Neutralité du réseau

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Symbole de la neutralité du réseau

La neutralité du Net ou la neutralité du réseau est un principe qui garantit l'égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet. Ce principe exclut ainsi toute discrimination à l'égard de la source, de la destination ou du contenu de l'information transmise sur le réseau.

Tim Wu (en), professeur de droit à l'université Columbia à New York, a popularisé le concept de neutralité du Net dans un article paru en 2003 et intitulé Network Neutrality, Broadband Discrimination[1].

Alors que les équipements techniques qui forment le réseau Internet rendent désormais possible une gestion discriminatoire du trafic, de vifs débats politiques ont lieu actuellement pour déterminer si ce principe doit être garanti par la législation.

Principe[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

La neutralité du net en une image

La neutralité du Net exclut toute discrimination à l'égard de la source, de la destination ou du contenu de l'information transmise sur le réseau. Ainsi, ce principe garantit que les utilisateurs ne feront face à aucune gestion du trafic internet qui aurait pour effet de limiter leur accès aux applications et services distribués sur le réseau.

La neutralité du Net assure que les flux d'information ne sont ni bloqués, ni dégradés, ni favorisés par les opérateurs de télécommunications, permettant ainsi aux utilisateurs d'utiliser librement l'architecture communicationnelle.

Lors des Rencontres mondiales du logiciel libre de 2009, Benjamin Bayart, pionnier de l'internet en France, a ainsi proposé quatre principes essentiels à la neutralité du Net[2] :

  • transmission des données par les opérateurs sans en examiner le contenu ;
  • transmission des données sans prise en compte de la source ou de la destination des données ;
  • transmission des données sans privilégier un protocole de communication ;
  • transmission des données sans en altérer le contenu.

Origine[modifier | modifier le code]

La neutralité du Net est un principe qui remonte aux premiers développements d'Internet. Le réseau Internet – réseau de réseaux – est composé de deux architectures distinctes :

Alors que, historiquement, l'architecture physique était la propriété d'opérateurs privés ou d'entreprises publiques, pour la plupart en situation de monopole (jusque dans les années 1970-1980), l'architecture logique a toujours été ouverte et non-propriétaire, c'est-à-dire accessible à tous. C'est ce qui permet de faire d'internet un réseau capable d'accueillir une grande variété d'usages, sans qu'aucune autorité centralisée ne puisse privilégier une utilisation spécifique du réseau. Ainsi, de nouveaux services et applications peuvent être distribués librement, contribuant à la formation d'un écosystème d'innovation bénéficiant à l'ensemble de la société.

Lawrence Lessig, professeur de droit à l'Université Harvard, décrit ainsi la structure acentrée de l'internet, qui repose sur le principe de bout-à-bout (ou end-to-end principle):

« Que les auteurs du réseau [Internet] aient eu conscience ou non de ce qui naîtrait de leur création, ils l’ont bâtie en fonction d’une certaine philosophie : en un mot, l’idée selon laquelle le réseau lui-même ne serait pas en mesure de réguler son mode de croissance. Ce sont les applications qui le feraient. Tel était l’enjeu d’une structure end-to-end'. »

— Lawrence Lessig, L'Avenir des idées, 2005

L’inventeur du World Wide Web, Tim Berners-Lee, explique que garantir la neutralité du Net permet de réguler le réseau comme un bien public, une idée qui a présidé au développement des technologies qui composent Internet, tel que le Web :

« Sur un plan conceptuel, si le Web était destiné à devenir une ressource universelle, il devait pour se développer sans entraves. Techniquement, il suffisait d’un seul point de réglementation centralisée pour que ceci devienne rapidement un goulot d’étranglement limitant le développement du Web, et le Web n'aurait jamais pu se développer. »

— Tim Berners-Lee, Weaving the Web: The Original Design and Ultimate Destiny of the World Wide Web by Its Inventor, 1999, p. 99

Développements mettant en cause la neutralité du Net[modifier | modifier le code]

De récents développements technologiques, à la fois au niveau de l'architecture physique et de l'architecture logique, tendent à mettre fin à cette ouverture caractéristique de l'internet[3].

