. La très grande qualité de la photo permit au photographe Eddie Adams de remporter le prix Pulitzer en 1969.

Eddie Adams regretta pour sa part d’avoir pris la photographie et exprima sa tristesse à de multiples reprises. Il présenta ses excuses en personne à Loan et à sa famille pour les dégâts qu’il a causé à sa réputation. Après la mort de Loan, il s’exprima ainsi : « Ce type était un héros. L’Amérique devrait le pleurer. Je déteste l’idée de le voir partir de cette manière, sans que personne ne connaisse rien de lui[7]. »

Malgré l’impact émotionnel de la photographie, l'épisode a eu peu d'influence immédiate sur l'implication des États-Unis dans la guerre, qui a continué pendant sept années, jusqu’à l'évacuation de Saigon en 1975. En effet, ce fut quatre ans après l'exécution qu'une autre photographie indélébile de la guerre créa une nouvelle série de répulsion, celle d'une fillette de 9 ans, Phan Thị Kim Phúc, criant alors qu'elle courait nue sur une route après avoir été brûlée dans une attaque américaine au Napalm au Sud-Viêt Nam[8].

Contrariété au droit international et absence de procès[modifier | modifier le code]

De multiples textes juridiques peuvent être concernés par l'acte : la question n’est pas de savoir si l’acte est contraire aux droits de l’homme et au droit international public ou non, mais sur quel fondement l’est-il. Trois fondements principaux ont été avancés : les Conventions de Genève de 1949 sur le traitement des prisonniers de guerre, la Déclaration universelle des droits de l'homme et le crime de guerre.

Concernant les Conventions de Genève qui ne concernent pas les civils, la discussion porte ici sur le point de savoir si Lém était un prisonnier de guerre au sens de ces conventions. Ceux qui répondent négativement allèguent qu'il n’était pas vêtu d'un uniforme et qu’il n’était en train de combattre des soldats ennemis au moment de sa capture (même si ce n’est pas une information vérifiée) ; il serait alors un guérillero, ce qui dans tous les cas n’autorise pas la mort sans procès des prisonniers[9].

Le droit au procès avant toute condamnation est prévu par l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais celle-ci n’est pas applicable directement par les tribunaux.

Il s’agit assurément d’un crime de guerre. En effet, ce crime vise entre autres les assassinats de civils et / ou de militaires en tant de guerre : la discussion pour les conventions de Genève perd ici son objet. Mais la difficulté est de punir un crime de guerre. Ils ne le sont en effet que dans des circonstances spécifiques (mise en place d’un tribunal spécifique par le vainqueur de la guerre, adoption d’une disposition dans les lois nationales, récemment création d'un tribunal international permanent…). Il aurait difficilement pu être jugé aux États-Unis, puisqu’il s’agissait d’un crime commis par un Vietnamien, sur un Vietnamien, au Vietnam : l’affaire n’avait a priori rien à voir avec les tribunaux américains. Il aurait pu être jugé au Viêt Nam, mais il aurait fallu que les États-Unis lui retirent leur protection et l'extradent.

Lorsque Loan a été sévèrement blessé, trois mois après l’exécution sommaire, il a été soigné dans un hôpital militaire à Washington, ce qui a été dénoncé à de multiples reprises par des membres du Congrès. Quand sa présence sur le sol américain a été connue après son retour aux États-Unis après la guerre, il y eut un mouvement visant à l’extrader afin qu’il soit jugé au Viêt Nam pour crime de guerre, mais ce mouvement ne fut jamais suivi d'effet.

Vie après l'exécution[modifier | modifier le code]

La photographie n'a pas eu d'impact direct sur Loan et n’a notamment pas provoqué de changement dans sa carrière militaire. Après avoir été blessé au combat et amputé d'une jambe aux États-Unis, il change d’activité et s’occupe notamment d’un orphelinat.

À la chute de Saïgon, les États-Unis ne le rapatrient pas malgré sa demande, car il avait entre autres manqué à défendre les intérêts américains lors de l’offensive du Tết, en déplaçant ses troupes et en laissant l’ambassade américaine en péril. Il avait aussi privilégié les intérêts du Sud-Viêt Nam et tenu tête aux Américains dans une série d’autres situations. Il réussit cependant à s’enfuir. Il se réfugia en Virginie et ouvrit une pizzeria, commerce qu'il vendra après que son passé ait resurgit en 1991, quand un client écrivit sur une porte du restaurant : « Nous savons qui vous êtes[10] », et que ses affaires aient nettement chuté.

Loan est mort d'un cancer le 14 juillet 1998, à Burke, Virginie, une banlieue de Washington D.C. Il était marié à Chin Mai, avec qui il a eu cinq enfants.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Stanley Karnow, Vietnam, a history, New York, N.Y, Penguin Books,‎ 1997 (ISBN 9780140265477), chap. 11 (Escalade)
  2. (en) Frances FitzGerald, Fire in the Lake: The Vietnamese and the Americans in Vietnam, Vintage Books, 1972, chapitre 8 (La crise bouddhiste). L'auteur parle de « massacre ».
  3. « These guys kill a lot of our people, and I think Buddha will forgive me »
  4. (en) What did General Nguyen Ngoc Loan really say on February 1, 1968? - Consilient Inductions, 4 février 2011
  5. (en) This Week in Photography History: Eddie Adams’ Pulitzer Winning Image Was Captured - The Phoblographer (succession d'images prises par Eddie Adams)
  6. [1] L'histoire par la photo : l’exécution de Saïgon] sur tripleaincorporated.blogspot.fr
  7. « The guy was a hero. America should be crying. I just hate to see him go this way, without people knowing anything about him. »
  8. (en) How the Picture Reached the World - Horst Faas et Marianne Fulton
  9. Major General George S. Prugh, Law at War: Vietnam 1964-1973, United States Army Center of Military History,‎ 1975 (lire en ligne), « Prisoners of War and War Crimes »
  10. « We know who you are »

Lien externe[modifier | modifier le code]