Ngugi wa Thiong'o

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Ngũgĩ wa Thiongʼo

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Ngugi wa Thiong'o en 2012 au Festivaletteratura de Mantoue

Nom de naissance James Ngugi
Activités Romancier, dramaturge, essayiste
Naissance 5 janvier 1938 (76 ans)
Kamirithu, Colonie du Kenya
Langue d'écriture anglais, kikuyu
Mouvement marxisme
Genres roman, théâtre, essai

Œuvres principales

  • La rivière de vie (1965)
  • Et le blé jaillira (1967)
  • Pétales de sang (1977)
  • Décoloniser l'esprit (1986)

Ngũgĩ wa Thiongʼo, né James Ngugi le 5 janvier 1938 à Kamiriithu (près de Nairobi), est un écrivain kényan de langue kikuyu et anglaise. Il est actuellement professeur et directeur de l'International Center for Writing & Translation à l'Université de Californie à Irvine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ngũgĩ wa Thiongʼo est le cinquième fils de la troisième des quatre femmes de son père Thiong'o wa Nducu. L'enfant fréquente l'école de la mission presbytérienne de l'Église d'Écosse avant d'entrer, en 1949, dans l'école indépendante, religieuse et nationaliste, Karing'a. Le jeune garçon fait montre de réelles qualités scolaires et obtient une bourse pour l'Alliance School, seul collège kényan à former des Africains. Ngũgĩ wa Thiongʼo poursuit donc sa scolarité en anglais, alors que la situation politique du pays commence à se dégrader puisque des voix s'élèvent contre le colonialisme anglais. La violence embrase peu à peu le pays.

Ngũgĩ wa Thiongʼo rejoint alors l'Ouganda et s'inscrit à l'université Makerere en 1962, qui est alors le seul établissement universitaire d'Afrique de l'Est (dépendant de l'université de Londres). Il y dirige la revue Penpoint et se fait connaître grâce à sa première pièce L'Ermite noir.

Figure dominante de la littérature des années Moi, il a très tôt adopté des positions radicales sur la « politique néocoloniale de l’establishment kényan ». Il participe à une conférence controversée sur le sujet au sein de l'université Makerere.

Son premier roman, Weep not Child (traduit par « Enfant, ne pleure pas »), est écrit en 1962, à la veille de l’indépendance du Kenya. L'auteur y aborde, à travers les yeux de son jeune héros Njoroge, les tensions entre Blancs et Noirs, entre culture africaine et influence européenne, à une époque (1952-1956) où les insurgés kikuyus, plus connus sous le nom de Mau Mau se lèvent contre l'autorité anglaise.

De retour au Kenya, Ngũgĩ wa Thiongʼo devient journaliste pour le prestigieux hebdomadaire The Nation, avant de rejoindre l'université de Leeds, au Royaume-Uni, où il commencera un travail de recherche sur Joseph Conrad. L'écrivain rédige alors Et le blé jaillira, qui lui vaudra son premier succès international.

À partir de 1967, il enseigne successivement au Kenya et en Ouganda. En 1971, il publie un premier recueil d'essais, Rentrer chez soi, puis vient le roman Pétales de sang (1977, traduit en français). Le récit, qui se déroule dans les années 1960-1970, traite du pillage des paysans et des laissés pour compte de la résistance coloniale, volés par la nouvelle classe sociale bourgeoise issue de l'indépendance.

L'écrivain « afro-saxon », comme il se définit, se consacre ensuite au théâtre avec Le Procès de Dedan Kimathi (1975) et Ngaahika Ndeenda (1977), Je me marierai quand je voudrai). Cette dernière pièce, jouée en kikuyu devant un public populaire de plus en plus large, dérange les hautes sphères du pouvoir. Ngugi est arrêté en décembre 1977.

