Ngô Ðình Nhu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Ngo Dinh Nhu)
Aller à : navigation, rechercher
Ngô Ðình Nhu rencontrant Lyndon B. Johnson, vice-président des États-Unis.

Ngô Ðình Nhu est le frère cadet et le conseiller politique du premier président de la république du Viêt Nam Ngo Dinh Diem. Il est né le 7 octobre 1910 et mort le 2 novembre 1963.

Biographie[modifier | modifier le code]

La famille Ngo Dinh est originaire du village de Phu Cam, au Viêt Nam central (Annam). Sa famille comprend des mandarins à la cour impériale de Hué : son père Ngo Dinh Kha a été conseiller de l'empereur Thanh Thai pendant la colonisation française. Kha se retire sur ses terres quand l'empereur est déposé. Nhu naît en 1910, quatrième de six garçons[1] et ils sont élevés dans la religion catholique.

Il fait ses études en France, à l'École nationale des chartes, où il obtient le diplôme d'archiviste paléographe grâce à une thèse intitulée Les Mœurs et les coutumes des Annamites du Tonkin au XVIIe siècle (1938). Fervent catholique, il est alors marqué par le personnalisme d'Emmanuel Mounier.

Rentré en Indochine à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il commence à travailler à la Bibliothèque nationale d'Hanoï et épouse en 1943 Tran Le Xuan, plus tard connue sous le nom de « Madame Nhu » (après avoir semble-t-il eu une relation avec la mère de cette dernière). Nhu est toutefois renvoyé par les Français en raison des activités de son frère Ngo Dinh Diem : il s'installe à Dalat où il vit confortablement et publie un journal[2].

La montée vers le pouvoir[modifier | modifier le code]

Ngo Dinh Diem est nommé premier ministre de l'État du Viêt Nam par l'empereur Bao Dai le 6 juin 1954, un mois après la défaite des Français à la bataille de Dien Bien Phu. Au début de 1955, la dissolution de l'Indochine permet à Diem de prendre le pouvoir au Sud[3]. Un référendum est alors prévu pour le 23 octobre 1955 pour déterminer le devenir du Sud. Une lutte s'ouvre alors entre l'empereur Bao Dai, favorable à la restauration de la monarchie et Diem qui désire une république. Ngo Dinh Nhu supervise les élections avec l'aide du parti Can Lao[4],[5] : toute campagne en faveur de Bao Dai est interdite et les partisans de Nhu n'hésitent à attaquer ceux de l'empereur. Diem enregistre 98,2 % des voix, dont 605 025 votes à Saïgon, où seulement 450 000 électeurs étaient inscrits sur les listes[4],[6].

Habitué des mouvements étudiants dans sa jeunesse, Nhu crée un réseau d'organisations politiques, de sécurité, de travail afin de surveiller le pays et d'empêcher les inflitrations du Vietminh communiste. À la manière des communistes, il constitue des cellules de cinq personnes chargées de surveiller les dissidents et de venir en aide aux partisans du régime de son frère[2].

Au pouvoir[modifier | modifier le code]

Bien que n'ayant aucun rôle officiel au sein du gouvernement, Ngo Dinh Nhu commande les armées privées et la police secrète, ce qui lui permet d'avoir la haute main sur le pays. Il habite le palais présidentiel avec sa femme et son frère, l'archevêque Ngo Dinh Thuc[7].

Il contrôle les forces spéciales de l'ARVN commandé par Le Quang Tung, qu'il utilise plutôt pour maintenir l'ordre au profit de sa famille que pour lutter contre le Vietcong[2].

Des « suspects communistes » sont torturés et exécutés : on compte environ 50 000 exécutions et 75 000 emprisonnements de communistes, mais bientôt également de dissidents non-communistes voire de manifestants contre la corruption[8]. Ses agents infiltrent les syndicats[9]. Les manifestations bouddhistes prenant de l'importance pendant l'été de 1963, des pagodes sont détruites, les moines battus ou arrêtés, ce qui pousse certains à s'immoler, comme Thích Quảng Đức.

Sa femme - qui joue le rôle de première dame, Diem étant célibataire - se moque ouvertement de ces suicides en parlant de « barbecues », tandis que Nhu affirme que « si les bouddhistes veulent un nouveau barbecue, je serai heureux de fournir l'essence »[10].

Mais les relations avec les États-Unis se dégradent : ils demandent bientôt le départ de Nhu devenu trop impopulaire et inefficace dans sa lutte contre les rebelles communistes. Le 2 novembre 1963, Ngo Dinh Nhu est assassiné en même temps que son frère en sortant de la messe à l'église Saint-François-Xavier par le capitaine Nguyen Van Nhung, à l'occasion du coup d'État du général Dương Văn Minh, qui avait reçu l'assurance que les États-Unis n'interviendraient pas[11].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Karnow, p. 229–233.
  2. a, b et c Karnow, p. 280–284.
  3. Maclear, p. 65–68.
  4. a et b Karnow, p. 239.
  5. Langguth, p. 99.
  6. Jacobs, p. 95.
  7. Karnow (1997)
  8. Maclear, p. 70–90.
  9. Tucker, p. 461.
  10. Tucker, p. 292–293.
  11. Karnow, p. 300–326.

Références[modifier | modifier le code]

  • Joseph Buttinger, Vietnam: A Dragon Embattled, Praeger Publishers,‎ 1967
  • (en) Marvin E. Gettleman, Vietnam: History, documents and opinions on a major world crisis, Penguin Books,‎ 1966
  • (en) Seth Jacobs, Cold War Mandarin: Ngo Dinh Diem and the Origins of America's War in Vietnam, 1950–1963, Lanham, Rowman & Littlefield Publishers,‎ 2006 (ISBN 978-0-7425-4447-5, LCCN 2006003240)
  • (en) Stanley Karnow, Vietnam: A history, New York, Penguin Books,‎ 1997, relié (ISBN 978-0-670-84218-6)
  • (en) A. J. Langguth, Our Vietnam, New York, Simon and Schuster,‎ 2000 (ISBN 978-0-684-81202-1, LCCN 00057384)
  • (en) Michael Maclear, Vietnam:The ten thousand day war, Londres, Methuen,‎ 1981 (ISBN 978-0-423-00580-6)
  • (en) Spencer C. Tucker, Encyclopedia of the Vietnam War, ABC-CLIO,‎ 2000 (ISBN 978-0195135251)

Traduction[modifier | modifier le code]