Le protocole IP permet de signaler différents niveaux de priorité des données qui composent le trafic Internet (champ DSCP dans IPv4 et « Traffic Class » dans IPv6). Les équipements qui composent l'architecture physique du réseau, tels que les routeurs[4], autorisent les opérateurs à tenir compte des niveaux de priorité indiqués, et ainsi de gérer de façon différenciée les paquets de données transportés. En pratique, cette technique est très peu utilisée car ces informations sont mises par l'émetteur, qui peut donc indiquer ce qui lui donnera la meilleure priorité. Les techniques « discriminantes » aujourd'hui reposent davantage sur d'autres champs (comme les numéros de port) ou sur un examen approfondi du paquet (deep packet inspection). Les équipements permettant cela sont aujourd'hui largement déployés par les opérateurs de télécommunications, qui sont donc en mesure de mettre fin à la neutralité du Net.

Les fournisseurs d'accès internet (FAI), appuyés en cela par les industries culturelles (qui fournissent du contenu), voudraient notamment être en mesure de :

  • contenir l'accroissement de la demande en bande passante en ralentissant certains usages intensifs en bande passante, telle la vidéo à la demande ;
  • développer de nouveaux modèles économiques donnant naissance à un internet à plusieurs vitesses, en donnant une priorité de transport à certains services et applications contre rémunération.

Limites au principe[modifier | modifier le code]

Certaines entorses à la neutralité absolue du réseau sont toutefois largement acceptées, même par ses défenseurs, comme l'organisation La Quadrature du Net. Il en va ainsi des pratiques de gestion du réseau visant à faire face à des menaces de sécurité, ou des périodes de congestion importante du réseau (c'est-à-dire lorsque la pleine capacité de celui-ci est atteinte). Toutefois, respecter le principe de neutralité du Net implique que de telles pratiques soient mises en place de manière ciblée, temporaire et totalement transparente.

Une des questions centrales des débats législatifs relatifs à la neutralité du Net est de déterminer quelles sont les pratiques raisonnables de gestion du réseau (reasonable network management practices), c'est-à-dire pouvant être mises en place sans remettre en cause ce principe.

Les arguments contre la neutralité du Net[modifier | modifier le code]

Garantir la disponibilité en bande passante[modifier | modifier le code]

Les opérateurs de réseau estiment qu'ils doivent être en mesure de gérer le trafic internet en vue de garantir une qualité de service minimale en termes de débit et de temps de latence[5]. Cela se traduirait par exemple par le lancement d'offres d'accès internet « haut de gamme », qui garantiraient aux abonnés un débit minimal, y compris en période de congestion du réseau[6]. Or, pour garantir de tels débits en période de congestion, il faudrait nécessairement restreindre l'accès des personnes n'ayant pas souscrit à cette offre.

Assurer l'investissement dans les réseaux[modifier | modifier le code]

Les fournisseurs d'accès internet (FAI), appuyés en cela par les groupes de médias, souhaitent pouvoir développer des modèles commerciaux fondés sur la « valorisation du trafic ». Selon eux, les coûts induits par le déploiement des réseaux nouvelle génération (fibre optique) ne pourront être couverts par le seul paiement des abonnements des consommateurs, et ils souhaitent donc être en mesure de créer de nouvelles sources de revenus. Cet argument est cependant jugé comme étant "du bluff" au sein même des adversaires de la neutralité des réseaux[7].

Les opérateurs de télécommunications voudraient également tirer parti de la demande croissante en contenu, dont ils estiment supporter l'essentiel du coût au travers de leurs investissements dans les infrastructures, alors que les fournisseurs de contenu tels que Google, Microsoft ou Skype engrangent d'importantes recettes. Il s'agirait donc pour les fournisseurs d'accès internet de monétiser l'accès à ces services. Ces derniers seraient contraints de verser une partie de leurs revenus aux opérateurs en échange de l'accès au consommateur.