Il passera un an en prison et ce séjour radicalise cet auteur marxisant, qui adopte un ton de plus en plus critique envers le gouvernement. Il réécrit en kikuyu Caithani Matharaba-ini (Le Diable sur la croix) rédigé en prison dans les marges de sa Bible et sur du papier toilette, et dans lequel il détaille la déliquescence de son pays, cornaqué par les voyous et les profiteurs. Sa pièce suivante, Maitu Njugira (1982) est interdite, et le théâtre où elle devait être jouée, rasé. La tentative de coup d'État de 1982 surprend Ngugi en Europe; il ne rentrera pas au pays. Pour décoloniser l'esprit, est son adieu à l'écriture en anglais — depuis lors, il écrit ses romans uniquement en sa langue maternelle, le kikuyu, afin de toucher plus directement son premier public, celui à qui il s'adresse en priorité. Ses romans seront ensuite traduits en anglais, swahili, et autres. Matigari, qui a paru en 1986, raconte la confrontation d'un ancien guérillero mau mau et des nouveaux dirigeants politiques du pays. À la sortie du livre, le gouvernement kényan marque son irritation et va jusqu'à lancer un mandat d’arrêt contre un des personnages (fictif) du roman. Le livre sera interdit dans la foulée.

Exilé à Londres, puis en Californie, professeur à l'université de New York, Ngũgĩ wa Thiongʼo continue de publier régulièrement pièces et essais. Au moment où paraît en 2004 à Nairobi Murogi wa Kagogo, il décide de rentrer d’exil. « Nous avons beaucoup parlé de l'exil politique/ [...] / Ta douce figure m'a rappelé notre terre natale / Ma maison à Limuru et la tienne à Mang'u / Un jour nous rentrerons chez nous / Et nous parlerons notre propre langue. » Ainsi s'exprime l'écrivain dans le poème « Kuri Njeeri » dédié à sa femme. Murogi wa Kagogo, qui veut dire « sorcier du corbeau » est le livre le plus long jamais composé dans une langue de l'Afrique subsaharienne.

Ngũgĩ wa Thiongʼo revient au Kenya le 31 juillet 2004, après 22 ans d'absence (il s'était juré de ne pas revenir dans son pays natal tant que Daniel Arap Moi serait au pouvoir). Quelques jours après leur arrivée, ils sont réveillés, sa femme et lui, en pleine nuit dans leur appartement de location à Norfolk Towers. Quatre agresseurs, armés de revolvers, d'une machette et d'une cisaille, violent sa femme sous ses yeux. Ngũgĩ wa Thiongʼo, qui essaie de se défendre, est frappé et brûlé au visage. Les malfaiteurs sont arrêtés quelques jours plus tard et traînés en justice[1].

Dans ses mémoires In the House of the Interpreter, parus en 2012, Ngũgĩ wa Thiongʼo exprime son admiration pour la littérature française, notamment pour Louis-Ferdinand Céline, dont il souhaite la traduction de l'œuvre intégrale en kikuyu.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • The Black Hermit, 1963 (théâtre)
  • Weep Not, Child, 1964, Heinemann 1987, McMillan 2005, (ISBN 1-4050-7331-4)
  • The River Between, Heinemann 1965, Heinemann 1989, (ISBN 0-435-90548-1)
  • A Grain of Wheat, 1967 (1992) (ISBN 0-14-118699-2)
  • This Time Tomorrow (théâtre), c. 1970
  • Homecoming: Essays on African and Caribbean Literature, Culture, and Politics, Heinemann 1972, (ISBN 0-435-18580-2)
  • A Meeting in the Dark (1974)
  • Secret Lives, and Other Stories, 1976, Heinemann 1992 (ISBN 0-435-90975-4)
  • The Trial of Dedan Kimathi (théâtre), 1976, (ISBN 0-435-90191-5), African Publishing Group, (ISBN 0-949932-45-0) (avec Micere Githae Mugo et Njaka)
  • Ngaahika ndeenda: Ithaako ria ngerekano (I Will Marry When I Want), 1977 (théâtre; avec Ngugi wa Mirii), Heinemann Educational Books (1980)
  • Petals of Blood, (1977) Penguin 2002, (ISBN 0-14-118702-6)
  • Caitaani mutharaba-Ini (Le Diable sur la croix), 1980
  • Writers in Politics: Essays, 1981 (ISBN 978-0-85255-541-5) (GB) (ISBN 978-0-435-08985-6) (US)
  • Education for a National Culture, 1981
  • Detained: A Writer's Prison Diary, 1981
  • Devil on the Cross (traduction anglaise de Caitaani mutharaba-Ini), Heinemann, 1982, (ISBN 0-435-90200-8)
  • Barrel of a Pen: Resistance to Repression in Neo-Colonial Kenya, 1983
  • Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature, 1986 (ISBN 978-0-85255-501-9) (GB)
  • Mother, Sing For Me, 1986
  • Writing against Neo-Colonialism, 1986
  • Njamba Nene and the Flying Bus (Njamba Nene na Mbaathi i Mathagu), 1986 (livre pour enfants)
  • Matigari ma Njiruungi, 1986
  • Njamba Nene and the Cruel Chief (Njamba Nene na Chibu King'ang'i), 1988 (livre pour enfants)
  • Matigari, Heinemann 1989, Africa World Press 1994, (ISBN 0-435-90546-5)
  • Njamba Nene's Pistol (Bathitoora ya Njamba Nene), (livre pour enfants), 1990, Africa World Press, (ISBN 0-86543-081-0)
  • Moving the Centre: The Struggle for Cultural Freedom, Heinemann, 1993, (ISBN 978-0-435-08079-2) (US) (ISBN 978-0-85255-530-9) (UK)
  • Penpoints, Gunpoints and Dreams: The Performance of Literature and Power in Post-Colonial Africa, (The Clarendon Lectures in English Literature 1996), Oxford University Press, 1998. (ISBN 0-19-818390-9)
  • Mũrogi wa Kagogo (Wizard of the Crow), 2004, East African Educational Publishers, (ISBN 9966-25-162-6)
  • Wizard of the Crow, 2006, Secker, (ISBN 1-84655-034-3)
  • Something Torn and New: An African Renaissance, Basic Civitas Books, 2009, (ISBN 978-0-465-00946-6) [2]
  • Dreams in a Time of War: a Childhood Memoir, Harvill Secker, 2010, (ISBN 978-1-84655-377-6)

Traductions en français[modifier | modifier le code]

  • Et le blé jaillira , traduction de l'anglais par Jacques Denève , Julliard, 1969
  • La Danseuse d'ivoire et autres nouvelles, (nouvelles de Cyprian Ekwensi, Ngugi, La Guma, Kahiga, etc.), traductions de l'anglais par Jean de Grandsaigne et Gary Spackey, Hatier, 1982 (ISBN 2-218-06190-2)
  • Enfant, ne pleure pas, traduction de l'anglais par Yvon Rivière de Weep not, child, Hatier, 1983 (ISBN 2-218-06724-2)
  • Pétales de sang, traduction de l'anglais par Josette Mane de Petals of blood, Présence africaine, 1985 (ISBN 2-7087-0456-7)
  • La Rivière de vie, traduction de l'anglais par Julie Senghor de The River between, Présence africaine, 1988 (ISBN 2-7087-0504-0)
  • Décoloniser l'esprit, traduction de l'anglais par Sylvain Prudhomme de Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature, La Fabrique, 2011 (ISBN 978-2-35872-019-9)

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • 2001 : Premio Nonino
  • 1999 : Prix Fonlon-Nichols

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simon Gikandi, Ngugi wa Thiong'o, volume 8 de Cambridge studies in African and Caribbean literature, Cambridge University Press, 2000.
  • Jacqueline Bardolph, Ngugi wa Thiong'o, Paris - Dakar, Présence africaine, 1991.
  • Oliver Lovesey, Ngũgĩ wa Thiong'o, New York, Twayne, 2000.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tirthankar Chanda, « Le périlleux retour au pays de Ngugi wa Thiong’o », rfi.fr, 5 septembre 2004.
  2. Daily Nation, Lifestyle Magazine, June 13, 2009: Queries over Ngugi’s appeal to save African languages, culture