Les arguments pour la neutralité du Net[modifier | modifier le code]

Neutralité du Net et démocratie[modifier | modifier le code]

Contrairement aux moyens traditionnels de communication, tels que la radiodiffusion ou la télédiffusion, la production et la diffusion de l'information sur internet ne requièrent aucun investissement financier significatif (le matériel informatique et l'accès au réseau étant relativement peu chers). Ainsi, cet accès élargi aux moyens de production et de diffusion de l'information contribue à rendre plus égalitaire l'accès à la sphère communicationnelle.

La neutralité du Net, en assurant l'égal traitement des flux d'information, permet de garantir que l'accès au réseau ne dépend pas des ressources financières des utilisateurs. Acteurs commerciaux et non-commerciaux sont sur un pied d'égalité. Chacun est libre de s'exprimer librement, dans les limites fixées par la loi, et d'accéder à l'information ou aux services qui lui plaisent, qu'ils soient payants ou non. Aussi, l'ensemble des sources d'information disponibles sur internet représente ainsi une diversité bien plus grande que celle permise par les médias traditionnels, ce qui constitue un progrès démocratique notable.

Dans sa décision du 10 juin 2009 relative à la loi HADOPI[8], le Conseil constitutionnel français a ainsi estimé que :

« aux termes de l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » ; qu'en l'état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu'à l'importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l'expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d'accéder à ces services. (considérant 12) »

— Conseil Constitutionnel, Décision n° 2009-580 DC du 10 juin 2009 sur la loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet

En offrant un choix élargi de sources d'information, et plus encore en permettant à chacun de s'exprimer dans l'espace public que constitue Internet, la « société en réseau » rend les individus plus autonomes et potentiellement plus proactifs. Cette contribution d'internet à la démocratie est ainsi résumée par Benjamin Bayart : « L’imprimerie a permis au peuple de lire, internet va lui permettre d’écrire »[9].

Neutralité du Net et innovation[modifier | modifier le code]

De même qu'un internet neutre constitue une plate-forme de communication égalitaire pour la création et la diffusion de messages, tout service ou innovation peut être librement distribué sur le réseau, quand bien même il entre en concurrence avec les offres commerciales des opérateurs de réseaux (exemple du service de téléphonie sur IP Skype).

Le concept d' « innovation sans permis » - caractéristique d'internet et qui permet à des start-ups de distribuer de nouveaux services à moindre coût et sans accord préalable des opérateurs de réseau - est au fondement même du développement d'internet. Or ce principe est remis en cause puisque certains fournisseurs d'accès bloquent l'utilisation de certaines applications, en particulier sur les réseaux internet sans fil (3G).

Les velléités des opérateurs de monnayer la distribution de certains services et applications à leurs abonnés sont perçues par les fournisseurs de contenu (notamment Google, Microsoft ou Skype) comme anticoncurrentielles[10]. Ces entreprises de l'internet considèrent en effet que la remise en cause de la neutralité du Net permettrait aux opérateurs, qui ont pour la plupart des filiales dans les médias et ont donc eux aussi des activités de fournisseur de contenus, de privilégier leurs propres offres (par exemple en matière de vidéo à la demande).

Neutralité du Net et investissements structurels[modifier | modifier le code]

Dans le conflit qui les oppose aux opérateurs de télécommunications, les fournisseurs de services et d'applications internet estiment qu'ils contribuent déjà à l'économie globale du secteur des télécommunications puisque leurs services permettent le développement de nouveaux usages, qui en retour encouragent l'accroissement du nombre d'abonnés internet.

En effet, la structure décentralisée d'internet est à l'origine d'un modèle de développement du réseau basé sur les usages : à mesure que l'utilisation de nouvelles applications plus sophistiquées apparaissent, les besoins en bande passante s'accroissent. Afin de répondre à la demande des utilisateurs souhaitant profiter de ces innovations, les opérateurs télécommunications investissent pour augmenter la capacité de leurs infrastructures. C'est ce cercle vertueux qui explique le développement rapide du trafic Internet (+10 % par an) et l'amélioration concomitante des capacités de réseau.

À l'inverse, si les opérateurs étaient en mesure de mettre en place une gestion discriminatoire du trafic Internet, les défenseurs de la neutralité du Net estiment qu'ils pourraient organiser délibérément la rareté de la ressource en bande passante afin de donner la priorité à certains fournisseurs de services et d'applications prêts à les rétribuer pour bénéficier d'un accès prioritaire aux capacités du réseau.

État de la législation[modifier | modifier le code]

Amériques[modifier | modifier le code]

Brésil[modifier | modifier le code]

Le parlement brésilien débat en 2014 de l'adoption d'une loi cadre relative aux droits et libertés sur Internet, appelée le Marco Civil da Internet (en), dont l'article 9 vise à garantir la neutralité du Net. Cette disposition sur la neutralité a d'ailleurs cristallisé l'opposition des opérateurs télécoms qui ont fait pression pour retarder le passage de la loi au Parlement. Le texte a finalement été adopté en première lecture par la chambre des députés le 25 mars 2014[11] et doit encore être approuvé par le Sénat.

Chili[modifier | modifier le code]

Le 13 juin 2010, le Chili a été le premier pays à inscrire dans la loi le principe de neutralité du net[12].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, le débat sur le neutralité du Net est plus ancien qu'en Europe. Dès 2004, la Federal Communications Commission adopte une déclaration visant à protéger la neutralité du Net[13]. Ces règles sont appliquées contre l'opérateur Comcast, sanctionné pour avoir bridé le protocole BitTorrent, mais sont ensuite invalidées une première fois par la justice pour manque de base légale. En réaction, la FCC adopte de nouvelles règles en la matière en 2010[14]. L'opérateur Verizon conteste l'autorité de la FCC à les édicter et engage à son tour un recours devant la Cour d'appel des États-Unis pour le district de Columbia. Durant le débat, les juges semblent privilégier une différenciation entre la règle de « non blocage » et celle de « non discrimination », offrant une interprétation très restrictive du principe de neutralité du réseau[15]. Le 14 janvier 2014, la Cour donne finalement raison à Verizon contre la FCC[16], même si elle ne remet pas en cause la neutralité en tant que telle mais seulement la méthode juridique choisie par la FCC pour la mettre en application[17]. Le 19 février 2014, la FCC annonce qu'elle ne fera pas appel du jugement, pour privilégier la recherche d'une troisième rédaction de ces règles susceptible d'éviter la censure judiciaire[18]. Les audiences de la FCC sur cette question, qui devraient se tenir durant l'été 2014, suscitent énormément de controverses. Même si l'architecture actuelle de l'Internet assure déjà aux sites majeurs un accès direct aux fournisseurs d'accès, il est essentiel de limiter la concentration de ces derniers de façon à favoriser une saine concurrence[19].

Pérou[modifier | modifier le code]

La proposition de loi n°29904 « de promotion de la bande passante et de construction d'un réseau national de fibre optique » reconnait par son article 6 le principe de neutralité des réseaux[20]. Cette loi a été votée par le congrès péruvien le 15 juin 2012[21].

Europe[modifier | modifier le code]

Union européenne[modifier | modifier le code]

En avril 2014, le Parlement européen a adopté en première lecture de projet le Règlement européen relatif au marché unique des télécommunications. Par ce vote, les eurodéputés ont souhaité consacrer le principe de neutralité du Net au niveau législatif pour les 28 États membres de l'Union. Tout en autorisant le traitement différentié d'applications nécessitant une qualité de service garantie dans le cadre de certaines offres d'accès (appelées « services spécialisés »), le texte adopté protège la bande passante allouée par les FAI à Internet et interdit les pratiques discriminatoires de la part de l'opérateur[22]. Pour s'appliquer, le projet doit cependant être approuvé par le Conseil de l'Union européenne.

Depuis 2010, le Paquet Télécoms, ensemble de directives européennes régulant le secteur des télécommunications dans l'Union européenne, adopté en novembre 2009, permet aux autorités de régulation nationales du secteur des télécommunications de résoudre les conflits qui peuvent apparaître entre fournisseurs de services et fournisseurs d'accès. Il impose par ailleurs une information transparente des consommateurs. La Commission européenne avait en outre inséré en annexe du Paquet Télécoms une déclaration politique en faveur de la neutralité du Net[23].

Cependant, les groupes de la société civile s'étaient déclarés déçus de ne pas voir affirmée une garantie juridique claire de la neutralité du Net dans le Paquet Télécoms. L' « amendement 138 », adopté par le Parlement européen en première et deuxième lecture, et finalement abandonné à l'issue de la procédure de conciliation, aurait pu permettre de protéger ce principe de manière non équivoque, puisqu'il prévoyait que « aucune restriction ne peut être imposée aux droits et libertés fondamentaux des utilisateurs finaux sans décision préalable des autorités judiciaires ». Les atteintes à la neutralité du Net, dans la mesure où elle constituent une restriction de l'accès internet des abonnés internet, auraient pu tomber sous le coup de cette disposition, et nécessiter une décision judiciaire préalablement à leur mise en œuvre.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Le 24 juin 2011, à l'occasion de la transposition du Paquet Télécom en droit néerlandais, les Pays-Bas sont devenus le premier pays européen à inscrire dans leur droit national une protection de la neutralité des réseaux[24].

Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, le parti CD&V et le parti socialiste francophone ont déposé des propositions afin d'inscrire le principe de neutralité dans la loi [25] et [26] ainsi que dans la Constitution[27].

France[modifier | modifier le code]

En France, l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) a décidé, depuis septembre 2009, d’engager une réflexion interne sur ce sujet important et multiforme. Début 2010, l’Autorité a lancé une seconde phase de travaux, cette fois-ci publique, avec l'organisation d'un grand colloque international le 13 avril 2010. Dans le cadre de la préparation de ce colloque, l'ARCEP diffuse également une série d'interviews vidéo qui doivent permettre, jusqu'au colloque, de réfléchir à la notion de neutralité des réseaux et d'engager le débat[28]. Le 20 mai, des lignes directrices sont publiées et soumises à consultation.

Le 12 septembre 2012, la députée Laure de la Raudière a fait une proposition de loi concernant notamment la neutralité du net[29]. Ce projet de loi fait suite a une mission parlementaire "information sur la neutralité de l’internet et des réseaux" publié en 2011[30].

Italie[modifier | modifier le code]

Une proposition de loi est introduite en mars 2009 par les sénateurs Vincenzo Vita et Luigi Vimercati relative à la régulation d'internet. Elle prévoit d'interdire tout type de discrimination, qu'elle ait trait au contenu, au service ou à l'application[31].

Norvège[modifier | modifier le code]

Début 2009, la Norvège a édicté des principes protégeant la neutralité du Net que les opérateurs de télécommunications peuvent s'engager à respecter sur une base volontaire. Ces principes ont reçu un accueil favorable de la part des opérateurs[32].

Exemples concrets de remise en cause de la neutralité du Net[modifier | modifier le code]

Les atteintes à la neutralité du réseau peuvent être le fait de discriminations à l'égard de la source, de la destination ou du contenu de l'information transmise via le réseau.

Discrimination à l'égard de la destination[modifier | modifier le code]

  • Les premières remises en cause de la neutralité du Net sont apparues aux États-Unis en 2005, avec les déclarations du PDG d'AT&T, Ed Whitacre, dénonçant l'utilisation du réseau à titre gratuit par Google et Yahoo.
  • En 2005, au Canada, l'opérateur Telus a bloqué l'accès vers des sites de syndicats à l'occasion d'un mouvement social interne[33]. Davantage encore qu'une atteinte à la neutralité du Net, cette mesure fut dénoncée comme de la censure.
  • En 2007, Neuf Cegetel bloque l'accès au site de vidéos Dailymotion lors de négociations commerciales[34]. Le même type de pressions avait déjà été exercé en 2006 sur le site de vidéos par Free[35].
  • En 2010, l'opérateur virtuel M6 Mobile utilisant le réseau Orange annonce une offre à 1 € par mois ne donnant accès qu'aux pages web des réseaux sociaux Facebook et Twitter[36].

Discrimination à l'égard du contenu[modifier | modifier le code]

  • En 2007, l'opérateur Comcast, qui possède également de nombreux groupes de médias, a ralenti le trafic peer-to-peer sur ses réseaux[37], ce qui lui valut d'être sanctionné par la Federal Communications Commission, le régulateur américain des médias et des télécommunications.
  • En Europe, l'opérateur néerlandais UPC annonce en septembre 2009 qu'il restreindrait d'un tiers la bande passante de ses abonnés accédant à des services intensifs en bande passante entre midi et minuit[38].
  • En France, les opérateurs proposent des forfaits internet 3G+ qui bloquent des services Voix sur réseau IP (tel que Skype). Le 13 avril 2010, Orange a annoncé l'autorisation des applications VoIP sur son réseau[39], alors que SFR et Bouygues Telecom confirment leur volonté d'offrir également l'accès à cette technologie[40].
  • De même en Allemagne, Le 3 avril 2009, T-Mobile, le plus gros opérateur national, annonce qu'il bloquera le service de téléphonie sur IP Skype sur son réseau 3G[41].

Discrimination à l'égard de la source[modifier | modifier le code]

  • En Espagne, Vodafone met en place depuis novembre 2009 des offres commerciales internet 3G+ permettant, moyennant surcoût, de surfer plus rapidement que d'autres utilisateurs du réseau[6].
  • En France, Orange a mis en place en aout 2010 des offres commerciales internet mobile permettant, moyennant surcoût, d'accéder de façon illimitée au service de musique en stream Deezer alors que son forfait mobile est pour les autres sources de contenus du même type limité à 1 Go par mois, le rendant inutilisable pour accéder à des services concurrents.
  • En France toujours, Bouygues Telecom a créé une offre garantissant un accès « prioritaire » sur le reste de ses clients en cas de congestion du réseau[42].

Alteration du contenu[modifier | modifier le code]

  • En France, en 2013, il est révélé que SFR recompresse les images et altère le code de façon à le rendre moins lourd sur son réseau 3G[43].
  • Toujours en France, Sosh, la filiale « low cost » d'Orange, est suspectée d'injecter dans les pages webs de la version mobile de Facebook deux liens cliquables (« mes communautés » et « retour à Orange World ») favorisant les services Orange[44].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tim Wu, Network Neutrality, Broadband Discrimination, Journal of Telecommunications and High Technology Law, vol. 2, p. 141, 2003
  2. Table ronde politique : Neutralité du Net, liberté d’expression sur Internet...le Paquet Télécom et la loi HADOPI
  3. À propos du contexte législatif européen, des moyens techniques possibles et des conséquences pour le citoyen, voir Cormac Callanan, Marco Gercke, Estelle De Marco, Hein Dries-Ziekenheiner, Internet blocking balancing cybercrime responses in democratic societies, Milltown (Dublin), Aconite Internet Solutions, octobre 2009, 222 p. (en ligne) ; trad. française par Estelle De Marco et Frédéric Nguyen, Filtrage d’Internet : Equilibrer les réponses à la cybercriminalité dans une société démocratique, 11 mai 2010, 257 p. (en ligne).
  4. L'apparition de telles technologies date de la fin des années 1990. Voir, par exemple: Cisco 1999 White Paper - Controlling Your Network-A Must for Cable Operators
  5. Les opérateurs confrontés à la saturation des réseaux, Le Monde (23 novembre 2009):
  6. a et b Vodafone va proposer un accès "privilégié" à ses réseaux 3G+, BusinessMobile.fr:
  7. Mike Masnick, « Wall Street Calling Telcos' Bluff On Stopping Investment If Net Neutrality Put Into Law », TechDirt,‎ 22 juillet 2010
  8. Décision n° 2009-580 DC du 10 juin 2009 sur la loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet
  9. La Bataille HADOPI, collectif d'auteurs, éditions [In Libro Veritas], 2009, p. 72
  10. Interview de Richard Whitt, chargé des relations institutionnelles chez Google, Ils nous montrent du doigt parce que nous sommes connus et prospères, Le Monde (23 novembre 2009):
  11. Nicolas Bourcier, « Le Brésil adopte la loi sur la protection de ses internautes », LeMonde.fr,‎ 27 mars 2014
  12. (en) « Chile publica su ley que garantiza la neutralidad de la Red | Navegante », elmundo.es (consulté le 2011-06-23)
  13. Powell, Michael, « Preserving Internet Freedom: Guiding Principles for the Industry » [PDF],‎ 2004-02-08 (consulté le 2006-07-07)
  14. Sam Gustin, « FCC Passes Compromise Net Neutrality Rules », Wired,‎ 2010-12-21 (lire en ligne)
  15. We’re About to Lose Net Neutrality — And the Internet as We Know It, Marvin Ammori, Wired, 4 novembre 2013
  16. (en) Texte du jugement de la Cour d'appel du 14 janvier 2014 (PDF)
  17. (en) The Atlantic, 15 janvier 2014, The Court's Net-Neutrality Ruling Isn't Actually That Bad
  18. (en) The Globe and Mail, 20 février, U.S. telecom regulator to take another crack at net neutrality
  19. (en) Wired, 23 juin 2014, What Everyone Gets Wrong in the Debate Over Net Neutrality
  20. https://dl.dropbox.com/u/199729/Ley_Banda_Ancha_TS.pdf
  21. http://www.telefoniamagazine.com/WordPressBonzite/2012/06/27/ley-de-promocion-de-la-banda-ancha-y-construccion-de-la-red-dorsal-nacional-de-fibra-optica-del-peru/
  22. Andréa Fradin, « La neutralité du Net adoptée au Parlement européen: d'accord, mais ça veut dire quoi ? », Slate,‎ 3 avril 2014
  23. European Commission Declaration on Net Neutrality added to the telecoms reform package
  24. [1]
  25. [2]
  26. [3]
  27. [4]
  28. Programme et interviews vidéo réalisées par l'ARCEP pour préparer le colloque du 13 avril 2010 sur la neutralité des réseaux
  29. [5]
  30. [6]
  31. Ci vuole una legge per la Rete
  32. « Norway gets net neutrality—voluntary, but broadly supported », Ars Technica, 25 février 2009:
  33. Telus Breaks ISPs' Cardinal Rule, Michael Geist
  34. « Le gouvernement français se penche sur la neutralité d'Internet » par Emmanuel Paquette, Les Échos, édition des 6 et 7 novembre 2009, page 31
  35. Déclaration de Benjamin Bayart, président de FDN (French Data Network), recueillies par Astrid Girardeau pour ecrans.fr
  36. Neutralité du net : voilà ce qui arrive quand on ne la défend pas, Guillaume Champeau:
  37. USA : Comcast restreint le trafic pour cause de P2P, Génération-nt.com
  38. Dutch ISP heralds end of net neutrality, V2.co.uk
  39. Orange autorise la VoIP sur ses réseaux 3G moyennant un surcoût
  40. Après Orange, Bouygues et SFR vont se mettre à la VoIP
  41. T-Mobile ne veut pas de Skype sur ses iPhone, LeJournalduNet
  42. Nil Sanyas, « Bouygues Télécom propose du 42 Mbps avec un Internet « prioritaire » », PCinpact,‎ 05 avril 2012
  43. Pierre Col, « Comment SFR viole délibérément la neutralité du Net, et pourquoi c'est grave », ZDNet,‎ 16 mars 2013
  44. Pierre Col, « Sosh et Orange violent-ils la neutralité du Net au détriment de Facebook et de leurs abonnés ? Un exemple troublant... », ZDNet,‎ 23 mars 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]